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4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 06:20

pauvros-remi.jpgVous souvenez-vous de ce que fut votre première réaction à l'annonce de la mort de Pierre Bérégovoy le 1er mai 1993 ?

Sa mort a d’abord laissé chez moi une grande tristesse et une profonde émotion.

 

Quelle conséquence a eu sa disparition sur votre vision du monde politique ?

J’ai éprouvé la confirmation de la dureté et de la violence de la vie politique.

 

Que vous inspirent son parcours personnel ainsi que son engagement politique ?

Je ressens un vrai respect pour cet autodidacte issu de l’immigration. Fils de l’école de la République, son engagement politique déterminé m’a toujours profondément impressionné, à la fois dans son militantisme et dans la force de ses idées.

 

Quelle lecture avez-vous de la citation de Pierre Bérégovoy : "Le vrai débat n’est plus entre capitalisme et communisme, mais entre conception sociale et conception libérale de l’économie de marché. Le temps des révolutions n’est plus. Celui des réformes — conservatrices ou sociale-démocrates — est devant nous." ?

 

Pierre Bérégovoy a en effet été l’un des fers de lance de la social-démocratie avec comme outil principal l'économie mixte, chère à François Mitterrand.

Cette économie de marché régulée, corrigée, stimulée par l'intervention de la puissance publique, est effectivement aujourd’hui la plus à même de répondre aux attentes de nos concitoyens.

 

A l'occasion d'un voyage, Pierre Bérégovoy s'était rendu dans le village natal de son père et avait été confronté de visu au passé traumatique de l'Ukraine. Il était l'un des rares responsables français à connaitre précisément depuis de nombreuses années la réalité et l'ampleur des crimes de masse perpétrés par le régime stalinien. Comment expliquez-vous l'ignorance d'une large part de la classe politique française sur ce sujet durant des décennies ? Quels enseignements en tirez-vous ?

 

La position géopolitique de l’Ukraine, entre l’Occident et la Russie, a toujours été une source de tiraillement pour ce pays. Exploitée, colonisée par l’URSS, elle n’a eu d’autres choix que de s’enfermer dans le silence après les atrocités de la guerre.

Elle était bien trop utile à ce géant de la guerre froide pour pouvoir être elle-même. Aujourd’hui, la marche difficile de l’Ukraine vers la Démocratie n’en est pas moins irrémédiablement lancée.

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4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 06:07

1 er Mai 1993 : Les Français sont en état de choc. Pierre Bérégovoy, l’ancien Premier ministre de François Mitterrand, s’est suicidé près de Nevers. Personne n’avait pressenti que cet homme de soixante-sept ans, très attaché à sa famille, mettrait fin à ses jours en se tirant une balle dans la tête avec l’arme subtilisée à son garde du corps.

Son père, né à Izioum en Ukraine orientale, était arrivé en France consécutivement à la кévolution de 1917 et à la guerre civile qui ravagea l’Ukraine. On peut rappeler que 20%

de l’émigration dite russe étaient composée d’un côté de soldats de l’Armée nationale ukrainienne et de l’autre de jeunes Ukrainiens issus de la conscription opérée par l’Armée

Blanche du général Wrangel.

Pierre Beregovoy, dès son plus jeune âge, avait été témoin des conditions précaires de la vie d’immigré à laquelle son père était astreint. Il eût très tôt conscience du sentiment de

refoulement des origines qui frappent les hommes et les femmes dépossédés de leur Patrie.

Mais en dépit des difficultés qui ont marqué ses premières années, Pierre Bérégovoy s’est distingué par un parcours exceptionnel, animé par un profond humanisme et une foi iné-

branlable dans les valeurs républicaines.

La violence des attaques dont il fut l’objet rend plus insupportable encore sa fin tragique. Mais bien audelà des convulsions tant médiatiques que politiques, Perspectives Ukrainiennes entend rendre hommage à la plus emblématique personnalité issue de l’immigration ukrainienne.

Frédéric du Hauvel

 

pierreberegovoyreferencePierre Bérégovoy est né le 23 décembre 1925 à Déville-lès-Rouen (Seine-Maritime) d'une mère française et d’un père ukrainien.

En 1941, tandis que son père tombe gravement malade, il quitte le lycée et obtient un Brevet élémentaire industriel, un CAP d’ajusteur ainsi qu’un CAP de dessin industriel.

Après avoir travaillé durant neuf mois à l’usine Fraencker, il intègre la SNCF en mai 1942 après avoir été recruté par concours. Il entre ensuite dans la résistance via le groupe « Résistance-fer » et participe à la libération de la banlieue rouennaise en juin 1944.

Il épouse à Rouen Gilberte Bonnet (1920-2001) le 13 novembre 1948. Le couple a eu trois enfants : Catherine, Lise et Pierre .

En mai 1950 il entre à Gaz de France comme agent technico-commercial à Rouen.

Il adhère à la SFIO en 1954 et devient secrétaireadjoint de la fédération de la Seine-Maritime en 1956. Il obtient de Gaz de France sa mutation pour Paris en mai 1957.

En 1958, il est l’un des membres fondateurs du parti socialiste autonome. En 1963, il rejoint le PSU qu’il quitte en 1967 pour fonder le club Socialisme moderne.

En 1969, il rejoint le bureau exécutif du parti socialiste. Il est l’un des négociateurs du Programme commun de la gauche, signé en 1972, et l’un des promoteurs de l’ « actualisation du Programme commun » conclue en 1977.

Il devient membre du Conseil économique et social (1979). Après l’élection de François Mitterrand, il est nommé secrétaire général de la présidence de la République (mai 1981-juin 1982). Puis il est nommé ministre des Affaires sociales et de la Solidarité au gouvernement Mauroy (juin 1982-juillet 1984). En 1983, il devient maire de Nevers, en remplacement de M. Daniel Benoist, démissionnaire en sa faveur.

