Histoire

Jeudi 5 mai 2011 4 05 /05 /Mai /2011 08:33

Comment l'idée d'écrire un roman ayant pour toile de fond la catastrophe de Tchernobyl vous est-elle venue ? Nous savions que 2011 serait le 25e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl, et nous avons pensé que c’était un moment propice pour sensibiliser les enfants et les adolescents à ce drame et à ses conséquences. Nous nous rappelons ce moment terrible, nous étions nous mêmes de jeunes adultes, et on nous rassurait en nous disant que le nuage radioactif s’était arrêté aux frontières de la France… Comme si la radioactivité se souciait de frontières ! Ce mensonge reste encore matière à triste plaisanterie 25 ans plus tard pour tous ceux qui l’ont entendu… Quant aux enfants actuels, nombreux sont ceux qui, en France, n’ont jamais entendu le nom de Tchernobyl. sylvie baussier

Comme si tout cela n’était plus que du passé sans intérêt. Or nous savons bien que les conséquences sont encore là, et bien là.

 

Comment avez-vous procédé pour vous documenter ? Nous avons consulté les archives de la presse écrite française, une vidéo tournée en URSS au moment de la catastrophe et dont la diffusion avait été interdite à l’époque ; nous avons lu La supplication, le célèbre recueil de témoignages de Mme Alexievitch, et les photos et textes de Igor Kostine… Ça a été un travail d’investigation long et passionnant. Nous en avons appris beaucoup sur les détails de l’affaire.

 

pascale perrierA quelles difficultés avez-vous été confrontées ? Il fallait que tout, dans le roman, soit vraisemblable. C’est pourquoi l’intrigue se passe dans la France actuelle. Nous ne voulions pas nous lancer dans un roman qui se passerait dans une Ukraine actuelle (nous ne la connaissons pas suffisamment pour être à l'aise en l’évoquant de trop près). Certaines difficultés peuvent paraître inattendues : nous avons fait appel à une professeur de russe pour que les fautes de français d’un des personnages principaux soient réalistes. Pour valider les détails techniques ayant trait au nucléaire, nous avons aussi demandé la caution d'un ingénieur spécialisé dans le nucléaire. Enfin, nous voulions mettre en scène une intrigue vivante qui ne donne pas dans le pathos ni dans le moralisme facile. Passer entre les écueils…

 

http://baussier-auteur.monsite-orange.fr/albumsetromansjeunesse/image/couv%20Tchernobyl.jpg 

Quel message souhaitiez-vous faire passer ? Bien sûr, Tchernobyl c’est du passé. Mais c’est aussi le présent des populations qui vivent autour du site. Plus largement, c’est une sourde menace dont on ne parle que quand les choses se gâtent, comme lors des grands incendies de l’été dernier, qui pouvaient remettre en circulation dans l’atmosphère des particules radioactives enfouies dans le sol. Et l’état du sarcophage qui recouvre le réacteur endommagé, qu’en savons-nous exactement ? Tchernobyl peut donc aussi devenir notre futur, malheureusement. D'autant qu'une nouvelle catastrophe vient de se produire au Japon... Être un citoyen à part entière, c'est d'abord savoir ce qui se passe. Sinon, comment peser les choses, comment réagir ?

 

Cette année l'Ukraine commémorera le 25e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl mais aussi les 20 ans de la proclamation de son indépendance, que cela vous inspire-t-il ? Le 25e anniversaire est l’occasion de sensibiliser les enfants aux avantages et aux inconvénients des centrales nucléaires, le plus objectivement possible. C’est aussi pourquoi notre roman comprend un dossier documentaire à la fin. Il est un moment de recueillement, de souvenir, mais aussi de réflexion nécessaire. Quant à l’indépendance de l’Ukraine, de ce point de vue, on ne peut qu’espérer que ce pays tout neuf aura les moyens de prendre soin de toute sa population, de la terre contaminée dont elle a hérité, et de ce monument en ruines qui menace de se réveiller si on n’est pas suffisamment vigilants.

 

Pascale Perrier et Sylvie Baussier, ont chacune un site personnel.
Nous vous invitons à aller les découvrir :


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Mardi 18 janvier 2011 2 18 /01 /Jan /2011 16:48

benedicte-banet.jpg Vous préparez un film documentaire sur la Famine Génocide de 1932-1933, quelles sont vos motivations ?

 

C’est en réalisant un autre film que j’ai commencé à m’intéresser à l’histoire de l’Ukraine. C’était un film sur les journalistes étrangers qui, fuyant  leur pays étaient venus se réfugier en France, la plupart du temps pour sauver leur vie. L’un d’entre eux était un journaliste ukrainien travaillant sous la période de Koutchma. La traductrice de ce journaliste, Lisa Centkievitz, m’a alors fait découvrir différentes facettes de l’Ukraine en me faisant rencontrer des chercheurs français d’origine ukrainienne et m’a servi de guide lors d’un premier voyage d’étude dans ce pays. J'ai pu faire la connaissance de journalistes, philosophes, Volodymyr Esypok (un bandouriste) et le chanteur du groupe Tapak. Je n’ai aucun lien familial avec l’Ukraine ou même avec un autre pays de l’Est. Je suis née dans les Cévennes, ma famille est savoyarde et je vis à Paris depuis mes 19 ans. Mon intérêt pour l’Ukraine est né de ma rencontre avec un pays mais surtout un peuple, un peuple qui essaye de se réapproprier son histoire pour construire l’avenir, un peuple qui a souffert de façon inimaginable. Comme la plupart des français, j’avais, avant cette prise de conscience de l’identité ukrainienne, une vision qui mélangeait Russie et Ukraine. Dans mes recherches j’ai découvert les différentes famines  et particulièrement celle de 1932-1933.

 

J’ai été frappée qu’une famine ayant fait sept millions de morts soit passée inaperçue ; au début de l’année 33, 25000 personnes mouraient chaque jour. Chaque fois que je parlais du Holodomor autour de moi, personne ne connaissait cet événement. Les films réalisés sur ce sujet, l'étaient soit par des Ukrainiens, soit par des cinéastes appartenant à la diaspora ukrainienne. En Ukraine, le Holodomor était un sujet tabou sous le régime soviétique et il a fallu attendre ces dernières années et la Révolution Orange pour qu’il y ait des commémorations et des monuments. Or l’Ukraine d’aujourd’hui ne peut être comprise que par l'analyse de ce qui s’est passé sous le temps de Staline. Pour ces raisons j’ai décidé de m’investir dans ce travail de recherche sur le Holodomor pour réaliser un film documentaire.

