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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 17:47
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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 17:36

La journée de la femme en Ukraine n’a absolument rien d’une journée de revendications, c’est au contraire une fête. L’atmosphère de la journée est toute en fleurs et convivialité. Au delà des clichés et des fantasmes répandus en France, 9 femmes ukrainiennes apportent leurs éclairages sur les nouvelles identités de la féminité ukrainienne.

1. Quelle grande figure féminine ukrainienne a marqué selon vous ces 20 dernières années ?
2. Dans quelle mesure la conception ukrainienne des rapports homme/femme vous paraît-elle différente de la vision française ?
3. Que pensez-vous des actions menées par le mouvement féministe ukrainien Femen ?

 

 

Olena.jpgOlena,  illustratrice et journaliste trilingue,


1. La figure féminine : Ioulia Timochenko, Lina Kostenko, Oksana Zabouzko. Difficile d'en donner une, mais si j'ai à choisir, je dirais - Ioulia! Controversée mais incontournable, au fort caractère, endurante, a fait beaucoup d'erreurs mais c'est une femme d'action qui n'a pas froid aux yeux.

2. L'homme reste toujours une figure centrale dans l'univers des femmes ukrainiennes. La femme française peut placer son épanouissement personnel à la première place. En Ukraine, une femme est perçue d'abord comme une mère, le reste est secondaire ; il me semble que les rapports homme/femme en France sont plus équilibrés, même si cela n'exclut pas des difficultés à trouver un bon équilibre. Par ailleurs, en France, la place du père est aussi importante que celle de la mère dans l'éducation des enfants. La notion de  garde partagée en cas de divorce n'existe pas en Ukraine. Les pères se désengagent plus facilement ou sont souvent  écartés après le divorce même si cela ne répond pas à leur attente...

3. Le mouvement Femen se fait remarquer, c'est indéniable. Tout le monde en parle, mais a-t-il atteint ses objectifs ? J’en doute….


liana.jpgLiana, linguiste et traductrice

1. Tymochenko. Ces dernières années elle a été la plus brillante et hors du commun.

2. Les couples ukrainiens suivent leurs cœurs, les couples français ont une approche plus rationnelle dans leurs relations.

3. Je ne connais pas malheureusement leur idéologie, je ne sais pas qui est derrière ce mouvement, mais cela semble intéressant...
Je n'aime pas le mot "féminisme" au sens où on l'emploie aujourd'hui. Je préfère parler de solidarité féminine.



olga.jpgOlga, consultante

1. C’est incontestablement Oksana Zaboujko. Mais je dois avouer que si la question portait sur ces dix dernières années, alors j’aurais probablement pensé à Ioulia Timochenko.
Oksana Zaboujko est une écrivaine, poétesse, philosophe et une personnalité publique. Sa super-nova a explosé sur le terrain littéraire au début des années 1990 à la publication du scandaleux « Etude de terrain du sexe ukrainien ».
Oksana Zaboujko a replacé la femme au cœur de la littérature. Elle parle du monde vu par la femme active, intelligente, responsable.

2. La femme ukrainienne, malgré tout ce qu’on peut lire et entendre à l’Occident, est pudique. Elle est d’abord mère et chef de foyer, et ensuite épouse et/ou maîtresse. Un proverbe ukrainien illustre bien les rapports traditionnels homme-femme : « Un homme c’est une tête, une femme c’est un cou : la tête regarde où le cou tourne ». Quand j’ai « testé » ce proverbe sur mes amis français, les Français ont été enchantés de ce partage respectueux des rôles, les Françaises n’ont vu qu’un cloisonnement, une réduction du rôle de femme. Mais dans ce proverbe le rôle de l’homme est également bien défini (« réduit »).
Tout n’est absolument pas rose en Ukraine (ni en France d’ailleurs). La femme ukrainienne a des cadres (imposés par des hommes, ou choisis par des femmes ???) à respecter. Mais, à mon avis, la femme française, souhaitant se libérer des limites, ne fait que s’en créer d’autres.
Sinon, en comparant l’égalité des sexes dans nos deux pays : une Ukrainienne gagne 70% du salaire d’un Ukrainien, une Française – 80%. Le plafond de verre existe bien dans les deux pays. Il me semble que la proportion de femmes au foyer est plus importante en France.

3. Ces actions choquent ou amusent en Ukraine. Je pense que pour les jeunes femmes participant à ces actions le but est le même que pour les jeunes femmes françaises qui souhaitent participer à des télé-crochets. Dans les deux cas on se souvient souvent de leurs seins, mais moins du visage et encore moins de la cause.
Les actions de Femen sont inefficaces dans les sphères de leur « lutte », mais très efficaces dans la sphère de communication. Ma conclusion – le but de Femen est la communication et non la défense des causes déclarées.



Lessya.jpgLessya, cadre dans le tourisme

1. À mon avis, la poétesse et écrivaine Lina Kostenko a beaucoup marqué les 20 dernières années de la littérature ukrainienne et  sa culture en général. Les critiques littéraires ont depuis longtemps identifié l’idée prépondérante de son travail - l'originalité sans compromis. Elle est fidèle à ses convictions et à ses principes éthiques. La vie littéraire de Lina Kostenko a été très difficile. Elle a toujours écrit de manière aiguë et critique. Sa forte personnalité n'a jamais fait de compromis avec les autorités et c’est pour cela qu’elle est restée 16 ans dans un "silence" forcé. Elle a refusé plusieurs prix proposés par différents gouvernements ukrainiens en disant qu’elle « ne porte pas de bijouterie politique ».
Lina Kostenko a toujours eu beaucoup de succès auprès des lecteurs mais une partie de ses recueils de poèmes ont été inaccessibles à cause de la censure. J’aime la valeur de ses principes moraux.
Après la catastrophe de Tchernobyl, Mme Kostenko s’est mobilisée pour sauvegarder les monuments historiques de la région de Polissia. Elle a également répertorié et enregistré des trésors inestimables du patrimoine ukrainien. Elle cherche maintenant des ressources pour faire un musée.
Actuellement, hélas, elle vit dans la solitude et sort peu. Elle fêtera le 19 mars, ses 82 ans.

2.Les rapports homme/femme en Ukraine et en France sont, à mon avis, complètement différents. Il m’a été très difficile par exemple, d’accepter il y a 11 ans à mon arrivée en France, de gérer mon budget. C’était impensable en Ukraine. J’ai beaucoup réfléchi à cette question et je trouve que cela nous procure une certaine indépendance. Par ailleurs, je pense que les salaires des hommes en Ukraine sont beaucoup plus importants que ceux des femmes mais personne n’évoque l’idée de remédier à cette inégalité. En Ukraine, c’est l’homme qui doit payer pour toutes les dépenses du foyer et le salaire de la femme (si elle travaille) est pour elle. C’était normal pour moi quand j’ai quitté l’Ukraine, mais impensable et inacceptable aujourd’hui.
 En fait, cela dépend beaucoup des familles, mais en général, les hommes ne s’occupent pas beaucoup des enfants, ne participent pas aux tâches ménagères et ne font pas les courses. La nouvelle génération fait évoluer ce mode de fonctionnement qui reste encore d’actualité dans la génération de nos parents.

3. Je sais que Femen est assez mal perçu en Ukraine, y compris parmi mes proches, mais je crois que ce sont des filles très courageuses qui n’ont pas peur de revendiquer la place de la femme dans la société ukrainienne (assez machiste, il faut le dire). Plusieurs ukrainiennes partagent leurs revendications mais elles ne sont pas très nombreuses à se joindre à Femen. Il est bien regrettable que les filles de Femen soient perçues de manière sceptique en Ukraine. Elles attirent l’attention des medias (même étrangers) et revendiquent des libertés très importantes – elles étaient parmi les rares à s’opposer à l'idée d'une interdiction totale de l’avortement en Ukraine. J’admire l’efficacité et le radicalisme de Femen et je partage pleinement leur slogan « Mon corps – Mon affaire ».

