Culture

Lundi 13 février 2012 1 13 /02 /Fév /2012 11:38

anna-schevtchenko.jpgNée en Ukraine en 1965, Anna Shevchenko est la première étudiante de « l’Ukraine indépendante » à obtenir une bourse pour intégrer l’université de Cambridge et la première femme d’origine étrangère devenue membre de l’Oxford & Cambridge Club. Parlant couramment sept langues, dont le français, Anna a servi d’interprète lors de nombreuses rencontres gouvernementales. Elle a  par ailleurs, écrit deux guides culturels ; l’un sur l’Ukraine, l’autre sur la Russie.

Son premier roman Héritage, publié aux Editions «First » a paru en France en octobre 2011. Aujourd’hui Anna vit et travaille en Grande Bretagne.

 

Pourquoi vous avez écrit ce roman ? Quelle était votre source d’inspiration ?

Ce livre est dédié à mes grands-parents. Un des personnages féminins – Sara Samoilivna - a été directement inspiré par ma grand-mère. Dans le chapitre 3, j’ai utilisé le journal de guerre de mon grand-père, Fedir Shevchenko (1914-1996), un grand historien et archiviste ukrainien.

J’ai toujours écrit, même si cela m’a été longtemps interdit, car mon grand-père était considéré comme dissident à l’époque soviétique. Ma famille a beaucoup insisté pour que j’écrive ce roman, pour que j’exprime enfin ma pensée.

J’ai d’abord publié (en anglais) un guide sur l’Ukraine, sa culture et ses coutumes (Anna Shevchenko. Ukraine - Culture Smart ! : Essential Guide to Customs and Culture, aux Editions KUPERARD, Grande Bretagne). Cet ouvrage est considéré comme la première publication au monde abordant l’étude de la mentalité ukrainienne ; il a déjà connu 5 rééditions. (Il parait que Vladimir Poutine l’a lu avant d’entamer des négociations avec les Ukrainiens !)

Ce roman, Héritage, m’a « trouvée ». C’est le récit de rêves nationaux. Il s’agit du trésor des cosaques (mythique ou pas), qui aurait été déposé à la Banque d’Angleterre au XVIII siècle. Ce trésor serait devenu un « héritage » incroyable de 150 milliards. J’ai imaginé ce qui pourrait se passer si quelqu’un réclamait cette somme aujourd’hui. Ce livre n’est pas uniquement une chasse aux trésors et une intrigue politique. C’est plus que cela. Ce livre est un hommage à mon grand-père, qui a écrit son journal intime pendant la guerre. Je l’ai trouvé très émouvant, poignant et l’ai utilisé dans mon roman. C’est aussi un hommage aux trois générations de mes compatriotes : la génération de la guerre, la génération de l’époque du « dégel » des années 60 et ma génération. Après quelques années de liberté à la mort de Staline, le système s’est renfermé à nouveau. Pour moi, cette dernière génération est « perdue ». Quant à ma génération, je la considère non seulement « perdue », mais « tuée, cassée ». Nous avons grandi dans une société se référant à des  valeurs soviétiques qui ont ensuite disparu. Alors, nous nous sommes retrouvés dans une société sans valeurs. Certaines personnes se sont suicidées ou sont devenues alcooliques ou ont encore décidé de partir, comme moi.

Au-delà de mon histoire personnelle, pour mon roman pendant deux ans, j’ai fait de nombreuses recherches. Entre autres, je me suis rendue au château privé d’un descendant de cosaque ukrainien devenu général de l’armée française au XVIII siècle. Par ailleurs, j’ai consulté des archives russes et ukrainiennes et bien sûr, celles de la Banque d’Angleterre.

Je pense que cette intrigue politique qui débute au XVIII siècle intéressera les lecteurs français. L’histoire se répète aux XIX et XX siècles. Mon roman est inspiré de faits réels et de témoignages de personnes ayant vécu dans les années 60. L’épisode sur l’hôpital psychiatrique pour les prisonniers politiques en est un exemple.

Les nombreuses redites et symboles sont les témoins d’une histoire qui non seulement se répète, mais se venge. Cela me semblait très important à mettre en évidence.

J’ai choisi trois personnages féminins pour incarner les différentes époques de l’histoire de l’Ukraine : Sofia, Oksana et Kate. C’est Oksana qui symbolise l’Ukraine qui a survécu, mais qui a été privée de son identité.

 

heritage.jpg Ce livre est très personnel. Qu’est-ce que vous avez ressenti lorsque vous l’avez terminé?

J’ai été soulagée… Lorsque le roman a été publié, j’ai ouvert la première page et quand j’ai vu ma dédicace à mes grands-parents, j’ai été très émue. J’ai compris que j’avais accompli quelque chose d’important car le souvenir de mes grands-parents aujourd’hui décédés, m’est très cher…

Quand j’ai écrit ce roman qui est resté dix ans dans mon tiroir, je n’avais pas l’intention de le publier car il me semblait qu’un sujet sur l’Ukraine n’intéresserait personne en Grande-Bretagne. Pourtant je l’avais écrit directement en anglais.

Lorsque mon premier livre – le Guide sur l’Ukraine - est sorti, mon fils m’a encouragé à publier « Héritage ». A ma grande surprise, le livre a rencontré un succès. Récemment en France, j’ai vu dans un kiosque à la gare que mon livre était parmi « les meilleures ventes » !

 

Le roman « Héritage » (le titre original - « Bequest ») - a été écrit directement en anglais. Pourquoi ?

