Lundi 1 novembre 2010 1 01 /11 /Nov /2010 21:39

AlainGuillemoles.jpgQuelles sont les spécificités de la communauté juive d'Ukraine ? 


Ce qui m'a frappé en préparant ce livre, ce sont surtout les ressemblances dans le destin des juifs de toute l'ex-URSS. Ils ont en commun d'avoir grandi dans un système soviétique où la méfiance à l'égard des Juifs faisait partie des règles non-écrites...

Mais si l'on veut chercher ce qu'il y a de spécifique aux Juifs d'Ukraine, je crois que cela tient surtout au fait que ce pays a compté, avant la guerre, des communautés particulièrement nombreuses. Avec la Pologne, l'Ukraine était sans doute le pays européen comptant le plus de Juifs. Ils avaient un poids tel, en Ukraine, que les proclamations de Simon Petlioura, par exemple, dans les années 1920, étaient faites obligatoirement en 4 langues: ukrainien, polonais, russe et yiddish.

Une autre spécificité, c'est aussi qu'à partir des années 1960, un compagnonnage étroit s'est noué entre certains dissidents juifs et le mouvement national ukrainien. Je raconte ainsi comment, en 1966, le poète ukrainien dissident Ivan Dziouba est venu lire une lettre aux Juifs, à Babyi Yar, lors de la commémoration non-officielle du massacre de 1941. Plus tard, il a été envoyé en camp, et notamment pour cela. Les dissidents juifs et les nationalistes ukrainiens luttaient ensemble contre le système soviétique. De ce compagnonnage, il est resté une relation étroite qui se manifeste, par exemple, dans le fait que la meilleure université ukrainienne, l'académie Mohyla accueille aujourd'hui l'institut d'études juives. Dans mon livre, Léonid Finberg, directeur de cet institut, est interviewé. Et il parle même d'un "puissant sentiment philosémite" des intellectuels ukrainiens. Je trouve cela intéressant, car cela va à l'encontre des clichés généralement admis. Et si mon livre peut servir à faire reculer, justement, quelques clichés, il aura déjà atteint son but.

 


Le renouveau identitaire des juifs d'Ukraine s'est-il accompagné d'une importante émigration ?

 

L'émigration a surtout eu lieu dans les années 1990. Elle était dûe pour une bonne part au fait que l'Ukraine traversait alors une crise économique profonde, et que beaucoup de gens, juifs ou non-juifs, ont cherché à partir. Aujourd'hui, le flux migratoire n'est plus aussi important. On peut dire qu'il a rejoint la moyenne de tous les pays européens. 

Il y aurait de nos jours 100.000 juifs en Ukraine, selon les chiffres officiels et 300.000, selon les estimations de chercheurs. Un million de Juifs soviétiques sont partis vers Israël dans les années 1990. Parmi eux, 300.000 à 400.000 étaient originaires d'Ukraine.

La mémoire du shtetl est elle toujours présente dans l'imaginaire des juifs d'Ukraine ?

Bien sûr. Mais le village traditionnel juif avec sa synagogue, son école religieuse, ses bains rituels, tel qu'on le trouve raconté dans les récits de la littérature juive, tout cela n'existe plus depuis longtemps. C'est seulement dans les livres que l'on peut trouver de quoi en avoir une idée.

http://ecx.images-amazon.com/images/I/61EN7Uga3-L._SS500_.jpgJe me suis rendu dans un de ces anciens shtetl, à Leczna, en Pologne. Et je raconte ce qu'il reste sur place et comment l'endroit a changé. Il est intéressant de voir comment les habitants se souviennent du passé: les plus vieux, ceux qui ont connu l'époque des massacres perpétrés par les nazis se sont tus après la guerre, pétrifiés par l'horreur dont ils avaient été témoins.

Ils sont la génération du silence. Puis est venu la génération de l'époque communiste, qui a grandi dans un oubli forcé. La jeune génération redécouvre ce passé, s'y intéresse, veut en parler. Et ainsi, cette histoire que les communistes avaient voulu effacer ressurgit.



Quelle est la situation de la culture et de la langue yiddish dans l'Ukraine contemporaine ?

 

Le yiddish comme langue du quotidien a quasiment disparu. Les Juifs qui se rapprochent de leurs racines apprennent surtout l'hébreu, qui a toujours été la langue d'études religieuses. Cependant, certains apprennent aussi le yiddish pour retrouver la saveur particulière de cette langue, chargée d'un humour  qu'il est difficile de retranscrire.

