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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 11:38

CINÉ-CLUB UKRAINIEN

ESPACE CULTUREL DE L’AMBASSADE D’UKRAINE

 

22, av. de Messine, M° Miromesnil. Tél. 01 43 59 03 53

 

Mardi 8 janvier 2013, 19 heures

 

Entrée libre.

 

 

Affiche Le Cheval qui pleure 

 

LE CHEVAL QUI PLEURE

(ДОРОГОЮ ЦІНОЮ)

vostf

 
d’après le récit de Mykhaïlo Kotsioubynskyi
 
 
Production : Studio de Kiev, 1957, 98 mn, coul.
Scénario : Iryna Donska
Réalisation :Marc Donskoï
Photographie : Mykola Toptchiї
Décors : Mykola Reznyk
Musique : Lev Chvartz
Son : Léonide Vatchi
Interprétation : Vira Donska, Youriï Didovytch, Ivan Tverdokhlib, Olga Petrova, Pavlo Chpringfeld, Maria Skvortsova, Stepan Chkourat, Palladiï Bilokin, Alexandre Romanenko, Fédir Ichtchenko, Kostiantyn Nemolaiev, Volodymyr Vassyliev, Ivan Markevytch, Lélia Hrehorach, Dania Volocheniouk, S. Chychkov
Genre : drame social
 Photogramme Le Cheval qui pleure 2
Synopsis
Ostap et Solomia s’aiment, mais leur seigneur décide de marier Solomia au haïdouk Stepan. Menacé de conscription, Ostap s’enfuit au-delà du Danube. Solomia part le rejoindre le jour de ses noces. Fuyant une terre inhospitalière, ils sont traqués par des patrouilles sur le Danube, puis recueillis par des tsiganes. Mais leur bonheur ne dure guère. Lors de la fouille du camp, Ostap est arrêté. Avec l’aide d’Ivan, un compatriote, Solomia décide d’enlever Ostap. Un combat s’engage sur le fleuve. Ivan et Solomia périssent. Ostap est livré aux autorités.
 
 
Opinion

 

Après avoir connu une période de disgrâce due à l’eugénisme culturel imposé par Jdanov et à l’antisémitisme ambiant, Marc Donskoï effectue, en 1953, un retour discret dans les studios de Kiev avec un sujet footballistique qui passe inaperçu, Nos champions. Hors cet intermezzo alimentaire, Donskoï livre au cinéma ukrainien deux de ses créations majeures, La Mère (1955) et Au prix de sa vie (1957). Sortie en France sous le titre Le Cheval qui pleure, cette dernière reste son œuvre sans doute la plus aboutie. Elle représente aussi la fusion panthéiste entre Mykhaïlo Kotsioubynskyi, auteur de nouvelles cinégéniques, et un cinéaste enraciné dans le terroir et la culture ukrainienne, fidèle à un style sobre, inaltéré par les fluctuations politiques et les modes. C’est dans les deux premiers plans de ce chef-d’œuvre que l’on découvre le Donskoï humaniste, féru de littératures russe et ukrainienne, liant dans son épigraphe une citation de Gorki :  « Ce que nous aimons, nous l’aimons jusque dans la mort » à celle de la poétesse Lessia Oukraїnka : « Qui n’a pas vécu dans la tourmente, ignore le prix et la force des choses, ignore que les hommes ont toujours aimé la lutte et le labeur ». L’action se déroule en Ukraine dans les années 1830, où, écrasés par le servage, les paysans fuyaient par milliers vers les vastes steppes de la Bessarabie et tombaient dans les mains des patrouilles riveraines. Fouettés, marqués au fer rouge comme du bétail, ils étaient renvoyés enchaînés aux seigneurs, enrôlés de force dans l’armée ou exilés en Sibérie.

Sous la houlette du directeur de la photographie Mykola Toptchiї, Donskoï déploie des tableaux contemplatifs au lyrisme pur, des marines et des ciels impressionnistes d’une beauté absolue. Des images baroques s’égrènent des deux côtés du Danube, avec des fêtes rituelles et foraines, accompagnées de danses endiablées. Exécuté magistralement par l’actrice Olga Petrova, le solo de la Tsigane Marioutsia s’inscrit dans les chorégraphies les plus célèbres du cinéma. Entourés de comédiens du théâtre Romen, les protagonistes Vira Donska-Pryssiajniouk (Solomiїa) et Youriï Didovytch (Ostap) transcendent chaque moment de leur amour fou dans une société plus folle encore. Le titre français du film provient de la séquence où, voleurs de chevaux peu scrupuleux, les Tsiganes décident de revendre leur dernier cheval après avoir masqué ses défauts. Le riche marchand qui l'achète découvre la supercherie et, après avoir arraché la fausse crinière, bat le pauvre cheval qui se met à pleurer. Par sa passion pour les paysages et la générosité humaine, Donskoï fait parfois penser à Mizoguchi et à Renoir, et davantage au cinéma de l’Ukraїnfilm des années 30. Novateur, son film influe sur les jeunes cinéastes, notamment sur la future École poétique de Kiev. Andriech et Les Chevaux de feu de Paradjanov en subiront l’influence initiatique la plus manifeste. Les assistants de Donskoï, Volodymyr Dovhagne et Volodymyr Denyssenko, lui devront d’avoir appris le métier sur un film où les sentiments priment sur le social.