Sous le cabinet de Laurent Fabius, il occupe les fonctions de ministre de l’Economie, des Finances et du Budget (juillet 1984-mars 1986). Il est élu député de la Nièvre aux élections législatives de mars 1986.

Directeur de campagne du candidat Mitterrand à la présidentielle de mai 1988, il devient, après la victoire de ce dernier, ministre d’État, ministre de l’Economie, des Finances et du Budget dans le gouvernement Rocard.

Sous le cabinet de Mme Edith Cresson, ses responsabilités s’étendent au Budget, Industrie, Commerce extérieur, Commerce et Artisanat, Poste et Télécommunications.

Après les élections cantonales et régionales de 1992, il est nommé Premier ministre (avril 1992-mars 1993). Il ne dispose que d’une année pour convaincre et essayer de changer la donne avant les échéances législatives.

Pierre Bérégovoy présente son gouvernement devant l’Assemblée nationale moins d’un an avant le renouvellement des députés. "C’est court mais c’est assez pour décider, expliquer, convaincre" déclaret-il devant les parlementaires le 8 avril 1992. En effet, il arrive à Matignon à la suite d’une défaite électorale, aux élections cantonales et régionales : "Les élections régionales et cantonales ont été un échec pour le parti socialiste".

Pour Pierre Bérégovoy, le prochain scrutin de l’année suivante n’est pourtant pas une obsession. Il précise que son objectif est de restaurer la confiance et de renouer avec l’espérance, par l’action. Dans un contexte économique difficile, le Premier ministre fait le choix de la rigueur. Mais il rappelle qu’il "ne faut pas confondre rigueur économique et rigueur sociale". Si la rigueur en économie est une exigence de bonne gestion, la justice sociale est au centre des préoccupations du gouvernement. Il n’y a pas de remèdes miracles, mais il y a "la lucidité, le calme et la persévérance".

Enfin, à moins de six mois du referendum pour la ratification du traité de Maastricht, Pierre Bérégovoy rappelle que l’Europe est la priorité du président Mitterrand, et un facteur essentiel de paix et de progrès. Il veut "faire l’Europe sans défaire la France".

En mars 1993, lors des élections législatives, la droite remporte une large victoire : face à une Assemblée qui lui est désormais hostile, Pierre Bérégovoy présente sa démission au président de la République qui nommera Edouard Balladur pour lui succéder.

Aux législatives de mars 1993, il est réélu député de la Nièvre.

Après avoir subi durant plusieurs mois un déferlement médiatique mettant en cause sa probité, il met fin à ses jours le 1er mai 1993.

Ses obsèques ont lieu quelques jours plus tard à Nevers, en présence du président de la République et de nombreuses personnalités politiques françaises.

Dans son discours hommage, François Mitterrand, d'une voix émue, évoqua ceux qui ont "livré aux chiens l'honneur d'un homme".

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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 12:33

Le bulletin Hors-série de Perspectives Ukrainiennes de mai 2013 en hommage à Pierre Bérégovoy est disponible sur la page Archive des bulletins de Perspectives Ukrainiennes ou en cliquant ici.

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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 22:04

CONSCIENCE

FILM

DE VOLODYMYR DENYSSENKO

JADIS  INTERDIT EN UKRAINE

ET TOUJOURS INCONNU DU GRAND PUBLIC

 

 

CINÉ-CLUB UKRAINIEN

ESPACE CULTUREL DE L’AMBASSADE D’UKRAINE

22, av. de Messine, M° Miromesnil. Tél. 01 43 59 03 53

 

Mardi 7 mai 2013, 19 heures

Entrée libre

78-ème séance

 

CONSCIENCE

(СОВІСТЬ)

vo

 

Film inédit en France

Photogramme-Conscience-2.jpg

 

Production : Studio Alexandre Dovjenko, Institut théâtral Karpenko-Karyi de Kiev, 1968, 80 mn, nb, film restauré en 1989

Scénario : Volodymyr Denyssenko, Vassyl Zemlak

Réalisation : Volodymyr Denyssenko

Photographie : Alexandre Deriajnyi

Son : Anatoliï Tchornootchenko

Interprétation : Anatoliï Sokolovskyi, Victor Malarevytch, Mykola Oliїnyk, Mykola Houdz, Alexandre Didoukh, Vassyl Bohosta, Viatcheslav Krychtofovytch, Volodymyr Denyssenko, Dmytro Dieiev, Nina Reous, Halyna Dovhozviaha, Valentyna Hrychokina, Halyna Nekhaievska, Loubov Louts, Tetiana Touryk

Genre : drame

Récompenses : Prix (posthume) pour l’éminente contribution au cinéma ukrainien à Volodymyr Denyssenko, Prix du Jury au Premier Festival panukrainien de Kiev (1991)

 

Synopsis
Pour venger des personnes innocentes froidement exécutées, le jeune Vassyl tue un officier allemand. Blessé, il est transporté par son ami dans un village voisin. Les Allemands préviennent la population qu'ils attendront jusqu'au matin pour qu’on leur livre l’assassin. Taraudé par sa conscience, Vassyl décide de se rendre. Mais ce sacrifice s’avérera inutile. Tous les villageois seront fusillés sans pitié.

