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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 18:48

FedirQuand fut fondée l’Association des Ukrainiens de Grande Bretagne et dans quel contexte ?

 

L'association a été créée juste après la Seconde Guerre Mondiale, par des militaires canadiens d'origine ukrainienne et par des Ukrainiens mobilisés dans l’armée polonaise, qui s'étaient retrouvés sur le sol britannique.

 

Des réunions se sont tenues dès 1945, mais c'est en janvier 1946 à Édinbourg que l'association fut fondée. Dans l'esprit de ses membres, elle s'inscrivait dans la perspective de voir un jour une Ukraine libre et indépendante. Quelque temps avant la création de l'association venait de paraître le premier numéro d'un journal qui allait devenir « La pensée Ukrainienne », et qui existe toujours.

 

C'est à cette époque que commencèrent à arriver en Grande Bretagne les Ukrainiens qui furent travailleurs forcés dans les camps de travail allemands. A l'issue de la défaite de l'Allemagne, ils s'étaient retrouvés dans des camps de réfugiés sous contrôle allié. Le choix qui s'offrait alors à eux était soit de rester en Occident, soit de revenir en Ukraine. Une décision lourde de conséquences pour des jeunes gens de 18-19 ans.

 

Je n’imagine pas aujourd’hui ma fille âgée de 20 ans confrontée à un tel dilemme : être d’abord enlevé à sa famille, forcé à travailler pendant 3 ans dans des conditions épouvantables, comparables à l'esclavage, puis se retrouver pendant 2 ans dans des camps de réfugiés, et finalement avoir à décider de ne pas revenir à la maison, de ne pas rejoindre les siens… Cela devait être très difficile, mais ces jeunes gens ont majoritairement décidé de ne pas revenir car ils craignaient d’être accusés d'avoir collaboré avec les Allemands (ce qui n'était absolument pas le cas) et d’être exterminés par le pouvoir soviétique. Une partie de ces réfugiés ukrainiens a choisi d'émigrer en Grande Bretagne.

 

C'est aussi à cette période que le gouvernement de la Grande Bretagne donna son accord pour accueillir 8 000 soldats de la division "Halychyna" sur le sol britannique. Cela en grande partie grâce aux efforts de l’Association des Ukrainiens de Grande Bretagne.

 

Seuls les Ukrainiens originaires de l’ouest de l'Ukraine, espace territorial qui avait été intégré à la Pologne à la fin de la première guerre mondiale, eurent la possibilité de rester en Occident. Les Ukrainiens originaires du centre et de l’est du pays furent renvoyés en Union Soviétique.

 

Quels étaient les objectifs de l’association ?


Les Ukrainiens qui adhéraient à l’association entendaient militer pour la préservation de leur culture et de leur religion. En 1947, ils ont acquis un immeuble qui appartient toujours à l'association ; au fil du temps, celui-ci est devenu une ambassade officieuse pour les Ukrainiens vivant en Grande Bretagne. Sa mission première étant d’accueillir les nouveaux arrivants, et de leur apporter aide et soutien.

 

En 1948 le gouvernement britannique avait annoncé son intention de renvoyer en Allemagne, et probablement ensuite en Ukraine, les immigrés ukrainiens frappés d'invalidité, et ne pouvant de ce fait travailler. Les autorités n'étaient intéressées que par des immigrés capables d’effectuer les travaux physiques et pénibles que refusaient de faire les Britanniques. L'association des Ukrainiens de Grande Bretagne manifesta sa ferme opposition, ce qui engendra une vive tension. Face à l'intransigeance du gouvernement, les Ukrainiens étaient résolus à se mettre en grève. Dans un souci de médiation, l'Association des Ukrainiens de Grande Bretagne et les autorités ukrainiennes décidèrent de fonder «la Maison des Invalides», indépendante de l’Etat et exclusivement financée par les cotisations des membres de la communauté ukrainienne. Le fond de soutien des invalides fut créé. Chaque Ukrainien s'engageait à verser un montant correspondant au quart ou au cinquième du salaire hebdomadaire moyen d’un Ukrainien en Grande Bretagne. Cet établissement, qui se trouve au sud de Londres, existe toujours !