En 1958, Le Cheval qui pleure est récompensé en Grande-Bretagne et obtient un succès commercial en France, accompagné de critiques élogieuses. Henri Agel le définira en tant qu’élégie dramatique, contée comme une légende d’un Tristan et Iseult d’Ukraine, et rangera le réalisateur parmi les romantiques apparentés à Dovjenko. Paradoxalement, en Ukraine, son chef-d’œuvre fut considéré comme un film passéiste, tant sur le plan technique qu’esthétique. Il en fut de même pour les films réalisés à cette même époque d’après les récits de Kotsioubynskyi, Aube sanglante d’Olexii Chvatchko, Sur le four de Volodymyr Karassiov et Les Chevaux sont innocents de Stanislav Komar. On crut un moment que Marc Donskoï allait reprendre le flambeau de la cinématographie ukrainienne après la mort d’Alexandre Dovjenko, survenue en 1956, mais le cinéaste fut réintégré au Studio Gorki de Moscou, où il réalisera sept films jusqu’en 1977.

 

Lubomir Hosejko

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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 00:14

Comment êtes-vous venu à la photo ?

 

Enfant, j'étais impressionné par les collections de timbres et de cartes postales de mon père, qui évoquaient le voyage, l'exotisme, le dépaysement. Plus encore, j'étais fasciné par les multiples photos que prenait mon père et qui tapissaient les murs de la maison. Rétrospectivement lorsque je les regarde, je suis frappé par la justesse de leur composition, notamment leur respect de la règle des tiers. La photographie m'est ainsi apparue dès le plus jeune âge comme l'art populaire par excellence et j'ai voulu maîtriser ses fondements et ses principes ; si certains se définissent comme des enfants de la télé, je me considère comme un enfant de la photo.

 

Quelles sont vos influences artistiques ?

 

Elles sont tout à la fois cinématographiques, picturales et photographiques. La première influence est une émotion d'enfant ressenti devant Bambi ; la seconde est l'émerveillement éprouvé en regardant Les Chevaux de feu de Paradjanov. Ces deux films, qui expriment la toute puissance de l'image, introduisent dans un monde où la nature devient l'art et où l'art devient nature. Je voue une admiration tant naïve qu'infinie aux maîtres de l'école flamande et à leurs oeuvres d'une transcendante luminosité, je perçois cette peinture comme un horizon indépassable. En photographie j'ai été profondément marqué par Edouard Boubat dont la célébration poétique du quotidien est un enchantement.

 

Comment vous est venue l’idée d’une immersion au coeur de la culture houtsoule ?

 

Ma famille puise ses racines dans les montagnes des Carpates ; tandis que je baignais à la maison dans une ambiance de profonde nostalgie, je grandissais dans le Bugey, massif montagneux situé entre Lyon et Genève. Il m'a semblé en conséquence exaltant de partager la vie des habitants d'un village houtsoul, terre de mes aïeux.

 

Quelle place occupent les Houtsouls dans la conscience nationale ukrainienne ?

 

Les Houtsouls apparaissent comme les témoins d'un passé immémorial ; les montagnes des Carpates sont dans la mémoire collective le sanctuaire de la résistance armée aux totalitarismes nazis puis soviétiques qui se sont abattus sur l'Ukraine. Les Houtsouls ont mené un combat pour la liberté qui force l'admiration. Ils symbolisent par ailleurs la résilience communautaire qui s'est traduite sous le régime soviétique par une très grande solidarité collective et un attachement viscéral à la culture traditionnelle.

 

L'ouvrage que vous venez de publier a connu un vif succès au salon des Littératures Européennes de Cognac. Diriez-vous qu'il s'agit d'un livre reportage, d'un témoignage ou d'un carnet de voyage ?

 

Il m'est difficile de chercher à classifier ce qui fut ma démarche ; j'ai voulu être le témoin d'une réalité, d'un quotidien en communion avec la nature. J'ai souhaité partir à la rencontre des fêtes, des coutumes et des rituels qui rythment la vie dans les montagnes depuis la nuit des temps. J'ai eu pour ambition de saisir sur le vif ces regards, ces mouvements, ces silences qui font l’âme des rencontres et le sel des échanges.

 houtsouls.jpg

Pour en savoir plus

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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 10:41

Le bulletin de Décembre 2012 de Perspectives Ukrainiennes est disponible sur la page Archive des bulletins de Perspectives Ukrainiennes
 

Au sommaire:

p. 1-2 : L’Ukraine célébrée en la Cathédrale Notre-Dame de Paris
p. 3-4 : L’Ukraine à l’honneur au festival des littératures européennes de Cognac
p. 5 : Soirée littéraire du 20 décembre 2012 (Club littéraire ukrainien)
p. 6-7 : Entretien avec Blandine Huk, co-auteur du film Métal Marioupol
p. 8-9 : Rencontre avec Youry Bilak, auteur du livre Les Houtsouls
p. 10 : Actualité du livre

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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 10:37

Le dimanche 2 décembre, pour la première fois dans l’histoire de l’Eglise gréco-catholique, l’intronisation de l’Exarque Apostolique pour les Ukrainiens de France, du Benelux et de Suisse s’est déroulée en la Cathédrale Notre-Dame de Paris.