 



alla.jpgAlla, journaliste

Pour moi, et c'est sûrement subjectif, la grande figure féminine ukrainienne est Lina Kostenko, qui est toujours restée simple, sans se préoccuper d’entrer dans le jeu de la représentation. Sur le plan politique et international, l’Ukrainienne la plus connue est sûrement Timochenko. 

 2. Les rapports entre les hommes et les femmes restent en grand partie assez traditionnels, surtout en province où les tâches sont souvent réparties. Les moeurs s'occidentalisent chez les jeunes et dans les grandes villes.

 3. Je crois que ces filles ont peut-être certains problèmes à régler avec les hommes, ou avec leur père en particulier. Comme elles veulent souligner avant tout qu'elles existent, c'est une recherche de notoriété, qui n'est pas encore suivie et que l’on ne peut pas qualifier d'action politique. Plusieurs slogans paraissent immatures. Comme, par exemple, "You + Ya = H...a", le jour du verdict de Timochenko, ce qui devrait signifier que Yanoukovich et Timochenko, c'est la même (mauvaise) chose. Un peu simpliste, je dirais. Mais je sais que les hommes sont plus compréhensifs avec elles. Et après tout, les filles sont si jeunes, elles peuvent, si elles le souhaitent, progresser encore.



ania pAnna, analyste bancaire

1. C’est sans doute Ioulia Timochenko. On peut partager ou pas ses propos mais, en tout cas, c’est une femme qui a marqué les esprits et dont on se souviendra dans les 20 ans à venir.

2. L’Ukraine reste quand même beaucoup plus traditionnelle, voire machiste. Mais on peut nuancer cette opinion. C’est cette période de Guerre qui a mis les femmes à contribution pour des travaux traditionnellement réservés aux hommes. Cela dit, pendant mon enfance, j’ai vu des femmes libres, prendre des décisions et faire preuve d’autorité, tant dans leur vie familiale que dans leur vie professionnelle. Néanmoins, il faut reconnaître que les tâches ménagères relèvent du domaine des femmes et que peu d’entre elles figurent dans la liste des dirigeants de l’Ukraine.
Je crois que les Ukrainiennes n’osent pas revendiquer leurs droits et préfèrent soumettre leurs décisions aux hommes, en jouant le rôle de sexe faible et en leur laissant croire à leur supériorité.

3. C’est juste ridicule. Je ne crois pas que l’on puisse les prendre au sérieux, au contraire, elles discréditent les idées féministes.


Oksana.jpgOksana, entrepreneur

 

1. Bien sûr, on pense à Ioulia Timochenko… Pour ma part, aucune grande figure féminine ukrainienne ne s’est vraiment imposée.

2. Vue de l’extérieur, on peut penser que la conception patriarcale traditionnelle est encore très dominante en Ukraine. Cependant, dans les faits, il y a beaucoup plus de femmes qui détiennent des postes de leader dans les structures économique ou politique et leur réussite ne suscite pas de commentaires machistes. Femmes au foyer ou actives, la femme en Ukraine ressent moins de pression sociale que la femme française dans ses choix  professionnels ou familiaux.

3. Même si j’approuve leur engagement en faveur des femmes et de la démocratie, je pense que leur choix d’action provocatrice ne fait que renforcer, à l’étranger en tout cas, les clichés répandus sur les femmes ukrainiennes.

 

 

Ania.jpgAnna, cadre dans le domaine de la culture

1.  La société ukrainienne étant à forte dominante masculine, peu de femmes se démarquent de la pléthore d'hommes qui la régit. Les figures féminines médiatisées ne sont pas les plus charismatiques. Par ailleurs, il est difficile de citer ne serait-ce qu'une femme active de façon constante tout au long des 20 dernières années.
Ceci dit, si je devais citer un nom, ce serait Ioulia Timochenko, bien que je n'aime pas le personnage, beaucoup trop fourbe à mes yeux.

2. Pas facile de répondre en quelques phrases. Les rapports hommes/femmes ukrainiens sont globalement assez traditionalistes. Souvent l'égalité homme-femme prend la dimension "il paye tout, elle est belle" et c'est regrettable. Dans ces conditions, le partage des tâches domestiques, par exemple, est très inégal au sein d'un couple ukrainien. Les Françaises se concentrent davantage sur elles-mêmes et leur carrière, les Ukrainiennes sur la famille. Pour comparer, dans les années 2000, l'âge moyen des femmes à la naissance du premier enfant est de 23 ans en Ukraine et de 29 en France. Ces chiffres sont assez parlants...
En revanche, la galanterie est de mise chez la plupart des hommes slaves. Ils cèdent plus facilement leur place dans le métro, aident à porter les charges lourdes, ouvrent la porte pour laisser passer une dame. En gros, toutes ces choses qui font bondir les féministes françaises.

3. Étant de nature pudique, je suis troublée par la nudité exhibée par ce groupe de protestation. Toutefois, je suis consciente que leur manière d'agir est un moyen d'attirer l'attention et de dénoncer le mal-être actuel de l'Ukraine. Ce genre de communication corporelle gêne, bouscule, dérange, et cela assure la médiatisation des actions de FEMEN à l'échelle à la fois nationale et internationale. Dans tous les cas, je partage entièrement le fond de leurs revendications.



Ira.jpg 

 

Iryna, critique littéraire

1. Il y en beaucoup: de Ioulia Timochenko à Olga Kurilenko. A mon avis, Solomia PAVLYTCHKO est la femme la plus importante de cette dernière décennie en Ukraine. C'est une femme qui a conçu une nouvelle  approche de la littérature dans l’Ukraine contemporaine. C'est elle qui a introduit de nouvelles méthodes d'analyse et qui s’est investie pour aider les scientifiques à oublier l'héritage idéologique encore présent dans les sciences actuellement. Ainsi, dans les années 90, Solomia PAVLYTCHKO par ses démarches, a permis pour la première fois une approche féministe de l’analyse du texte littéraire ukrainien (à l’époque de l'URSS cette approche était considérée comme "fausse" et "nuisible"). Actuellement, l’évolution de cette science des lettres en Ukraine s’inspire des théories de Solomia PAVLYTCHKO.

2. Les conceptions sont différentes - et cela me semble bien normal. La différence de vues ne dépend pas du pays. Est-ce que les Françaises et les Ukrainiennes sont vraiment si différentes? Je ne le pense pas.
Par contre, on ne peut pas nier qu’au vu du niveau de vie assez bas, certaines femmes s’investissent dans leur beauté et vont à la recherche d’une vie meilleure à l'étranger ou dans les bras d’un homme plus riche qu'elle. Cela dit, comme dans le roman "Madame Ex" d’Hervé Bazin, certaines se laissent aller après le mariage et d’autres souffrent de violences de peur de quitter leur famille.
Mais il ne faut pas oublier que des stéréotypes sur les "filles / femmes de l'Est" véhiculent de fausses images. On oublie trop souvent que les femmes en Ukraine (comme dans toute l’ex- URSS) ont eu accès au marché du travail, au droit de vote, au divorce et à l'avortement dans les années 1920.
Les rapports homme/femme dépendent de plusieurs facteurs. En Ukraine actuellement, on observe l'influence des stéréotypes d'après guerre. A l'époque où la plupart des jeunes hommes ont été tués à la guerre, les femmes sont restées seules. Pour une femme de cette époque, avoir un homme valorisait l’image de soi.
Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. L'urbanisation, l’autonomie, la pilule, l'avortement, l'accès à l'éducation et au marché du travail, le droit au congé de maternité de 3 ans… tout cela contribue à identifier la femme ukrainienne à toute autre femme occidentale.

