Le 3ème forum de l’Association des Cadres Ukrainiens en France s’est tenu à Paris le 16 juin dernier sur le double thème de l’actualité économique et de l’environnement des affaires
en Ukraine.
Contexte
Larissa Baratin, présidente fondatrice de l’A.C.U.F. évoque l’asymétrie des échanges et des investissements. Ceux-ci sont très nettement en faveur de la
France qui est passée en 2009 du rang de 10ème investisseur à celui de 7ème. Outre le domaine bancaire, les investissements français se concentrent dans le secteur agroalimentaire, l’industrie,
l’informatique et la distribution.
« L’Ukraine est une pièce maitresse de la construction européenne » tient à rappeler Philippe de Suremain,
ancien ambassadeur de France à Kiev. Il souligne qu’au-delà des récents changements politiques, la géopolitique ukrainienne continue d’interroger l’Europe quant à ses frontières. M. de Suremain
ajoute que si le pays connait certains changements de cap en surface, les mentalités continuent d’évoluer en profondeur selon un rythme soutenu.
Un projet infrastructurel emblématique
Jean-Denis Arnal, directeur du développement international au sein du groupe Bouygues Construction, a présenté l’état d’avancement de la construction d’une enceinte de confinement du sarcophage
de Tchernobyl. Le groupe Bouygues qui intervient depuis 2007 au sein du consortium Novarka est amené à relever un défi technologique avec la réalisation d’une arche, d’une portée de plus de 250
m, constituée d’une charpente metallique de 18 000 tonnes (près de trois fois le
poids de la Tour Eiffel).
Selon M. Arnal, ce projet titanesque permet au groupe Bouygues de prendre rang sur le marché ukrainien et de se positionner pour les chantiers à venir. L’Ukraine s’emploiera tôt ou tard à
moderniser son réseau routier qui est en très mauvais état ; le secteur autoroutier est embryonnaire et comparable à celui de la France à l’aube des années 60.
Le retour gagnant de Michel Terestchenko
Michel Terestchenko est né à Paris. Diplômé de l’ESSEC, il décide en 2003 de venir travailler en Ukraine d’où étaient originaires ses grands parents en y apportant des investissements français.
De 2005 à 2007, il devient consultant pour plusieurs grands groupes français. A partir de 2008, il choisit d’investir lui-même en Ukraine dans le développement des activités agricoles qui lui
paraissent les mieux adaptées : les fibres naturelles (chanvre et lin) , le miel et le séchage de légumes.
Visite surprise du vice premier ministre Sergiy Tihipko
De passage à Paris, le vice premier ministre Sergiy Tihipko est venu prendre part à la seconde partie du forum.
Accompagné de Anatolii Bernatskyi, chef de la mission économique et commerciale de l’ambassade d’Ukraine, il a exprimé son vif intérêt pour les relations franco-ukrainiennes et s’est longuement
entretenu avec les différents intervenants.
Les cadres ukrainiens et leurs amis se rencontreront autour d’un débat sur l'évolution des échanges économiques franco-ukrainiens. Il s'agit du troisième forum de l’Association des cadres
ukrainiens en France ; cet évènement est soutenu par la Mission économique ukrainienne.
Les représentants des milieux d’affaires français qui travaillent en Ukraine viendront débattre de l’évolution de l’environnement des affaires dans le pays. Parmi les intervenants figurent
notamment des représentants de Bouygues TP, du cabinet Salans, ainsi qu'un invité spécial, membre de la famille Tereschenko, qui développe des projets agricoles en Ukraine.
Pour tout renseignement : cadresukrainiens@yahoo.fr.
(Mise à jour du 4 juin 2010: Les inscriptions sont closes).
A l'approche de l'anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl, les regards européens portés vers l'Ukraine sont plutôt tristes et compassionnels. Tchernobyl est devenu le symbole du danger de
l'énergie nucléaire, souvenir encombrant pour tous les partisans de ce type de production d'électricité. Mais le destin est riche en coïncidences.