 

« Le lien qui unit l’église gréco-catholique ukrainienne à la cathédrale est le résultat d’une relation durable installée par le défunt Monseigneur Hrynchyshyn - a annoncé dans son discours le recteur de la cathédrale Notre-Dame de Paris, Monseigneur Patrick Jacquin. – Tous les ans en novembre, nous accueillons les Ukrainiens et nous joignons à eux lors des commémorations des victimes de Holodomor. Les Ukrainiens gréco-catholiques font partie désormais de notre grande famille ecclésiastique ».

 

Des prêtres du monde entier mais aussi des Ukrainiens d’Allemagne, de Belgique, des Pays-Bas et d’Ukraine sont venus à Paris pour célébrer l’intronisation de Mgr Borys Gudziak. La cérémonie s’est déroulée en présence de l’Archevêque de Paris le Cardinal André Vingt-Trois et du Cardinal Christoph Schönborn. La liturgie fut célébrée par le Patriarche de l’Eglise ukrainienne gréco-catholique Sa Béatitude Sviatoslav Chevtchouk.

 

La cathédrale Notre-Dame de Paris peut accueillir environ 3000 personnes. Mais selon le personnel de la cathédrale, il y en a eu beaucoup plus que cela!      « Vous devriez marquer 3500 personnes », m’a conseillé un agent de sécurité.

 

Malgré les efforts des organisateurs, il s’est avéré difficile de trouver une place assise, même pour les invités. Les gens ont commencé à affluer une heure avant le début de la liturgie.

 

« Quelle est la place de la foi dans le monde d’aujourd’hui ? » -  interroge Sa Béatitude Sviatoslav. – Ce n’est pas une idéologie mais un système de valeurs. Il s’agit d’un art de vivre ».

 

En la cathédrale Saint Volodymyr tout comme à Notre-Dame de Paris, le Patriarche de l’Eglise gréco-catholique ukrainienne a accentué son discours sur la nécessité pour l’église de devenir un carrefour d’échanges intellectuels, non seulement pour les Ukrainiens, mais aussi pour les représentants d’autres cultures et nationalités.

 

Monseigneur Borys, le nouvel Exarque Apostolique, en répondant, la veille de l’intronisation, aux questions des journalistes français et ukrainiens, a également insisté sur la nécessité d’un dialogue plus profond entre les fidèles ukrainiens qui se trouvent en dehors des frontières de leur pays et les Français, Belges, Suisses.

 

« La communauté gréco-catholique à l’étranger est composée en grande partie de gens sans papiers qui travaillent au noir, - souligne-t-il. Mais Saint Pierre, arrivé à Rome, était dans la même situation. Il n’était pas citoyen, il n’avait aucun droit politique, il ne parlait pas la langue… Au premier regard il n’avait aucune chance d’influencer cette ville. Mais l’inverse s’est produit. L’église ukrainienne à l’étranger doit relever aujourd’hui le même défi. Elle doit sortir de son état marginal et partager avec le monde les richesses de sa foi, la foi de l’église-martyre ».

 

Un quart des visiteurs avaient des drapeaux nationaux ou portaient des foulards ukrainiens. On parlait ukrainien devant l’autel et dans les rangs, à l’entrée et à la sortie de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

 

Comme lors des commémorations de Holodomor, l’un des symboles les plus marquants de la capitale française se transforme pour quelques heures en lieu de présence ukrainienne. Certes, l’église ukrainienne gréco-catholique rêve d’avoir encore plus d’impact, mais d’ores et déjà, on peut parler d’une habitude et de relations établies. Il suffirait d’une bonne occasion pour que s’installe un vrai partenariat interculturel et interreligieux.  

 

Alla Lazareva

source « Ukrainian Week »

 

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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 10:27

Invitation_soiree-du-20-dec-2012.jpg

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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 00:02

Marioupol-copie-1.jpgPourquoi le choix d’une telle ville et qu’est-ce qui vous a amenés à introduire dans cette histoire pleine d’usines gigantesques des histoires de vie ?

 

Nous voulions faire un film sur l’industrie car nous sommes tous les deux fascinés par les objets et les paysages industriels. Pourquoi Marioupol ? Marioupol est une ville à l’est de l’Ukraine, dans la région très industrialisée de Donbass. En plus, Marioupol se trouve en bord de mer, et toute cette production passe par le port de Marioupol. Le fil conducteur du film c’est l’usine, mais une fois sur place, nous avons laissé l’histoire se construire librement à travers les gens que nous avons eu l’occasion de rencontrer. Nous voulions percevoir pour ensuite transmettre ce que dégage la ville. La guerre y tient une grande place. Les monuments commémoratifs sont omniprésents. On en entend encore beaucoup parler et pas seulement de la part des personnes âgées. Donc, c’est au fil des rencontres que nous avons construit le film.

 

Quelles étaient les conditions de tournage ?