3. Les filles de "Femen" représentent un mouvement très contradictoire. D'une part, elles manifestent la puissance du corps féminin qui n'appartient qu'à la femme. D’autre part, elles utilisent ce même arsenal qui est le stéréotype parfait de la "fille de l'Est" : elles sont belles, jeunes, sveltes et nues... En tout cas je pense que le mouvement provocateur, comme "Femen" est très utile car il attire l'attention sur la pensée féministe en Ukraine.

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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 17:31

Youri Loutsenko, ex-ministre de l'Intérieur en Ukraine, vient d'être condamné à 4 ans de prison, 3 ans d'inéligibilité et à la confiscation de ses biens. Il est accusé d'avoir « organisé un complot avec son conducteur, dans le but de s’approprier des biens d'état. » Le Parquet Général de l'Ukraine lui reproche d'avoir embauché un conducteur, venant de Rivne, de l'avoir aidé à obtenir un petit appartement de fonction et un salaire standard, prévu pour tous les conducteurs de tous les ministres de l'Intérieur.

 

Ce verdict a tout de suite suscité une vive critique de la part  de l'Union Européenne, du Conseil de l'Europe, des Etats-Unis et particulièrement de la France, via le porte-parole du Ministère des Affaires étrangères, M. Bernard Valero. "Cette condamnation intervient au terme d'une procédure non conforme aux engagements internationaux de l'Ukraine durant laquelle M. Loutsenko a subi une détention provisoire sans rapport avec les chefs d'accusation, a dû suivre son procès enfermé dans une cage et s'est vu refuser l'accès aux soins médicaux", a indiqué M. Valero, lors d'un point-presse.

 1323861560.jpg

M. Jean-Claude Mignon, député et membre de l'Assemblée Particulière du Conseil de l'Europe, lance également un appel aux autorités ukrainiennes : « Il est inacceptable que dans un Etat membre du Conseil de l’Europe d’anciens membres du gouvernement soient poursuivis pour des motifs politiques. Cette pratique est contraire à l’Etat de droit et éloigne l’Ukraine des principes de notre organisation et, par conséquent, également de l’intégration européenne à laquelle ce pays aspire.

 

Comme notre Assemblée l’a demandé le mois dernier dans sa résolution 1862, les charges retenues contre ces anciens membres du gouvernement doivent être abandonnées. Il est urgent que les autorités ukrainiennes libèrent M. Loutsenko qui, tout comme Mme Timochenko, est victime d’une politique mise en œuvre par le pouvoir en place cherchant à incriminer les décisions prises par un gouvernement précédent », a conclu M. Mignon.

 

Plus la réaction des hauts représentants des institutions internationales et des pays occidentaux est prévisible, plus le verdict surprend les observateurs de la société civile ukrainienne. De nombreux experts, ainsi que les avocats de Youri Loutsenko prédisaient un délai conditionnel. « Pour montrer un bonne image du pouvoir ukrainien aux occidentaux et en même temps ne pas permettre à cet opposant de participer aux élections », disait Valentyna Telychenko, représentante de M Loutsenko à la Cour Européenne des Droits de l'Homme.

 

Mais Kiev en a décidé autrement. Pourquoi ? Pour plusieurs raisons. Tout d'abord, une fois de plus, depuis l'emprisonnement de Julia Tymochenko, le pouvoir ukrainien démontre que le Parti des Régions craint davantage la défaite à la législative en octobre 2012 que la perte de son image à l'étranger, d'autant plus que cette image est déjà ternie. Tymochenko et Loutsenko sont deux contestataires expérimentés et charismatiques. Tous deux plus efficaces peut-être, dans l’opposition qu'au pouvoir ; en effet, ils sont potentiellement capables d’incarner la fronde populaire contre la vie chère, injuste et dure. Selon les derniers sondages,  aujourd'hui le parti de Régions n'a que 12-13 % d’opinions favorables, loin des 35 % habituels. Cela explique l’emprisonnement des opposants les plus redoutables, à titre préventif…

 

Par ailleurs, selon Serguy Leshchenko du media Ukrainska Pravda, ces emprisonnements ont un goût de vengeance venant de quelques hauts fonctionnaires. Ainsi le vice-premier ministre Boris Kolessnikov, poursuivi et mis en garde à vue peu après la première nomination de M. Loutsenko au Ministère de l'intérieur, n’a jamais oublié cette humiliation. Face à des  journalistes qui procédaient à une autre interview avec un député ukrainien, M Kolessnikov a clairement dit à un autre vice-premier ministre, M Tikhonov: « Il s'est moqué de nous tous, qu'il reste en cage maintenant ».

 

Youri Loutsenko ne se reconnaît pas coupable. Sa défense a fait appel de sa condamnation, sans beaucoup d'illusions. « Il n'y a plus de justice ni d’état de droit en Ukraine », a dit un avocat de Loutsenko, M Olexiy Baganets. La défense de l'ex-ministre met ses espoirs sur le procès en référé qui de tiendra à Strasbourg, à la Cour Européenne des Droits de l'Homme.

 

Le 17 avril, pour la première fois dans l'Histoire ukrainienne, la requête d'un ressortissant du pays, Youri Loutsenko, sera étudiée à la CEDH en audience publique.  De nombreux ukrainiens se préparent à assister à cette séance. Parmi eux, le Comité Représentatif des Ukrainiens de France organise un déplacement à Strasbourg pour tous ceux qui veulent soutenir le droit de l'Ukraine au pluralisme politique.

 

Alla Lazareva

 

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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 17:27

04avril.jpgComment avez-vous eu l’idée de créer cette chorale en 1997 quels ont été les moments forts de la chorale depuis 15 ans ?

 

C'est au cours d'une rencontre entre copains au sein de l'entreprise dans laquelle je travaillais comme informaticien à Saint Quentin en Yvelines qu'est née cette envie de créer un groupe vocal. Au début c'était presque une blague, un défi car aucun d'entre nous n'avait déjà chanté. Puis au fur et à mesure des répétitions c'est devenu un vrai projet qui a pris forme peu à peu avec le désir d'accéder à une culture musicale jusque là inconnue. En 1998 sous la baguette de notre premier chef de choeur Dominique Simonet, nous avons chanté les Carmina Burana de Carl Orff : un vrai succès et surtout un grand plaisir qui nous a incités à aller plus loin dans la découverte de nouveaux répertoires. Deux ans plus tard Hélène Spasky, d'origine russe, est devenue notre chef de choeur. En 2000 sous sa baguette, c'est la diversité du répertoire populaire et orthodoxe russe notamment, qui fut appréhendé lors d’un concert réalisé avec l'orchestre de balalaïkas « Saint Georges ». En 2001 Offenbach fut à l’étude. Achoriny s’est associé avec une compagnie de danse et un orchestre de la ville pour créer un spectacle original : « Le rêve d’OFFENBACH » qui fut présenté au théâtre de la ferme de BEL EBAT à Guyancourt en 2003. Puis en 2005 une comédie, « BALADE MUSICALE », a été créée sur le thème « cabarets du monde ». Suivra en 2006 la réalisation d’un polar chanté, « PASTEL en EAUX TROUBLES » qui fut présenté à la salle JACQUES BREL de Montigny dans le cadre du festival de théâtre amateur. En avril 2007, Hélène nous a présenté Vasyl Borys, d'origine ukrainienne, et c'est sous sa baguette  que avons renoué définitivement avec la musique slave.

 

Quelle est votre répertoire de prédilection ?

En fait la nature des évènements auxquels nous participons constitue l'ossature de notre répertoire. Si nous donnons un concert de Noël, nous allons étudier des chants de musique sacrée, si nous faisons un concert en entreprise nous mettrons plutôt l'accent sur des chants festifs accompagnés à l'accordéon. Lorsque nous avons décidé d'aller en Ukraine il nous a semblé opportun de faire connaître le répertoire de la renaissance française. La composition du choeur (choeur mixte slave, choeur d'hommes, choeur renaissance mixte) influe aussi sur le choix des chants. Aujourd'hui nous avons choisi d'approfondir deux thèmes : la "musique slave" et la "renaissance française"

 

Comment vous est venue l’idée de faire des rencontres et des échanges avec des chorales étrangères qui chantent le répertoire ukrainien ?