Pour ce qui est de la culture, comme vous le savez, la renaissance de la culture ukrainienne est déjà assez difficile en Ukraine, faute de moyens. Alors il serait trop ambitieux de croire qu'une vie culturelle juive peut renaître à court terme. En revanche, il y a déjà un renouveau de la vie religieuse, du mouvement associatif, des écoles. Peut-être verra-t-on, dans l'avenir, surgir aussi des artistes de ces communautés renaissantes ? Mais il est encore trop tôt pour cela.

Comment qualifieriez-vous  aujourd'hui les relations judéo-ukrainiennes ?

Votre question exige une clarification. L'une des premières mesures adoptées par Léonid Kravtchouk, le premier président ukrainien, après l'indépendance, en 1991, fut de supprimer la mention de la nationalité sur le passeport. Cela revenait à dire que tous les citoyens d'Ukraine sont des Ukrainiens, qu'ils soient Juifs, Tatars ou même Russes. Cependant, si votre question porte sur le fait de savoir si les Juifs se sentent bien en Ukraine, je crois que c'est le cas. Mais il faudrait le leur demander ! On touche là, en tout cas, à un sujet particulièrement délicat: celui de l'antisémitisme.

L'Ukraine est souvent montrée du doigt, de l'étranger, comme étant un pays où existe un fort antisémitisme. Or d'après ce que j'ai vu et entendu, durant mes reportages en Ukraine, ce n'est pas le cas. Il y a bien sûr certains problèmes, comme partout. Mais les juifs ukrainiens que j'ai rencontré ne considèrent pas qu'ils vivent dans un environnement qui leur est particulièrement hostile. Ils pensent plutôt que le reste du monde juif est mal informé à ce propos, préférant rester dans la caricature plutôt que de s'intéresser à la réalité. Ainsi, à la synagogue de Kiev, on m'a montré un arbre planté en hommage au Métropolite Andreyi Sheptitsky. Les Juifs d'Ukraine voudraient que cet homme d'Eglise ukrainien soit honoré du titre de "Juste parmi les nations", pour avoir sauvé 150 enfants juifs durant la seconde guerre mondiale. Mais le Mémorial de Yad Vashem, en Israël, s'y oppose. Le Mémorial accuse Sheptitsky d'avoir "trop bien accueilli" les Allemands. Or d'après les Juifs d'Ukraine, ce reproche est totalement infondé. Les Juifs ukrainiens sont donc fâchés contre Yad Vashem. Mais ils n'arrivent pas à le faire changer d'avis. Alors, en attendant, pour dire leur gratitude à Sheptitsky, ils ont planté cet arbre, juste à l'entrée de la synagogue. Voilà par exemple un signe que les relations entre les Juifs et les Ukrainiens sont bien meilleures que ce que l'on croit, parfois, vu de l'extérieur !


Propos recueillis par Frédéric Hnyda

 


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Lundi 1 novembre 2010 1 01 /11 /Nov /2010 21:34

En Union Soviétique, la construction d’un métro représentait un défi majeur – il devait non seulement répondre à des impératifs fonctionnels et esthétiques mais aussi stratégiques. Ainsi outre leur fonction première, les stations profondes devaient servir d'abri antiatomique.


http://www.mnrocks.com/kiev_files/Kiev-seredini-prowlogo-veka_37.jpg 
Le chantier a débuté en 1949, en pleine période de reconstruction de la ville, Kyiv ayant été dévastée lors de la seconde guerre mondiale.

Le premier tronçon d’une longueur de  5.2 km entre les stations Vokzalna et Dnipro (Vokzalna – Université – Khrechatyk –Arsenalna – Dnipro) a été ouvert le 6 novembre 1960.

On dit que Kyiv est située, comme Rome, sur 7 collines. En conséquence, certaines stations sont situées dans les entrailles de la terre. Ainsi, la station Arsenalna, la plus profonde du métro de Kyiv, est située à 105 mètres de profondeur.

Pour relier la plateforme http://www.mnrocks.com/kiev_files/Kiev-seredini-prowlogo-veka_36.jpgà la surface, les passagers doivent emprunter deux escalators consécutifs de 55,8 et de 46,6 mètres.


Aujourd’hui le métro de Kyiv possède 3 lignes, il  dispose d’un tronçon aérien et enjambe le Dniepr à deux reprises.