On ne nous a pas laissés rentrer facilement dans les usines. Nous avons été surveillés tout au long de notre séjour de deux mois. Les services spéciaux voulaient peut être s’assurer que nous n’étions pas de Greenpeace. Nous étions sous surveillance classique, derrière le dos. D’ailleurs, nous ne l’avions même pas remarqué, jusqu’à ce qu’on nous apprenne que notre appartement avait été visité en notre absence. Ils ont fouillé notre ordinateur. Cela ne nous a pas vraiment effrayés, mais c’était plutôt désagréable. Cela dit, nous avions quelques craintes vis-à-vis des gens avec qui nous étions en contact. Mais tout s’est bien passé, car nous sommes restés dans le cadre des « gentils filmeurs », nous n’avons rien fait de mal, nous n’avons pas essayé de pénétrer dans des endroits interdits. Deux policiers nous ont raccompagnés à l’aéroport. Comme s’ils voulaient s’assurer qu’on soit bien partis et qu’on ne reviendrait plus jamais.

 

Comment êtes-vous passés de Pripiat à Marioupol ?


Il n’y a pas vraiment de continuité. Entre le film sur Tchernobyl et celui sur Marioupol, nous avons réalisé le film Rouge Nowa Huta en Pologne. Cela nous intéresse de travailler dans des endroits improbables, pas forcément attirants au premier regard. Le but est de donner aux habitants de ces régions la chance de s’exprimer.

 

Avez-vous d’autres projets de films avec une thématique sidérurgique ?

 

Oui, nous avons des idées. Pour notre prochain film, nous voudrions partir à Norilsk, ville industrielle et passionnante au nord de la Russie. Mais nous n’avons pas encore de budget. Pour l’instant, ce projet est mis de côté. En plus, en ce moment, il n’est pas simple de tourner en Russie. En attendant, nous réalisons des films de plus courte durée.

Le thème de l’écologie marque la fin du film. Est-ce que les habitants de Marioupol ont conscience de cet aspect ?

Nous n’avions pas pour but de faire un film sur la pollution. C’est vrai que la fumée envahit la ville, et même si parfois on ne la voit pas, on la sent. C’est le quotidien des habitants de Marioupol. Les gens en parlent mais avec un sentiment de gêne. Les deux usines emploient 75 000 personnes. Tous disent que c’est leur pain. Un arrêt serait dramatique. Quant aux investissements dans des filtres et autres moyens de limiter la pollution, à l’heure actuelle ce n’est pas la priorité du propriétaire. C’est pour cela qu’on en parle tout à la fin, avec la même gêne, en quelque sorte.

 

Quelles sont les rencontres qui vous ont le plus marqués ?

 

Tous les Marioupoliens que nous avons rencontrés et qui n'apparaissent pas forcément dans le film ont été importants à nos yeux. C'était une expérience très belle car nous avons toujours été très bien reçus. Le contact était simple et chaleureux, les gens étaient curieux de notre démarche et toujours prêts à nous parler ou à nous aider. Et nous voulons surtout rendre hommage à Tatiana Tereshenko, qui a été d'un soutien essentiel durant notre séjour et qui est à présent une amie très chère. Les témoignages d'Elvira et de Valentyna sur la guerre étaient très émouvants bien sûr, de même que la rencontre avec les enfants de Piligrim. Le jour de la fête de Marioupol était aussi un moment exceptionnel. C'était très beau de voir presque toute la ville réunie, toutes ces personnes, ces visages, qui avaient préparé depuis des mois ce défilé. Et puis nous sommes très reconnaissants au Port commercial de Marioupol car nous avons rarement pu filmer un lieu de travail et d'activités avec un tel accueil. Nous pourrions continuer à faire la liste car toutes les rencontres étaient belles. En réalité cette question est très difficile car elle suppose de faire un choix et nous en sommes incapables, car toutes les personnes rencontrées étaient importantes.

 

Propos recueillis par Valentyna Coldefy

 

Blandine Huk est co-auteur du film « Métal Marioupol », présenté en novembre dernier à la maison des Cultures du Monde. Ce film rigoureux, qui comporte une certaine dimension fantastique, se tisse à différents niveaux. On approche la ville à travers ses hommes et ses usines, en rentrant dans leur mémoire. Un jeu s’opère entre présent et passé, présence et absence. Blandine Huk a déjà tourné en Ukraine avec Frédéric Cousseau « Pripiat », un film ayant pour thème le drame de Tchernobyl. 

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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 23:46

cognac-litter.jpg« C’était en quelque sorte un défi – comme le résume Sophie Jullien, la directrice de l’événement. D’abord, pour inviter l’Ukraine, il avait fallu persuader les uns puis les autres. Aujourd’hui, au dernier jour des festivités, je peux affirmer que nous avons fait un bon choix. » Salon du livre, conférences, projection de films, débats, dégustation de plats préparés par Maria Matios, concerts… Le festival est conçu pour inclure la culture d’un pays dans un contexte européen.

 

L’Espagne, invitée l’année dernière, l’Italie prévue pour l’année prochaine, n’ont pas de soucis d’appartenance à une structure culturelle européenne. Ce n’est pas le cas de l’Ukraine. Autant dans la mentalité des Ukrainiens que dans le regard que portent sur nous les Européens.

 

La ville de Cognac compte à peine 20 000 habitants mais a un très gros atout : c’est ici qu’a été élaborée la recette de la fameuse eau-de-vie, dont l’imitation est généreusement versée dans les tasses de café en Ukraine. Les « Henessy », « Martell », « Rémi-Martin », « Camus » et « Otard » authentiques ne sont fabriqués qu’ici et sont ensuite vendus dans le monde entier. Le budget stable de la ville permet de financer plusieurs initiatives culturelles dont le Festival des cultures européennes.