La musique participe de la culture d'une nation et nous avons souhaité mieux l'appréhender en rencontrant soit des Ukrainiens, soit d'autres choristes qui avaient une démarche similaire à la nôtre pour donner plus de sens à notre entreprise. Il faut dire aussi que Vasyl en resituant la musique dans son contexte géographique nous a donné envie d'aller voir de plus près ce pays. Aucun choriste ne connaissait l'Ukraine ; cela a donc été la découverte totale d'un pays accueillant et convivial. La rencontre avec d'autres chorales a été excellente à telle enseigne que nous avons accueilli en 2011 le choeur "Boyan" de Lviv.

 afficha41.jpg

Quels concerts sont prévus ces prochaines semaines ?

 Les 24 et 25 mars nous donnerons des concerts à Trappes, puis au Essarts le roi avec le Quatuor "Contact" de Dolyna, et le choeur Lysenko de Bunnik en Hollande. Le 13 mai ACHORINY participera au festival des chorales à Prunay en Yvelines, puis le 23 juin à la fête de la musique à Guyancourt et à Trappes.

 

Comment voyez-vous l’avenir de la chorale ?

A moyen terme nous travaillons à la réalisation d'un échange avec un choeur canadien de Toronto ainsi qu'une rencontre entre plusieurs chorales à Dolyna en Ukraine. Par ailleurs ACHORINY  entend pérenniser sa dynamique. Administrativement, il faut renouveler le personnel dirigeant pour que de nouveaux projets voient le jour. ACHORINY est une chorale d'amateurs et dans amateur, il y a le mot aimer, aussi je crois que techniquement il faut faire aimer davantage les répertoires slaves et renaissance pour révéler les richesses culturelles qu'ils recèlent.

Propos recueillis par Lesya Darricau-Dmytrenko

 

 

 

 

 

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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 20:07

Le bulletin de Mars 2012 de Perspectives Ukrainiennes est disponible sur la page Archive des bulletins de Perspectives Ukrainiennes.

 
Au sommaire:


p. 1 Agenda
Le mois de mars dans l’histoire
p. 2 La France s'indigne de la condamnation de Youri Loutsenko
p. 3 Soirée littéraire - rencontre avec Oles Ilchenko (9 mars 2012)
p. 4-6 Jeudi 8 mars, journée internationale de la femme : la preuve par 9
p. 7 Soirée littéraire - rencontre avec 8 écrivains (15 mars 2012)
p. 8 Entretien avec René Tronche, Président de l’Atelier Choral de Saint Quentin en Yvelines
p. 9 Concert de Chorégies Ukrainiennes (24 mars 2012)
p. 10 Actualité du livre et du DVD

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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 15:18

Soiree-Ilchenko_invit.jpg

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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 08:41

http://www.soufanieh.com/2008.04.UKRAINE/Programme_final/image004.jpg- Quel bilan dressez-vous de votre action à la tête de l'institut œcuménique de l'Université catholique d'Ukraine ?


L’Institut d’études œcuméniques a été créé au sein de l’Université catholique d’Ukraine en juin 2004 par le père Ivan Dacko, prêtre grec-catholique ukrainien, et moi-même, laïc chrétien orthodoxe français, en vue de pacifier les relations entre les différentes Eglises en Ukraine et de proposer de nouvelles formes de témoignage commun des chrétiens en Ukraine et dans le monde. Nous avons dès le premier jour avec Borys Gudziak recteur de l’UCU choisi de créer une institution dont la logique serait avant tout une logique de l’amitié. Sept ans plus tard je me réjouis de voir tous les fruits qu’ont produit tous les réseaux d’amitié qui se sont constitué très vite en Ukraine et dans le monde autour de notre projet.
A l’époque je me souviens que le patriarche Alexis II de Moscou remuait ciel et terre pour convaincre l’ensemble des Eglises Orthodoxes du danger que représentait pour lui le retour à Kiev du chef de l’Eglise grecque-catholique ukrainienne Mgr Lubomyr Husar. L’Eglise russe considérait alors que l’Eglise dite « uniate » était une erreur historique absolue et que son rattachement en 1946 à l’Eglise Orthodoxe du Patriarcat de Moscou n’était qu’un juste retour des choses. Une atmosphère de méfiance réciproque régnait en raison de ce contentieux au sujet du pseudo-synode de Lviv de 1946 (qui n’a jamais été un synode pour l’Eglise grecque-catholique dont tous les évêques se trouvaient alors en prison) et d’une absence de dialogue entre les Eglises grecque-catholique et orthodoxe vieille de plusieurs décennies.
Je me réjouis que grâce à la création de l’Institut d’études œcuméniques au sein de l’université catholique d’Ukraine, la situation se soit depuis lors sérieusement détendue. Lors de l’intronisation du nouveau patriarche de l’Eglise grecque catholique ukrainienne Mgr Sviatoslav Schevchuk à Kiev au printemps 2011 toutes les Eglises Orthodoxes ont participé à la cérémonie et l’ont félicité. Il n’était plus question de rupture du dialogue œcuménique. A Lviv également grâce aux nombreux liens de sympathie que nous avons lié avec les évêques des différentes Eglises, et notamment Mgr Augustin de l’Eglise orthodoxe ukrainienne du patriarcat de Moscou nous avons pu lancer en juin 2008 un projet commun à toutes les Eglises, les Semaines Sociales Œcuméniques ukrainiennes. Nous préparons en septembre la 5e édition de cette manifestation qui dispose maintenant d’un réseau national avec des antennes à Odessa, à Kiev, à Dnipropétrovsk, etc. Nous avons également participé à la commission régionale d’enseignement de l’éthique chrétienne dans les écoles publiques de la région de Lviv. Grâce à nos donateurs nous avons pu également financer la création de plusieurs manuels œcuméniques d’enseignement de l’éthique chrétienne. Ces ouvrages ont reçu la griffe du ministère de l’éducation nationale et sont aujourd’hui diffusés à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires. Nous avons lancé également le premier journal œcuménique ukrainien Dukhovnist en langue russe et en langue ukrainienne. Nous nous sommes pour cela associé à un grand quotidien national Vyssoki Zamok qui publie notre journal sur son site internet en supplément mensuel. Ces initiatives ont je le crois encouragé la création par le maire de Lviv d’un Conseil des Eglises chrétiennes de Lviv en avril 2011 qui permet désormais à ces Eglises de se rencontrer et de se parler régulièrement
Nous avons aussi réalisé un film documentaire sur le pseudo-synode en langues russe, ukrainienne, française et anglaise qui a mis fin à l’ignorance de la plupart des ukrainiens au sujet de ce rattachement forcé de l’Eglise grecque catholique à l’Eglise Orthodoxe russe. J’ai publié dès 2005 un livre d’entretiens avec le cardinal Husar qui a été publié en anglais, français en ukrainien et qui a permis de mieux comprendre la position complexe et en même temps profondément réconciliatrice de l’Eglise grecque catholique dans le paysage œcuménique. J’ai également publié un livre (En attendant le concile, Paris Cerf, 2011, qui va paraître cette année en russe et en ukrainien) qui présente tous les tenants et les aboutissants du paysage religieux en Ukraine et en en Russie.
Nous avons lancé un mastère en études œcuméniques en partenariat avec l’université d’Etat de Lviv et formé plusieurs dizaines de maîtres en œcuménisme. Aujourd’hui l’Institut œcuménique de Lviv est devenu l’unique institut d’études œcuméniques diplômant tant dans le monde catholique que dans le monde orthodoxe. Nous disposons également d’un prestigieux mastère d’enseignement à distance des études œcuméniques en langue anglaise et ukrainienne qui n’a pas d’équivalent ailleurs dans le monde. Nos anciens élèves sont aujourd’hui des journalistes spécialisés dans les questions religieuses, des professeurs d’éthique chrétienne ou des accompagnateurs sociaux. Je me réjouis chaque jour d’apprendre toutes leurs initiatives. Par exemple c’est une de nos anciennes étudiantes Olessia Stogny qui est en charge de l’organisation du concours annuel « Reporters d’espoir » qui est le principal concours à destination des journalistes en Ukraine et qui favorise un esprit d’informations porteuses de solution et non d’angoisses.
Tout ceci n’aurait pas été possible sans la générosité de nombreux donateurs et sans le soutien de personnalités importantes du monde œcuménique, je ne peux toutes les citer mais j’aimerais tout de même mentionner nos présidents d’honneurs, Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes, Mgr Antoni Sharba, archevêque de l’Eglise orthodoxe ukrainienne aux Etats-Unis, Mgr Lubomyr Husar, archevêque majeur de l’Eglise grecque catholique ukrainienne, et le pasteur Konrad Raiser, ancien secrétaire général du Conseil Œcuménique des Eglises. Grâce au soutien de tous, et en particulier en France de L’Arche et de l’œuvre d’Orient, nous disposons maintenant d’un capital qui nous permet de financer de façon stable et pérenne un tiers de notre budget annuel.
Je pourrais parler très longtemps de toutes nos entreprises qui furent toutes passionnantes. Il suffit de se connecter à notre site internet en langues ukrainienne, russe, anglaise, et française pour découvrir toutes les initiatives que nous avons eues (http://www.ecumenicalstudies.org.ua/ ). Mais ma plus grande joie c’est d’avoir constitué une équipe ukrainienne, dynamique et pluri-confessionnelle capable de continuer aujourd’hui les activités de l’Institut sans que ma présence soit nécessaire au quotidien. Je reste cependant directeur émérite de l’Institut, membre du conseil d’administration de l’Institut et professeur permanent de l’Institut d’études œcuméniques.
http://www.ecumenicalstudies.org.ua/sites/default/files/imagecache/node-gallery-display/rawgallery/11.03.10_studentu_MPEN_VP_16.jpg
- Comment le mouvement œcuménique est-il-perçu en Ukraine ?