 

Quelle approche comptez-vous privilégier pour appréhender la problématique du Holodomor ?

 

Lors de mes recherches il m’est apparu que le nombre de documents iconographiques sur le Holodomor étaient rares, les seules photos existantes avaient été prises par des diplomates étrangers ; quant aux films il n’y en avait pas. Lorsque je suis allée aux archives nationales cinématographiques à Kiev, on m’a sorti des photos de la famine de 1921-22 mais aucune sur 32-33, car il n’y en avait pas. On peut voir clairement sur les photos de 21-22 que la famine, bien réelle, était mise en scène pour les photographes. Lénine, qui voulait obtenir de l’aide de l’étranger, menait ainsi un "plan de communication" sur cette famine. Or pour celle de 32-33, la récolte avait été surabondante et sans la volonté politique de Staline de détruire l'âme du peuple ukrainien il n’y aurait pas eu de pénurie. Dès le début de la famine, Staline a bloqué toute divulgation d’informations. Les journalistes n’avaient pas le droit de se rendre en Ukraine. Par ailleurs, à cette époque, le communisme faisait illusion, et ces journalistes ne voulaient pas perdre, en critiquant le régime, un poste de correspondant à Moscou. Seul M. Duranty, un journaliste américain à qui les services secrets soviétiques faisait toute confiance, a pu se rendre en Ukraine. Il a divulgué à travers le monde entier de fausses informations alors qu’un document du Foreign Office révèle qu’à l’ambassade d’Angleterre, Duranty lui-même avait évoqué une famine faisant  une dizaine de millions de victimes. Edouard Herriot fit un voyage officiel en Ukraine, mais il fut l'objet d'une véritable mystification de la part de Staline qui embaucha des acteurs pour jouer le rôle des Ukrainiens heureux ; j’ai des documents à ce sujet.

 

Dans ce documentaire, je ne veux donc pas utiliser des photos ou des films d’archives de 1921-22 pour évoquer le Holodomor. Pour palier à ce manque d’images, une dessinatrice qui est également infographiste va collaborer au film. En utilisant les témoignages et les récits historiques, elle va illustrer par des scènes animées les parties où les archives font défaut. Il s’agit dans ce film de démontrer  la volonté d’un homme, Staline, d’éradiquer le nationalisme ukrainien par la destruction du peuple ukrainien. Staline craint la volonté d’indépendance de l’Ukraine, son opposition à la collectivisation, de plus le plan quinquennal de 1929 met en place un projet ambitieux d’industrialisation de l’URSS. Le « grenier à blé » des plaines noires d’Ukraine peut servir de monnaie d’échange pour les machines et le savoir-faire de l’Occident. Cette famine est un génocide. Je me permets de rappeler quelques phrases dites par Lemkin lors d’un discours prononcé en 1950 :

« ……si le programme soviétique est mené à son terme, si l’intelligentsia, les prêtres et les paysans sont tous éliminés, alors l’Ukraine sera aussi morte que si tous les Ukrainiens avaient été éliminés, dans la mesure où elle aura perdu l’essence même de ce qui a permis de maintenir et de développer dans le temps sa culture, ses convictions, ses valeurs communes, et ce qui l’a guidée et lui a donné une âme, ce qui a, en résumé, fait d’elle une Nation et non pas simplement une masse de population. »


Le film s’attachera à replacer le Holodomor dans son contexte historique, de la première famine jusqu’à la deuxième guerre mondiale, en évoquant en outre les purges de 1936-38.

 

Avez-vous déjà commencé le tournage ?

 

Philippe Naumiak avec l’aide de sa sœur Anne-Marie a recueilli des témoignages du Holodomor dans le village de son père et souhaite les publier. Il y a  un an, lorsque j’ai pris contact avec lui, il m’a dit : «Aux vacances de Pâques  j’emmène mon père dans son village natal» ; son père, Vitaliy, avait sept ans pendant le Holodomor. Je lui ai répondu spontanément sans trop réfléchir à l’aspect financier de la mise en œuvre d’un tournage : « Puis-je partir avec vous avec une équipe ? » Et c’est comme cela que l’aventure a commencé. Je suis partie avec une équipe réduite composée de Janette pour la production et les photos, Jorge pour la prise de son et la lumière. Anne-Marie, la fille de Vitalyi vivant au Canada, nous a rejoints à Kiev où une universitaire avait préparé tous nos entretiens. Ensuite nous sommes allés à Sobolivka, le village de Vitaliy. Qu’ils soient intellectuels ou paysans, tous les ukrainiens que nous avons rencontrés nous ont remerciés de nous intéresser au Holodomor, touchés par le fait qu’aucun de nous n'était d’origine ukrainienne. Pour certaines personnes des campagnes c’était la première fois qu’ils parlaient de cette famine. Là-bas on a découvert l’importance pour les Ukrainiens de faire ce film et on a  pris conscience que ce n’était pas notre film mais le leur.

 

L’histoire a joué un mauvais tour aux Ukrainiens. Vu l’omerta imposée par les Russes depuis toujours, et malgré l’énergie dépensée par les Ukrainiens d’Ukraine ou de la diaspora, seulement dix pays reconnaissent le Holodomor comme un génocide. Cette non reconnaissance reste une plaie ouverte qui ne pourra se cicatriser que le jour où les Ukrainiens auront le sentiment que cette tragique période de leur histoire sera reconnue comme un génocide. Alors ils pourront en faire le deuil. Je tiens à remercier tous les Ukrainiens, ceux d’Ukraine et ceux de France,  pour leur précieuse aide avant, pendant et après les tournages, car sans eux rien n’aurait été possible. Janette vient de commencer un blog pour tenir informées toutes les personnes qui s’intéressent au Holodomor, et à l’avancement de notre film. On y trouve la description de nos tournages, des liens avec d’autres articles, des commentaires sur notre projet.

 

A quel stade se situe votre projet ?

 

Il me reste à vendre ce sujet aux télévisions françaises et étrangères afin de faire mieux faire connaître le Holodomor dans le monde. Je dois retourner en hiver faire un autre tournage et encore un dernier pour recueillir des témoignages dans la région de Kharkiv. Il me reste également à me rendre dans d’autres pays pour interviewer des historiens qui pourront donner une dimension internationale au film et surtout la recherche d’archives dans plusieurs pays étrangers.