 

Pourquoi évoquer les cultures européennes ? « Parce que la communauté européenne, avant de devenir un projet politique, était un projet culturel » explique Jean-François Colosimo, président du Centre national du Livre. « C’est à Cognac qu’est né Jean Monnet, l’un des fondateurs du concept de l’Union Européenne » rappelle le maire de la ville, Michel Gourinchas. « Parce que les visiteurs venus de différents pays d’Europe garantissent le développement de l’économie locale » dit Nicolas, commercial dans une distillerie.

 

Cette initiative culturelle, en 20 ans d’existence, n’a accueilli que deux fois des pays non membres de l’UE. Il s’agit de l’Ukraine et de la Norvège. « Tout comme la Norvège, l’Ukraine possède une frontière avec l’Union Européenne, - ainsi Sophie Jullien, la directrice du festival, explique-t-elle son choix. En 2009, Iryna Dmytrychyn, venue ici en tant que traductrice de Yuri Androukhovytch, nous a suggéré d’inviter l’Ukraine. Nous avons tout de suite accroché à cette idée. Et nous ne nous sommes pas trompés, car le nombre de visiteurs n’a fait qu’augmenter cette année. Mais il faut du temps pour que la graine ukrainienne pousse sur le sol culturel occidental. Les gens sont intéressés, mais il faut entretenir cet intérêt pour l’Ukraine. L’année prochaine nous voudrions inviter Serhyj Zhadan, dont le livre traduit en français verra bientôt le jour. J’espère que les éditeurs français vont continuer à éditer les auteurs ukrainiens. Puisque d’une certaine manière, le pays n’existe pas s’il n’est pas traduit. »

 

Les auteurs dont les livres étaient traduits faisaient justement partie des invités. En effet, les romans d’Andrij Kourkov, Yuri Androukhovytch, Liubko Derech, Maryna Levytska, Anna Chevtchenko, Maryna et Serhyj Diatchenko ont été édités en français et ont pu être lus par les membres du jury populaire, qui votaient pour les prix spéciaux, mais aussi par des critiques professionnels français qui, notamment, animaient les conférences.

 

 « J’ai lu tous les livres des auteurs présents au festival, - nous raconte Hubert Artus, écrivain et critique français. – Vous vous demandez si les sujets et le niveau correspondent aux standards et aux goûts européens ? Bien sûr, ils y correspondent. Le livre de Liubko Derech, « Une culte », répond tout à fait aux critères de la littérature pour la jeunesse. Cette stylistique psychologique est bien lue par le lecteur français, tout comme les romans à la fois politiques et lyriques d’Andrij Kourkov. L’oeuvre d’Androukhovytch est, à mon avis, parfois pathétique, mais très poétique. On peut dire que la parole ukrainienne prend de la hauteur, - commente Raymond Clarinard, journaliste du « Courrier International ». – Nous en savons de plus en plus sur l’Ukraine. Nous effaçons petit à petit les stéréotypes qui existaient et étaient alimentés par les opposants. Le fait que Cognac, avec tout son prestige et la richesse de ses initiatives culturelles, mette à l’honneur l’Ukraine lors du Festival des cultures européennes, lui ouvre de nouvelles perspectives. Soyons francs, avant l’Euro 2012, certains ne supposaient pas l’existence de ce pays. Aujourd’hui, ils savent que l’Ukraine c’est tout un monde, une vie. »

 

« On aurait pu encore mieux faire, - souligne Iryna Dmytrychyn, professeur à l’INALCO, traductrice et spécialiste de la littérature, qui a lancé l’idée de la participation de l’Ukraine au festival. – Quand l’ex candidate à la présidence du pays Ségolène Royal cite l’écrivain ukrainien Vassyl Barkou, et le président du Centre National du Livre cite Voltaire pour dire « L’Ukraine a toujours aspiré à être libre », il n’est plus besoin de prouver la légitimité de la culture ukrainienne dans le patrimoine européen. Ce n’est pas avant un an ou deux que nous pourrons juger de l’effet du festival sur la promotion du livre ukrainien. Mais c’est de cette façon que se déploie la littérature d’un pays hors de ses frontières ».

 

Alla Lazareva

Source « Ukrainian Week »

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21 novembre 2012 3 21 /11 /novembre /2012 23:10

 

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Thème : QUELLES PERSPECTIVES POUR LES RELATIONS ECONOMIQUES FRANCO-UKRAINIENNES APRES LES ELECTIONS DE 2012 ?