 

Opinion

Volodymyr Denyssenko est de ces auteurs-réalisateurs appartenant au cinéma identitaire poststalinien qui se concrétisa par l’édification de l’École poétique de Kiev dans les années soixante. Sa carrière professionnelle, qui s’étale sur un quart de siècle, se résume en douze films éloquents de portées sociale et historique esthétiquement aboutis. Étudiant à l’Institut théâtral de Kiev, Denyssenko en fut exclu dès la deuxième année pour nationalisme ukrainien. Déporté en Russie dans un camp de travail et de rééducation en 1949, il fut amnistié en 1953, et réintégra l’Institut pout y finir ses études. Réhabilité en 1956, Volodymyr Denyssenko fait ses premières armes en qualité d’assistant sur le film de Marc Donskoï Le Cheval qui pleure (1957), Le Poème de la mer (1958) de Youlia Solntseva, et réalise son premier long métrage La Soldate, en 1959. En 1964, aux prémices de la nouvelle École poétique, il confie le rôle du poète Taras Chevtchenko au débutant Ivan Mykolaїtchouk dans son film Le Songe, puis il entreprend la réalisation de deux films de guerre, Conscience et En direction de Kiev, qui sortiront tous deux en 1968. Cinéaste non conformiste, intransigeant sur les principes de la morale et de la déontologie professionnelle, Denyssenko ne se sent jamais aussi libre qu’à ce moment de sa vie. Elève d’Alexandre Dovjenko, auquel il dit un jour que sa génération en avait assez de faire des films de guerre, il écrit pourtant avec Vassyl Zemlak l’un des scénarios les plus poignants sur cette époque, où la tuerie est traitée du point de vue de l’absurde.  Inspiré d’un fait réel de la vie de Vassyl Zemlak, Conscience narre de façon très complexe mais laconique l’histoire de deux jeunes partisans qui commettent un attentat contre un officier allemand, à la suite duquel des représailles serontlancées contre les habitants d’un village. Réalisé avec le concours désintéressé de 18 élèves comédiens et techniciens de l’Institut théâtral de Kiev, où Denyssenko enseigne la mise en scène, le film est immédiatement interdit, le négatif détruit. En réalité, Conscience fait peur aux autorités. Il ne répond pas aux normes idéologiques et touche au thème tabou de la culpabilité vis-à-vis des populations innocentes. Coupé en épisodes, il sera montré dans des séminaires de cinéma et utilisé pour les cours d’opérateur de prises de vues. En son temps, Denyssenko voulut même vendre son film au Derjkino pour une diffusion commerciale. On lui rétorqua que le rôle du Parti communiste et du komsomol était absent dans le film et que de tels événements ne purent se passer, parce qu’il n’y en avait jamais eu. Ce reproche des autorités était en contradiction totale avec l’Histoire : d’identiques épisodes séquencés dans maints films soviétiques avaient fait l’unanimité de la critique et du public.

 Photogramme-Conscience-1.jpg

Tourné en noir et blanc, Conscience est l’un des rares films de l’École de Kiev à montrer l’Ukraine steppique. Du point de vue stylistique, il fait penser aux premiers films de Léonide Ossyka, où le facteur économique, comme ce fut le cas pour le néoréalisme italien ou la Nouvelle vague française, est révélateur : les films ont un devis serré, les réalisateurs tournent avec des stagiaires en observant strictement l’unité de temps, d’action et d’espace. Effectuées avec des moyens de fortune, les prises de vues se déroulèrent dans le village de Kopyliv, dans la région de Kiev, où eurent lieu des événements similaires rappelant ceux d’Oradour-sur-Glane. L’opérateur Alexandre Deriajnyi, étudiant en deuxième année, ne disposait que d’une prise par plan et d’un objectif à longue focale de 500 mm. La pellicule négative à haut contraste permettant de traduire un nombre réduit d’écarts de luminosité fut dénichée chez des pilotes de chasse. Il n’y avait pas de prise de son direct, les travellings s’effectuaient à bicyclette. Si l’abominable histoire était relativement restreinte en action - escarmouche, menace du massacre et massacre lui-même -, une tension constante régnait dans la progression dramaturgique, ponctuée de dialogues courts. Paradjanov dira à propos de ce chef-d’œuvre bâillonné que c’est le film le plus puissant de toute l’histoire du cinéma ukrainien, et le critique polonais Janusz Gazda le jugera stupéfiant, parce qu’il se différenciait de tous les autres films de guerre de l’époque. Les futurs acteurs Mykola Houdz et Halyna Dovhozviaha prétendront avoir vécu une expérience pédagogique inoubliable, notamment pour la scène du massacre à laquelle prirent part 500 figurants du village.


Equipe-technique-pendant-le-tournage-de-Conscience.jpgEn 1984, Denyssenko meurt subitement à l’âge de 54 ans, peu avant le début de la perestroїka. Deux ans plus tard, l’Union des cinéastes d’Ukraine organise une projection du film, sachant que les seuls tabous, motifs à une interdiction, restent la divulgation des secrets militaires,  les thèmes racistes, les atteintes portées à la Constitution. Mais l’unique copie du film obtenue auprès de la famille du réalisateur disparaît mystérieusement. Après deux années de recherche, la famille assigne en justice le syndicat des cinéastes. Trois jours  plus tard, les agents du KGB balancent sur le pavé deux boîtes contenant la copie endommagée. La restauration du film sera effectuée, en 1989, par Alexandre Denyssenko, le fils du réalisateur disparu, et par le réalisateur Roman Balaїan. Conscience sera montré pour la première fois à l’étranger au Festival de Montréal, en 1990, puis au Festival de Turin, en 1991, ainsi qu’au Premier Festival panukrainien de Kiev la même année. Depuis, il n’a fait l’objet d'aucune représentation commerciale en salles, hormis des projections confidentielles dans quelques ciné-clubs. Aujourd’hui encore, en Ukraine, le film reste inconnu du grand public.