Pour l’instant, j’ai investi mon argent personnel dans ce projet et je suis arrivée aux limites du possible. Je n’ai pas l’argent nécessaire pour retourner en Ukraine. Actuellement, sans l’aide des Ukrainiens aucune traduction ne serait faite. C’est pourquoi une association va se créer autour de ce projet de documentaire afin de pouvoir soutenir financièrement le film. Nous envisageons de recueillir des fonds par le biais de donations ou de souscriptions, de créer des événements comme une exposition de peinture et de photos qui est prévue, ou toute autre idée...

 

L'association  pourra travailler sur la reconnaissance du Holodomor comme génocide bien au-delà du film. D’ailleurs nous comptons avec la sortie du film faire un site internet afin de mettre en ligne tous les témoignages recueillis et les commentaires de chercheurs qui n'auront pu être intégrés dans le film. Pour moi c’est très important que l’aboutissement de ce travail ne s’arrête pas à quelques diffusions et projections.

 

Propos recueillis par Frédéric du Hauvel

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le blog du projet

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Mercredi 24 novembre 2010 3 24 /11 /Nov /2010 21:05

Le Congrès mondial des Ukrainiens (CKY) vient de lancer une pétition internationale demandant au chef de l'Etat ukrainien, Viktor Yanoukovitch, de reconnaître la famine de 1932-1933 en Ukraine soviétique, comme acte de génocide. Cette pétition vous concerne si vous vous sentez blessé par les négations de ce génocide oublié, appelé Holodomor. Si vous n'en avez jamais entendu parler, ou si vous désirez en apprendre un peu plus, voici un dossier consacré au sujet.

On peut signer la pétition sur le site du CKY, respectable institution de la diaspora ukrainienne. Pour accéder directement à la signature, par ici.

 

 

Pour plus d'informations consultez également notre source : Blog de Pan Doktor Exrudis Vseznayko

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Lundi 1 novembre 2010 1 01 /11 /Nov /2010 21:39

AlainGuillemoles.jpgQuelles sont les spécificités de la communauté juive d'Ukraine ? 


Ce qui m'a frappé en préparant ce livre, ce sont surtout les ressemblances dans le destin des juifs de toute l'ex-URSS. Ils ont en commun d'avoir grandi dans un système soviétique où la méfiance à l'égard des Juifs faisait partie des règles non-écrites...

Mais si l'on veut chercher ce qu'il y a de spécifique aux Juifs d'Ukraine, je crois que cela tient surtout au fait que ce pays a compté, avant la guerre, des communautés particulièrement nombreuses. Avec la Pologne, l'Ukraine était sans doute le pays européen comptant le plus de Juifs. Ils avaient un poids tel, en Ukraine, que les proclamations de Simon Petlioura, par exemple, dans les années 1920, étaient faites obligatoirement en 4 langues: ukrainien, polonais, russe et yiddish.

Une autre spécificité, c'est aussi qu'à partir des années 1960, un compagnonnage étroit s'est noué entre certains dissidents juifs et le mouvement national ukrainien. Je raconte ainsi comment, en 1966, le poète ukrainien dissident Ivan Dziouba est venu lire une lettre aux Juifs, à Babyi Yar, lors de la commémoration non-officielle du massacre de 1941. Plus tard, il a été envoyé en camp, et notamment pour cela. Les dissidents juifs et les nationalistes ukrainiens luttaient ensemble contre le système soviétique. De ce compagnonnage, il est resté une relation étroite qui se manifeste, par exemple, dans le fait que la meilleure université ukrainienne, l'académie Mohyla accueille aujourd'hui l'institut d'études juives. Dans mon livre, Léonid Finberg, directeur de cet institut, est interviewé. Et il parle même d'un "puissant sentiment philosémite" des intellectuels ukrainiens. Je trouve cela intéressant, car cela va à l'encontre des clichés généralement admis. Et si mon livre peut servir à faire reculer, justement, quelques clichés, il aura déjà atteint son but.

 


Le renouveau identitaire des juifs d'Ukraine s'est-il accompagné d'une importante émigration ?

 

L'émigration a surtout eu lieu dans les années 1990. Elle était dûe pour une bonne part au fait que l'Ukraine traversait alors une crise économique profonde, et que beaucoup de gens, juifs ou non-juifs, ont cherché à partir. Aujourd'hui, le flux migratoire n'est plus aussi important. On peut dire qu'il a rejoint la moyenne de tous les pays européens. 

Il y aurait de nos jours 100.000 juifs en Ukraine, selon les chiffres officiels et 300.000, selon les estimations de chercheurs. Un million de Juifs soviétiques sont partis vers Israël dans les années 1990. Parmi eux, 300.000 à 400.000 étaient originaires d'Ukraine.

La mémoire du shtetl est elle toujours présente dans l'imaginaire des juifs d'Ukraine ?

Bien sûr. Mais le village traditionnel juif avec sa synagogue, son école religieuse, ses bains rituels, tel qu'on le trouve raconté dans les récits de la littérature juive, tout cela n'existe plus depuis longtemps. C'est seulement dans les livres que l'on peut trouver de quoi en avoir une idée.

http://ecx.images-amazon.com/images/I/61EN7Uga3-L._SS500_.jpgJe me suis rendu dans un de ces anciens shtetl, à Leczna, en Pologne. Et je raconte ce qu'il reste sur place et comment l'endroit a changé. Il est intéressant de voir comment les habitants se souviennent du passé: les plus vieux, ceux qui ont connu l'époque des massacres perpétrés par les nazis se sont tus après la guerre, pétrifiés par l'horreur dont ils avaient été témoins.

Ils sont la génération du silence. Puis est venu la génération de l'époque communiste, qui a grandi dans un oubli forcé. La jeune génération redécouvre ce passé, s'y intéresse, veut en parler. Et ainsi, cette histoire que les communistes avaient voulu effacer ressurgit.



Quelle est la situation de la culture et de la langue yiddish dans l'Ukraine contemporaine ?

 

Le yiddish comme langue du quotidien a quasiment disparu. Les Juifs qui se rapprochent de leurs racines apprennent surtout l'hébreu, qui a toujours été la langue d'études religieuses. Cependant, certains apprennent aussi le yiddish pour retrouver la saveur particulière de cette langue, chargée d'un humour  qu'il est difficile de retranscrire.

Pour ce qui est de la culture, comme vous le savez, la renaissance de la culture ukrainienne est déjà assez difficile en Ukraine, faute de moyens. Alors il serait trop ambitieux de croire qu'une vie culturelle juive peut renaître à court terme. En revanche, il y a déjà un renouveau de la vie religieuse, du mouvement associatif, des écoles. Peut-être verra-t-on, dans l'avenir, surgir aussi des artistes de ces communautés renaissantes ? Mais il est encore trop tôt pour cela.