C’est une question qui demanderait une réponse complexe et différenciée. Globalement on peut dire que en Ukraine occidentale, jusqu’à Kiev, l’œcuménisme est une réalité connue dans ses grands traits qui dispose aujourd’hui d’un a priori favorable. Les gens se souviennent de l’engagement en faveur de l’unité du métropolite grec catholique Sheptitsky, qui considérait que la frontière entre les chrétiens ne passent pas entre les confessions mais entre ceux qui croient que l’Eglise est une et ceux qui ne croient pas. Ils gardent la mémoire du métropolite orthodoxe Tikhon de Kiev pour qui les murs qui séparent les Eglises « ne peuvent pas monter jusqu’au ciel ». Tandis qu’en Ukraine orientale l’œcuménisme est perçu comme un « -isme » inconnu suscitant un a priori négatif. La position des Eglises est elle-même différente. L’Eglise grecque catholique fait de l’œcuménisme une priorité absolue, tandis que l’Eglise orthodoxe ukrainienne du patriarcat de Moscou se prononce souvent par la voix de certains de ses évêques (comme Mgr Agafangel d’Odessa) contre le mouvement œcuménique. L’Eglise catholique romaine est favorable à l’unité des chrétiens dans l’esprit de « Ut unum sint ». De même l’Eglise arménienne et les Eglises protestantes sont pour la plupart en faveur de prières communes pour l’unité et de diaconies menées en commun.
Mais il faut s’entendre quand on parle d’œcuménisme. L’œcuménisme n’est pas une idéologie. Ce n’est pas un concept univoque détaché de son contexte. J’ai rencontré en Ukraine des chrétiens très sympathiques qui étaient hostiles à toute tension vers l’unité avec d’autres chrétiens tout simplement parce que leur priorité, dans leur univers post soviétique, était d’abord de retrouver leur propre identité catholique, protestante ou orthodoxe. Il n’y a rien d’anti-œcuménique dans cette posture si elle conduit vers une réappropriation de sa foi en Jésus-Christ. Inversement j’ai rencontré à Kiev, à Chicago ou à Paris des Ukrainiens s’unir toutes appartenances ecclésiales confondues dans la commémoration de la tragédie du Holodomor qui a fait plus de 6 millions de victimes dans les années 1932-33. Ici l’unité ne signifiait pas une perte d’identité mais un désir de partager ensemble sa peine, de prier ensemble pour qu’une telle tragédie ne se reproduise plus. Dans les deux cas l’appartenance au mouvement pour l’unité des chrétiens commence par une posture de retour sur soi et d’humilité par rapport à ses propres limites. Si on définit l’œcuménisme de la sorte alors on comprend que les Ukrainiens sont en très grande majorité favorables à l’œcuménisme. L’échec des grands récits idéologiques du XXe siècle leur a permis en effet de renouer avec la conviction qu’un Dieu personnel, unique et trinitaire, est la source de leur propre liberté.
Le travail qui reste à faire cependant à mon avis, en Ukraine comme dans beaucoup d’autres pays de tradition byzantine, c’est de renouer avec une attitude positive à l’égard de l’histoire. Car l’œcuménisme n’est pas seulement un état d’esprit c’est aussi une science, une science humaine ignorée tout comme les nouvelles sciences de la paix, mais une science authentique. Cette science trans-disciplinaire, que la puissance publique pourrait au moins reconnaître sous l’intitulé de « culture religieuse et convictionnelle » ne s’improvise pas, elle s’enseigne et elle s’apprend. Elle dispose d’un corpus de textes de référence très important et s’appuie sur un certain nombre de compétences et de techniques très précises.
Elle repose sur le plan théologique sur cette constatation, à la fois basique et révolutionnaire. Le christianisme est une religion de l’incarnation qui intime à l’homme de participer à l’œuvre divine eschatologique de création. Il ne suffit pas de proclamer en se croisant les bras que l’Eglise est la Maison du Père, le Corps du Christ et le Temple de l’Esprit Saint. Il faut aussi un engagement personnel et communautaire, créatif et patient, risqué et confiant de chacun. C’est ainsi que l’Eglise une du Christ s’actualise, se rend visible. « Participer à l’œuvre eschatologique de la création » a des implications très pratiques selon qu’on se trouve en contexte pré-conflictuel, conflictuel ou post-conflictuel. Malheureusement ni en Ukraine, ni en France, aucun Etat, aucun ministère de l’éducation n’a encore reconnu l’utilité de la culture religieuse et convictionnelle au bien public. Il est donc urgent d’agir. C’est l’une des raisons pour laquelle pour ma part j’ai décidé de retourner travailler à Paris, capitale des « lumières », et au Collège des Bernardins en particulier, l’un des laboratoires les plus féconds de la post-modernité.

- 20 ans après l'avènement de l'indépendance ukrainienne, quel rôle exercent les religions dans la définition des identités nationales?