Un ambitieux programme de développement prévoit la construction de deux lignes supplémentaires d’ici 2020 si toutefois les autorités parviennent à en assurer le financement ce qui pour l’heure est loin d’être acquis.

Quoi qu’il en soit, souhaitons un bon et heureux anniversaire au métro de Kyiv, infatigable mille-pattes de la capitale ukrainienne, qui marque les visiteurs à tout jamais par son odeur de rails si caractéristique !

Camille Kurbas


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Lundi 1 novembre 2010 1 01 /11 /Nov /2010 21:24

Le bulletin de Novembre 2010 de Perspectives Ukrainiennes est disponible sur la page Archive des bulletins de Perspectives Ukrainiennes.

 
Au sommaire:

- Commémoration du 77ème anniversaire de la Grande Famine en Ukraine de 1932-1933.
- Entretien avec Olga Mandzukova-Camel, responsable de la chaire d’ukrainien à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales. (par Grégoire Grandjean)
- Le métro de Kyiv fête ses 50 ans. (par Camille Kurbas).
- «Sur les traces du Yiddishland », un livre d’Alain Guillemoles.
- 5 questions à Alain Guillemoles. (par Frédéric Hnyda)
- Rencontre avec Oksana Zabuzhko, le mardi 9 novembre 2010.

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Vendredi 15 octobre 2010 5 15 /10 /Oct /2010 20:44

L’Ambassade d’Ukraine et le Ciné-club ukrainien

Mardi 2 novembre 2010, 19h, à l’Espace culturel de l’Ambassade

22, av. de Messine, M° Miromesnil, tel. 01 43 59 03 53.

Entrée libre.

 

LES SURVIVANTS ( ЖИВІ )

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  Les Survivants 4

Projection suivie d’une intervention de Mark Edwards, producteur.

 

 

Production : Lystopad Film, 2007, 75 mn. coul.

Scénario : Serhiї Boukovskyi, Serhiї Trymbatch, Victoria Bondar, Evhenia Kravtchouk

Réalisation : Serhiї Boukovskyi

Assistant : Valentyna Selentieva

Photographie : Volodymyr Koukorentchouk

Cadreurs : Pavlo Kazantsev, Roman Yelenskyi

Montage : Alexandre Soukhov

Son : Igor Barba, Heorhiї Stremovskyi

Directeur de production : Maryna Cheloubska

Coordination : Olga Soulimenko

Régie : Serhiї Zakharov

Genre : documentaire

Récompense : Grand Prix de Genève, Forum International Médias Nord-Sud de Genève, septembre 2009.

Synopsis

Couvrant la période tragique de 1932-1933, ce documentaire est basé sur les observations de Gareth Jones, jeune journaliste gallois qui se rendit illégalement en l’Ukraine en mars 1933. Le récit est tissé de témoignages de ceux qui, dans leur enfance et dans l’attente de la mort, ont survécu à la Grande Famine.

 Les Survivants 3

Opinion

Le film commence sur des images du  président Victor Youchtchenko déambulant avec sa fille dans un bosquet, lieu de sépulture anonyme des gens du village de Kojoukhivka, morts pendant les années tragiques de la Grande Famine. Il se termine par le vide laissé par d’ultimes témoins oculaires rappelant qu'il n'y aura bientôt plus personne pour évoquer les horreurs de la Famine.

Agrémenté de documents d’archives parfois inédits (SBU, Croix Rouge, Archives nationales de Pologne, de l’Italie ou privées), ce documentaire est aussi un hommage à Gareth Jones qui parcourut à pied un territoire officiellement fermé aux étrangers et exposa au monde, de manière fiable et impartiale, les raisons de la famine. Considéré comme observateur indépendant et gênant, il sera assassiné dans des circonstances mystérieuses en 1935 en Mandchourie. La découverte tardive, en janvier 1990, de ses carnets de voyage et articles au vitriol permit aux chercheurs et historiens d’établir de nouvelles passerelles cognitives sur le Holodomor et de conscientiser l’opinion publique. Les Survivants 2