Comment qualifieriez-vous  aujourd'hui les relations judéo-ukrainiennes ?

Votre question exige une clarification. L'une des premières mesures adoptées par Léonid Kravtchouk, le premier président ukrainien, après l'indépendance, en 1991, fut de supprimer la mention de la nationalité sur le passeport. Cela revenait à dire que tous les citoyens d'Ukraine sont des Ukrainiens, qu'ils soient Juifs, Tatars ou même Russes. Cependant, si votre question porte sur le fait de savoir si les Juifs se sentent bien en Ukraine, je crois que c'est le cas. Mais il faudrait le leur demander ! On touche là, en tout cas, à un sujet particulièrement délicat: celui de l'antisémitisme.

L'Ukraine est souvent montrée du doigt, de l'étranger, comme étant un pays où existe un fort antisémitisme. Or d'après ce que j'ai vu et entendu, durant mes reportages en Ukraine, ce n'est pas le cas. Il y a bien sûr certains problèmes, comme partout. Mais les juifs ukrainiens que j'ai rencontré ne considèrent pas qu'ils vivent dans un environnement qui leur est particulièrement hostile. Ils pensent plutôt que le reste du monde juif est mal informé à ce propos, préférant rester dans la caricature plutôt que de s'intéresser à la réalité. Ainsi, à la synagogue de Kiev, on m'a montré un arbre planté en hommage au Métropolite Andreyi Sheptitsky. Les Juifs d'Ukraine voudraient que cet homme d'Eglise ukrainien soit honoré du titre de "Juste parmi les nations", pour avoir sauvé 150 enfants juifs durant la seconde guerre mondiale. Mais le Mémorial de Yad Vashem, en Israël, s'y oppose. Le Mémorial accuse Sheptitsky d'avoir "trop bien accueilli" les Allemands. Or d'après les Juifs d'Ukraine, ce reproche est totalement infondé. Les Juifs ukrainiens sont donc fâchés contre Yad Vashem. Mais ils n'arrivent pas à le faire changer d'avis. Alors, en attendant, pour dire leur gratitude à Sheptitsky, ils ont planté cet arbre, juste à l'entrée de la synagogue. Voilà par exemple un signe que les relations entre les Juifs et les Ukrainiens sont bien meilleures que ce que l'on croit, parfois, vu de l'extérieur !


Propos recueillis par Frédéric Hnyda

 


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Lundi 1 novembre 2010 1 01 /11 /Nov /2010 21:34

En Union Soviétique, la construction d’un métro représentait un défi majeur – il devait non seulement répondre à des impératifs fonctionnels et esthétiques mais aussi stratégiques. Ainsi outre leur fonction première, les stations profondes devaient servir d'abri antiatomique.


http://www.mnrocks.com/kiev_files/Kiev-seredini-prowlogo-veka_37.jpg 
Le chantier a débuté en 1949, en pleine période de reconstruction de la ville, Kyiv ayant été dévastée lors de la seconde guerre mondiale.

Le premier tronçon d’une longueur de  5.2 km entre les stations Vokzalna et Dnipro (Vokzalna – Université – Khrechatyk –Arsenalna – Dnipro) a été ouvert le 6 novembre 1960.

On dit que Kyiv est située, comme Rome, sur 7 collines. En conséquence, certaines stations sont situées dans les entrailles de la terre. Ainsi, la station Arsenalna, la plus profonde du métro de Kyiv, est située à 105 mètres de profondeur.

Pour relier la plateforme http://www.mnrocks.com/kiev_files/Kiev-seredini-prowlogo-veka_36.jpgà la surface, les passagers doivent emprunter deux escalators consécutifs de 55,8 et de 46,6 mètres.


Aujourd’hui le métro de Kyiv possède 3 lignes, il  dispose d’un tronçon aérien et enjambe le Dniepr à deux reprises.

Un ambitieux programme de développement prévoit la construction de deux lignes supplémentaires d’ici 2020 si toutefois les autorités parviennent à en assurer le financement ce qui pour l’heure est loin d’être acquis.

Quoi qu’il en soit, souhaitons un bon et heureux anniversaire au métro de Kyiv, infatigable mille-pattes de la capitale ukrainienne, qui marque les visiteurs à tout jamais par son odeur de rails si caractéristique !

Camille Kurbas


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Mardi 1 juin 2010 2 01 /06 /Juin /2010 22:46

Par René Lesage, diplômé en histoire de l’Université de Lille-III (1)

 

Des Ukrainiens se trouvent dans le département du Pas-de-Calais pendant la Seconde Guerre Mondiale. Un grand nombre d’entre eux sont arrivés pendant l’entre-deux-guerres, essentiellement dans les flux de l’immigration polonaise. Venus pour la plupart de la Galicie orientale, ils sont alors de nationalité polonaise. Les besoins de l’économie de guerre amènent les Allemands, dans le second semestre de l’année 1942, à faire appel à de nombreux requis ukrainiens, des Ostarbeiter, parqués dans des conditions difficiles, au camp de Beaumont, près d’Hénin-Liétard et astreints à travailler  dans les mines. A la même époque, parviennent dans le même secteur des prisonniers de guerre soviétiques, parmi lesquels on trouve de nombreux Ukrainiens.

Des relations de travail et d’entraide ne tardent pas à se nouer entre ces Ukrainiens et la population minière. Elles facilitent les évasions et pour certains d’entre eux l’engagement dans la Résistance, essentiellement communiste, surtout après le printemps 1943, quand celle-ci se reconstruit, après les décimations de l’année 1942. Ces hommes jeunes, auréolés de leur citoyenneté soviétique, constituent des recrues de choix pour les FTPF. Par ailleurs, la présence des gardes wallons excite la vindicte populaire et les incidents sont nombreux. Les gardes sont souvent molestés, les camps parfois attaqués. Ces actions visent aussi à libérer le plus grand nombre possible de requis et prisonniers.

Les évadés sont assurés de trouver un accueil dans les corons et reçoivent de faux papiers, la plupart du temps polonais – c’est commode –, parfois même français. La chronique policière de ces temps fourmille d’exemples. En juin 1943, quatre évadés du camp de Marles sont retrouvés, munis de papiers français. En août, le commissariat d’Hénin arrête trois Ukrainiens évadés de Beaumont. L’un d’eux avait une fausse carte d’identité au nom de Gaston Delattre.