 

Lubomir Hosejko

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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 08:18

Le bulletin d'Avril 2013 de Perspectives Ukrainiennes est disponible sur la page Archive des bulletins de Perspectives Ukrainiennes

Au sommaire:

p.1 : Editorial


p.2-3 : Femen - 5 questions à Galia Ackerman


p.4-5 : Salon du livre 2013 - Entretien avec Anetta Antonenko, fondatrice et présidente des éditions Calvaria et chef du projet Plus de pays – Plus de livres


p.6 : Exposition Pinsel au Louvre - Rencontre avec Tarass Demkura - mécène ukrainien


p.7-8-9 : Ciné-club


p.10 : Exposition à la Galerie Bansard


p.11 : Actualité du livre

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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 23:11

demkoura.jpgParlez-nous de vous


Je vis à Ternopil, et j’ai reçu une formation de professeur d’éducation physique et sportive. Mon premier business de taille est lié à la France. En effet, de 1990 jusqu’en 1996 j’achetais des voitures en France pour les revendre en Ukraine. Depuis 1996 je travaille en lien avec la société américaine Amway, qui opère dans les domaines de la santé, de l’écologie et des finances. Je fais partie du Conseil des Fondateurs de cette société. Je suis doctorant et j’enseigne le marketing de réseau dans les universités en Ukraine.

 

En quoi consiste votre action en tant que mécène ?


Nous avons initié et financé le projet de la création de l’album « Le mystère de Pinsel », rédigé en ukrainien en anglais. Nous avons édité 1000 exemplaires, dont 700 ont été distribués dans des écoles, musées et bibliothèques. Le responsable de la bibliothèque du Louvre, appréciant la qualité de l’album, nous a pris 100 exemplaires. Nous sommes fiers que notre album soit exposé à côté de celui commandé par le Louvre.

 

Quels sont vos projets ?


Nous allons continuer à présenter l’album sur Pinsel dans les villes ukrainiennes. A chaque fois nous invitons les médias pour toucher le plus de monde possible. Nous préparons des émissions sur la vie et l’œuvre de Pinsel qui seront diffusées à la radio de Ternopil. Nous continuons à restaurer certaines sculptures. Aussi est-il urgent de restaurer le bâtiment de la société scientifique Chevtchenko situé à Sarcelles. Nous réfléchissons actuellement à la manière d’y contribuer. Nous avons commencé à réunir des moyens financiers pour la création de l’église et du musée d’Anna Yaroslavna, reine de France, à Senlis qui appartiendraient à la communauté ukrainienne. Voilà, pour n’en citer que quelques-uns, les projets qui sont les miens. Sinon, la liste est longue. 

 

Comment en êtes-vous venu à soutenir des projets culturels ?


La société  Amway avec laquelle je suis étroitement lié depuis 16 ans possède ses propres fonds caritatifs. Nous en avons aussi et nous aidons des handicapés, des orphelinats. Je pars du principe qu’une fois que tu as réussi dans ta vie, tu peux aider les autres à faire de même. Quant aux projets culturels, tout a commencé par la collection de voitures rétro. J’avais visité une exposition en France et m’était fixé le but de faire ma propre collection. Aujourd’hui, ma collection est la plus importante en Ukraine. Ensuite, je suis venu à collectionner de vielles montres, appareils photos, etc. Par la suite j’ai fait la connaissance de Vira Stetsko et Borys Voznytsky qui m’ont fait découvrir le monde de Pinsel. Toutes mes collections sont exposées dans le Centre d’affaires « Atrium » que j’ai créé. Là-bas, vous trouverez aussi le Pinsel Hall, un endroit où les visiteurs peuvent prendre un café tout en apprenant sur la vie du sculpteur.

 

pinsel.jpgQuelles suites à « Pinsel au Louvre » ?


Les sculptures ont retrouvé  leurs places dans les villes ukrainiennes. Maintenant, plutôt que de faire voyager ces œuvres vieilles de 250 ans, nous souhaitons faire venir les touristes qui seraient curieux de visiter ces endroits. Dans notre album, par ailleurs, se trouve un itinéraire touristique.

 

Pourquoi réalisez-vous ces projets ?


Il y a des choses qui ont un prix et d’autres qui ont de la valeur. J’investis dans des projets qui vont aller jusqu’à mes petits-enfants et encore plus loin. Je serais ravi si un jour j’entends dire : c’est mon grand-père qui a soutenu ce projet ou a restauré cette sculpture ou bien a contribué à préserver le patrimoine culturel de l’Ukraine.

 

Propos recueillis par Valentyna Coldefy

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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 22:49

Galia-Ackerman.JPGEssayiste, historienne, journaliste, vous êtes l'auteure de plusieurs ouvrages qui se sont imposés comme des références incontestées notamment sur la problématique de Tchernobyl et de ses conséquences sociales. Qu'est-ce qui vous a incitée à écrire sur FEMEN, sujet controversé plutôt éloigné de vos thèmes de prédilection ?

 

J’ai été contactée par les Editions Calmann-Lévy qui m’ont proposé ce projet. Lorsque j’ai fait connaissance des quatre fondatrices ukrainiennes de Femen, j’ai trouvé l’idée de publier un long entretien avec elles très intéressante. En effet, j’ai beaucoup étudié les conditions sociales en Russie et en Ukraine post-communiste, et le cas de Femen est un exemple très parlant : des jeunes filles qui s’insurgent contre la pauvreté, l’inégalité criante, le machisme, la perception ambiante de la jeune femme en tant qu’objet sexuel et l’absence de perspectives pour ceux et celles qui n’appartiennent pas à la nouvelle classe de riches. Il y a beaucoup d'enseignements à tirer de leur récit.

 

Pourquoi est-ce en Ukraine que FEMEN a été créé ? Quelles spécificités de la société ukrainienne ont contribué à l’émergence d'un mouvement d'une telle radicalité ?