Mon roman est destiné à des lecteurs étrangers. Une journaliste britannique a écrit dans son article que j’avais réussi à donner une leçon claire et concise sur l’histoire ukrainienne. Mon objectif principal était de faire découvrir l’Ukraine aux lecteurs étrangers. Je voulais vraiment susciter chez eux, un intérêt pour mon pays.

 

Vous travaillez actuellement sur votre deuxième roman. Quel est son sujet ?  

Il s’agit de la conférence de Yalta en février 1945. L’histoire se déroule entre Odessa et Yalta, dans une période allant de la guerre à nos jours. C’est un nouveau regard sur cet événement historique. Comme pour mon premier roman, j’ai travaillé dans les archives, notamment à Odessa. Cet ouvrage sera publié bientôt en Grande-Bretagne.

Propos recueillis par Olena Yashchuk Codet

 

 

 

 

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Vendredi 13 janvier 2012 5 13 /01 /Jan /2012 09:32

vinnitchuk-persukr.jpgC’est un homme persifleur, un poète désœuvré. Il peut paraître ordinaire. Il sait tout…ou presque. Sa tête est comme une valise pleine d’informations et de connaissances.
Il est né en 1952 à Ivano-Frankivsk. Pendant les années 1974-1981, soupçonné par l’état soviétique d’activités antisoviétiques (et non sans raison comme il le dit lui-même), Vinitchouk n’était pas publié. Par conséquence, il a testé beaucoup de métiers dans sa vie. Il a travaillé en tant que manutentionnaire, peintre-décorateur ou assistant de laboratoire. Depuis 1991, il collabore au journal Postup, puis Post-Postup, dont il devient rédacteur en chef.
Youri Vinitchouk est écrivain, traducteur (anglais, langues celtes et slaves), poète, éditorialiste et rédacteur en chef du journal Post-Postup (selon Vakhtang Kipiani, c’est une édition emblématique de l’âge d’or du journalisme ukrainien). Par ailleurs, il écrit pour le théâtre, rédige une anthologie de la prose ukrainienne gothique, ainsi que des contes ukrainiens littéraires. En 2005, son livre «Les jeux printaniers dans les jardins d`automne » est reconnu comme le meilleur roman ukrainien selon la BBC.
Ses livres sont publiés en Grande Bretagne, au Canada, aux Etat Unis, en Argentine, en Allemagne, en Croatie, en République Tchèque, en Serbie, en Russie, en Pologne, au Japon, en Biélorussie. En France, n’est publié que son conte pour les petits et les grands «Le plus brave des petits cochons».
Actuellement, Youri Vinitchouk se prépare à publier deux anthologies des poètes ukrainiens perdus dans la tourmente de la répression politique. Parmi eux Sava Bozko, Grygori Kosynka, Mychailo Lozynski.
 
D`ou vient cet amour des contes ?
C`est plutôt la foi, la croyance en les contes. C`est inexplicable. Les contes m’accompagnent toute ma vie. Depuis l’enfance j’en suis fou. La moitié de ma bibliothèque sont des contes des quatre coins du monde, environ deux mille volumes en différentes langues.http://www.bayard-editions.com/var/bayard/storage/images/editions-bayard/jeunesse/petite-enfance/albums/belles-histoires/plus-brave-des-petits-cochons-le/20040334-1-fre-FR/PLUS-BRAVE-DES-PETITS-COCHONS-LE_ouvrage_large.jpg
Dans votre œuvre il y a beaucoup de biographies, et vous, comment êtes vous devenu écrivain ?
Dans les années 80, quand je ne pouvais pas publier mes propres livres, j`écrivais alors pour moi et mes amis. Si ce système politique n’avait pas existé, j’aurais pu écrire beaucoup plus. Mon envie d`écrire est née de la lecture. Si je m`étais trouvé seul sur une île inhabitée, j`aurais écrit pour moi-même. Dans ma vie j`ai vu beaucoup de choses intéressantes et je n`ai pas encore tout décrit.


Dans les années 80 vous avez publié vos propres livres comme des traductions. La critique, les censeurs n`ont pas vu ce subterfuge?
J`étais obligé de travailler de cette façon. Autrement ce n`était pas possible d’être publié. Toutes mes mystifications s’exerçaient à haut niveau. Ils ne les ont pas comprises.
Aujourd`hui c`est une autre époque. On peut dire que la critique n`existe plus. Il n y a pas de critiques sur les livres. Souvent ce ne sont que louanges. Or la critique doit être caustique, mordante. Dans les années 80, le feuilleton était le genre le plus populaire. Moi-même je flagellais ces graphomanes dans tous les journaux. Maintenant ? Tout est lisse. Tout le monde est bon .Tout le monde est doué et plein de talent. Je m`ennuie à lire toutes ces odes laudatives. Et donc je ne les lis pas.
 
Combien de temps dédiez-vous à l`écriture et où puisez-vous votre inspiration ?
Quand je suis inspiré, je peux écrire du matin au soir. Mais, bien sûr, je m`arrête, je fais une pause, je prépare un repas. Quelquefois je n’arrive pas écrire. Dans ces moments je traduis ou prépare les articles. J`avoue beaucoup de lacunes ; il y a les années perdues où je ne pouvais pas publier tout ce que je voulais.
Pour retrouver l’inspiration je prends un livre qui pourrait m`influencer et je le lis une heure. L`inspiration vient d’elle-même. C`est comme charger une batterie. Je ne presse pas mes personnages, je peux les couver longtemps sans réfléchir au sujet, juste quelques lignes. Ainsi Malva Landa fut écrit par morceaux en dix ans.
 