 Les Ukrainiens résistants intègrent les groupes FTP et participent à l’action directe auprès de leurs compagnons français. On repère leur passage, souvent quand ils sont arrêtés, dans nombre d’actions sur le bassin minier, et ce dès 1943. Le coup le plus important est l’attaque le 24 avril 1944 du camp de Beaumont-en-Artois, mené par un détachement de 20 FTP contre les gardes wallons. Trois «Russes » collabos sont exécutés et le camp est saccagé. Deux PG « Russes » ont guidé les résistants, Vassil Kolesnik et Vassil Porik : ce sont bien des Ukrainiens. Trente-six requis parviennent à s’évader. La riposte allemande est sanglante. Kolesnik, repéré, est abattu dès le lendemain, Porik est blessé et emmené prisonnier à Arras. Ce personnage, originaire de la région de Kharkov, figure emblématique de la résistance ukrainienne dans le Pas-de-Calais, est un lieutenant dans l’armée soviétique et est arrivé avec un convoi de prisonniers russes venus des camps d’Ukraine. Il rejoint bientôt le camp de Drocourt où il peut rencontrer des compatriotes requis. L’hagiographie communiste veut qu’il commence alors son travail d’organisation et de subversion dans les conditions favorables offertes par le fond de la mine. Il ne tarde pas à s’évader du camp et est hébergé chez les Offre, un ménage de mineurs d’Hénin-Liétard. Il commande un groupe de douze hommes. Bien que blessé et torturé, Porik, sur le point d’être exécuté, réussit à s'évader, en tuant l’un de ses gardiens. Il est arrêté de nouveau le 22 juillet 1944 et fusillé le même jour(2).

Un certain nombre de résistants russo-ukrainiens est éloigné des mines pour fournir les maquis verts dans le secteur paysan des FTP. Ceux-ci sont particulièrement actifs de juillet à décembre 1943 dans le secteur de Lucheux-Frévent où ils agissent de concert avec les groupes locaux de l’OCM. De mai à août 1944, un groupe commandé par « Alexandre » Tkatchenko, prisonnier de guerre évadé, originaire de la région de Kiev, fort d’une quarantaine d’hommes, essaime ses activités à partir de son centre de Noeux-lès-Mines vers Aubigny, Frévent et Beaumetz-les-Loges. Ces maquis s’en prennent aux Allemands isolés, aux installations ennemies, aux chemins de fer et aux fermiers réputés collaborateurs. Le 18 août 1944, Tkachenko est abattu, à la sortie de Berles-au-Bois, par des Feldgendarmes allemands, avec son compagnon et agent de liaison français.

La Résistance communiste n’est pas la seule à prendre en charge les Ukrainiens et à les incorporer. Les besoins de l’Organisation Todt amènent nombre de prisonniers sur les chantiers du littoral. Ils sont alors aidés, quand ils s’évadent des camps de Berck et de Neufchâtel, par l’Organisation Civile et Militaire, mouvement de résistance qui depuis l’automne 1942 s’est implanté dans les zones rurales. La chronique résistante cite de tels hébergements dans la région de Montreuil, d’Adinfer, de Bienvillers, de Coigneux, d’Hesdin , de Douriez, d’Auxi-le-Château (3). En mars 1943, le secteur OCM d’Arras organise systématiquement des refuges pour les prisonniers évadés dans les cantons du sud, vers Pas-en-Artois et Saint-Pol. Hélas ! Cette organisation est démantelée en juillet 1943 par la trahison de Baillart.

Les résistants ukrainiens ont participé comme ils l’ont pu aux combats de la Libération auprès de leurs camarades FFI... La Résistance communiste et l’OCM aident encore à de nombreuses évasions, tant à Beaumont que dans les camps du littoral. En mai 1944, trois PG russes dont au moins un Ukrainien, s’évadent depuis une caserne d’Hesdin. Comme ils ont travaillé pour l’organisation Todt, il peuvent fournir d’utiles renseignements sur les chantiers de V1, avant d’être transférés dans la ferme du bois de Lebiez, chez Ulysse Picquet. Le camp de Beaumont est attaqué encore à trois reprises de juin à août. Cette résistance est très présente dans la floraison des sabotages de toutes sortes de l’été 1944, dans le bassin houiller et ailleurs. Ils opèrent quelques exécutions sommaires au début de septembre contre les gardes wallons ou contre des porions trop durs, réputés collabos. Un exemple : un chef porion des mines de la fosse 6 bis à Dourges, abattu le 1e septembre 1944 à la cantine de la fosse 6 bis par le Russe Marc Slobodinski, ex-travailleur au camp de Beaumont, incorporé au groupement russe FTP d’Hénin-Beaumont (groupe scolaire Fallières). Le porion aurait dénoncé des résistants aux Allemands en juin 1944 et des Ukrainiens dont le rendement est insuffisant. On lui reproche aussi sa dureté dans l’exercice de ses fonctions (4). Ils combattent en septembre là où ils se trouvent. Des évadés du camp d’Olincthun le 20 août 1944, récupérés par l’OCM locale, s’arment en attaquant le même camp le 30. Ils sont intégrés dans le groupe franc du Waast, sous les ordres de Marcel Caudevelle, puis d’Isabelle Nacry et participent siège de Boulogne (5); ils patrouillent dans les lignes allemandes avec les Canadiens (6) jusqu’à l’attaque finale du 18 septembre vers le Mont-Lambert.

La participation des Ukrainiens du lendemain à la Résistance est relativement visible, mais qu’en est-il pour les Ukrainiens de la veille, ceux issus de l’immigration d’entre-deux-guerres ? Sans être insoluble, la question est difficile. Quelques indices onomastiques, fragiles il est vrai, montrent que certains ont pu être intégrés dans les groupes MOI ou les FTP(7), dans le mouvement Voix du Nord(8) et même encore, et cela pourrait surprendre, dans la Résistance nationale et polonaise du POWN(9).

 La répression allemande n’a pas épargné nos résistants ukrainiens. Outre les fusillés, on compte quelques déportés. Dans le convoi du dernier train de Loos, parti le 1e septembre 1944, on trouve deux prisonniers de guerre Piotr et Sergueï Timochenko qui seront immatriculés à Buchenwald le 17 septembre et dont le sort est inconnu (10).