Car l’Ukraine qui évoque immédiatement le souci de surveiller la sûreté nucléaire peut offrir à l'Europe une solution plus sûre et garante de sa souveraineté au moment où les
approvisionnements en gaz s’inscrivent dans une relation de dépendance. Possédant la sixième réserve mondiale d'uranium, ce pays réunit toutes les conditions pour devenir, en partenariat avec
la France ou un autre membre du « club nucléaire », un coproducteur important du combustible dont ont besoin les réacteurs européens.
Les gisements d’uranium ukrainiens sont peu exploités, ils ont été longtemps sous le coup du secret défense. Jusqu'à la Révolution orange, cette ressource faisait l'objet de la convoitise russe à
laquelle Kiev ne cédait pas, sans pour autant mener de recherche de partenariat externe.
C'est en 2005 qu'une possibilité de collaboration entre la France et l'Ukraine dans le domaine de l'extraction et l'enrichissement de l'uranium a été évoquée pour la première fois. A cette occasion
Julia Timochenko, devenue premier ministre ukrainien, s'était déclarée partisan d'un projet commun avec AREVA. Mais sa démission, en même temps que des obstacles dressés par des hommes d'affaires
ukrainiens affiliés aux intérêts russes ont mis un terme au projet.
Aujourd'hui la question d'un joint-venture franco-ukrainien se pose à nouveau. En visite à Paris le 4 mars 2009 Julia Timochenko a abordé avec les dirigeants d'AREVA la possibilité d'exploiter
ensemble les gisements d'uranium ukrainiens et de construire sur place une usine de premier cycle d'enrichissement.
Les conflits gaziers à répétition mettent en évidence un besoin d'alternative tant énergétique que politique aux hydrocarbures. Les pays possédant des grosses réserves de gaz ne sont pas, hélas,
porteurs d'une vision démocratique du monde. Au contraire: la Russie, l'Iran, l'Arabie Saoudite ou encore le Nigeria sont au mieux à la recherche du confort politique pour leurs régimes au pouvoir,
si ce n'est de l'augmentation de leur influence sur les pays consommateurs. Un tel contexte oblige à faire appel au nucléaire, avec toutes les précautions et dans le respect des standards de
sécurité.
En tout état de cause, une telle collaboration avec l'Ukraine serait de nature à ouvrir à la France des perspectives compétitives au niveau du marché mondial et rassurantes sur le plan
politique.
Alla Lazareva
« Du gaz, du gaz et encore une fois du gaz » - répliqua la Première Ministre
ukrainienne Ioulia Tymochenko à la question d’un journaliste concernant le contenu du rêve qu’elle avait fait à la veille de sa rencontre le 30 juin 2008 à Moscou avec son homologue russe
Vladimir Poutine. Malgré le fait que les négociations intenses entre les parties russes et ukrainiennes ont été menées pratiquement pendant toute l’année 2008, le fournisseur du gaz russe
Gazprom et son client ukrainien, Naftohaz Ukraïny, n’ont pas pu trouver un compromis et terminer la négociation de nouveaux contrats gaziers avec l’Ukraine avant
l’expiration de l’année 2008. Dans l’absence des relations contractuelles de long-terme, on assiste donc à une nouvelle confrontation entre le monopole gazier russe et l’opérateur ukrainien,
chargé à la fois de la gestion des importations gazières et du transit du gaz russe vers les consommateurs européens à travers le réseau de transport ukrainien.
Si les négociations de nouveaux contrats cette année ont démarré assez tôt et progressaient,
semble-t-il, au bon rythme, qu’est-ce qui a finalement empêché aux partenaires de les clore au terme et de ne pas créer des tensions inutiles en pleine saison hivernale, au moment où la
consommation du gaz atteint son pic tant en Ukraine qu’en Europe ? Quels sont les principaux points de discord du conflit actuel ? Et quelles peuvent être les implications du nouveau
conflit entre le Naftohaz et le Gazprom ? Dans ce qui suit, on essaie d’apporter quelques éléments de réponse à ces interrogations, en abordant le contenu des négociations menées entre les
parties russe et ukrainienne au cours de l’année 2008, les raisons de la mésentente actuelle et les motivations des acteurs russes et ukrainiens dans ce conflit.