 

Dans l'immédiat après-guerre, les Ukrainiens étaient convaincus que l’Occident n’allait pas tolérer la mainmise de Staline sur l'Europe orientale, et qu'ils pourraient regagner leur terre natale. Au fil des mois, ils comprirent peu à peu que ce retour devenait une hypothèse de plus en plus improbable, c'est pourquoi l'immigration ukrainienne posa durablement ses valises et s'enracina sur le sol britannique. Une intense vie associative se développa notamment autour d'événements culturels. A travers les chants, les danses et la poésie, c’est le destin tragique de l’Ukraine qui se racontait...

 

Quels regards portez-vous sur les différences qui caractérisent les Ukrainiens vivant à l’etranger ?

 

Les Ukrainiens de la nouvelle vague sont sensiblement différents de ceux de l’ancienne génération, car ils ont vécu dans un système différent. Ils viennent en outre de toutes les régions du pays. L’ancienne génération était bien plus homogène géographiquement et socialement. C'est pour cette raison qu'il faut du temps pour se comprendre, et saisir la diversité des aspirations de chacun.

 

Chaque communauté ukrainienne s’adapte à la société dans laquelle elle vit, et prend les traits de la culture dans laquelle elle se trouve. Les Ukrainiens des Etats-Unis sont souvent expansifs, ceux du Canada sont plutôt réservés, ceux de la Grande Bretagne sont disciplinés et organisés comme les Britanniques d’une manière générale…Ces particularités peuvent parfois paraitre singulières aux yeux des Ukrainiens qui arrivent d’Ukraine.

 

Quels contacts avez-vous avec les autorités britanniques ?

 

L'Association des Ukrainiens de Grande Bretagne entretient de très bonnes relations avec l’Ambassadeur de Grande Bretagne en Ukraine, que je rencontre régulièrement.

 

Ces contacts sont précieux, c'est en partie grâce au soutien de l’Ambassade de Grande Bretagne à Kiev que nous avons pu organiser une grande exposition qui a eu lieu à la « Maison de l’Ukraine » à Kiev. Je corresponds par ailleurs fréquemment avec le représentant du Ministère britannique des Affaires Etrangères en charge de l’Ukraine.

 

L'Association des Ukrainiens de Grande Bretagne a adressé plusieurs lettres au Président Yanoukovitch. Elles étaient toutes écrites en anglais, nous craignons en effet qu'il ne nous lise pas en ukrainien ! Nous l'avons interrogé au sujet de l'érection d'une statue de Staline à Zaporijia. Son embarras sur cette question a interpellé la classe politique britannique. C'est par une constante vigilance, mais dans une approche constructive et diplomatique, que les Ukrainiens résidant en Occident peuvent influencer les dirigeants ukrainiens. L'objectif que nous partageons tous est de voir l’Ukraine indépendante et démocratique.

 

La famine génocide de 1932-1933 (Holodomor) est un sujet que nous abordons avec pragmatisme compte tenu du contexte mémoriel et du passé colonial du Royaume Uni. Il est manifeste que la reconnaissance officielle de ce génocide par les autorités britanniques sera un objectif difficile à atteindre. En dépit de cela, nous entretenons un dialogue constructif avec le Ministère des Affaires Étrangères. Un représentant du Foreign Office avait d'ailleurs répondu favorablement à notre invitation aux cérémonies commémoratives, il y a deux ans.

 

Propos recueillis par Olena Yashchuk

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14 novembre 2010 7 14 /11 /novembre /2010 15:26

L’Ambassade d’Ukraine et le Ciné-club ukrainien

Mardi 7 décembre 2010, 19h, à l’Espace culturel de l’Ambassade

22, av. de Messine, M° Miromesnil, tel. 01 43 59 03 53.

Entrée libre.