L’idée de réaliser un film sur le Holodomor avait été émise par le président Victor Youchtchenko, en 2006, à l’issue de la première du film de Serhiї Boukovskyi Spell your name, qui traitait de la Shoah en Ukraine ( lors des recherches de témoignages se référant à ce dernier film, plusieurs témoignages avaient été enregistrés sur la Grande famine ). À vrai dire, bien avant que cette idée ne soit soufflée en direction de Steven Spielberg présent pendant la cérémonie, cette remarque avait été Les Survivants 1 exploitée dès 1989 par l’acteur Mykola Ichtchenko à la sortie du film Le Songe du même Boukovskyi. En 2008, le producteur d’origine américaine Mark Edwards confia à Serhiї Boukovskyi, chef de file des documentaristes ukrainiens, la réalisation de cet opus reposant sur de nouveaux éléments mais encore sur les antagonismes politiques existant dans l’Europe des années 30. Plus que tout autre cinéaste engagé ayant travaillé sur le thème du Holodomor dans la décennie écoulée, Serhiї Boukovskyi réussit à créer le recul nécessaire à l’égard du sujet sans se risquer à faire sentir le poids des revendications nationales ou sociétales, et se gardant même d’employer le terme de génocide. Pourtant, le film ne se prive pas de couvrir d’ignominie une frange de la population autochtone qui participa aux réquisitions et aux exactions. D’une remarquable tenue conceptuelle, tel le travail sur la reconstruction de la bande son d’images d’archives, à l’instar des documentaires de Serge Loznitsa, Les Survivants s’inscrit dans la continuité de la nouvelle école documentariste ukrainienne. Présenté dans plusieurs festivals de par le monde, ce documentaire reste cependant inédit en France.

  Lubomir Hosejko

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Dimanche 3 octobre 2010 7 03 /10 /Oct /2010 16:59

Le bulletin d'Octobre 2010 de Perspectives Ukrainiennes est disponible sur la page Archive des bulletins de Perspectives Ukrainiennes.

 
Au sommaire:

- Actualités associatives

- Rencontre avec Emmanuel Ruben, auteur d’ Halte à Yalta (par Frédéric du Hauvel )

- Chants liturgiques ukrainiens à Saint-Benoit-sur-Loire le 17 octobre 2010 (par Philippe Coutier)

- Exposition « d’amour et de vie. La passion à l’origine de toute création » à l’espace culturel ukrainien (par ARTofNOW)

- Bons Baisers d’Ukraine ! Une carte postale de l’été 1915 (par Camille Kurbas)

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Mercredi 15 septembre 2010 3 15 /09 /Sep /2010 10:51

L’Ambassade d’Ukraine et le Ciné-club ukrainien

Mardi 5 octobre 2010, 19h, à l’Espace culturel de l’Ambassade

22, av. de Messine, M° Miromesnil, tel. 01 43 59 03 53.

Entrée libre.

 

ROUSLAN, CHIEN FIDÈLE  (ВІРНИЙ РУСЛАН)

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suivie d’une intervention d’Elisabeth Gesatt-Anstett, anthropologue, chercheur au CNRS

  photogramme Rouslan, chien fidèle 2

 

Production : Studio Fest-Zemlia, Fond Culturel ukrainien, Svea Sovconsult (Suède) 1991, 101 mn, coul.

Scénario : Volodymyr Khmelnytskyi, d’après le récit de Gueorgui Vladimov

Réalisation : Volodymyr Khmelnytskyi

Photographie : Natalia Kompantseva

Décors : Jevhen Pitenine

Musique : Volodymyr Bystriakov

Son : Igor Barba

Interprétation : Léonide Yanovskyi, Lidia Fédosseiéva-Choukchina, Jevhen Nikitine, Serhiї Pojohine, Mykola Sektymenko, Viktoria Korsoun, Lidia Tchachtchina, Bohdan Beniouk, Taras Kyreїko, Mykhaїlo Ignatov.

 

Genre : film dramatique animalier

 

Synopsis

Rouslan est un berger allemand qui ne comprend plus le monde. Après avoir passé sept années de dur labeur au Goulag, il perd son travail le jour, où il n’entend plus d’ordre et où la neige a définitivement recouvert les traces des bagnards libérés. Sa vie perd tout son sens. N’ayant plus rien à faire, il réfléchit à ses perspectives d’avenir et revoit son passé parmi ses congénères livrés à eux-mêmes. Rouslan n’accuse pas son maître, ne lui fait aucun reproche. Il est vieux et sait que les maîtres font parfois des erreurs. Il sait que les chiens de garde répondent toujours de leurs erreurs, et souvent des erreurs de leurs maîtres. Cela était déjà arrivé à Rex, un chien très expérimenté et dévoué qu’il enviait. 