18h30 Enregistrement des participants (uniquement inscrits préalablement)*


18h45 Accueil et présentation de l’Association des Cadres Ukrainiens en France
Larissa BARATIN, Présidente de l’ACUF,
Svitlana PASHKOVSKA, Secrétaire Générale, Olena PIERRET, Trésorière


19h00 Regard sur les élections parlementaires ukrainiennes du 28 octobre 2012
Son Exc. M. Philippe de SUREMAIN, ancien Ambassadeur de France en Ukraine,
Président de l’Association Française des Etudes Ukrainiennes (AFEU)


19h20 Relations d’échanges et pratique des affaires en Ukraine
M. Yann FROLLO de KERLIVIO, Conseiller commercial, Directeur du Bureau UBIFRANCE de Kiev près l’Ambassade de France en Ukraine


19h40 Expérience d'Air Liquide Ukraine: gestion de la mise en place d'un projet industriel avec un grand groupe privé ukrainien
M. François COURT, Directeur Air Liquide Ukraine


20h00 Point sur la situation financière de l’Ukraine et sur son secteur bancaire
M. Dominique MENU, BNP Paribas Ukraine


20h20 Débats avec la participation de la salle
Questions-réponses entre les intervenants et les participants


21h00 Conclusions par les intervenants


21h15- 22h Cocktail ukrainien


* La capacité de la salle étant limitée, seules les personnes dont la participation a été confirmée préalablement seront admises au forum.

 

 

 

 

Quand: Jeudi 13 décembre 2012 à 18h30

où: Centre culturel ukrainien – 22 avenue de Messine Paris 8ème

 


 

A.C.U.F. – Association des Cadres Ukrainiens en France
Internet : www.cadresukrainiens.org – E-mail : cadresukrainiens at yahoo.fr

 

Programme de la soirée

Bulletin d'inscription

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21 novembre 2012 3 21 /11 /novembre /2012 22:16

CINÉ-CLUB UKRAINIEN

ESPACE CULTUREL DE L’AMBASSADE D’UKRAINE

 

22, av. de Messine, M° Miromesnil. Tél. 01 43 59 03 53

Entrée libre.

 

Jeudi 6  décembre 2012, 18 heures

 

 

Ciné-concert

 

 

LE COCHER DE NUIT 

(НІЧНИЙ ВІЗНИК)

vostf

 

copie restaurée en 2010

Photogramme-1-Le-Cocher-de-nuit.jpg

musicalisé par Arsène Trofimov

 

Production : VOUFKOU, Studio d’Odessa, 1929, nb, muet, 55 mn
Scénario : Mykhaïlo Zats, Heorhiї Tassine   
Réalisation : Heorhii Tassine
Photographie : Albert Kun
Décors : Heinrich Baisenhertz, Josef Shpinel
Interprétation : Ambroise Boutchma, Marie Ducimetière, Karl Tomskyi, Youriï Choumskyi, Mykola Nademskyi
Genre : drame social
Affiche-Le-Cocher-de-nuit.jpg

Synopsis


Durant la guerre civile, la ville d’Odessa se retrouve aux mains des interventionnistes. Pendant que le cocher de nuit, Hordiї Yarochtchouk, conduit les officiers blancs dévoyés, sa fille Katia imprime des tracs à son insu, aidée par le jeune bolchévik Boris. Hordiї, qui a fini son labeur plus tôt qu’à l’ordinaire, décide d’aller la chercher à la sortie de son travail. Il apprend que Katia a quitté son emploi depuis deux mois. Furieux, il rentre chez lui, aperçoit Boris et va le dénoncer. Par malchance, c’est Katia que le commissaire arrête, et Hordiї doit amener lui-même sa fille à la morgue où elle est tuée sous ses yeux. Le vieil homme erre toute la journée dans la ville. À nouveau interpellé par le commissaire qui vient d’appréhender Boris, il se rachète en faisant signe au prisonnier de sauter en marche avant de précipiter son attelage du haut de l’escalier Potemkine.