Contenu et enjeux des négociations gazières 2008 entre le Gazprom et le Naftohaz
Ukraïny
L’année 2008 s’est caractérisée par la conduite des pourparlers intenses entre le Gazprom et la société
nationale ukrainienne Naftohaz. Ces pourparlers ont été impulsés par les initiatives prises par tous les deux partenaires de la négociation : d’un côté, c’est Youlia
Tymochenko, revenue en tête du gouvernement ukrainien suite aux élections parlementaires anticipées du septembre 2007, qui a souligné la nécessité de modifier le schéma existant
d’approvisionnement en gaz naturel de l’Ukraine en éliminant des sociétés intermédiaires opaques ; de l’autre, la direction du Gazprom et le gouvernement de Moscou, en faisant référence aux
pressions exercées par les producteurs de gaz de l’Asie centrale qui assuraient jusqu’alors la production du gaz consommé par l’Ukraine, a exprimé sa volonté d’augmenter le prix du gaz vendu à
l’Ukraine jusqu’au niveau des prix dits « européens », et ce, déjà à partir de l’année 2009.
Le marchandage de nouvelles conditions de livraisons gazières vers l’Ukraine qui s’en est suivi semble
avoir abouti à un nouvel accord-cadre, dont les termes ont été posés fin octobre dans le mémorandum intergouvernemental conclu entre Y.Tymochenko et V.Poutine. Cet accord paraît être le fruit des
concessions mutuelles faites pour incorporer les principales positions des parties prenantes. Cependant, certaines de ses dispositions paraissent être plus favorables aux intérêts du
Gazprom.
Termes de l’accord-cadre entre le Gazprom et le Nafothaz
Conformément à la demande de la Première Ministre ukrainienne Youlia Tymochenko, l’accord-cadre
prévoyait l’élimination du schéma des livraisons gazières le RosUkrEnergo, société intermédiaire contrôlée conjointement par le Gazprom (50% des titres) et deux hommes d’affaire ukrainiens,
Dmytro Firtach (45%) et Ivan Fursin (5%), dont la participation a été la condition de livraisons en Ukraine du gaz de l’Asie centrale. L’accord prévoyait donc de restaurer le monopole du
Naftohaz sur les importations du gaz, qui serait acheté directement à Gazprom. En contrepartie, le Gazprom confirmerait son droit d’effectuer des livraisons directes à certains clients
industriels ukrainiens. Qui plus est, la quantité du gaz vendu directement par l’opérateur russe augmenterait substantiellement, passant de 7,5 Mrds de m3 en 2008 à 11,5 Mrds de m3 dès l’année
2009. Or, l’augmentation de la part du marché ukrainien détenue par le Gazprom signifierait pour l’opérateur d’Etat ukrainien la possibilité de perte des clients les plus solvables, ce qui
se répercuterait sur la « santé » financière du Naftohaz.
Deuxième point fondamental, c’est l’augmentation du prix de gaz importé par l’Ukraine, sur laquelle la
partie russe insistait depuis le début de l’année 2008. Sur ce point, l’accord-cadre prévoyait une augmentation progressive, impliquant une période de transition. Une fois cette période
terminée, le prix serait calculé, à partir de l’année 2011, selon la formule proposée par le Gazprom, mettant le prix du gaz en relation avec l’évolution du prix des produits pétroliers (mazout
et gasoil) sur le marché pétrolier mondial. Mais, malgré l’existence de la période transitoire, le prix de départ que l’Ukraine devrait payer en 2009 serait fixé au niveau de 250 dollars pour
mille m3, ce qui représenterait une augmentation substantielle (+39%) par rapport au prix payé en 2008. Cette augmentation, comme nous le verrons plus loin, interviendrait dans le contexte
international actuel, marqué par une forte baisse des prix énergétiques, due à la crise économique et financière, d’où son caractère plus que discutable.