Quels sont les auteurs qui vous ont influencé ?
C’est surtout Bohumil Hrabal. Je ne traduis que des auteurs qui me sont proches. Parfois il me semble que c`est moi qui écrit à tel point que nos styles se ressemblent. Hrabal est surtout intéressant pour son langage. Il maîtrisait la langue parlée, la langue du peuple.
Son personnage parlait en tchèque. La langue tchèque sonnait dans ses textes mise dans la bouche de personnages de toutes les couches sociales. C`est très important et c`est comme ça que ça se passe dans tous les pays développés.
Chez nous, notre pays était longtemps esclave et asservi, et même aujourd’hui, notre langue ukrainienne n`est pas dûment valorisée dans tous les milieux de la société. Par exemple nos stars sportives ne la maîtrisent pas.
Parmi mes auteurs préférés on peut évoquer Borges, Cioran, Landolfi, Blanchot, Bukowski, Lorrens Darrell, Paul Bowles, Youriy Kossatch, Igor Kostecky… Depuis longtemps je suis abonné au journal littéraire polonais «Littérature na sviecie». On peut dire qu’il a formaté mes gouts littéraires. Dedans il y a toutes les nouveautés de l’édition. Un numéro entier est consacré à chaque nouveau lauréat de prix Nobel de littérature.

Actuellement vous travaillez sur un roman où vous parlez du Lviv d’antan. C`est un roman historique ou une histoire romanesque ?
Non, il n`est pas historique, même si toutes les actions se déroulent à Lviv dans les années 1930-40. Dans mon texte je donne une description de la défense de la ville, en septembre 1939, où les Allemands ont assiégé la ville. Lviv a tenu neuf jours ... jusqu`à ce que les bolcheviks l’attaquent par derrière. Je pense que c`était une époque héroïque. A grand mon regret, aujourd`hui, les habitants de Lviv ne sont pas conscients de ça. Mais dans mon roman, il s`agit d`abord de relations humaines.
Propos recueillis par Liana Benquet

 

En France, on peut lire Post-Postup à Paris,
dans la bibliothèque ukrainienne Symon Petlura
(6, rue de Palestine, 75019, Tél/Fax. 01 42 02 29 56 )

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Vendredi 6 janvier 2012 5 06 /01 /Jan /2012 10:01

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Lundi 12 décembre 2011 1 12 /12 /Déc /2011 09:43

Pikardiyska Tertsia est un terme musical « emprunté » au compositeur ukrainien Anatoli Kos-Anatolski. Cela signifie un changement majeur à la fin d’une œuvre musicale. Tout a commencé en 1992 …

 

C’est au sein d’un chœur d’étudiants à l`Ecole Nationale de Musique de Lviv, Stanislav Luidkevych que Volodymyr Iakymec, Iaroslav Noudyk, Bogdan Bogach et Andri Kapral posent les fondations du groupe avant d’être rejoints par Andri Bazylykut et Roman Tourianyn. Ce qui caractérise Pikardiyska Tertsia, c’est la parfaite maîtrise du chant « a capella » conjugué à la volonté d’expérimenter d’autres genres musicaux. Depuis la création du groupe, seul un changement est intervenu : en 1996 Andri Shavala a remplacé Andri Bazylykut. Avant de faire partie de Pikardiyska Tertsia, Andri Shavala a chanté pendant 13 ans dans le célèbre ensemble Trembita.

 

En 1992, le groupe enregistre son premier disque «Jardin de chansons angéliques». Les chanteurs a capella deviennent dans la foulée lauréats du festival La Rue Rouge à Donetsk. En 1994, ils remportent le concours Le Destin à Tchernivsty. En 1995, ils triomphent au concours de télévision Mélodie et se classent à meilleures places des hit-parades ukrainiens. En 2000, 2001 et 2008, Pikardiyska Tertsia participe au prestigieux e festival international de chant a capella Vocal Total à Munich (Allemagne). En 2006, à Bruxelles, Pikardiyska Tertsia se produit devant les députes de la Commission Européenne. En 2008, le groupe se voit décerner le prix national ukrainien Taras Shevtchenko.

 

 

ENTRETIEN AVEC IAROSLAV NOUDYK membre fondateur de Pikardiyska Tertsia

illustrations-5479.jpg

Quelque chose a-t-il changé en vous depuis que vous êtes lauréat du prestigieux prix Taras Shevchenko ?

 Le prix Taras Chevtchenkofut une merveilleuse surprise. Cette récompense nationale n’est pas seulement la reconnaissance de notre créativité, de ce que nous avons déjà fait, mais c’est aussi un fort stimulant pour l’avenir de notre groupe. Dans l’absolu nous sommes restés les mêmes. On peut toujours nous aborder dans la rue, nous demander un autographe ou faire une photo. Nous avons pour principe de rester accessible et de ne jamais nous couper de notre public. Si un artiste fuit les contacts directs, il se prive d’un lien essentiel et s’éloigne peu à peu de son public non seulement au quotidien mais aussi même pendant ses concerts.

 

Picardiyska Tertsia est moins présent dans les médias qu’auparavant, comment l’expliquez-vous ?