 

Ce mouvement est certainement un produit dérivé de la Révolution Orange. Les filles le reconnaissent et parlent de la révolution comme d’un moment de grande libération intérieure : ce fut pour elles un moment festif et rempli d’espoir. Mais rapidement, cet espoir céda la place à une déception profonde. Quant à la radicalité, elle s’est accrue au gré de leurs activités. Elles ont commencé par des actions « gentilles ». Même la protestation topless n’était pas au menu dès le début.

 

Sur quel socle idéologique s'est construit le mouvement FEMEN ?

 

Trois des quatre fondatrices du mouvement proviennent de la même ville de l’Ukraine occidentale, Khmelnitski. Ensemble, en tant qu’adolescentes, ces filles ont fréquenté le cercle de rue marxiste. C’est assez extraordinaire : des jeunes gens qui, dans la première moitié des années 2000, se rassemblent régulièrement dans une cour d’immeuble pour lire « Le Capital » de Marx. Quand on est confronté à des récits pareils, on se rend compte à quel point le passé soviétique est vite oublié par une partie de la jeunesse.

 

Un peu plus tard, elles lisent un livre totalement oublié en Occident, « La Femme et le Socialisme » d’Auguste Bebel. Cet ouvrage devient le véritable socle de leur futur mouvement : elles décident de se battre à la fois pour les droits de la femme et contre l’injustice sociale. Leur rejet de toute religion fait partie de cette imprégnation marxiste.

 

femen.jpgOn parle très souvent des adversaires de FEMEN ainsi que des menaces et des pressions subies par ses membres. Pourquoi n'entend-on rien ou presque au sujet des financements et des appuis dont bénéficie le mouvement, notamment en Ukraine ?

 

Personnellement, j’admire le courage de ces jeunes femmes, même si je ne partage pas leurs convictions marxistes. Elles ont la trempe des révolutionnaires russes, comme Véra Zassoulitch, et sont prêtes à mourir, s’il le faut, pour leurs idées. Leur action contre Alexandre Loukachenko, par exemple, loin des caméras, a failli leur coûter la vie. Quant à leur financement, il n’y a aucun mystère et ceci est raconté dans le livre : elles ont un compte sur lequel on peut faire des dons, elles vendent leur merchandising, comme des tee-shirts, et elles ont maintenant des droits d’auteur. Inna Chevtchenko, d’ailleurs, vient de signer un contrat pour un nouveau livre, co-écrit avec une journaliste très connue en France, Caroline Fourest. Mais je vous assure qu’elles vivent très chichement. Leur logis au Lavoir Parisien Moderne est gratuit. En fait, à l’étage où deux d’entre elles habitent, elles ont une petite pièce non chauffée. Le directeur du théâtre les héberge par sympathie et aussi, parce qu’elles lui apportent de la publicité supplémentaire, alors qu’il est en instance d’expulsion par la Mairie de Paris. Quant aux appuis en Ukraine, je ne les ai pas détectés. Ces filles ont fait de la prison, aussi bien en Ukraine qu’en Russie. Je crois simplement que les autorités ukrainiennes sont plus intelligentes que les autorités russes et ne veulent pas transformer les FEMEN en Pussy Riot bis. Inna a été poussée à l’émigration, sans trop de bruit.

 

Le mouvement FEMEN pourrait-il continuer à exister durablement s'il venait à être boudé par les caméras ? 

 

C’est un mouvement radical international, avec des activistes spécialement entraînées, et non un mouvement de masse. Si les médias ne rendent pas compte de leurs actions, leur raison d’être disparaît. Mais je ne vois pas pourquoi cela se produirait. Elles innovent tout le temps, et les médias sont toujours à la recherche d’images et de sujets forts.

 

Propos recueillis par  Frédéric du Hauvel

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3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 18:44

calvaria.jpgParlez-nous de l’édition Calvaria et de la Fondation de l’édition Calvara


Fondées en 1991 trois jours avant le référendum concernant l’indépendance de l’Ukraine, les éditions Calvaria cherchaient leur voie jusqu’en 1998, la date à laquelle a été publié le premier livre de prose de l’auteur contemporain ukrainien Yurko Pokaltchouk (« Te stcho na spodi ). Par la suite, il est devenu notre « parrain » et nous nous spécialisons desormais sur la poésie et la prose contemporaines ukrainiennes.  Ce créneau restait inoccupé en 1998 ; cela semble si éloigné aujourd’hui. En effet, à l’époque, peu de gens croyaient en la popularisation de la littérature ukrainienne contemporaine.

Sur une période très courte (entre 1998 et 2005) Calvaria a découvert des auteurs aujourd’hui très célèbres en Ukraine. Ils sont désormais traduits et publiés dans le monde entier, parmi eux : Serguiy Jadan, Maria Matios, Iren Rozdoboudko, Vasyl Chklyar, Lubko Deresh, Igor Rymarouk, Grytsko Tchoubayu… Calvaria a découvert ces talents et leur a permis de devenir des écrivains professionnels.

Depuis 2000 nous publions également des œuvres de la littérature mondiale, comtemporaine comme classique. Ainsi nous avons publié la première traduction en ukrainien « L'échange symbolique et la mort » de Jean Baudrillard,  c’est ainsi que nous avons commencé une série de traductions d'oeuvres majeurs d’intellectuels occidentaux : « Le choc des civilisations » de Samuel P. Huntington, « Against Interpretation and Other Essays » de Susan Sontag, « Orange mécanique » d‘Anthony Burgess, « Pantagruel » et « Gargantua » de François Rabelais , « Le Petit Prince » d’Antoine de Saint-Exupéry, « Saturday » et « Atonement » d’Ian Russell McEwan, des œuvres de Federico García Lorca et bien d’autres.