Opinion

Tourné au Studio d’Odessa en 1928, année bénie du cinéma muet en Ukraine avec plus de trente longs métrages de fiction, Le Cocher de nuit est considéré comme l’une des œuvres majeures de l’époque. Réalisé par Heorhiї Tassine sur un scénario de Mykhaïlo Kats, ce film, ainsi que Deux jours de Heorhii Stabovyi, sont de ceux qui vont ouvrir la voie au réalisme en décentrant l’individu par rapport à la masse et en plaçant le héros au cœur des événements. Né du rejet de la représentation abstraite et symbolique de la réalité que véhiculent les films allégoriques, ce nouveau courant psychologique manifeste un intérêt pour le destin des individus, leurs drames personnels et leur interaction avec le milieu social. L’histoire du vieux cocher Hordiї Yarochtchouk, qui voiture pendant la nuit les officiers blancs dans Odessa, semble être celle d’un homme fermé à tout ce qui est hors de sa sphère familiale et ne veut pas entendre parler de politique. Mais à la suite d’une tragédie personnelle, son histoire devient le récit d’un héros qu’une prise de conscience pousse au courage civique. En dénonçant Boris (Karl Tomskyi), l’ami bolchevique de sa fille Katia (Marie Ducimetière), il la dénonce involontairement. Le rôle-titre est tenu par la star du cinéma de l’époque Ambroise Boutchma, venu du théâtre de Lès Kourbas. À cette époque, entre 1926 et 1930, Boutchma travaille exclusivement pour le cinéma en tenant les premiers rôles dans les films de Tchardynine, Okhlopkov, Tassine, qui lui donnent une liberté artistique totale, notamment dans les rôles de composition où il campe tantôt un Français, tantôt un Anglais ou un Américain. Son partenaire Youriï Choumskyi, qui a connu les affres de la guerre civile, interprète avec brio celui de l’officier des services secrets. Cette œuvre émotionnelle de portée socio-politique, qui marque un tournant dans le cinéma ukrainien, soulève le problème des populations prises en otage par l’ennemi, thème qui sera exploité jusqu’à l’écœurement dans le cinéma soviétique. Le Cocher de nuit  fut très vite comparé au film Le Dernier fiacre de Berlin de Karl Boese, et le jeu de l’acteur Ambroise Boutchma à celui d’Emil Jannings dans Le Dernier des hommes de Friedrich Murnau.Photogramme Le Cocher de nuit 2
À l’instar de la plupart des films odessites, Le cocher de nuit fut tourné in situ. Le réalisateur ne se servit pas de la ville comme d’un décor pittoresque, mais comme d’un élément constitutif de l’intrigue et du jeu des acteurs. Les séquences principales furent enregistrées dans un splendide ensemble urbain, partant du Palace Vorontsov jusqu’au boulevard Primorsky (à l’époque boulevard Feldman) et la Place Catherine. Selon le témoignage d’Ambroise Boutchma, la scène finale, qui se déroulait sur les escaliers Potemkine, fut amputée pratiquement de sa totalité. Tassine avait pour principe de ne pas truquer ses scènes et demandait à ses acteurs de ne pas être doublés. Un cheval d’une caserne de pompiers bien entraîné fit l’affaire devant plusieurs caméras installées sur les marches. Boutchma lança sa monture au galop en dirigeant la calèche dans les escaliers. Il sauta de celle-ci lorsque le cheval, devenu fou, se brisa les jambes sur un palier intermédiaire. Enregistrée à l’aube, cette ultime scène se terminait par la mort de l’officier et du cocher, les yeux fixés sur les nuages moutonnant dans le ciel.
Le Cocher de nuit fut présenté avec un accompagnement musical live d’Arsène Trofimov au Premier Festival du cinéma muet d’Odessa Mute Nights’ Silent Films Festival, le 18 juin 2010.

Lubomir Hosejko


 

Ciné-concert

 

L’HOMME À LA CAMÉRA

(ЛЮДИНА З КІНОАПАРАТОМ)

vostf

 

musicalisé par Volodymyr Shpinov

 Affiche--L-Homme-a-la-camera.jpg

Production :VOUFKOU, Studio de Kiev, 1929, nb, muet, 1h.07mn

Scénario : Dziga Vertov

Réalisation : Dziga Vertov

Photographie :Mikhaïl Kaufman, Gleb Troyansky

Montage :Elizaveta Svilova, Dziga Vertov

Genre :documentaire

 

Distinction : œuvre citée parmi les douze meilleurs documentaires de tous les temps au Festival International de Mannheim en 1964.

 

Synopsis

Un jour de la vie à Odessa. La ville s’éveille le matin. Un homme filme tout à l’improviste : les rues animées, le travail, les machines, les loisirs. À midi, la pause, puis le rythme reprend de plus belle, l’agitation grandit, la caméra s’emballe, les images se bousculent. Un œil mécanique se ferme, le soir tombe, la ville s’endort. Photogramme-L-Homme-a-la-camera-2.jpg

Opinion

Après lui avoir commandé, en 1928, la réalisation d’un film de propagande, La Onzième année, la Direction générale photocinématographique d’Ukraine (VOUFKOU) apporte une nouvelle fois son soutien à Dziga Vertov pour sa création la plus audacieuse et la plus achevée, L’Homme à la caméra. Dans ce film expérimental proche de l’écriture automatique, où le montage joue un rôle central, se chevauchent quatre lignes conductrices : l’opérateur en quête d’images, la vie au quotidien du citoyen lambda, la monteuse rivée à sa table de montage, le spectateur observant l’écran. La destruction volontaire du récit, assurée par un montage d’une complexité rigoureuse, et l’absence totale d’inter-titres, n’altèrent en rien le relevé diégétique spatio-temporel : une grande ville d’Ukraine sous la NEP – le film est tourné sur le vif à Kiev, Kharkiv et Odessa -, en plein processus institutionnel dit de l’indigénisation. Partout,
Photogramme-L-Homme-a-la-camera-1.jpg l’ukrainien envahit progressivement le paysage socioculturel. Enseignes, calicots, panneaux publicitaires, administrations, journaux, signalétique sont photographiés au hasard, non pas pour les besoins d’une propagande superflue, mais en tant qu’éléments différentiels, témoins iconiques d’une volonté qui s’opère plus en surface qu’en profondeur. Surchargés d’allitérations visuelles, de collages, de surimpressions à échelles différentes, de dédoublements ou d’inversements de l’image et, en guise de bouquet final, d’un enchaînement ultrarapide de plans courts, le film reste incompris du public, rejeté par la critique pour fétichisme technique et infantilisme. Ce film fondateur de la théorie sur le ciné-œil reste un hommage de l’homme à sa nouvelle conquête mythique - la caméra, qui, sous l’aspect technique et esthétique, se conjugue à la première personne. Vertov cherche, en réalité, à en faire une sorte d’essai sur la morphologie filmique en s’interrogeant sur les capacités de l’œil humain et du médium lui-même. En réinventant l’espace quotidien de la vie d’une cité, ce manifeste futuriste préfigure, en quelque sorte, le futur dispositif de vidéosurveillance des grandes agglomérations d’aujourd’hui.
Lubomir Hosejko

 

 


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21 novembre 2012 3 21 /11 /novembre /2012 22:07

CINÉ-CLUB UKRAINIEN

ESPACE CULTUREL DE L’AMBASSADE D’UKRAINE

 

22, av. de Messine, M° Miromesnil. Tél. 01 43 59 03 53

Mardi 4 décembre 2012, 19 heures

 

Entrée libre.