 

UNE SOURCE POUR LES ASSOIFFÉS  ( КРИНИЦЯ ДЛЯ СПРАГЛИХ )

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 Photogramme Une Source pour les assoiffés

Production : Studio Alexandre Dovjenko de Kiev, 1965, 73 mn. nb.

Scénario : Ivan Dratch

Réalisation : Youriï Illienko

Assistant-réalisateur : Lev Kolesnyk

Photographie : Youriï Illienko, Volodymyr Davydov

Décors : Petro Maxymenko, Anatoliï Mamontov

Montage : Natalia Pychtchykova

Son : Nina Avramenko

Musique : Léonide Hrabovskyi

Costumes : Nina Kybaltchytch

Maquillage : Yakiv Grinberg

Directeur de production : David Yanover

Interprétation : Dmytro Miloutenko, Laryssa Kadotchnikova, Théodossia Lytvynenko, Nina Alissova, Jemma Firsova,  Ivan Kostioutchenko, Yevhen Baliev, Youriï Majouha, Olena Kovalenko, Kostiantyn Yerchov, Natalia Michtchenko, Volodymyr Lemport, Mykola Sylis,  Hryhoriї Bassenko, Sachko Vienikov

Genre : art et essai

 

 

Synopsis

 

Dans un village déserté par ses habitants, un vieil homme dépérit dans la plus complète solitude. L’unique possibilité de la rompre est de rassembler ses enfants en leur envoyant un télégramme annonçant sa mort. Bientôt, toute la famille accourt pour son enterrement, sauf l’un de ses fils, pilote d’essai, qui vient de se tuer dans le crash de son avion.

 

Opinion

Une source pour les assoiffés est le premier long métrage de Youriï Illienko et Ivan Dratch, respectivement réalisateur et scénariste. Avec Les Chevaux de feu de Serge Paradjanov et La Croix de pierre de Léonide Ossyka, ce film de fin d’études amènera la production des Studios Dovjenko de Kiev à une définition éminemment nationale. Ivan Dratch, chef de file de la nouvelle vague littéraire ukrainienne, avait imaginé une histoire sur le dépeuplement d’un village en Ukraine. Le scénario était construit selon un schéma allégorique intéressant, une ciné-parabole – terme rejeté par la censure qui le qualifia d’antikhokophotogramme Une source pour les assoiffés 2zien –, dans un style visuel et sonore recherché autour du thème de l’eau. C’est l’histoire vraisemblable d’un vieillard abandonné par les siens qui s’éteint dans un village déserté. Il garde et entretient un puits où viennent se désaltérer toutes sortes de passants assoiffés. Les visions du vieillard traduisent un univers furtif et associatif, oscillant entre prémonition et prophétie, où tout est codifié : la fin de la vie spirituelle, la désintégration de la cellule familiale, la destruction de la vie rurale, la pollution. Pour le vieillard qui perd ses repères et ne peut retrouver la tombe de sa génitrice, la vie n’a de sens que si le puits ne tarit pas.  Le film est imprégné de métaphores et d’allégories transposées de La Terre ou du Mitchourine de Dovjenko. Le vieillard rase le verger qu’il a planté dans sa jeunesse et porte les arbres sur ses épaules. Expérimental à plus d’un titre, cet opus étonne par son graphisme pictural dans un décor naturel presqu’irréel. Illienko le réalise dans le village de Melnyky de la région de Tcherkassy où ne survivent que quelques veuves de guerre. Les khatas sont perchées sur des monticules de sable et les vergers noyés dans le tchernoziom en contrebas. On croit voir une mer de sable qui avance, un arbre mort, une terre aride, alors que l’œil du spectateur est habitué à voir une pomme, une porteuse d’eau, un cheval noir. Paysage rare en Ukraine, cette anomalie géologique rend tangible la sensation d’oppression et de canicule. Le film est tourné en noir et blanc sur pellicule Nikron avec des scènes en négatif, portées à l’incandescence ou solarisées. La mise en scène pourrait être celle de Paradjanov avec une présentation frontale et statique d’éléments décoratifs. Bien que le nom du compositeur Léonide Hrabovskyi figure au générique, il n’y a pas, à proprement parler, de musique de film, mais une polyphonie de sons-collages : le vent, le grincement du puits, le silence, le son du carillon rebondissant sur l’eau, la terre, le ciel. La caméra est assagie. Elle ne traque pas, elle est traquée par le regard du vieillard (Dmytro Miloutenko). L’acteur attend la mort dans le film mais aussi sa propre mort. Il décèdera peu après le tournage. À ses côtés, Laryssa Kadotchnikova, plus belle encore que dans Les Chevaux de feu, Théodossia Lytvynenko, Nina Alissova, Jemma Firsova, futures vedettes des films d’Illienko.