Depuis 2004 nous accompagnons d’auteurs ukrainiens à l’étranger. Nous avons déjà cédé 54 licences pour les œuvres de nos écrivains. Calvaria participe régulièrement aux plus grands salons de livres en Europe, tels qu’à Paris, Frankfort, Varsovie, Leipzig etc.

En décembre 2001 la fondation de maison d’édition Calvaria a été créée. En effet, si l’édition est une entreprise lucrative, la fondation ne l’est pas. Ses buts sont :
- soutenir le développement du marché de livre et de la presse ukrainophones
- promouvoir les œuvres des auteurs ukrainiens en Ukraine et à l’international
- promouvoir les œuvres mondiales scientifiques, littéraires et artistiques en Ukraine
- développement de l’école ukrainienne de traduction

anetta-antonenko.jpgAvez-vous des contacts avec vos collègues français ?

Chez Calvaria, nous en sommes à plus de 25 traductions de livres français vers l'ukrainien (et de quelle qualité !). Je rencontre mes collègues français régulièrement au salon de Paris et à Francfort.  Je connais personnellement de très nombreux directeurs d’achat et de vente des droits d’auteurs de maisons d’édition, des agents littéraires, du Centre national du livre (CNL) et de l’Institut français.
Par ailleurs, c’est notre auteur, découvert par Calvaria, Lubko Deresh qui a été traduit et publié dans une séculaire maison d’édition Stock, en j’en suis particulièrement fière.

Quels évènements littéraires sont les plus importants en Ukraine ?


Parmi les évènements les plus importants on trouve Le Forum des éditeurs à Lviv qui se déroule depuis les derniers 20 ans et Knyjkoviy Arsenal. C’est un forum très récent. Il se déroulera cette année pour la troisième fois, mais il est très ambitieux par son importance, sa qualité d’exposition, son niveau d’organisation et de présentation. Knyjkoviy Arsenal est intimement lié à la ville de Kyiv, fait partie de sa politique culturelle, son développement et ses contacts internationaux.


En quoi consiste le projet « Plus de pays – Plus de livres » ? Depuis quand existe-t-il ? Quelle est son origine ? Quel a été son initiateur ?


L’idée du projet « Plus de pays – Plus de livres » est née après la réalisation du projet-pilote « La littérature européenne dans le contexte ukrainien & la littérature ukrainienne dans le contexte européen : les rencontres éditoriales norvégiennes » (en novembre 2010 à Oslo, Norvège).


J’ai été son inspiratrice et chef du projet. Pas à pas, depuis nous avons rencontré nos partenaires actuels – Eleonora Simonova (directrice de Nora-Drouk), Mykola Kravtchenko (Nord-Drouk) et Oleksandr Afonine (Président de l’association ukrainienne des éditeurs et des distributeurs de livres).


Notre coordinatrice en France est Iryna Dmytrychyn, enseignante (INALCO), traductrice.
Nos contacts noués furent notre point de départ, notre expérience dans le domaine littéraire, dans la création de réseau de collaborateurs.


Le projet n’édite pas de livres. Il vise à créer des conditions pour que la littérature ukrainienne devienne attractive, intéressante et plus ouverte, qu’elle soit dignement représentée sur les plateformes de travail des éditeurs à Paris, Frankfort et Londres.


Ainsi, nous publions un almanach, avec les extraits des livres d’auteurs ukrainiens. Nous en avons déjà publié quatre – dont deux en langue française (numéro 1 et 4).

Notre travail en France a commencé en 2011, quand un groupe d’éditeurs ukrainiens avec Oleksandr Afonine (Président de l’association ukrainienne des éditeurs et des distributeurs de livres), à sa tête s’est rendu en visite officielle ici.


Dans le cadre de cette visite, au Centre national du livre (CNL), ils ont rencontré leurs collègues français dans le cadre d’un séminaire. A ce séminaire les deux parties ont exposé l’état des lieux dans l’édition en France et en Ukraine. Parmi les éditeurs français présents on peut citer Stock, Flammarion, Gallimard, Fayard, Denoël, Albin Michel, Editions du Seuil et autres.

En 2012, toujours dans le cadre du projet « Plus des pays – Plus des livres » nous avons présenté sept écrivains ukrainiens et organisé des lectures publiques en présence d’auteurs et de traducteurs. Les extraits de tous ces écrivains sont inclus dans l’Almanach que j’ai mentionné ci-dessus. Cette action a attiré l’attention et nous a préparés au principal évènement littéraire ukrainien en France 2012 : le Festival de littératures européennes à Cognac où l’Ukraine a été invitée d’honneur. L’Ukraine a été le premier pays hors UE à en bénéficier. Nous étions partenaires du projet (le chef du projet a été Mykola Kravtchenko de Nora-Drouk) ; Sophie Julien, la directrice du Festival a constaté notre efficacité. Iryna Dmytrychyn, traductrice et enseignante d’INALCO  et notre coordinatrice française, à qui appartient initiative de cette rencontre, elle s’y est personnellement fortement investie dans son organisation.

Cette année et encore une fois sur la proposition d’Iryna Dmytrychyn nous avons changé la forme de notre présence au Salon du livre de Paris avec le soutien de la fondation Open Ukraine. Par ailleurs, une nouvelle maison d’édition nous a rejoints dans ce projet : les éditions Douliby, également spécialisées en littérature ukrainienne contemporaine.

Le séjour des écrivains ukrainiens prévoit toujours des rencontres avec les lecteurs dans le cadre du Club littéraire ukrainien sous la direction d’Oksana Mizerak. Ces rencontres se déroulent dans un lieu historiquement important pour l’édition ukrainienne, l’édifice où se trouve la bibliothèque ukrainienne Symon Petlura à Paris.