Enfin, pour garantir la discipline des paiements, l’accord-cadre insistait sur le prépaiement de toute
la quantité du gaz fourni par le Gazprom à son client ukrainien avant le début de chaque mois ; en cas de non-respect du calendrier des paiements, des pénalités à taux de 0,5% par jour ont
été prévues ; tout contentieux commercial entre parties pourrait être résous à travers le recours à la Cour d’arbitrage commercial près la Chambre de commerce et d’industrie de la Fédération
russe à Moscou.
Les tarifs de transit du gaz russe à travers le territoire ukrainien à destination des clients du
Gazprom d’Europe centrale et occidentale seraient fixés dans un contrat séparé. L’accord ne prévoyait qu’une hausse modérée du taux de transit du gaz russe à travers le réseau de
transport ukrainien (progression de 1,6 à 1,7 dollars US pour le transit de 1000m3 du gaz/ 100 km) pour les années 2009 et 2010, avec la possibilité de négotiation d’un nouveau tarif pour les
années 2011-2019 ; cependant, les termes de l’accord n’indiquaient aucune formule ou mécanisme de la formation du taux de tarif.
Bien que les dispositions de cet accord-cadre apparaissent comme étant plus ou moins déséquilibrés en
faveur du Gazprom, il semble parvenir à atteindre les objectifs centraux de la négociation. Ainsi, selon la demande du gouvernement ukrainien, il permettait de supprimer les sociétés
intermédiaires de la relation gazière russo-ukrainienne, en introduisant davantage de transparence dans le schéma d’approvisionnement de l’Ukraine et en établissant les rapports directs entre le
Gazprom et le Naftohaz. Conformément à la position de la partie russe, cet accord prévoyait l’augmentation du prix gazier payé par l’Ukraine jusqu’au niveau dit « européen », tout en
accordant une période de transition pour prendre en compte les intérêts du client ukrainien.
Si cet accord accommode les principales demandes des négociateurs, pourquoi n’a-t-il pas été conclu
comme prévu avant fin novembre ? Quels sont les facteurs qui ont entraîne les parties vers un conflit qui les oppose aujourd’hui ? Nous estimons qu’il peut y avoir trois facteurs
partiellement dépendants l’un de l’autre : premièrement, il s’agit de difficultés de déterminer tant le niveau « européen » des prix d’importation du gaz par l’Ukraine que du tarif
de transit auquel aspirent les parties de la négociation ; deuxièmement, tant le contexte que l’enjeu de la négociation ont changé avec la crise économique et financière mondiale, frappant
durement aussi bien l’économie ukrainienne que l’économie russe ; enfin, est-il possible que la variable politique, liée à la donne politique en Russie et en Ukraine, a joué le rôle. On
essaiera donc d’esquisser rapidement la place de ces facteurs dans le conflit actuel.
Difficultés d’estimer le « niveau européen » du prix de gaz importé et de transit
La transition au « prix européen » (« European netback prices ») du gaz
constitue la priorité de la politique gazière du Gazprom vis-à-vis des anciennes républiques soviétiques. Cette politique est actuellement soumise à l’objectif de faire disparaître le
différentiel entre les revenus obtenus par le producteur russe de ses exportations du gaz vers les pays d’Union européenne et les revenus de sa vente sur le marché des nouveaux pays indépendants.
En raison de l’importance de son marché domestique, l’Ukraine, l’un des plus grands pays consommateurs du gaz naturel à côté de l’Italie et de l’Allemagne, occupe une place centrale dans la
réalisation de cette stratégie.
Pourtant, la transition vers les «european netback prices » se heurte à quelques
difficultés qui tiennent au problème d’estimation de leur niveau. D’une façon générale, pour l’Ukraine, la transition vers les « prix européens » signifiera le passage au prix du gaz à
la frontière allemande, moins les coûts de transport. Il faudra aussi en déduire les coûts résultant de l’application par la Russie des droits douaniers de 26,3% à l’ensemble de ses exportations
gazières, étant donné que le gaz consommé par l’Ukraine provient de l’Asie centrale et est seulement transité à travers le territoire russe.