Je crains de dire que certaines « religions » aient perdu beaucoup de leur capital de confiance qu’elles avaient accumulé à l’époque soviétique en raison des persécutions dont elles furent victimes. La religion païenne du matérialisme dialectique en effet ne pouvait souffrir ni les catholiques, ni les orthodoxes, ni les baptistes, ni les témoins de Jéhovah. La chute de l’idéologie marxiste-léniniste a permis aux Eglises de retrouver leur liberté et de s’engager à nouveau dans la vie sociale de la nation ukrainienne. De nombreuses communautés ont été créées, de nombreux édifices religieux ont été construits, de nombreuses initiatives caritatives ont vu le jour.
Bien que ce sujet demanderait à être traité bien plus amplement je crois qu’il est possible de caractériser le rôle des Eglises dans la définihttp://www.dukhovnist.in.ua/images/stories/news_photo/1.jpgtion de l’identité nationale de la façon suivante. D’un côté on trouve dans toutes les confessions confondues des chrétiens qui considèrent qu’il faut bien séparer les traditions culturelles présentes en Ukraine pour éviter toute instabilité, toute menace identitaire. Il y a par exemple le synode de l’Eglise orthodoxe ukrainienne dépendant du patriarcat de Moscou, actuellement présidé par l’évêque d’Odessa Mgr Agafanguel, en raison de la maladie de Mgr Volodimyr de Kiev, qui considère que l’Eglise ukrainienne fait partie intégrante du patriarcat de Moscou. De l’autre côté on trouve le patriarcat de Kiev présidé par le métropolite Philarète qui estime que l’Eglise orthodoxe ukrainienne est suffisamment mûre pour disposer d’un statut d’autocéphalie. Dans l’Eglise catholique on trouve la même tension entre l’Eglise catholique de rite romain et l’Eglise catholique de rite byzantin qui ne parviennent pas à trouver un accord sur la façon de gérer ensemble les destinées de l’Eglise catholique en Ukraine. Dans le monde protestant il existe également des tensions très vives entre les courants évangéliques, qui radicalisent souvent les frontières entre le bien et le mal, et les courants réformés, qui ont tendance à les atténuer, sur des questions d’ordre éthique et organisationnelles.
Une approche œcuménique permettrait à ces Eglises de trouver des synthèses aux courants qui les divisent. J’ai exposé dans mon livre « En attendant le concile » mon approche fondamentale sur ces questions. Je ne peux ici répéter mon analyse résolument post-confessionnelle des voies de réconciliation possibles entre les courants zélotes, prosélytes et spirituels à l’intérieur de chaque Eglise. J’aimerais simplement poser ici les trois conditions préalables au dialogue inter-confessionnel. Premièrement il serait tout à fait envisageable de respecter les identités et les niveaux de conscience de chacun si les uns et les autres acceptaient d’adopter une lecture plus historique du passé ukrainien. Deuxièmement il faudrait que l’Eglise soit d’abord comprise par les uns et les autres comme une réalité divino-humaine et non pas seulement comme une institution purement humaine ou purement divine. Enfin troisièmement chaque Eglise doit reconnaître qu’elle est en partie responsable de la division qui existe entre les chrétiens en Ukraine. Rejeter sa responsabilité serait en effet tout à fait contraire au contenu même de la révélation chrétienne.
A partir de là il serait possible de proposer un agenda pragmatique et progressif aux Eglises avec un argumentaire capable de les convaincre que la réunification des chrétiens de l’Eglise de Kiev est tout à fait possible. Toute l’histoire du mouvement œcuménique montre que des chrétiens qui paraissaient divisés ad vitam aeternam sont capables de retrouver une unité profonde dès lors qu’un désir sincère de réconciliation est présent de part et d’autre. Les Eglises protestantes des Pays-Bas, qui étaient divisés sur la doctrine de la prédestination, en témoignent. L’Eglise orthodoxe et l’Eglise catholique aux Etats-Unis, qui étaient divisés sur la question du filioque, en témoignent. L’Eglise catholique et l’Eglise luthérienne qui étaient divisés sur la question de la justification en témoignent. Le premier pas à faire dans cet agenda œcuménique ukrainien consisterait à mon sens à soutenir les entreprises des universitaires appartenant à différentes Eglises réunis au sein de la Société Académique Chrétienne en Ukraine. En septembre 2008 nous étions parvenus avec Constantin Sigov et Oleh Tury à réunir les représentants des Eglises de Kiev (catholiques et orthodoxes) à l’Académie Mohyla pour une discussion portant sur un horizon commun pour l’ensemble des Eglises en Ukraine. Mais cette SACU n’est soutenue institutionnellement et financière par aucune institution ni en Ukraine ni ailleurs dans le monde. Il a fallu interrompre ses activités en attendant des jours meilleurs…

- Autour de quels thèmes s'est établi en Ukraine le dialogue judéo-chrétien ?


Le dialogue judéo-chrétien est encore à mon avis en Ukraine à une phase initiale. Les juifs ont été décimé pendant la deuxième guerre mondiale. Il a fallu que le livre du père Patrick Desbois La Shoah par balles soit traduit en ukrainien en 2011 pour que les Ukrainiens commencent à prendre la mesure de ce qui s’est passé il y a 70 ans. A Kiev l’amitié qui lie Léonide Finberg et Constantin Sigov a donné beaucoup de fruits, par exemple avec les éditions Dukh i Litera. A Lviv Myroslav Marynovytch, vice-recteur de l’Université catholique fait partie de ces intellectuels ukrainiens qui font beaucoup pour lutter contre toute forme d’anti-sémitisme. Nous avons organisé plusieurs conférences judéo-chrétiennes à l’Université catholique d’Ukraine. Je me souviens en particulier du dialogue entre Adèle Dianova, directrice du centre Hessed Arieh de Lviv et le père Antoine Guggenheim du Collège des Bernardins au sujet des voies possibles de réconciliation et de coopération. J’en ai retenu l’idée que la priorité était d’aider les juifs d’Ukraine à se réapproprier leur mémoire. Le temps est également venu de permettre aux Ukrainiens dans leur ensemble à redécouvrir, par la figure de certains justes comme Clément Sheptytsky, à la fois  l’ampleur de la tragédie humaine qu’a connue l’Ukraine pendant la dernière guerre mondiale, et la capacité dont dispose chaque individu à l’heure du péril pour sauver toute l’humanité par une attitude de courage et de respect de la dignité de chaque être humain.

- Quelles relations les églises ukrainiennes entretiennent-elles avec l'Islam ?


L’islam est essentiellement présent en Crimée par la présence de plusieurs centaines de milliers de tatars. Ils sont soutenus par les courants ukrainophones favorables à une région autonome de Crimée au sein de la République ukrainienne. Ils représentent en revanche un frein pour les courants pro-russes qui considèrent que la Crimée est une partie intégrante de la « sainte Russie » depuis le mariage du prince Volodymyr à Chersonnèse au IXe siècle. Staline leur était également défavorable puisqu’il les a déportés en une nuit vers l’Asie centrale au moment où les forces allemandes se rapprochaient de la Crimée en 1942. Le dialogue inter-religieux entre chrétiens et musulmans ukrainiens est donc d’abord conditionné par l’horizon politique et historique de la Crimée. Adopter une approche historique et non mythique du passé de la Crimée consiste pour commencer à admettre que la Crimée n’a fait partie de l’Empire russe que pendant un siècle (1854-1954). Ceci ne signifie pas qu’il ne faille pas accorder un statut spécifique à la Crimée, très largement russophone, au sein de la république ukrainienne. Mais cela permettrait si cela était clairement admis par les uns et les autres de rassurer les habitants de Crimée et de les convaincre que les inévitables tensions inter-religieuses ne seront pas exploitées à des fins politiciennes. Le dialogue inter-religieux à mener en Crimée consiste ensuite à parler des préoccupations communes des chrétiens et des musulmans, à savoir les modalités en cours d’adoption à Kiev de la privatisation de la terre en Crimée. Celle-ci seront-elles à l’avantage en premier lieu des habitants de Crimée ? Le dialogue inter-religieux est inséparable d’une prise de conscience post-idéologique de la relation structurelle qui existe entre le théologique et le politique.

Propos recueillis par Frédéric du Hauvel

 

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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 16:14

CINÉ-CLUB UKRAINIEN
 ESPACE CULTUREL DE L’AMBASSADE D’UKRAINE

Mardi 6 mars 2012, 19h, à l’Espace culturel de l’Ambassade, 22, av. de Messine, Paris 8ème, M° Miromesnil. tel. 01 43 59 03 53. Entrée libre.