Par ailleurs, nous apprécions beaucoup le soutien de l’ambassade française en Ukraine, qui nous apporte l’aide financière comme organisationnelle. Ainsi, grâce à notre collaboration avec l’Institut français d’Ukraine nous avons pu réaliser la présentation d’« Aux frontières de l'Europe : l'Ukraine » sur le stand de l’Institut français au Salon. Nos idées ont toujours été soutenues par Anne Duruflé, ancienne attachée culturelle, et par son successeur, Eric Tosatti. Ainsi, l’année dernière nous avons été invités rencontrer à son excellence Alain Remy. Nous nous y sommes concertés sur les axes principaux de notre collaboration avec l’ambassade que nous comptons développer.

Est-ce qu’il est facile aujourd’hui de trouver un financement pour un projet comme le vôtre : financement privé ou financement public ?


Comme tout chef de projet, je ne peux pas me plaindre du manque d’attention des différents organismes.  Pour autant, cela ne veut pas dire que les financements se trouvent facilement. Les 3 ou 4 événements annuels que j'organise, me prennent beaucoup de temps sur le plan purement administratif. On coopère avec des institutions différentes en fonction du pays et de la spécificité du projet.  Cela veut dire qu’il faut envoyer un grand nombre de lettres, e-mails, rencontrer beaucoup de gens et ajuster une quantité innombrable de détails …

A propos du nerf de la guerre, « Plus de pays – Plus de livres » est exclusivement financé par des fondations privées et des organismes étrangers, dont : la Fondation de Rinat Akhmetov « Rozvytok Oukrainy », la Fondation d’Arseniy Yatsenyuk «Open Ukraine», l’Institut français d’Ukraine (France), l’Ambassade de la France en Ukraine, NORLA (Norvège), FrittOrd (Norvège), l’Ambassade de la Norvège en Ukraine,  Goethe-Institut (Allemagne), PJSC Kraft Foods Ukraina, et l’Association Mist (France).


Jusqu’ici nous n’avons rien reçu de la part de l’Etat ukrainien, mais on avance sur ce point. Il est fort probable que le ministère de la culture ukrainien participera au financement de nos prochains almanachs (en français et en allemand). Il s’agit d’espoirs fondés, en tout cas nous avons déjà les premiers accords dans ce sens.

Si le financement est privé, en quoi consiste alors le rôle de l’Etat dans la promotion du livre ukrainien?

A mon avis, nous sommes en train de faire le travail de l’Etat. Il faudra dépenser beaucoup d’énergie avant que la lourde machine bureaucratique ne reprenne son rôle. Comme mes confrères, je pense que cela serait contreproductif et inefficace. Et on y perdrait beaucoup de temps…


D'après moi, l’Etat doit comprendre qu’il n’est que le gestionnaire de l’argent collecté avec nos impôts. Il devrait juste déléguer à des organisations et associations qui réaliseront les projets avec compétence et rapidité (et elles existent !).

Quels résultats escomptez-vous du salon du livre de Paris ?

"Rien ne sert de courir, il faut partir à point." – c’est la réponse que je donne souvent à cette question. Dans le monde il existe des milliers et des milliers de bons livres, mais seuls quelques-uns deviennent des best-sellers.

Il nous faut surtout promouvoir nos auteurs dans le monde, que les livres ukrainiens soient de qualité, que nous puissions faire face à la concurrence… et que par la présence du livre ukrainien sur les grands salons nous convainquions des éditeurs à l’international.

Puisque l’édition c’est aussi le monde des affaires, chacun doit calculer ses risques.
Je serais comblée si les auteurs présentés dans notre almanach étaient publiés en France, mais pour cela, il y a encore du grain à moudre !

Propos recueillis et traduits par Olga Gerasymenko

La galerie photo du stand ukrainien

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28 mars 2013 4 28 /03 /mars /2013 21:37

 

CINÉ-CLUB UKRAINIEN

ESPACE CULTUREL DE L’AMBASSADE D’UKRAINE

 

22, av. de Messine, M° Miromesnil. Tél. 01 43 59 03 53

 

Mardi 9 avril 2013, 19 heures

 

 

77-ème séance

entrée libre.

 Photogramme-Tchornobyl-chronique-des-semaines-difficiles.jpg

 

TCHORNOBYL, CHRONIQUE DES SEMAINES DIFFICILES

 

(ЧОРНОБИЛЬ, ХРОНІКА ВАЖКИХ ТИЖНІВ)

vf

 

suivi d’une intervention de Galia Ackerman,

écrivaine, historienne et journaliste,

auteure de Tchernobyl : retour sur un désastre (Folio Gallimard, 2007)

 

Production : Ukrkinokhronika, 1986, 52 mn, nb/coul.

Scénario : Volodymyr Chevtchenko

Réalisation : Volodymyr Chevtchenko

Photographie : Victor Kriptchenko, Volodymyr Tarantchenko, Volodymyr Chevtchenko, Volodymyr Koukorentchouk, Igor Pyssanko, Anatoliï Khymytch

Son : Lev Riazantsev

Genre : documentaire

Récompenses :  Médaille d’or Alexandre Dovjenko (1986) ; Diplôme d’honneur, Festival International de Moscou (1987) ; Prix Perle noire, Festival du film méditerranéen de Pantelleria (1987) ; Prix Spécial, Festival international du film documentaire de Cracovie (1987) ; Prix Spécial, Festival Pansoviétique (Tbilissi, 1987) ; Prix d’État de l’URSS à Volodymyr Chevtchenko (posthume), Victor Kriptchenko et Volodymyr Tarantchenko (1988) ; Prix Nika de la meilleure photographie à Volodymyr Chevtchenko (posthume), Victor Kriptchenko et Volodymyr Tarantchenko (1989).   