Il faut poser cette question au gouvernement. Il est clair que sa politique ne favorise pas le développement de programmes culturels ukrainophones d’autant que toutes les chaines de télévision et de radio appartiennent à des investisseurs russes. Tant que cette situation perdurera, il y a peu de chance de voir une réelle amélioration en la matière en Ukraine. De notre côté, nous faisons le maximum pour promouvoir le folklore ukrainien et composer et interpréter de nouvelles chansons ukrainiennes modernes. Du point de vue économique, une des difficultés réside dans le fait que la production d’un clip de très bonne qualité coute deux, voire trois fois moins cher que son passage à la télévision. Les coûts de diffusion sont en effet devenus exorbitants.

 

Il est difficile d’imaginer un Noël à Lviv sans Picardiyska Tertsia.

Cela nous fait très plaisir. Les traditions populaires, il faut non seulement les perpétuer, mais aussi les promouvoir. C’est pour cette raison que nous avons dans notre répertoire de nombreuses chansons sur Noël que nous présentons en Ukraine ainsi qu’à l’étranger. Quand arrive le jour de Noël, nous allons de maison en maison, en chantant les koliady, ces magnifiques chants que nous ont appris nos parents dans notre enfance. Fidèles à la tradition immémoriale, les enfants comme les adultes les chantent d’habitation en habitation pour annoncer la Bonne Nouvelle aux gens : la Naissance du Fils de Dieu.

 

Propos recueillis par Liana Benquet

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Mercredi 26 octobre 2011 3 26 /10 /Oct /2011 15:57

20111105 Zabouzhko

 

NB:

les Strasbourgeois aurons également le plaisir de rencontrer cette auteure qui fait partie de TOP-10 d'écrivains les plus populaires ukrainiens:

 

 

La Ville de Strasbourg, la Représentation Permanente de l’Ukraine auprès du CdE, la Médiathèque Malraux et les associations Lorraine-Alsace-Ukraine (LAU) et Cercle Economique France-Ukraine (CEFU) organisent, en partenariat avec le GOETHE Institut et l’association MICT, une soirée avec Oksana ZABOUZHKO, écrivaine, poétesse et publiciste majeure dans la littérature ukrainienne contemporaine.
 
Le jeudi 3 novembre à 18h30 à la Médiathèque André Malraux
1 presqu’île André-Malraux, Strasbourg
Salle de conférence, entrée libre
 
Cette rencontre est présentée en clôture du programme culturel de la Présidence ukrainienne du Conseil de l'Europe et sera suivie par un cocktail.
Avec Iryna Dmytrychyn, traductrice, Marie Schoenbock, comédienne, Charlotte Krauss, lectrice d’allemand à l’Université de Strasbourg, et les chanteurs d’Ukraine à Strasbourg
 
Échanges en ukrainien, allemand, anglais et bien sûr, interprétation en français.
 
Une voix féminine forte dans l’espace post-soviétique, Oksana ZABOUZHKO était la première à aborder des sujets inédits et interdits, en dehors de toute portée politique, comme la féminité, la sensualité, la sexualité ... Explorations sur le terrain du sexe ukrainien, publié en 1996, premier best-seller ukrainien, a été traduit en onze langues, adapté au théâtre et demeure toujours une œuvre littéraire de référence.
 
Diplômée de philosophie et de littérature, elle réfléchit à travers ses textes et ses articles dans la presse sur l’identité ukrainienne, l’empreinte de l’histoire, non sans y apporter une touche féministe.
 
Son dernier roman, Musée des secrets abandonnés, reconnu meilleur livre de l’année 2010, est une saga familiale qui croise le destin de plusieurs générations sur fond des péripéties du XXe siècle en Ukraine. Ce roman a été traduit vers l’allemand et a déjà suscité les meilleures critiques dans la presse germanique :
 
 

 "Streitbar, fiebrig, fulminant - mit ihrem 759-Seiten-Roman über die Geschichte der Ukraine im 20. Jahrhundert hat Oksana Sabuschko in ihrer Heimat ein Fenster aufgestossen. Sabuschko wird sie als zweiter Dostojewski gefeiert, hat aber vor allem eine intensive Auseinandersetzung über die gesellschaftlichen Verhältnisse und deren Wurzeln in einer noch immer nicht bewältigten Vergangenheit ausgelöst."

En France, ce livre a déjà été remarqué par certaines figures importantes, comme celle du mathématicien et dissident d’origine ukrainienne Leonid PLIOUCHTCH.


--
Ivanna Pinyak
Présidente de l'Association
CEFU
Cercle économique FRANCE-UKRAINE

www.cefu.fr

ivanna.pinyak at gmail.com

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Mercredi 12 octobre 2011 3 12 /10 /Oct /2011 15:56

Une bande dessinée sur Tchernobyl… Le recueil de Natacha Bustos et Francisco Sánchez, paru en juin 2011 aux éditions Des ronds dans l’O, n’est pas le premier, ni sans doute le dernier. Le sujet est apparemment inépuisable pour les créateurs. Les auteurs, espagnols, ont choisi la forme du roman graphique, qui semble convenir à qui veut parler de l’Ukraine par le biais du dessin. On pense en particulier aux superbes Cahiers ukrainiens d’Igort (Futuropolis, 2010). Le récit de Tchernobyl – la Zone décrit le parcours d’une famille dans les jours qui suivent la catastrophe, une famille qui va peu à peu comprendre que sa terre natale est condamnée, et qu’elle ne pourra jamais y revenir.

 

 La narration est lente, le trait sobre. Il règne dans tout l’album comme une atmosphère pesante, figée, hiératique presque, qui n’est pas sans rappeler certaines scènes des films de Tarkovsky. Puis, brutalement, les auteurs enchaînent les images choc, l’exécution des animaux contaminés dans les rues, la peur des paysans à l’idée que leurs maisons soient détruites. Avant de reprendre un rythme plus posé.