 

 Source

 

(1) Cette note est tirée de mon article « Les Ukrainiens dans le Pas-de-Calais pendant la Seconde Guerre Mondiale », dans Migrations, transferts, échanges dans le Nord de la France, 49e congrès des sociétés savantes du Nord de la France, Cercle d’Etudes du Pays Boulonnais, 2009, pp 131-144. L’essentiel de la documentation sur la Résistance ukrainienne en Pas-de-Calais vient d’une étude de Fernand LHERMITTE, Archives Pas-de-Calais, 51 J 1

(2) Article de Liberté du 11 février 1968, archives Pas-de-Calais, 51 J 1

(3) Mikhaïl BOIKOFF est hébergé par Henri FOURRIER, employé de mairie à Auxi (OCM). Notre « Russe » de Kiev avait été condamné à mort et blessé

(4) Archives Pas-de-Calais, 51 J 12

(5) Parmi les noms spécifiquement ukrainiens dans ce groupe : Vassili GRIZENKO, né le 11 janvier 1923, Piotr MOSKALENKO, né le 22 décembre 1906, Mikhaïl KUPIU, né le 26 décembre 1921, Grigor KOSCHENKO, né le 21 avril 1900. Le groupe du Waast est sous la responsabilité de René WIMET, Louis GAVEL et Pierre CHARBONNEL. Ceux-ci s’étaient retrouvés à Colembert le 2 septembre, puis s’étaient dirigés vers la forêt de Boulogne et la Capelle. Ils avaient ôté leur insigne de l’armée rouge et n’avaient pas pu prendre contact avec des habitants de rencontre qui s’étaient éloignés de crainte à leur approche. C’est Julienne CAUX, une résistante de Boulogne, alertée de leur présence, partit à leur recherche avec le seul mot de passe le mot français qu’ils savent prononcer « pain ». Ces détails sont rapportés par Guy BATAILLE, Le Boulonnais dans la tourmente, tome III, pages 118-119

(6) Ainsi dans la nuit du 11 au 12, ils participent à une forte patrouille entre Haute-Cluse et Denacre

(7) Est-ce le cas de GNIDACHENKO Renia, 39 ans, sans profession, de Courcelles-les-Lens, relaxé par la Cour d’appel le 10 décembre 1942 et poursuivi pour activité communiste ? (Archives Pas-de-Calais, 51 J 4)

(8) IVANENKO de Noeux-les-Mines

(9) Une question posée à ce sujet sur un forum franco-ukrainien http://forumukrainien.free.fr/phpBB2/viewtopic.php?t=1201 a montré la difficulté de ce type de recherches. Quelques noms franchement ukrainiens ont cependant été repérés : Jean KNIECIUK, d’Oignies, Barbara GALKA de Sallaumines

(10) Y. LE MANER, Le train de Loos, Tournai, 2003

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Samedi 15 mai 2010 6 15 /05 /Mai /2010 12:22

ukrainiens-de-la-legion-etrangere.jpg Pour quelles raisons plusieurs milliers d'immigrés ukrainiens se sont-ils engagés dans la Légion Etrangère dans les premiers mois de la seconde guerre mondiale ?

 

Entre les deux guerres mondiales, des milliers d’Ukrainiens sont venus à la demande de la France pour travailler dans les fermes, les mines ou la sidérurgie. A cette époque, l’Ouest de l’Ukraine était occupé par la Pologne. Consécutivement à l’invasion de ce pays par l’Allemagne le 1er septembre 1939, l’ambassadeur de Pologne en France lança un appel à tous les ressortissants polonais sur le territoire français. C’est à Coëtquidan en Ile et Vilaine que le général Sikorski organisa la mobilisation des troupes. Cette décision troubla de nombreux Ukrainiens qui, bien que de citoyenneté polonaise, ne désiraient pas porter l’uniforme d’un Etat occupant leur patrie. Aussitôt, les dirigeants des associations ukrainiennes entamèrent des négociations avec le gouvernement  français. Celles-ci furent fructueuses et permirent à plus de 5 000 Ukrainiens de s’engager en l’espace de quelques semaines dans la Légion Etrangère française. Il convient par ailleurs de souligner que parallèlement, dès la déclaration de guerre, des Ukrainiens s’étaient déjà engagés au sein des deux Régiments de Marche des Volontaires Etrangers de la Légion étrangère à titre individuel.

 

 Les Ukrainiens engagés volontaires ont-ils pris part à la campagne de France ?

 

Bien sûr, les Ukrainiens de France, dans les rangs de la Légion Etrangère,  ont pris part aux combats de mai-juin 1940 dans les Flandres, sous Sedan, sur la Somme, la Seine, la Marne, la Loire et la Saône, laissant sur les champs de bataille des centaines de tués et de blessés graves. Beaucoup d’entre eux seront faits prisonniers par les Allemands. La campagne de France se termine le 22 juin 1940 avec l’armistice demandé par le maréchal Pétain. L’ordre de démobilisation est alors donné pour tous les engagés volontaires ukrainiens de la Légion Etrangère.

 

 

Le courage et l'esprit de sacrifice de ces combattants ont-ils donné lieu à des commémorations?


Pour vous répondre il faut préciser ce que sont devenus ces légionnaires après l’armistice. Le soir même, 900 d’entre eux sont dirigés et rassemblés dans les communes du Pays d’Aix en Provence en attendant leurs documents de démobilisation. A Peynier, dans la forêt de la Garenne, ils gravent sur un rocher le tryzoub, nom ukrainien du trident, symbole national de l’Ukraine indépendante ainsi que d’autres inscriptions en ukrainien et en français. Le Rocher de la Garenne a été retrouvé en 2006. Etonnamment, il conserve toujours les traces du passage des légionnaires au cours de l’été 1940. Sur une initiative du président de l’Union des Français d’origine ukrainienne et grâce aux efforts conjugués de la municipalité de Peynier et de la Légion étrangère, le chemin conduisant au Rocher a été baptisé « Sentier des Volontaires Ukrainiens » le 30 juin 2007 et une plaque commémorative a été apposée en 2008. Désormais le 2 novembre, la Légion Etrangère rend hommage aux légionnaires morts au combat au cours d’une cérémonie réunissant les autorités civiles et militaires et des descendants de légionnaires ukrainiens.

 

 Propos recueillis par Frédéric du Hauvel

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Lundi 15 février 2010 1 15 /02 /Fév /2010 22:14
radio-svoboda-copier.jpg
12/02/2010, Radiosvoboda.org


Varsovie. Mardi 10/02 a eu lieu la présentation à l'Institut Polonais du Souvenir National (IPN) d'un livre intitulé «HOLODOMOR. La Grande Famine en Ukraine 1932-1933». C'est le septième volume de la série “La Pologne et l'Ukraine pendant les années 1930 et 1940” publié par l’Institut. La direction de l'Institut du Souvenir national voit cette publication comme un ouvrage à part et voudrait le présenter en Europe occidentale et aux Etats-Unis.