Cependant, la première difficulté survient lors de la définition du prix du gaz à la frontière
allemande. L’approvisionnement des consommateurs européens s’effectue traditionnellement dans le cadre des contrats de long-terme, signés entre le Gazprom et les opérateurs nationaux de ces pays.
Le prix du gaz fixé dans ces contrats dépend de l’évolution du prix du pétrole brut. Néanmoins, la « formule » utilisée dans ces contrats, c’est-à-dire les paramètres et la relation
exacte entre l’évolution de prix du pétrole brut sur les marchés internationaux et le prix contractuel du gaz, relève du secret commercial. L’information précise sur les prix d’importation du gaz
russe par les clients européens n’est donc pas disponible. Dans ces conditions, pour connaître le prix d’importation, on est amené à s’appuyer sur diverses estimations indirectes et avis
d’experts.
Selon les données publiées par le Ministère de l’Energie et de l’Industrie russe, le prix moyen du gaz
russe vendu en Europe en 2008 sera égal à 281 dollars US pour 1 000m3. Ce prix est inférieur au prix signalé par certains autres experts ; par exemple, les experts de Gas
Matters, pour lesquels le prix d’importation moyen du gaz en provenance de la Russie sur les marchés des pays d’UE en 2008 était 325 dollars US pour 1 000 m3.
Pour l’année 2009, le prix d’importation du gaz russe à la frontière allemande dépendra principalement
de l’évolution des cours du pétrole. D’après les consultants du projet Gas Strategies, le prix du gaz russe à la frontière allemande (Waidhaus) en 2009 pourra atteindre 441 dollars
US en cas de réalisation du scénario « pétrole cher », prévoyant l’augmentation du prix du brut de 126,55 dollars US pour le baril à 128,77 dollars US pour le baril au dernier trimestre
2009 ; le prix du gaz importé pourrait demeurer au niveau de 369 dollars US pour 1 000 m3, si le prix du baril en 2009 enregistre une baisse, passant de 110 dollars US à 83,73 dollars
US au dernier trimestre 2009. Comme nous pouvons le constater, aucun de deux scénarios ne prévoit la baisse brusque et profonde des cours du pétrole à laquelle on fait face actuellement en raison
du ralentissement de la croissance de l’économie mondiale.
Un autre scénario, plus récent qui a été élaboré par l’East European Gas Analysis, table sur
le prix du gaz russe pour les consommateurs européens qui pourra baisser de 500 dollars par 1 000 m3 au dernier trimestre 2008 à 175 dollars pour 1000 m3 à la fin de 2009, à condition que le
prix moyen du baril brut se maintienne à 45 dollars.
Tableau 1. Exemple du calcul des prix « européens » pour l’Ukraine sur la période de 2004-2009
Netback calculations
In $/Mcm
2004 (actual)
2005 (actual)
2006 (actual)
2007 (actual)
2008 (estimated by Gas Strategies)
2009 (projected : August 1 forward curve)
2009 (projected : GS base case)
European border price (Waidhaus)
143.05
189.31
246.51
254.48
368.32
441.75
369.07
Minus : exp.duty (26.3%)
37.62
49.78
64.83
66.92
96.86
116.18
97.06
Transit (est.)