 

La lecture de Tchernobyl – La Zone est prenante, économe en descriptions et en paroles — les dialogues sont rares. Toutefois, il ne faut pas se leurrer, c’est une histoire “soviétique”. En dehors des dernières pages, situées en 2006, l’essentiel de l’histoire se déroule en 1986. L’URSS de l’époque est d’ailleurs fort bien campée.

 

Il y a cependant un “mais”, et il est de taille. En 184 pages, le mot “Ukraine” n’apparaît pas une seule fois. Et pour cause : Youri, l’un des héros, est un Russe. Les “liquidateurs” dont parlent les auteurs sont tous enterrés dans un cimetière de Moscou. C’est encore de Moscou que partent les protagonistes en 2006, quand ils souhaitent se rendre dans la zone interdite, à laquelle ils accèdent sans que l’on sache clairement où ils sont. Dans Tchernobyl – La Zone, les environs de la centrale sont “une terre qui n’appartient plus à personne”, peut-on lire dans la postface. Un avis que ne partagent probablement pas les Ukrainiens et leurs voisins biélorusses.

 

C’est une forme d’exploit que de réussir à traiter la question de Tchernobyl sans citer une seule fois le nom du pays où se dresse ce triste mémorial de la folie nucléaire. Tchernobyl – La Zone vaut quand même que l’on s’y attarde, ne serait-ce que pour sa peinture d’un univers aujourd’hui disparu.

 

Enfin, une ultime remarque. Quand les éditeurs occidentaux comprendront-ils qu’il est ridicule d’agrémenter les titres et sous-titres d’ouvrages traitant d’Ukraine ou de Russie de faux caractères cyrilliques, comme les “N” transformés en “И” et les “R” en “Я” ? Malheureusement, cet album n'échappe pas à la règle et contribue donc à véhiculer les clichés.

par Roman Rijka

 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/515Yn0v9ZBL._SS500_.jpg Visiter la Librairie Franco-Ukrainienne

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Mardi 20 septembre 2011 2 20 /09 /Sep /2011 20:52

CINÉ-CLUB UKRAINIEN -  ESPACE CULTUREL DE L’AMBASSADE D’UKRAINE

Mardi 4 octobre, 19h, à l’Espace culturel de l’Ambassade

22, av. de Messine, Paris 8ème, M° Miromesnil. tel. 01 43 59 03 53

Entrée libre.

 

ANDRIECH  (АНДРІЄШ)

avec le concours d’Arkeion Films

 Photogramme Andriech 1

 

Production : Studio de Kiev, 1954, 63 mn. coul.

Scénario : Emilian Boukov, Hryhoriї Koltounov, Serhiї Laline,

d’après le conte éponyme de Emilian Boukov

Réalisation : Yakiv Bazelian, Serge Paradjanov

Photographie : Souren Chakhbazian, Vadim Verechtchak

Décors : Victor Nikitine, Oleg Stepanenko

Son : Mykola Medvediev

Montage : Varvara Bondina

Musique : Igor Chamo, Grigoriu Tirceu. Orchestre du Ministère de la culture de la RSS d’Ukraine, sous la direction de Constantin Simeonov

Directeur de production : Naoum Vaintrob

Interprétation : Kostia Russu, Nodar Chachik, Loubov Sokolova, Kirill Chtirbu, Yevhen Ureke, Dominique Darienko, Robert Vizyrenko-Klavine, Tryfon Gruzine, Giuli Tchokhonelidze
Genre : conte épique et féérique

 

Synopsis

   Photogramme Andriech 2  Le jeune berger Andriech emmène son troupeau dans les pâturages. Il y rencontre le chef des bergers, Vainovan, qui lui offre une flûte magique dont le son procure plaisir et joie à tous ceux qui l’écoutent. Mais la musique éveille la colère du mauvais génie Tchornyi Viter. Celui-ci enlève la belle fiancée de Vainovan et déclenche un terrible orage sur la région qui emporte bêtes et hommes. La jeune femme et le troupeau sont transformés en statues de pierre dans la caverne du sorcier. Andriech parvient à s’en approcher pour rendre la vie à son troupeau, mais Tchornyi Vykhr déjoue son plan et le pétrifie à son tour. Aidé de ses amis, Vainovan, le bon génie, vole au secours d’Andriech au moment où l’ignoble sorcier est sur le point de s’emparer de la flûte magique.

 

PhotogrammeAndriech 4

   

Opinion

     Andriech est la version longue de Conte moldave, film de fin d’études de Paradjanov coréalisé au VGIK avec Yakiv Bazelian, avec la même distribution et la même équipe technique. Le film annonce le mode de récit de prédilection de Paradjanov en lui donnant libre cours à la magie et au merveilleux, à ses recherches et son goût pour les puissances visuelles propres à l’univers du conte épique et féérique. La mise en scène est étayée par une dramaturgie théâtralisée penchant volontiers vers l’opéra, et n’évite pas l’écueil des canons imposés des films soviétiques de l’époque, notamment le ballet folklorique. Les décors sont entièrement créés en studio, hormis les séquences pastorales et celle de la lande incendiée, superbement filmée. Saturée de ralentis, surimpressions, transparences, d’effets spéciaux, de couleurs et maquillage outré, cette réalisation qui n’attira sur elle ni l’intérêt du public ni celui de la critique, porte déjà l’empreinte du surréalisme magique qui marquera l’œuvre du futur grand maître.Photogramme Andriech 3 En général, celui-ci interdisait à son entourage de regarder ses films antérieurs aux Chevaux de feu, sauf Andriech, et affirmait qu’il aurait pu tourner son chef-d’œuvre bien plus tôt. Visiblement, le travail du jeune opérateur Souren  Chakhbazian inspirera le futur opérateur des Chevaux de feu Youriï Illienko. Déjà, certains cadrages, certains mouvements de caméra, par rotation ou par translation, s’opposent clairement à la photographie statique prônée par Paradjanov et codifient  les fondements et la modélisation esthétiques des Chevaux de feu. Filmer de cette manière était peu courant à l’époque, au vu de la production de 1954.