Le film, dont le budget se situait à hauteur de 268 000 roubles de l’époque, fut interdit sur décision du CC du PCU (Décision n°3 du Comité d’État de la RSS d’Ukraine pour la cinématographie du 10 mars 1967) pour son style, son langage allégorique obscur qui, selon la critique officielle, salissait la réalité soviétique (quand bien même Ivan Dratch avait saupoudré ce scénario de quelques anecdotes pour contourner les affres de la censure). Il fut l’un des premiers d’une longue liste de films qui seront mis à l’index et ne seront réhabilités qu’à l’issue du Vème Congrès de l’Union des cinéastes de l’URSS en novembre 1987. Le déchaînement des autorités contre l’exploitation commerciale du film d’Illienko illustrait bien la vague de destructions physiques d’œuvres uniques que subira le cinéma pendant la stagnation brejnévienne. Les salles de montage étaient scellées, le matériel confisqué. Il arrivait parfois que les agents de la sécurité oubliaient quelques pièces à conviction. C’était justement le cas d’Une Source pour les assoiffés dont une copie était en cours de développement pendant la perquisition nocturne des laboratoires. Elle fut cachée par les techniciens des années durant. La veille de la descente du KGB dans les Studios Dovjenko de Kiev, Illienko subtilisa sa propre copie de travail qu’il remisa dans son garage durant 22 ans. Comme toute nouvelle expérience en URSS, celle d’Illienko eut une fin. Fauché dans son élan vers un cinéma d’auteur, le réalisateur devint, dans un premier temps, le porte-drapeau d’un cinéma en pleine renaissance puis, brimé pendant la stagnation brejnévienne, il entreprit la réalisation de films plus sages. La source s’était tarie, le cinéma aussi. Le film sera montré pour la première fois en novembre 1987 dans un festival organisé par le ciné-club de Zaporijjia, puis en 1988 au Festival International de San Francisco.

Lubomir Hosejko 

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 21:39

AlainGuillemoles.jpgQuelles sont les spécificités de la communauté juive d'Ukraine ? 


Ce qui m'a frappé en préparant ce livre, ce sont surtout les ressemblances dans le destin des juifs de toute l'ex-URSS. Ils ont en commun d'avoir grandi dans un système soviétique où la méfiance à l'égard des Juifs faisait partie des règles non-écrites...

Mais si l'on veut chercher ce qu'il y a de spécifique aux Juifs d'Ukraine, je crois que cela tient surtout au fait que ce pays a compté, avant la guerre, des communautés particulièrement nombreuses. Avec la Pologne, l'Ukraine était sans doute le pays européen comptant le plus de Juifs. Ils avaient un poids tel, en Ukraine, que les proclamations de Simon Petlioura, par exemple, dans les années 1920, étaient faites obligatoirement en 4 langues: ukrainien, polonais, russe et yiddish.

Une autre spécificité, c'est aussi qu'à partir des années 1960, un compagnonnage étroit s'est noué entre certains dissidents juifs et le mouvement national ukrainien. Je raconte ainsi comment, en 1966, le poète ukrainien dissident Ivan Dziouba est venu lire une lettre aux Juifs, à Babyi Yar, lors de la commémoration non-officielle du massacre de 1941. Plus tard, il a été envoyé en camp, et notamment pour cela. Les dissidents juifs et les nationalistes ukrainiens luttaient ensemble contre le système soviétique. De ce compagnonnage, il est resté une relation étroite qui se manifeste, par exemple, dans le fait que la meilleure université ukrainienne, l'académie Mohyla accueille aujourd'hui l'institut d'études juives. Dans mon livre, Léonid Finberg, directeur de cet institut, est interviewé. Et il parle même d'un "puissant sentiment philosémite" des intellectuels ukrainiens. Je trouve cela intéressant, car cela va à l'encontre des clichés généralement admis. Et si mon livre peut servir à faire reculer, justement, quelques clichés, il aura déjà atteint son but.