 

L’ÉTÉ INDIEN

 

(ТАКА ТЕПЛА, ТАКА ПІЗНЯ ОСIНЬ)

 

Affiche-L-Ete-indien.jpg
Production : Studio Alexandre Dovjenko de Kiev, 1981, 90 mn, coul
Scénario : Vitaliї Korotytch, Ivan Mykolaїtchouk
Réalisation : Ivan Mykolaїtchouk
Photographie : Youriï Harmach
Décors : Vitaliї Volynskyi, Mykola Rieznyk, Serhiї Khotymskyi
Son : Sofia Serhienko
Interprétation : Ivan Mykolaїtchouk, Halyna Chtchebyvovk, Petro Mykhnevytch, Borys Tsymba, Natalia Soumska, Nadia Dotsenko, Hryhoriї Hladiї, Lès Serdiouk, Fedir Stryhoun, Yaroslav Havrylouk Taїssia Lytvynenko, Valentyna Saltovska, Farida Muminova
Genre : mélodrame

Synopsis

Michael Rousnak, émigré de Bucovine, a passé toute sa vie près d’une base aérienne au Canada. L’air y était tellement pollué qu’il le rendit aveugle. Cinquante ans plus tard, Rousnak revient au pays avec son ami noir Jackson et sa petite-fille Oryssia. Tout ce qu’il ne peut plus voir de ses propres yeux, il le revoit avec son âme et sa mémoire : les chemins vicinaux, le lit du ruisseau disparu, sa terre à laquelle il demande pardon à genoux. Cette terre promise sur laquelle Oryssia jette un regard curieux et désabusé à la fois, déçue par une idylle sans lendemain.

Opinion

En 1965, lors du Festival de Mar del Plata où il présenta Les Chevaux de feu, l’acteur Ivan Mykolaїtchouk avait rencontré un vieil émigré ukrainien frappé de cécité évolutive, qui voulait revoir sa patrie avant de mourir. Par l’intermédiaire du comédien, celui-ci obtint un visa de séjour. Mais en retrouvant sa famille, le choc fut tel qu’il perdit définitivement la vue. De cette histoire vraie, Mykolaїtchouk tira en 1973 un scénario original qu’il dut, sous la pression des censeurs, coupler à une nouvelle de Vitaliї Korotytch à coloration politique prenant pour sujet le séjour en Ukraine d’une jeune femme d’émigrés nationalistes. Il en sortit un scénario artificieusement arrangé, souffrant d’une imagination indigente et confuse, car trop d’années avaient passé entre l’idée même et sa réalisation. Entre temps, le monde avait changé, les esprits et les rapports avec l’Occident aussi. La jeune génération de la diaspora ukrainienne, qui ne connaissait pas le pays de ses ancêtres, y était perçue comme étrangère, et ses connaissances parcellaires. Élevée dans une société multiculturelle et ouverte, Oryssia (incarnée par la jeune première Halyna Chtchebyvovk) ne peut accepter de se fondre dans une culture dominée par un groupe qui la rejette. Certes, Mykolaїtchouk et Korotytch avaient voyagé à l’étranger, senti la souffrance de leurs compatriotes mais en tant que touristes soviétiques, surveillés, n’approchant que la communauté progressiste de la diaspora. Trop de clichés convenus émaillent ce mélodrame, notamment les scènes hyperthéâtralisées d’outre-Atlantique ressemblant à un rite maçonnique, le laquage topographique de la Bucovine soviétique, les tribulations des agents de l’Intourist, les chants, les danses désynchronisées. L’erreur du réalisateur ne fut pas tant de débiter des lieux communs – la nostalgie, l’amour de la patrie, le pacifisme – que de les amalgamer et les détourner au profit du thème de l’expatriation. Tout patriote qu’il fut, Mykolaїtchouk restait étranger au thème de la perte de la mémoire, de l’abandon de la terre natale, de la recherche du temps perdu. Seule la superbe séquence du carnaval sauve in extremis ce film : on y retrouve le grand Mykolaїtchouk de Babylone XX, son premier film où il semblait renouer avec les traditions de la célèbre École poétique de Kiev. À l’évidence, en demi-teinte par rapport au personnage de Fabien dans Babylone XX, l’acteur-réalisateur semble s’être consumé par la complexité du sujet : trompé par une nature tardivement refleurie, l’homme est comme un bourgeon stérile à l’automne de sa vie. Dernier hommage à la Bucovine de l’enfant du pays, L’été indien aurait gagné la sympathie du public s’il avait pu être coproduit avec le Canada, utopie qui deviendra réalité à la fin de la décennie. Mais Ivan Mykolaїtchouk n’était plus de ce monde.

 

Lubomir Hosejko







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