     Nés, l’un en 1924, l’autre en 1925, Paradjanov et Bazelian décéderont tous deux en 1990, à quelques jours d’intervalle.

 

Lubomir Hosejko

 

 

UN HOMME DANGEREUSEMENT LIBRE (НЕБЕЗПЕЧНО ВІЛЬНА ЛЮДИНА)

suivi d’une intervention de Lessia Matsko, cinéaste

 

 

 

Production : Cinémathèque Nationale d’Ukraine, Ministère de la Culture d’Ukraine, 2004, 52 mn. coul.

Scénario : Serhiї Trymbatch

Réalisation : Roman Chyrman

Photographie : Edouard Tymline

Animation : Radna Sakhaltouiev, Artem Sakhaltouiev

Son : Igor Barba

Montage : Artem Sakhaltouiev

Directeur de production : Elena Potapova

Genre : documentaire

 

 

     Parmi la quarantaine de documentaires sur Serge Paradjanov réalisés à ce jour, Un Homme dangereusement libre de Roman Chyrman est celui qui a cerné le plus la personnalité et le génie du cinéaste. Jusque là, les documentaires précédents n’étaient que panégyriques, celui de Chyrman montre le regard ironique de Paradjanov sur le monde et le refus total du pouvoir soviétique. C’est le premier film sur Paradjanov tourné dans l’esprit du maître arménien, artiste introverti et extravagant dans l’imaginaire comme dans le réel.

     Conçu sur un ton humoristique, le film mise sur l’ironie, l’autodérision, la mystification et les fantasmes du metteur en scène. Personnage carnavalesque, il est croqué non pas comme un martyre ou une victime du régime soviétique, mais comme un individu original, plein de paradoxes. Le titre du film lui-même a été soufflé au réalisateur par Roman Balaїan, cinéaste et fils spirituel de Paradjanov.

     Ponctués d’inserts, de collages, de dessins réunis de manière ironique, suivant chronologiquement la vie du maître, le film égrène en parallèle des extraits des Chevaux de feu, Le Premier gars, Une fleur sur la pierre, Natalia Oujvij, Sayat Nova, Achik Kerib. Puis le verbe surplombe l’image avec les interviews de son épouse Svitlana Chtcherbatiouk, du poète et scénariste Ivan Dratch, des actrices Alla Demydova et Sofiko Tchiaourelli, du directeur du Musée Paradjanov à Erevan, Zaven Sargsian et du photographe Youri Metchitov. Ses amis considéraient souvent ses récits et discours supérieurs à ses films, et ses anecdotes antistaliniennes toutes plus absurdes les unes que les autres. Il parle de Fellini qui a marqué son univers baroque, de son film Amarcord, du comédien Marcello Mastroianni, de son aversion pour les livres. Paria et cosmopolite refusant le terme de dissident, il clame néanmoins : «  Je suis un Arménien, né à Tbilissi, j’ai croupi dans les prisons russes pour nationalisme ukrainien ».

 

 

Lubomir Hosejko 

 

 

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Mercredi 3 août 2011 3 03 /08 /Août /2011 13:47

CINÉ-CLUB UKRAINIEN -  ESPACE CULTUREL DE L’AMBASSADE D’UKRAINE

Mardi 13 septembre, 19h, à l’Espace culturel de l’Ambassade

22, av. de Messine, Paris 8ème, M° Miromesnil. tel. 01 43 59 03 53

Entrée libre.

 

LES  AVENTURES DU SERGENT TSYBOULA

(ДАЧНА ПОЇЗДКА СЕРЖАНТА ЦИБУЛІ)

vf

avec le concours d’Arkeion Films

 

  photogramme-Les-Aventures-du-sergent-Tsyboula-1.jpg

 

Production : Studio Alexandre Dovjenko de Kiev, 1979, 77 mn. Coul.

Scénario : Pavlo Avtomonov, Vitaliї Chounko, Mykola Litous, d’après le récit de Pavlo Avtomonov  L’Autographe du sergent Tsyboula.

Réalisation : Mykola Litous, Vitaliї Chounko

Photographie : Victor Politov

Décors : Edouard Cheїkine, Mykola Terechtchenko

Son : Anatoliï Tchornootchenko

Musique : Ivan Karabyts

Montage : Roman Lorman

Interprétation : Serhiї Ivanov, Volodymyr Olexienko,  Mykhaïlo Kokchenov, Nadia Smyrnova, Volodymyr Tchoubarev, Mykhaïlo Lvov, Nina Reous, Stepan Olexenko, Serhiї Svietchnykov, Marguerite Krynytsyna, Boris Sabourov, Mykola Litous, Yevhen Majouha

Genre : Comédie

 

Synopsis

 photogramme-Les-Aventures-du-sergent-Tsyboula-3.jpg

De retour d’une expédition de diversion dans les lignes allemandes, le sergent Tsyboula est de nouveau envoyé dans l’arrière-front ennemi. Il a pour ordre d’acheminer aux partisans des médicaments, vivres et explosifs. Ayant pris les feux ennemis pour des signaux du maquis, Tsyboula atterrit chez l’ennemi. Bernant ses poursuivants, il fait prisonnier un officier supérieur et réussit à s’emparer d’un train blindé pour rejoindre les siens.