Ce nouveau volume contient plus de 230 documents d’archives non-publiés jusqu’à ce jour : du matériel provenant des Services de Renseignement polonais, de la police et des administrations locales de la Pologne d'avant-guerre. Il y a aussi des lettres de diplomates traitant de l’Holodomor, des directives et des protocoles d'interrogatoire.

Les spécialistes croient que les documents reflètent la situation réelle en Ukraine pendant l’Holodomor et donneront au lecteur une idée de l'échelle réelle de la tragédie du peuple ukrainien.

La plupart des documents figurant dans ce livre sont publiés pour la première fois.

great famine in Ukraine pologneL'auteur du livre, Dr Jerzy Bednarek, de l'Institut du Souvenir National, expliqué à Radio Svoboda pourquoi ce livre est unique

Les documents publiés viennent de l’OGPU soviétique, devenu le NKVD. Un point intéressant ici est que beaucoup de documents d'archives proviennent d’agents de renseignement attachés aux bureaux diplomatiques étrangers et travaillant dans les régions englouties par la famine. Les services de sécurité soviétique prenaient soin de s'assurer qu'aucune information sur la famine ne puisse atteindre l’Occident. Dans une certaine mesure ils ont réussi. Les documents sont la preuve directe que les autorités soviétiques ont essayé à tout prix de garder le secret et fait de la rétention d’informations au sujet de l’Holodomor”.

Lech Kaczynsky, Président de la République de Pologne, a écrit dans l'avant-propos que “les documents d'archives maintenant publiés montrent que l'Holodomor doit être désigné comme le génocide du peuple ukrainiens. L’Holodomor restera une tragédie sans précédent dans l'histoire de l'Ukraine et de l'Europe.

Le Dr Bednarek est convaincu que la publication en langue anglaise est absolument indispensable pour s’assurer que les véritables renseignements sur l’Holodomor en tant que génocide contre le peuple ukrainiens et perpétré par le régime communiste soient le plus largement connus.

Il a ajouté que la communauté internationale a besoin d'un signal clair pour garantir qu'un tel crime ne puisse jamais plus se répéter.

“Le livre sera présenté d'abord en avril au Parlement européen puis des manifestations similaires auront lieu en Allemagne et ensuite à Londres. Nous voulons aussi présenter le livre sur l’Holodomor aux Etats-Unis. Lors d’une visite récente à Washington par des membres de l'INR, les représentants de l'Administration américaine se sont enquis à plusieurs reprises de ce livre. Un certain nombre d’exemplaires a déjà été distribué par l'Ambassade d’Ukraine aux Etats-Unis. Il y a donc de l’intérêt pour le livre aux Etats-Unis”.

Le travail sur les différents volumes de la série “La Pologne et l'Ukraine pendant les années 1930 et 1940” a été mené à bien sur plusieurs années et a été réalisé en collaboration avec les Archives Centrales du SBU [le Service de Sécurité de l'Ukraine], l'Institut Polonais du Souvenir National, le Ministère polonais de l’Intérieures et l’Administration et l'Institut de Recherche Politique et Ethno-nationale de l’Académie des Sciences de l’Ukraine.

 

 

Préparé par Tymko

Source en ukrainien

Source en anglais

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Mardi 2 février 2010 2 02 /02 /Fév /2010 22:45

http://www.uz-left.narod.ru/txt/karmaliu/10b.jpgOustym Yakymovytch Karmаliouk (Устим Якимович Кармалюк), 10 mars 1787 – 22 octobre 1835, était un hors la loi qui devint un héros populaire.
Il est souvent désigné comme le « Robin des Bois ukrainien ».


Karmaliouk est né serf dans le village de Holovchyntsi, district de Lityn dans la Gubernia (province) de Podolie. On sait peu de choses sur les premières années de sa vie sauf qu'il était alphabétisé et parlait couramment le russe, le polonais et le yiddish en plus de sa langue natale ukrainienne, ainsi qu'il est attesté par les documents de la police de son temps. A l’âge de 17 ans, il fut requis pour travailler comme domestique dans le manoir de son propriétaire, mais il était notoirement insolent. A la suite de quoi, son seigneur décida de l’envoyer dans l’Armée russe pour l'éloigner de ceux qu’il incitait à la révolte.

Le révolté

Il reçut, sous la contrainte, une formation dans l'Armée Impériale russe et servit au cours des guerres napoléoniennes de 1812 dans un régiment de uhlans.
Mais il finit par déserter, revint dans sa région et organisa des bandes rebelles qui attaquaient les marchands et les propriétaires fonciers, tout en distribuant une part du butin aux pauvres.

Il fut capturé en 1814 et condamné à Kamianets-Podilskyi à recevoir 500 coups de "spitzruten" (baguette de fusil), une punition militaire typique. Il fut aussi condamné à servir pendant 25 ans dans un régiment en Crimée, mais parvint de nouveau à s’enfuir pour revenir dans le nord de la Podolie. Il organisa de nouvelles bandes rebelles dans les régions de Proskuriv, Letytchiv et Lityn, tout en parvenant à se ménager un large soutien chez les serfs, les Juifs et aussi les Polonais. Les rébellions s’intensifièrent au cours des années et s'étendirent non seulement à d'autres parties de la Podolie, mais aussi dans les provinces adjacentes de Volhynie, de la Kyivchtchyna et de Bessarabie. Au début des années 1830 l' « armée » de guérilleros de Karmaliouk était forte d’environ 20.000 hommes. Elle avait réalisé plus de 1.000 raids sur les terres des propriétaires fonciers polonais et russes au cours des 20 années précédentes.

La réponse du Tsar consista à faire stationner des unités militaires dans les régions les plus durement touchées. Karmaliouk fut capturé à quatre reprises et condamné à la déportation en Sibérie. Chaque fois, il parvenait à s’enfuir et revenait dans les districts de Lityn et de Letychiv. Une tour du château de Kamianets-Podilskyi porte le nom de ce prisonnier célèbre.

À la différence des Haidamaks du siècle précédent, Karmaliouk ne montrait aucune aversion envers les personnes appartenant aux différents groupes ethniques et minorités de l’Ukraine, les Juifs en particulier et, en conséquence ceux-ci l'ont soutenu massivement.
Ses proches compagnons étaient les Polonais Jan et Alex Glembovski, Feliks Jankovski et Alexander Wytwycki et aussi les Juifs Avrum El Izkovytch, Abrachko Duvydovytch Sokolnytsky et Aron Viniar. Beaucoup de Juifs ont été poursuivis pour leur participation aux raids de Karmalyuk ou pour complicité. En général, Karmaliouk a inspiré une loyauté sans précédent de la part de ses partisans.