 

Opinion

Avec Le Dernier bunker de Vadim Illienko et Le Paria de Volodymyr Saveliev, Rouslan, chien fidèle est l’un des trois films produits par le Studio Fest-Zemlia, unité de production éphémère, créée au moment où l’Ukraine accédait à son indépendance. Son réalisateur Volodymyr Khmelnytskyi avait fait ses armes à l’Ukrtéléfilm puis au Studio des films de vulgarisation sci photogramme Rouslan, chien fidèle 1 entifique. Après avoir réalisé une trentaine de documentaires sur la société soviétique, la jeunesse, le tourisme, le sport, il tâta du film de fiction au Studio d’Odessa en signant en 1976 le scénario et la mise en scène Moi – le plongeur 2. Il revint à la fiction en 1991 avec Rouslan, chien fidèle, tiré du récit éponyme, largement diffusé dans les années 70 en samizdat, de Gueorgui Vladimov (Volosevytch), écrivain dissident et futur activiste d’Amnesty International. Tout au long de cette saisissante allégorie sur l’univers concentrationnaire, Rouslan est la métaphore terrible de la foi aveugle d’une société tout entière et de chaque individu qui, comme le fidèle Rouslan, servit longtemps et honnêtement les idéaux du socialisme. Un socialisme de caserne et de barbelés où n’existait pas un pouce de terre où une créature n’en garde une autre et où il fut son propre garde-chiourme. Plus incisive encore, la métaphore mettant en garde tout un chacun dans la séquence finale, où Rouslan, retrouvant son  instinct de tueur, se jette sur des jeunes recrues marchant vers ce que fut jadis le camp. La réussite du film est due à la maîtrise du cinéaste qui avait travaillé dans le film animalier (Les Hommes et les dauphins, Le Cerf blanc de la toundra) ainsi qu’au parallèle tracé entre la libération soudaine de l’animal, conduisant à la désorientation, et la confusion morale de l’URSS après le cauchemar stalinien. Ce deuxième et dernier long métrage de Volodymyr Khmelnytskyi s’inscrit dans le registre des films-constat, au même titre que Famine 33 d’Olès Yantchouk, Le Tango de la mort d’Alexandre Mouratov, sortis en 1991.

Lubomir Hosejko

 

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Mercredi 1 septembre 2010 3 01 /09 /Sep /2010 23:01

Le bulletin de Septembre 2010 de Perspectives Ukrainiennes est disponible sur la page Archive des bulletins de Perspectives Ukrainiennes.

 
Au sommaire:

- La ville de Kharkiv, lauréate du prix de l’Europe 2010

- Projection du film Annytchka

- Yuriy Nagulko, oracle pictural de « l’abstraction du réel »

- Bons baisers d’Ukraine ! Cartes postales

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Mardi 17 août 2010 2 17 /08 /Août /2010 19:43

 

L’Ambassade d’Ukraine et le Ciné-club ukrainien

Jeudi 9 septembre 2010, 19h, à l’Espace culturel de l’Ambassade

22, av. de Messine, M° Miromesnil, tel. 01 43 59 03 53.

Entrée libre.

 

ANNYTCHKA (АННИЧКА)

vo

 

Production : Studio Alexandre Dovjenko de Kiev, 1968, 89 mn, nb.

Scénario : Boris Zahoroulko, Victor Ivtchenko

Réalisation : Boris Ivtchenko

Photographie : Mykola Koultchytskyi

Décors : Valeriї Novakov

Musique : Vadim Homolaka

Son : Ryva Bisnovata

Interprétation : Loubov Roumiantseva-Chornovol, Grigore Grigotiu, Kostiantyn Stepankov, Ivan Mykolaїtchouk, Anatoliï Barchouk, Ivan Havrylouk, Olga Nojkina, Boryslav Brondoukov, Vassyl Symtchytch, Vitaliї Rozstalnyi, Victor Stepanenko, Victor Mirochnytchenko, Fedir Stryhoun, N. Kozlovska, Boris Ivtchenko.

 

Genre : film dramatique

Entrées : 21, 1 millions de spectateurs

 

Récompenses : Prix spécial du jury au Festival international de Phnom Penh en 1969. Diplôme de la Meilleure première œuvre au Festival des Républiques d’Ukraine et du Caucase, Kiev, 1969.