 

Opinion

 

L’héroïsme individuel ou collectif qui agrémente les films de guerre des années 70 demeure une caractéristique formelle de la cinématographie soviétique. Cependant, bien qu’au service de la conjoncture politico-militaire brejnévienne, l’amour pour la patrie laisse parfois place à l’humour tout court. Les images doivent divertir et faire oublier la guerre froide et les rigueurs des futurs conflits militaires. C’est le cas des Aventures du sergent Tsyboula (Partie de campagne du sergent Tsyboula), comédie loufoque de Mykola Litous, réalisée en binôme avec Vitaliї Chounko, relatant les exploits d’un éclaireur parachuté en zone ennemie. Photogramme-Les-Aventures-du-sergent-Tsyboula-5.jpg Le rôle du sergent est interprété par Serge Ivanov, comédien attitré des Studios Dovjenko de Kiev qui s’est fait connaître dans les célèbres comédies dramatiques de Léonide Bykov Seuls les anciens vont au casse-pipe (1973) et Une deux, les soldats marchaient (1976). Dans Les Aventures du sergent Tsyboula, Ivanov forme un duo comique avec Mykhaïlo Kokchenov, un policier empoté, Gergalo, caricaturé pour la circonstance de manière non moins sympathique. Tous deux sont exposés à des situations saugrenues mais finalement amusantes. Dans ce comique de guerre, le réalisateur Mykola Litous s’applique à détourner les codes du genre, qui exalte les violences spectaculaires, et à livrer une vision affadie de l’armée d’occupation. Le film fait penser à  La Grande Vadrouille de Gérard Oury et davantage encore au film de Robert Lamoureux Où est donc passée la Septième compagnie, distribués à l’époque en Union Soviétique. Avec La Mercedes en cavale (1980) de Youriï Lachenko, autre film-poursuite accumulant les exploits des Soviétiques infiltrés dans les lignes allemandes, il permet d’éponger les mauvaises recettes occasionnées par la programmation de mélos sirupeux, indiens ou égyptiens. La même année, Serge Ivanov ajoute occasionnellement son nom au registre pathétique du cinéma de guerre dans le film de Vadim Lyssenko Détachement à destination spéciale. Après une carrière émaillée de succès populaires dans plus d’une cinquantaine de films, il crée en 1991 une unité de production indépendante et réalise Lune de miel, une comédie sur le banditisme ambiant. Véritable star de la stagnation brejnévienne, Serge Ivanov décédera subitement en janvier 2000.

 

Lubomir Hosejko

 

Par Perspectives Ukrainiennes - Publié dans : Culture
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Samedi 21 mai 2011 6 21 /05 /Mai /2011 21:20

 

CINÉ-CLUB UKRAINIEN -  ESPACE CULTUREL DE L’AMBASSADE D’UKRAINE

22, av. de Messine, Paris 8ème, M° Miromesnil. tel. 01 43 59 03 53

Mardi 7 juin, 19 h. Entrée libre.

 

 

LA CROIX DE PIERRE ( КАМІННИЙ ХРЕСТ )

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copie restaurée en 2010

photogramme-La-Croix-de-pierre-1-copie-1.jpg

Projection suivie d’un débat animé  par Jean-Bernard Dupont-Mylnyczenko, professeur agrégé d’histoire, auteur de Les Ukrainiens en France, éd. Autrement, 2007

 

Production : Studio Alexandre Dovjenko de Kiev, 1967, 82 mn, nb.

Réalisation : Léonide Ossyka

Scénario : Ivan Dratch

Photographie : Valeriï Kvas

Décors : Mykola Rieznyk

Musique : Volodymyr Houba

Son : Sophie Serhienko

Interprétation : Danylo Iltchenko, Boryslav Brondoukov, Kostiantyn Stepankov, Vassyl Symtchytch, Kateryna Mateїko, Boris Savtchenko, Ivan Mykolaїtchouk, Antonina Leftiї, Olexiї Atamaniouk

 

Récompense : Prix de la meilleure photographie décerné à Valeriï Kvas, Prix du meilleur rôle masculin à Boryslav Brondoukov au Festival Pansoviétique de Leningrad, 1968. Premier Prix décerné à Léonide Ossyka au Festival de l’art orthodoxe l’Orante d’Or, Kiev, 1995.

photogramme-La-Croix-de-pierre-2-copie-1.jpg 

Synopsis

 

Accablé d’impôts, Ivan Didoukh a trimé toute sa vie. Au sort de paysan abruti par l’alcool et le travail sur une terre rocailleuse où règnent la loi du silence et une justice sommaire, il préfère, pour lui et ses fils, le destin d’immigrant qui ira creuser sa tombe au Canada. Pour réunir l’argent nécessaire au voyage, il vend tout ce qu’il possède. Détroussé pat un voleur, il décide de le tuer.