Mort de Karmaliouk

Le 22 octobre 1835, une troupe tsariste encercla le groupe de Karmaliouk qui était hébergé dans la maison d'un paysan Ukrainien du nom d'E. Protskova située dans le hameau de Chlyakhovi-Korytchyntsi près de Derajnia. Là, au cours du combat qui suivit, Karmaliouk fut tué d’un coup de feu. Il avait 48 ans. Son corps fut ramené à Letytchiv où il fut enterré. Aujourd’hui une statue l'honore à cet endroit.

L'homme qui tua Karmaliouk, le noble polonais F. Rutkovsky, reçu une médaille du Tsar lui-même ainsi qu’une pension à vie.
Selon la légende, Karmaliouk était protégé contre les balles et a été tué par la seule chose qui pouvait l’atteindre, un bouton de vêtement en plomb.

Karmaliouk dans l’Art et la littérature

Karmaliouk a été l’objet de nombreuses œuvres artistiques et de chansons folkloriques. Il est parfois considéré comme "le Houdini de Podolie", puisqu’aucune prison n'était capable de le retenir très longtemps.

Affectueusement, il est connu comme le dernier Haidamak d'Ukraine.

Karmaliouk fut le sujet de trois portraits du peintre russe Vasily Tropinin. Il existe quelques versions différentes sur les rapports de Karmaliouk avec l'artiste.
Selon une version Tropinin a été présenté à Karmaliouk par son ami médecin Prokopy Danylevsky qui avait soigné des gens de Karmaliouk. Selon une autre version, Tropinin a peint Karmaliouk dans sa prison. Trois portraits de Karmaliouk par Tropinin ont survécu. Le premier est conservé au musée d’art Nizhny Tagil, un autre est gardé dans la Gallerie Tretyakov et le troisième se trouve au Musée d’Etat russe (Государственный Русский музей).
Karmaliouk a été le héro d'un certain nombre de poèmes du compositeur de chansons Tomasz (Tymko) Padura, dont certains sont devenus des chansons folkloriques.

 

Traduction de l'anglais par Tymko

Source



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Jeudi 19 novembre 2009 4 19 /11 /Nov /2009 22:08
Quelles sont les motivations qui ont conduit à la création de la collection ?
C’est principalement le constat – peu original – de la sous-information du public français ou plus généralement francophone sur l’Ukraine. L’ignorance est effrayante, non seulement dans le grand public, mais aussi chez les décideurs où elle peut avoir des conséquences graves : on se souvient de Valéry Giscard d’Estaing comparant la situation de l’Ukraine au sein de l’Union soviétique à celle de la région Rhône-Alpes au sein de la France…

Périodiquement, on me demande encore si l’Ukraine est un Etat indépendant ou une partie de la Russie, si les Ukrainiens sont des Russes, s’il y a une langue ukrainienne…En 2001, ma collègue de l’INALCO Iryna Dmytrychyn et moi-même cherchions un canal qui nous permettrait de contribuer à la lutte contre cette sous-information (qui est parfois d’ailleurs de la désinformation). Nous avons proposé aux éditions de l’Harmattan la création d’une collection consacrée à l’Ukraine dans toutes ses dimensions : historique, culturelle, politique…

On sait que cet éditeur a pour politique de publier, dans des collections thématiques aujourd’hui très nombreuses, le maximum d’ouvrages de sciences humaines. Le faible coût permet la parution de travaux que les éditeurs classiques trouvent trop peu rentables. Aujourd’hui, notre collection est l’une des façons de maintenir en France, comme le dit son nom, une « Présence ukrainienne ».

De quels horizons disciplinaires traite la collection ?

Tout ce qui concerne l’Ukraine y a sa place. Le catalogue comprend actuellement des ouvrages traitant d’histoire, d’archéologie, de linguistique, de littérature, de politique et de géopolitique, et même de cinéma… Nous avons publié des rééditions ou réimpressions de travaux anciens, dont la classique Description d’Ukranie de Le Vasseur de Beauplan et l’essai de Mérimée sur Bohdan Khmelnytsky, des traductions d’ouvrages en ukrainien comme le recueil d’articles de Mykola Riabtchouk et la Grammaire pratique de l’ukrainien de Roksolana Mykhaïlyk, des textes originaux en français comme l’ouvrage sur Grégoire Orlyk issu de la thèse soutenue par Iryna Dmytrychyn.

Quels ouvrages ont, à ce jour, rencontré le plus de succès ?

Celui de Mykola Riabtchouk (De la Petite-Russie à l’Ukraine), qui est un politologue de renom et dont le livre aborde des questions extrêmement sensibles relatives à l’identité ukrainienne, à l’interprétation de l’histoire, à la situation politique et géopolitique actuelle du pays, etc. ; et mon manuel (Ukraine, une histoire en questions), qui est un ouvrage d’introduction spécialement destiné au public français. De toute façon, compte tenu des sujets et des publics visés, beaucoup de titres se vendent naturellement sur une longue période. Les rééditions de Le Vasseur de Beauplan et Mérimée signalées plus haut, par exemple, sont les seules actuellement disponibles. Mais, à mon avis, le vrai succès ne se mesure pas forcément aux résultats des ventes : un seul ouvrage dans une bibliothèque bien fréquentée peut avoir plus d’importance à terme.

A quelle typologie de lectorat s'adressent les ouvrages de la collection ?
C’est très variable selon les cas. Certains titres visent un public assez large, d’autres sont plutôt destinés à des spécialistes. Parfois, des lecteurs peuvent s’intéresser au même ouvrage pour des raisons tout à fait différentes : le Maroussia élaboré par Iryna Dmytrychyn combine ainsi le fac-simile de l’édition originale de ce classique de P. J. Stahl, qui continue d’être lu par les enfants, et la reproduction inédite de l’original en français de Marko Vovtchok qui l’a inspiré, destiné plutôt à des amateurs de littérature. Nous pensons qu’un livre qui a un vrai contenu, qui mérite d’être publié, trouvera ses lecteurs. Beaucoup de nos lecteurs sont évidemment des Ukrainiens ou des Français d’origine ukrainienne, mais nous avons toujours le souci et l’espoir de toucher le public français général – celui à qui il faut faire découvrir l’Ukraine, son histoire, sa culture, l’enjeu qu’elle représente actuellement…

Quelles seront les prochaines parutions de la collection ?

Parmi les projets les plus avancés figurent la traduction commentée d’un témoignage sur la grande famine de 1933, et des contes : La Moufle, qui sera publié en édition bilingue illustrée, et des contes de Marko Vovtchok.

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