Tchornobyl, chronique des semaines difficiles est le premier documentaire ukrainien sur la catastrophe nucléaire de Tchornobyl, survenue le 26 avril 1986. Dès le 14 mai, lorsque Gorbatchev déclare la situation sous contrôle, les autorités laissent les cinéastes pénétrer dans la zone interdite. Les équipes du réalisateur Volodymyr Chevtchenko et de Roland Serhienko sont les premières sur le site. Remarqué par son documentaire sur le voyage de Gorbatchev en Ukraine en 1985 Avec le Parti, avec le peuple, Chevtchenko est le mieux placé et le plus à même de se lancer dans la fournaise comme simple cinéaste réserviste parmi les liquidateurs du rang ou appelés. Jusqu’au mois de septembre, il tourne avec ses fidèles cameramen Victor Kriptchenko (ce dernier avait filmé l’inauguration de la centrale lors de sa mise en service en 1977), Volodymyr Tarantchenko, Volodymyr Koukorentchouk, Igor Pyssanko et Anatoliï Khymytch, ne rentrant à Kiev que certaines nuits pour les travaux de montage, rendu difficile faute de plans concernant les premiers jours de la catastrophe. Franchissant les protections en béton, il lui arrive de prêter son épaule à la caméra du cadreur ou de la brandir lui-même devant le mastodonte. Il filme le ballet des hélicoptères, le réacteur détruit, en plongée verticale, les robots inopérants sur le toit jonché de graphite où les compteurs Geiger crépitent comme des pistolets-mitrailleurs, la construction du sarcophage où gît le corps de Valeriï Khodemtchouk, en service la nuit de la catastrophe. Il photographie les fameux robots verts, recrues envoyées de force vers une mort certaine, les donneurs de sang et de moelle épinière, la terre que l’on ensevelit, les maisons, les puits, les forêts, le drapeau rouge qui flotte au-dessus du quatrième bloc.

 

Chevtchenko avoue vivre quelque chose d’unique et rechercher des sensations élyséennes, regrettant de n’avoir pu enregistrer cette luminescence qu’ont vue les premiers témoins. Le film débute en noir et blanc, montrant la désolation, l’évacuation de la population. La radiation n’a pas de couleur, ni d’odeur. Seuls les dosimètres parlent. Puis vient la couleur. La vérité. Le réalisateur veut démontrer de façon absolue que la radioactivité casse les barrières psychologiques et bureaucratiques, le non-dit. Il fait un film polémique et transparent, assiste aux réunions du Parti où sont dénoncées l’irresponsabilité, la dissimulation de l’ampleur de la catastrophe, l’incurie, la débandade générale. Par la voix du comédien Mykola Olanine, le commentaire d’Igor Malyshevskyi s’en prend aux falsificateurs, aux déserteurs qui n’obéissent qu’à l’instinct de conservation. Devant le Soviet régional de Prypiat, la foule conspue les communistes qui, les premiers, ont pris la fuite. Chevtchenko parvient à grand peine à filmer l’exclusion du Parti d’un des leurs pendant que l’on inscrit un nouveau membre qui se distingua sur les lieux de la tragédie. L’antinomie n’est pas nouvelle dans le cinéma soviétique, mais cette fois-ci terrifiante, assez proche du montage idéologique qu’utilisait Alexandre Dovjenko.

 

Le 2 octobre, le réalisateur monte à Moscou pour faire avaliser le film qui est accepté sur-le-champ. Mais en Ukraine, le film est jugé trop critique, et l’on essaie par tous les moyens d’empêcher sa diffusion. Après s’être battu contre le réacteur, Chevtchenko se bat contre les instances cinématographiques d’Etat qui bloquent tout. En réalité, tout le monde tremble, oubliant la glasnost. Pendant quatre mois et demi, Chevtchenko bataille avec la commission de censure qui l’oblige à revoir sa copie : il faut refilmer certains plans qui peuvent choquer, montrer impérativement les nouveaux logements pour les personnes évacuées, les réunions de l’Agence internationale pour l’énergie atomique, insister sur le moratoire appliqué par l’URSS, enlever les séquences de l’exclusion du Parti. Soumises au diktat du lobby de l’industrie nucléaire, le Glavatom, les autorités ukrainiennes montrent leur incurie en matière de décision. Déniant le caractère social, éthique et philosophique du film, le Glavatom exige 152 coupures images/son alors que tout est relaté, analysé, discuté dans la presse officielle, que la chasse aux responsables est lancée et que le documentaire moscovite L’Avertissement passe sans encombre à la télévision. Refusant toute concession, Chevtchenko trouve enfin le soutien du Goskino, réformé grâce à la nouvelle direction. Les coupures sont minimes bien qu’inacceptables, notamment la séquence enregistrée dans la troisième tranche : 1500 mètres utiles du film obtiennent le visa de sortie.

Le 14 février 1987, à la Maison du cinéma à Kiev, a lieu la première de Tchornobyl, chronique des semaines difficiles, alors que les exigences du Glavatom menacent toujours la liste de montage du film. Le documentaire sort avec plus de quatre mois de retard, avec seulement quatre copies pour toute l’Ukraine. Il sera acheté par 132 pays. Fortement irradié et se sachant inexorablement condamné, Volodymyr Chevtchenko expire le 29 mars 1987. Son combat mortel contre le réacteur, son abnégation de robot humain, frappent les jurys de nombreux festivals. En Italie, au Festival de Pantelleria, l’Association internationale du cinéma scientifique créera le Prix Chevtchenko récompensant la meilleure œuvre sur le thème de l’environnement et de la paix.

Lubomir Hosejko

 

 
 

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26 mars 2013 2 26 /03 /mars /2013 21:26

01042013

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