MARS FROID (ХОЛОДНИЙ БЕРЕЗЕНЬ)
vostf

En présence du réalisateur et  avec le concours d’Arkeion Films
Photogramme-Mars-froid.jpg

Production : Studio d’Odessa, 1987, 102 mn, coul.
Scénario : Alexandre Gorokhov
Réalisation : Igor Minaiev
Photographie : Volodymyr Pankov
Décors : Anatoliï Naoumov
Musique : Anatoli Dergatchev
Interprétation : Maxime Kisselev, Andrei Toloubeiev, Loudmyla Davydova, Mykola Tokar, Andriї Loubimov, Igor Aitov, Mykola Bandouryn, Dima Smirnov, Volodia Golovaniov, Anton Minaiev, Serhiї Bourtiak, Natalia Ostrikova, Olga Petrenko, Gleb Sochnikov, Igor Yefimov
Genre : comédie dramatique

Récompense : Prix de la Meilleure réalisation au Festival Pansoviétique en 1988

Synopsis
Un adolescent arrive dans une petite ville de province pour y faire ses études dans une école technique. Dans l’internat dirigé par un directeur tolérant, respectueux du corps enseignant et de ses élèves, l’ambiance générale tourne très vite au vinaigre. Une classe ayant formé un clan tient tête aux profs.


Equipe-de-tournage-de-Mars-froid.jpgOpinion
Repéré dès son film de fin d’études La Mouette, Igor Minaiev apparaît comme un cinéaste exigeant, mûr pour de solides projets. Mais sa carrière semble compromise à la suite d’un court métrage réalisé pour la Mosfilm, L’Horizon argenté, d’après un récit d’Eugène Houtsalo, vite rangé dans un tiroir. Le Studio d’Odessa lui offre une seconde chance en 1985 pour un autre court métrage, Le Téléphone. Privé du droit d’exercer pleinement son métier, Minaiev attendra 1987 pour tourner son premier long métrage, Mars froid, l’année où la Commission des conflits auprès de l’Union des cinéastes de l’URSS décide de réhabiliter les œuvres mises au placard. Ce film et celui qui suivra, Rez-de-chaussée, dans lesquels il incarne parfaitement l’esprit de la perestroïka, lui vaudront deux sélections à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes, en 1988 et 1990. Issu d’une génération arrêtée en plein élan, Minaiev revendique son appartenance à un courant traditionnel, nourri des exemples de la Nouvelle vague française, des premiers grands films de Tarkovski ou de Kontchalovski, et considère la dissidence comme un concept purement esthétique.
Mars froid est l’histoire saisissante d’un directeur d’école technique et de ses élèves, dont certains délinquants ont été liés au milieu criminel. Comme pour la plupart des premiers films, le scénario avait été imposé par la direction du Studio d’Odessa, mais Minaiev réussit à changer cette comédie en drame, en la remaniant de fond en comble, ce qui quelques années auparavant aurait été considéré comme un acte subversif. Le film s’interroge sur les bienfaits de la méthode d’autogestion des élèves à l’aune du système pédagogique d’Anton Makarenko et de son approche portant sur la sensibilisation des élèves aux relations humaines. L’établissement n’est pas une maison de redressement destinée à réinsérer des mineurs posant des problèmes de discipline et de petite délinquance, plutôt une institution dont le fonctionnement est basé sur l’autogestion et un style de vie facilitant les expériences et les changements. À travers un récit riche en séquences, le réalisateur livre une caricature du système pédagogique soviétique, à commencer par l’inévitable séance du bizutage du nouveau venu. L’adolescent vient étudier dans l’établissement dans le seul but de retrouver sa petite amie, elle-même dans un internat de jeunes filles tout proche, et de la demander en mariage. Le relâchement général ambiant est dû au rapport de forces existant entre le personnel éducatif et l’ensemble d’une classe formant un clan, une équipe, dont le principe est basé sur la solidarité, la non-dénonciation, le rejet de tout accommodement. Le caractère du directeur est apparemment conciliant, mais au fur et à mesure que les événements changent en défaveur de l’institution, il s’affermit. Il menace de livrer à la justice l’élève Zintchenko qui a commis un méfait et est accusé de vol de magnétos. En revanche, son collègue Nicolas Mykytiouk, dont le rôle est superbement interprété par Mykola Tokar, est un véritable maître charismatique, éducateur sympa parfois spartiate, allant même jusqu’à braver l’inspection académique. La séquence de l’excursion des élèves à Poltava, pendant laquelle une éducatrice inspirée fait l’éloge de Pierre le Grand à la bataille de 1709 contre les Suédois, est révélatrice de la mentalité pédagogique de l’époque. Cependant, les élèves ne se bousculent pas face au monument, et ne pensent qu’à draguer des lycéennes présentes. Si on la compare à une séquence semblable dans le film Le Pissenlit en fleur d’Alexandre Ihnatoucha, tourné cinq ans plus tard, cette ballade touristique reste quelque peu décalée, sans pour autant heurter la fierté grand-russienne. Sur le plan technique, où l’on découvre sa passion pour les effets de lumière, le réalisateur émaille volontiers le film de fermetures et d’ouvertures à l’iris, technique  délaissée, mais pas obsolète pour une comédie dramatique crânement réalisée.
Lubomir Hosejko

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 11:38

anna-schevtchenko.jpgNée en Ukraine en 1965, Anna Shevchenko est la première étudiante de « l’Ukraine indépendante » à obtenir une bourse pour intégrer l’université de Cambridge et la première femme d’origine étrangère devenue membre de l’Oxford & Cambridge Club. Parlant couramment sept langues, dont le français, Anna a servi d’interprète lors de nombreuses rencontres gouvernementales. Elle a  par ailleurs, écrit deux guides culturels ; l’un sur l’Ukraine, l’autre sur la Russie.

Son premier roman Héritage, publié aux Editions «First » a paru en France en octobre 2011. Aujourd’hui Anna vit et travaille en Grande Bretagne.

 

Pourquoi vous avez écrit ce roman ? Quelle était votre source d’inspiration ?

Ce livre est dédié à mes grands-parents. Un des personnages féminins – Sara Samoilivna - a été directement inspiré par ma grand-mère. Dans le chapitre 3, j’ai utilisé le journal de guerre de mon grand-père, Fedir Shevchenko (1914-1996), un grand historien et archiviste ukrainien.

J’ai toujours écrit, même si cela m’a été longtemps interdit, car mon grand-père était considéré comme dissident à l’époque soviétique. Ma famille a beaucoup insisté pour que j’écrive ce roman, pour que j’exprime enfin ma pensée.

J’ai d’abord publié (en anglais) un guide sur l’Ukraine, sa culture et ses coutumes (Anna Shevchenko. Ukraine - Culture Smart ! : Essential Guide to Customs and Culture, aux Editions KUPERARD, Grande Bretagne). Cet ouvrage est considéré comme la première publication au monde abordant l’étude de la mentalité ukrainienne ; il a déjà connu 5 rééditions. (Il parait que Vladimir Poutine l’a lu avant d’entamer des négociations avec les Ukrainiens !)

Ce roman, Héritage, m’a « trouvée ». C’est le récit de rêves nationaux. Il s’agit du trésor des cosaques (mythique ou pas), qui aurait été déposé à la Banque d’Angleterre au XVIII siècle. Ce trésor serait devenu un « héritage » incroyable de 150 milliards. J’ai imaginé ce qui pourrait se passer si quelqu’un réclamait cette somme aujourd’hui. Ce livre n’est pas uniquement une chasse aux trésors et une intrigue politique. C’est plus que cela. Ce livre est un hommage à mon grand-père, qui a écrit son journal intime pendant la guerre. Je l’ai trouvé très émouvant, poignant et l’ai utilisé dans mon roman. C’est aussi un hommage aux trois générations de mes compatriotes : la génération de la guerre, la génération de l’époque du « dégel » des années 60 et ma génération. Après quelques années de liberté à la mort de Staline, le système s’est renfermé à nouveau. Pour moi, cette dernière génération est « perdue ». Quant à ma génération, je la considère non seulement « perdue », mais « tuée, cassée ». Nous avons grandi dans une société se référant à des  valeurs soviétiques qui ont ensuite disparu. Alors, nous nous sommes retrouvés dans une société sans valeurs. Certaines personnes se sont suicidées ou sont devenues alcooliques ou ont encore décidé de partir, comme moi.