27
31.58
36.53
38.35
41.13
43.81
43.81
Ukraine netback (estimated)
78.43
107.95
145.45
149.21
230
281.76
228.2
Actual/projected import prices
50
50-80
95
130
179.5
281.76
228.2
Differential between Ukraine netback and actual import price
28.43
27.95-57.95
49.15
19.21
50.5
0
0
Brent Crude ($/bbl - Q1)
31.95
47.5
61.75
57.75
96.77
128.69
100.47
Source : Gas Matters, septembre 2008
Le deuxième élément-clé dans la définition du « prix européen » pour l’Ukraine est le coût de
transport ; ces coûts varient selon le niveau de tarif de transit commandé par les pays transiteurs. Bien que, comme dans le cas de formule du prix du gaz, l’information concernant la
formation et le niveau exacte des tarifs ne soit pas complètement transparente, on dispose des informations générales concernant le niveau du taux de transit fixé par les pays transiteurs
européens. Selon le Secrétariat de la Charte énergétique, ce taux oscille entre 2,42 dollars US pour 1 000 m3 pour la distance de 100 km à travers le territoire allemand jusqu’à 3,8 dollars
US pour le transit la même quantité et distance du transit à travers le territoire tchéque. Cela étant, il convient de déduire 41,5 dollars, correspondant aux frais de transport du gaz russe à la
frontière allemande. Il convient aussi de rappeler que cela comprend l’acheminement du gaz russe à travers le territoire ukrainien, qui se réalise actuellement à taux de transit égal à 1,6
dollars pour l 000 m3. Le taux de tarif appliqué actuellement par l’Ukraine est donc sensiblement plus bas que les tarifs en vigueur dans d’autres pays européens. Or, cela rentre en
contradiction avec certains facteurs fondamentaux utilisés pour le calcul du taux de tarifs, tels que la longueur du réseau (plus le réseau est long, plus élevé doit être le tarif de tarif), les
coûts du capital et le besoin d’amortissement.
Graphique 1.Réseau de transit ukrainien
Source : Gas Matters, décembre 2008
Tableau 2.Volume du gaz russe acheminé à travers le territoire Ukraine dans les années 2000-2007
Gas transported through Ukraine, Bcm
Year
Total
To Europe
To CIS
2000
123.6
109.3
11.3
2001
124.4
105.3
19.1
2002
121.6
106.1
15.1
2003
129.2
112.4
16.8
2004
137.1
120.3
16.8
2005
136.4
121.5
14.9
2006
128.5
113.8
14.7
2007
115.2
112.1
3.1
Note: Excludes volumes for domestic use
Table: Gas Matters Source: Naftogaz
Source : Gas Matters, décembre 2008
Estimation du prix d’importation du gaz et du taux de tarif dans le contexte de la crise
économique et financière
A la lumière de ces quelques éléments de la formation du « prix européen » du gaz et du
tarif de transit pour l’Ukraine, comment peut-on évaluer la proposition de prix et de tarif faite par le Gazprom à la partie ukrainienne?
Tout d’abord, force est de constater que le prix de 250 dollars pour 1000m3, proposé comme le prix de
départ de la transition vers le niveau « européen », est issu du scénario de l’ « énergie chère » ; ce prix assume explicitement que les prix énergétiques vont rester au
niveau très élevé, observé avant la crise actuellement. La proposition initiale du Gazprom ne prend pas en compte la possibilité de la chute brutale des prix du pétrole et du gaz. Si l’impact
dépressif de la crise actuelle sur le prix du pétrole persiste, comme le montre le tableau 1, le prix du gaz russe à la frontière allemande pourra revenir à son niveau des années
2004-2005, soit au niveau de 160-170 dollars US pour 1 000m3. Pour l’Ukraine, cela équivaudra au prix de 80-100 dollars US. Notons que cette diminution ne pourra intervenir qu’en
deuxième moitié de l’année 2009, compte tenu de l’existence du lag temporel entre l’évolution du prix de pétrole brute et le gaz. Etant donné l’existence de ce lag, le prix
gazier risque de rester au niveau élevé durant les premier mois de l’année 2009. C’est donc en s’appuyant sur cette logique que le monopole russe évoque la menace d’augmenter le prix du gaz pour
l’Ukraine au niveau de 450 dollars dès le janvier 2009. Notons aussi que la crédibilité de cette menace s’amenuise face à la baisse de la demande du gaz, entraînée par la crise qu’éprouve le
secteur industriel ukrainien.