Opinion

     Revigorée par sa vitalité créatrice, la production cinématographique ukrainienne de 1968 est, contre toute attente, peu représentée au IIIème Festival pansoviétique. Seuls Calme Odessa de Valeriï Isakov et La Croix de pierre de Léonide Ossyka font le chemin de Leningrad où se tient le festival. Les distinctions qu’obtient le film d’Ossyka - Prix de la meilleure photographie et du meilleur rôle masculin – témoignent du travail en profondeur qu’effectue la nouvelle vague ukrainienne. Or, le langage poétique du jeune réalisateur, la beauté plastique des paysages filmés par Valeriï Kvas ne sont pas pour autant les surgeons paradjanoviens que d’aucuns voient d’un mauvais œil, car sortis du même sanctuaire géographique. Le film aurait été inconcevable en couleur, tant sa violence dramatique, son naturalisme virulent et son graphisme ascétique induisaient l’emploi du noir et blanc. L’idée du film naît à l’époque où foisonne une littérature appelée « prose rurale », inspirée par les migrations répétées des Russes et des Ukrainiens. Les premiers arrivent massivement en Ukraine, les seconds partent en Crimée ou vont défricher les terres vierges en Asie Centrale. C’est donc en opposition à ce chassé-croisé qu’apparaît l’intérêt vital d’affirmer leurs racines et leur culture.photogramme-La-Croix-de-pierre-3-copie-1.jpg

     Tiré de deux nouvelles de Vassyl Stefanyk, La Croix de pierre est par essence cinématographiquement préconçu en amont du scénario, au même titre que l’étaient les nouvelles de Kotsioubynskyi pour Les Chevaux de feu, les quelques infidélités faites au récit par le scénariste Ivan Dratch ne faisant que renforcer la portée sociale du film qui s’inspire d’un fait authentique, le départ, en 1912, vers le Canada du premier Ukrainien de la région, Ivan Akhtemiїtchouk. Quelques années auparavant, une tentative avait été faite en vue d’un documentaire sur Vassyl Stefanyk par la réalisatrice  Laryssa Chepitko, qui parcourut les Carpathes. L’histoire se passe dans les  Carpathes, d’où partent, comme de toutes l’Europe des misères, des milliers de paysans vers le Nouveau Monde. Ossyka chante l’abandon de la terre nourricière, thème central de l’œuvre de Stefanyk, et sublime le tragique en choisissant d’une manière expressément noire, la résignation sans espoir. Ici, tout est traité avec des longueurs diffuses, des travellings fluides, le plus souvent latéraux, des champs-contrechamps alternant gros plans et plans d’ensemble. Le dialogue est concis dans un dialecte houtsoule coloré. Hormis Danylo Iltchenko (Ivan Didoukh) et Boryslav Brondoukov (le voleur), Vassyl Symtchytch (Georges), Ivan Mykolaїtchouk (Ivan, fils), Boris Savtchenko (Mykola), Kostiantyn Stepankov (Mykhaïlo) et Antonina Leftiї (la belle-fille), tous les acteurs sont des non-professionnels du village de Roussiv et de Sniatyn. La caméra de Valeriï Kvas affectionne la terre aride et s’attarde volontiers sur les visages sortis tout droit de portraits de manants, bossus, borgnes et éclopés, croqués à la manière d’un Bruegel. Saisissantes la photographie et la dramaturgie de la scène précédant la mort du voleur, empruntée au tableau de Rembrandt Le Retour du fils prodigue. Alors que Paradjanov ou Illienko (La Nuit de la Saint-Jean) se servent de la couleur pour rehausser la métaphore, c’est vers un graphisme au style compassé qu’Ossyka se tourne pour activer la fonction visuelle. La croix que traîne le vieux Ivan jusqu’au sommet de la montagne, sépulture du voleur, est d’un exceptionnel rendu photographique, entretenu par sa force biblique. Formant une symétrie avec Les Chevaux de feu de Paradjanov autour d’un axe ethnographique et ritualiste, La Croix de pierre souligne, dans le même temps, son antinomie avec La Terre de Dovjenko, une terre où l’homme, tout aussi mortel, fusionne avec la nature, riche et généreuse. On retrouve encore cette analogie dans la scène culminante de la danse, où Didoukh et sa femme exécute une polka face à un public stupéfait. Dans le courant poétique du cinéma ukrainien, la danse remplit essentiellement une fonction plastique et dramatique. Tel fut le cas pour la danse de Vassyl dans La Terre, pour Ivan et Maritchka dans Les Chevaux de feu, de Dana et Orphotogramme-La-Croix-de-pierre-4-copie-1.jpgest dans L’Oiseau blanc marqué de noir de Youriï Illienko. Elle est accompagnée obligatoirement par une musique symphonique mâtinée de variations folkloriques, écrites par des compositeurs de renom, tels Valentin Sylvestrov, Léonide Hrabovskyi, Vitaliї Hodziatskyi et, principalement, Volodymyr Houba. Auteur de musiques de film assorties à une culture régionale, Volodymyr Houba en a signé en près de cinquante ans plus d’une centaine.

    C’est à partir de  La Croix de pierre que se dégagera l’impression d’une sorte de réserve carpathique nationale dans le cinéma ukrainien, louée pour des œuvres de plus en  plus personnelles, auxquelles s’associent les décorateurs Reznyk, Novakov ou Yakoutovytch. Dès sa sortie, le film servira de matériau de cours pour la célèbre école de cinéma de Lodz en Pologne. C’est encore à partir de ce film-culte que le critique polonais Janusz Gazda appellera la nouvelle vague ukrainienne des années soixante « École poétique de Kiev », école qui aujourd’hui encore a ses émules.

Lubomir Hosejko

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Mercredi 20 avril 2011 3 20 /04 /Avr /2011 22:28

20110429 Hosejko

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