 

 photogramme-Annytchka-3-copie-1.jpg

Synopsis

Annytchka, une jeune Houtsoule, découvre par hasard sur les lieux d’un combat un partisan soviétique blessé. Elle le soigne et le cache et en tombe amoureuse. Après avoir éconduit son ancien fiancé Roman, devenu policier collabo, elle décide de rejoindre avec son amoureux les partisans de Kovpak. Pris de folie, son père la tue.

Opinion

Film dramatique apportant la composante romantique au courant de l’École poétique de Kiev, Annytchka est aussi l’histoire de deux amis, le pauvre Ivanko (Ivan Havrylouk) et le policier Roman Derytch (Ivan Mykolaїtchouk), tout deux amoureux d’Annytchka (Loubov Roumiantseva). L’action se déroule en 1943, lorsque les partisans de Kovpak effectuent un raid dans les Carpates. Pendant la fête de la moisson, Ivanko et Roman décident de régler leur différend à la loyale en exécutant l’arkane, une danse houtsoule endiablée. Le vainqueur de ce duel acrobatique pourra espérer les faveurs de la jeune fille. Mais les événements se précipitent et prennent une autre tournure. Ivanko rejoint dans la montagne les partisans communiste. Roman devient collabo. photogramme Annytchka 1-copie-1Lors d’un banquet organisé par le nationaliste Kroupiak (Boryslav Brondoukov) en l’honneur d’officiers allemands, il reçoit même la Croix de fer pour sa fidélité au Reich. Kroupiak a la monstrueuse idée de faire danser les partisans capturés sur une estrade jonchée de tessons de bouteille. Parce qu’ils refusent de danser pieds nus, ils sont exécutés sur le champ, sauf Ivanko qui accepte le défi. Dardant son regard sur Roman, il danse pour Annytchka. Mais, comme pour ses camarades, l’estrade a été dressée pour son exécution. Envahi par les remords, Roman regrette sa conduite. Rien n’apaisera sa conscience, pas même son union avec Annytchka. Lors de la danse nuptiale, selon la coutume, un garçonnet lui jette une assiette décorée qui se brise. La mélodie du cymbalum se transforme progressivement en tintement de verre pilé qui lui déchire les tympans. La mise à mort d’Ivan le hante.

Tourné dans les Carpates, Annytchka est le premier long métrage de Boris Ivtchenko, réalisateur qui disparaîtra très tôt en 1990. Fils du metteur en scène de théâtre et de cinéma Victor Ivtchenko, le jeune cinéaste a hérité de son père la manière de traiter les thèmes sensibles, tels la collaboration, la forfaiture, le nationalisme, en centrant l’action sur l’héroïsme féminin. Que ce soit dans Ivanna (1959, film de V. Ivtchenko) ou dans Annytchka, les jeunes femmes initialement peu concernées par les problèmes de sophotogramme Annytchka 2-copie-1ciété finissent par s’y impliquer. Boris Ivtchenko admettra plus tard que les images de son film étaient volontaire ment négatives parce qu’elles se rapportaient à une période douloureuse de l’Histoire, souvent noircie par esprit de conformité idéologique. Des deux versions de la scène finale – le suicide et la folie de Roman -  il choisit la seconde, plus dure et plus tragique. Mykolaїtchouk est si bien entré dans la peau de son personnage que, déjà pendant le tournage, il est apostrophé et qualifié de nationaliste ukrainien. À Kiev, il est immédiatement catalogué comme opposant à l’idéologie communiste. À l’instar de ses confrères, Boris Ivtchenko connaît lui aussi ses premières difficultés avec les autorités qui ne cachent pas leur agacement de voir les cinéastes camper dans les Carpates, désormais leur repère favori. Par ailleurs, le néophyte impose d’emblée sa méthode de filmer dans l’ordre chronologique du découpage, pour coller, selon lui, au plus près de la contexture du réel et de la vérité. Cette méthode, qui fait fi de tout plan de travail, est décriée par le directeur de production qui menace le jeune débutant de lui adjoindre un superviseur, voire d’arrêter la production du film. Mais au vu des rushes, le résultat surprend par la primeur et l’originalité du scénario et, surtout, par la performance artistique du jeune premier Ivan Havrylouk. Sacré vedette de l’écran, ce dernier sera suspecté néanmoins de sympathie bandériste. L’Âme de pierre, le nouveau scénario de Boris Ivtchenko écrit avec Mykolaїtchouk, sera refusé en première lecture.