 


Le renouveau identitaire des juifs d'Ukraine s'est-il accompagné d'une importante émigration ?

 

L'émigration a surtout eu lieu dans les années 1990. Elle était dûe pour une bonne part au fait que l'Ukraine traversait alors une crise économique profonde, et que beaucoup de gens, juifs ou non-juifs, ont cherché à partir. Aujourd'hui, le flux migratoire n'est plus aussi important. On peut dire qu'il a rejoint la moyenne de tous les pays européens. 

Il y aurait de nos jours 100.000 juifs en Ukraine, selon les chiffres officiels et 300.000, selon les estimations de chercheurs. Un million de Juifs soviétiques sont partis vers Israël dans les années 1990. Parmi eux, 300.000 à 400.000 étaient originaires d'Ukraine.

La mémoire du shtetl est elle toujours présente dans l'imaginaire des juifs d'Ukraine ?

Bien sûr. Mais le village traditionnel juif avec sa synagogue, son école religieuse, ses bains rituels, tel qu'on le trouve raconté dans les récits de la littérature juive, tout cela n'existe plus depuis longtemps. C'est seulement dans les livres que l'on peut trouver de quoi en avoir une idée.

http://ecx.images-amazon.com/images/I/61EN7Uga3-L._SS500_.jpgJe me suis rendu dans un de ces anciens shtetl, à Leczna, en Pologne. Et je raconte ce qu'il reste sur place et comment l'endroit a changé. Il est intéressant de voir comment les habitants se souviennent du passé: les plus vieux, ceux qui ont connu l'époque des massacres perpétrés par les nazis se sont tus après la guerre, pétrifiés par l'horreur dont ils avaient été témoins.

Ils sont la génération du silence. Puis est venu la génération de l'époque communiste, qui a grandi dans un oubli forcé. La jeune génération redécouvre ce passé, s'y intéresse, veut en parler. Et ainsi, cette histoire que les communistes avaient voulu effacer ressurgit.



Quelle est la situation de la culture et de la langue yiddish dans l'Ukraine contemporaine ?

 

Le yiddish comme langue du quotidien a quasiment disparu. Les Juifs qui se rapprochent de leurs racines apprennent surtout l'hébreu, qui a toujours été la langue d'études religieuses. Cependant, certains apprennent aussi le yiddish pour retrouver la saveur particulière de cette langue, chargée d'un humour  qu'il est difficile de retranscrire.

Pour ce qui est de la culture, comme vous le savez, la renaissance de la culture ukrainienne est déjà assez difficile en Ukraine, faute de moyens. Alors il serait trop ambitieux de croire qu'une vie culturelle juive peut renaître à court terme. En revanche, il y a déjà un renouveau de la vie religieuse, du mouvement associatif, des écoles. Peut-être verra-t-on, dans l'avenir, surgir aussi des artistes de ces communautés renaissantes ? Mais il est encore trop tôt pour cela.

Comment qualifieriez-vous  aujourd'hui les relations judéo-ukrainiennes ?

Votre question exige une clarification. L'une des premières mesures adoptées par Léonid Kravtchouk, le premier président ukrainien, après l'indépendance, en 1991, fut de supprimer la mention de la nationalité sur le passeport. Cela revenait à dire que tous les citoyens d'Ukraine sont des Ukrainiens, qu'ils soient Juifs, Tatars ou même Russes. Cependant, si votre question porte sur le fait de savoir si les Juifs se sentent bien en Ukraine, je crois que c'est le cas. Mais il faudrait le leur demander ! On touche là, en tout cas, à un sujet particulièrement délicat: celui de l'antisémitisme.