Au-delà de mon histoire personnelle, pour mon roman pendant deux ans, j’ai fait de nombreuses recherches. Entre autres, je me suis rendue au château privé d’un descendant de cosaque ukrainien devenu général de l’armée française au XVIII siècle. Par ailleurs, j’ai consulté des archives russes et ukrainiennes et bien sûr, celles de la Banque d’Angleterre.

Je pense que cette intrigue politique qui débute au XVIII siècle intéressera les lecteurs français. L’histoire se répète aux XIX et XX siècles. Mon roman est inspiré de faits réels et de témoignages de personnes ayant vécu dans les années 60. L’épisode sur l’hôpital psychiatrique pour les prisonniers politiques en est un exemple.

Les nombreuses redites et symboles sont les témoins d’une histoire qui non seulement se répète, mais se venge. Cela me semblait très important à mettre en évidence.

J’ai choisi trois personnages féminins pour incarner les différentes époques de l’histoire de l’Ukraine : Sofia, Oksana et Kate. C’est Oksana qui symbolise l’Ukraine qui a survécu, mais qui a été privée de son identité.

 

heritage.jpgCe livre est très personnel. Qu’est-ce que vous avez ressenti lorsque vous l’avez terminé?

J’ai été soulagée… Lorsque le roman a été publié, j’ai ouvert la première page et quand j’ai vu ma dédicace à mes grands-parents, j’ai été très émue. J’ai compris que j’avais accompli quelque chose d’important car le souvenir de mes grands-parents aujourd’hui décédés, m’est très cher…

Quand j’ai écrit ce roman qui est resté dix ans dans mon tiroir, je n’avais pas l’intention de le publier car il me semblait qu’un sujet sur l’Ukraine n’intéresserait personne en Grande-Bretagne. Pourtant je l’avais écrit directement en anglais.

Lorsque mon premier livre – le Guide sur l’Ukraine - est sorti, mon fils m’a encouragé à publier « Héritage ». A ma grande surprise, le livre a rencontré un succès. Récemment en France, j’ai vu dans un kiosque à la gare que mon livre était parmi « les meilleures ventes » !

 

Le roman « Héritage » (le titre original - « Bequest ») - a été écrit directement en anglais. Pourquoi ?

Mon roman est destiné à des lecteurs étrangers. Une journaliste britannique a écrit dans son article que j’avais réussi à donner une leçon claire et concise sur l’histoire ukrainienne. Mon objectif principal était de faire découvrir l’Ukraine aux lecteurs étrangers. Je voulais vraiment susciter chez eux, un intérêt pour mon pays.

 

Vous travaillez actuellement sur votre deuxième roman. Quel est son sujet ?  

Il s’agit de la conférence de Yalta en février 1945. L’histoire se déroule entre Odessa et Yalta, dans une période allant de la guerre à nos jours. C’est un nouveau regard sur cet événement historique. Comme pour mon premier roman, j’ai travaillé dans les archives, notamment à Odessa. Cet ouvrage sera publié bientôt en Grande-Bretagne.

Propos recueillis par Olena Yashchuk Codet

 

 

 

 

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 11:32

Genre: Drame

Date de sortie : 28 mars 2012

Réalisé par : Michale BOGANIM

Avec : Olga Kurylenko, Andrzej Chyra

Durée : 1h48min

Pays de production : France

Distributeur : Le Pacte

Prix: Prix du public - Long métrage européen,

Festival Premiers plans d'Angers 2012

 

http://www.aufaitmaroc.com/pictures/0088/1187/LA_TERRE_OUTRAGEE_-_LAND_OF_OBLIVION_-_affiche_24112011122947.jpg

 

Premier long métrage de fiction cinématographique de la réalisatrice franco-israélienne Michale Boganim : La terre outragée (The Land of Oblivion). Remarquée avec son documentaire Odessa…Odessa (Forum de la Berlinale 2005 et Grand Prix du jury au Sundance), la cinéaste s’attaque avec La terre outragée à une coproduction franco-germano-polonaise retraçant les conséquences irréversibles de l'accident à la centrale de Tchornobyl en 1986. Au casting figurent Olga Kurylenko, Vyacheslav Slanko, Serguei Strelnikov, le Français Nicolas Wanczycki, le Polonais Andrzej Chyra, Illya Iosifov, Vyacheslav Kurbasov, Natalya Tkachenko, Tatiana Rasskazova, Nikita Emshanov, Marina Bryantseva et Dmitry Surzhykov.

Le film est une fiction dont la catastrophe de Tchernobyl constitue l’arrière-plan. Un événement qui aura en tant que tel des incidences sur la vie intime des personnages. Leur impossibilité d’aimer et de vivre normalement. Leur rapport à leur lieu d’origine, leur arrachement si brutal qui les transforme au fil du temps en errants… C’est aussi un film sur l’après Tchernobyl, un enfer moderne peuplé de démons invisibles qui a été transformé en zone interdite, mais où certains habitants continuent à vivre ou à travailler… Un film sur le rapport à son lieu d’origine quel qu’il soit, même s’il est radioactif.

Le scénario démarre en avril 1986 à Prypiat, une ville proche de la centrale nucléaire de Tchernobyl, quelques jours avant l’explosion. Un enfant Valery et son père, physicien à la centrale, plantent un arbre. Anya et Piotr célèbrent leur mariage, au milieu d’une clairière paisible. La fête est brutalement interrompue et Piotr, pompier volontaire, doit se rendre sur les lieux d’un incendie… La jeune femme ne le reverra pas !

Mais cependant, Anya revient pour faire visiter le site, pendant que d’autres reviennent cultiver leur jardin empoisonné, au risque de mourir eux aussi. Mais rien ne peut les

séparer de cette terre qui les a vus naitre.

Ce premier long-métrage franco-germano-polonais sélectionné pour la compétition des longs métrages européens montre l’après catastrophe nucléaire : des populations que l’on tient dans l’ignorance du danger, l’armée qui débarque dans les fermes dans des scènes qui ressemblent à des rafles. Les militaires tuent les animaux, embarquent les paysans sans explication. L’atome a plus de prix que ces hommes en symbiose avec la nature depuis des siècles.

Les séquelles de Tchernobyl y sont  pleinement exposées, nous obligeant à imaginer ce à quoi pourrait ressembler l'avenir du nucléaire.

Même si le film se base sur des faits réels, dans un univers hostile, la réalisatrice, Michale Boganim, a voulu amener une touche de poésie, ce qui sépare le film d’un simple documentaire. Elle fait des pauses sonores pour mieux traduire le silence de cette partie du monde, toujours interdite. « Ce qui est le plus impressionnant sur place, c’est le silence. Tout semble figé, même la nature. C’est très impressionnant ». Malgré tout, elle redonne de la vie dans cette zone sinistre, comme la première fleur qui repousse après la tempête.

Si le message politique est inévitable, la catastrophe de Tchernobyl étant le résultat de la déliquescence de l’empire soviétique, la réalisatrice s’est surtout intéressée au côté humain. «
Les risques sont invisibles et pourtant bien réels et malgré tout certains ne veulent pas partir, c’est qui m’a donné envie de faire ce film ».

Pour cela l’équipe de tournage a obtenu toutes les autorisations administratives, « très compliquée » souligne la réalisatrice, car le lieu est encore radioactif. « Nous étions très surveillés, car ce n’était pas bien vu que l’on aille tourner dans cette zone et en plus il faisait très froid (-20°) ».

Un film sur un mal invisible qui devrait avoir un retentissement dans une France qui compte 58 réacteurs…

 

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