Ensuite, pour ce qui est de la transition vers le niveau « européen » du transit, notons que
ni le taux de transit à 1,7 dollars, initialement proposé par le Gazprom, ni même le niveau de 2 dollars pour, sur lequel insiste actuellement le gouvernement ukrainien, ne reflèteraient pas le
niveau économiquement justifié. Comme nous l’avons mentionné, en raison de divers facteurs, un tel niveau serait bien au-dessous du niveau commandé par la plupart des autres pays de transit
européens. Plus important, le niveau de tarif de 1,7-2,0 dollars US ne semble même couvrir intégralement les coûts nécessaires pour assurer le transit du gaz russe vers les consommateurs
européens. En effet, selon les résultats de l’audit international réalisé par Ernst&Young, le tarif adéquat, c’est-à-dire celui qui prend en compte l’ensemble des coûts, y compris
les coûts du capital, déterminé par l’accès au crédit, qui seraient a priori plus élevés pour les compagnies ukrainiennes que pour les sociétés de plusieurs autres Etats européens, sera
égal à 5,11 dollars pour le transit de 1 000 m3 pour 100 km. En cas de transit au-dessous de ce niveau, il se trouve donc que l’opérateur d’Etat ukrainien est obligé de subir des pertes
financières qui sont à l’origine de la dégradation de l’état physique du réseau de transport et d’assurer de facto le subventionnement du transit du gaz russe vers les consommateurs européens.
Compte tenu de l’importance de la quantité du gaz transité par l’Ukraine, le montant de ces subventions est non-négligeable (jusqu’à 5,9 Mrds de dollars pour l’année 2009). Or, il n’existe aucune
raison pour ce subventionnement, a fortiori au moment où la position fiscale du gouvernement ukrainien se trouve largement affaiblie du fait de l’impact de la crise. L’augmentation du taux de
transit apparaît donc non seulement comme une solution logique, mais aussi comme une solution absolument indispensable pour que l’Ukraine soit en mesure de respecter ces responsabilités
internationales dans ce domaine.
En guise de conclusion
Malgré le maintien de contacts bilatéraux et les négociations intenses au cours de toute l’année 2008,
un nouvel accord sur les livraisons du gaz en Ukraine et son transit à travers le territoire ukrainien, nécessaire dans le contexte d’absence du cadre contractuel de long-terme, n’a pas été
trouvé. Le contentieux actuel résulte donc d’une combinaison de facteurs, parmi lesquels la difficulté d’estimer le niveau de prix « européens » de l’importation du gaz et du transit,
la modification de l’importance des enjeux sous-jacents à la relation gazière entre la Russie et l’Ukraine dans le contexte de la dégradation de leur situation économique du fait de la crise, et
la non-prise en compte de certaines demandes de la parties ukrainiennes qui semblent pourtant justifiées.
P.S. : Bien sûr, nous ne pensons pas que l’enjeu du conflit actuel concerne uniquement le prix
d’importation et le tarif de tarif ; d’autres variables qui relèvent davantage d’ordre politique, comme la suppression du schéma d’approvisionnement de la société intermédiaire RosUkrEnergo,
qui semble être un acteur politiquement influent tant en Russie qu’en Ukraine, peuvent bien s’entremêler des considérations économiques.
Quelques références
Sur la formation de « European Netback
Prices » :
Gas Matters, <http://www.gas-matters.com>, en particulier
les numéros du janvier-février et du septembre 2008
East European Gas Analysis, 2009 Gas Sales Down to the Level of 2007:
European Price at $175/mcm in Q-4 2008 <http://www.eegas.com/>
Institute for Economic Research and Policy Consulting, “How to “deal to
“European gas prices” in Ukraine?”, Advisory Paper 06, October 2008, <http://ierpc.org/ierpc/papers/pp_06_en.pdf>
Vitrenko Youri, “Gas Transit and the Price of Imported Gas:
Economic Justification”, les 19-25 janvier 2006, Dzerkalo Tyjnia, <http://www.mw.ua/2000/2229/61731/>