Lubomir Hosejko

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Mercredi 14 juillet 2010 3 14 /07 /Juil /2010 11:24

http://lh3.ggpht.com/_PCh4hz0iPd8/TBnopFZxKRI/AAAAAAAAABk/89ohgphQ2Ng/s800/IMG_3155.JPG

Le 3ème forum de l’Association des Cadres Ukrainiens en France s’est tenu à Paris le 16 juin dernier sur le double thème de l’actualité économique et de l’environnement des affaires en Ukraine.

 

Contexte


Larissa Baratin, présidente fondatrice de l’A.C.U.F. évoque l’asymétrie des échanges et des investissements. Ceux-ci sont très nettement en faveur de la
France qui est passée en 2009 du rang de 10ème investisseur à celui de 7ème. Outre le domaine bancaire, les investissements français se concentrent dans le secteur agroalimentaire, l’industrie, l’informatique et la distribution.

 

« L’Ukraine est une pièce maitresse de la construction européenne » tient à rappeler Philippe de Suremain,
ancien ambassadeur de France à Kiev. Il souligne qu’au-delà des récents changements politiques, la géopolitique ukrainienne continue d’interroger l’Europe quant à ses frontières. M. de Suremain ajoute que si le pays connait certains changements de cap en surface, les mentalités continuent d’évoluer en profondeur selon un rythme soutenu.

 

Un projet infrastructurel emblématique

http://lh5.ggpht.com/_PCh4hz0iPd8/TBnqG24wQVI/AAAAAAAAACg/y-7hR2sF0cU/s576/IMG_3172.JPG


Jean-Denis Arnal, directeur du développement international au sein du groupe Bouygues Construction, a présenté l’état d’avancement de la construction d’une enceinte de confinement du sarcophage de Tchernobyl. Le groupe Bouygues qui intervient depuis 2007 au sein du consortium Novarka est amené à relever un défi technologique avec la réalisation d’une arche, d’une portée de plus de 250 m, constituée d’une charpente metallique de 18 000 tonnes (près de trois fois le

poids de la Tour Eiffel).

Selon M. Arnal, ce projet titanesque permet au groupe Bouygues de prendre rang sur le marché ukrainien et de se positionner pour les chantiers à venir. L’Ukraine s’emploiera tôt ou tard à moderniser son réseau routier qui est en très mauvais état ; le secteur autoroutier est embryonnaire et comparable à celui de la France à l’aube des années 60.

Le retour gagnant de Michel Terestchenko


Michel Terestchenko est né à Paris. Diplômé de l’ESSEC, il décide en 2003 de venir travailler en Ukraine d’où étaient originaires ses grands parents en y apportant des investissements français. De 2005 à 2007, il devient consultant pour plusieurs grands groupes français. A partir de 2008, il choisit d’investir lui-même en Ukraine dans le développement des activités agricoles qui lui paraissent les mieux adaptées : les fibres naturelles (chanvre et lin) , le miel et le séchage de légumes.

http://lh4.ggpht.com/_PCh4hz0iPd8/TBnqvLmqQXI/AAAAAAAAADA/1DASNi15Wfg/s800/IMG_3179.JPG

Visite surprise du vice premier ministre Sergiy Tihipko


 De passage à Paris, le vice premier ministre Sergiy Tihipko est venu prendre part à la seconde partie du forum.
Accompagné de Anatolii Bernatskyi, chef de la mission économique et commerciale de l’ambassade d’Ukraine, il a exprimé son vif intérêt pour les relations franco-ukrainiennes et s’est longuement entretenu avec les différents intervenants.

 

Copyright des photos ACUF

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Mercredi 14 juillet 2010 3 14 /07 /Juil /2010 11:15


Le bulletin de Juillet-Août 2010 de Perspectives Ukrainiennes est disponible sur la page Archive des bulletins de Perspectives Ukrainiennes.

 
Au sommaire:

- Entretien avec Anna Canter, Lauréate du prix Ukraine Europe 2010 (par Frédéric du Hauvel)

- 3ème forum de l’Association des Cadres Ukrainiens en France « Actualité économique et environnement des affaires en Ukraine » (par Perspectives Ukrainiennes)

- Rencontre avec Lydia Mykolenko, Fondatrice du choeur Borysthène (par Maryana Dymyd)

- Les cahiers ukrainiens, un récit-témoignage d’Igort, Editeur Futuropolis, 06/2010

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