L'Ukraine est souvent montrée du doigt, de l'étranger, comme étant un pays où existe un fort antisémitisme. Or d'après ce que j'ai vu et entendu, durant mes reportages en Ukraine, ce n'est pas le cas. Il y a bien sûr certains problèmes, comme partout. Mais les juifs ukrainiens que j'ai rencontré ne considèrent pas qu'ils vivent dans un environnement qui leur est particulièrement hostile. Ils pensent plutôt que le reste du monde juif est mal informé à ce propos, préférant rester dans la caricature plutôt que de s'intéresser à la réalité. Ainsi, à la synagogue de Kiev, on m'a montré un arbre planté en hommage au Métropolite Andreyi Sheptitsky. Les Juifs d'Ukraine voudraient que cet homme d'Eglise ukrainien soit honoré du titre de "Juste parmi les nations", pour avoir sauvé 150 enfants juifs durant la seconde guerre mondiale. Mais le Mémorial de Yad Vashem, en Israël, s'y oppose. Le Mémorial accuse Sheptitsky d'avoir "trop bien accueilli" les Allemands. Or d'après les Juifs d'Ukraine, ce reproche est totalement infondé. Les Juifs ukrainiens sont donc fâchés contre Yad Vashem. Mais ils n'arrivent pas à le faire changer d'avis. Alors, en attendant, pour dire leur gratitude à Sheptitsky, ils ont planté cet arbre, juste à l'entrée de la synagogue. Voilà par exemple un signe que les relations entre les Juifs et les Ukrainiens sont bien meilleures que ce que l'on croit, parfois, vu de l'extérieur !


Propos recueillis par Frédéric Hnyda

 


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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 21:34

En Union Soviétique, la construction d’un métro représentait un défi majeur – il devait non seulement répondre à des impératifs fonctionnels et esthétiques mais aussi stratégiques. Ainsi outre leur fonction première, les stations profondes devaient servir d'abri antiatomique.


http://www.mnrocks.com/kiev_files/Kiev-seredini-prowlogo-veka_37.jpg 
Le chantier a débuté en 1949, en pleine période de reconstruction de la ville, Kyiv ayant été dévastée lors de la seconde guerre mondiale.

Le premier tronçon d’une longueur de  5.2 km entre les stations Vokzalna et Dnipro (Vokzalna – Université – Khrechatyk –Arsenalna – Dnipro) a été ouvert le 6 novembre 1960.

On dit que Kyiv est située, comme Rome, sur 7 collines. En conséquence, certaines stations sont situées dans les entrailles de la terre. Ainsi, la station Arsenalna, la plus profonde du métro de Kyiv, est située à 105 mètres de profondeur.

Pour relier la plateforme http://www.mnrocks.com/kiev_files/Kiev-seredini-prowlogo-veka_36.jpgà la surface, les passagers doivent emprunter deux escalators consécutifs de 55,8 et de 46,6 mètres.


Aujourd’hui le métro de Kyiv possède 3 lignes, il  dispose d’un tronçon aérien et enjambe le Dniepr à deux reprises.

Un ambitieux programme de développement prévoit la construction de deux lignes supplémentaires d’ici 2020 si toutefois les autorités parviennent à en assurer le financement ce qui pour l’heure est loin d’être acquis.

Quoi qu’il en soit, souhaitons un bon et heureux anniversaire au métro de Kyiv, infatigable mille-pattes de la capitale ukrainienne, qui marque les visiteurs à tout jamais par son odeur de rails si caractéristique !

Camille Kurbas


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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 21:24

Le bulletin de Novembre 2010 de Perspectives Ukrainiennes est disponible sur la page Archive des bulletins de Perspectives Ukrainiennes.

 
Au sommaire:

- Commémoration du 77ème anniversaire de la Grande Famine en Ukraine de 1932-1933.
- Entretien avec Olga Mandzukova-Camel, responsable de la chaire d’ukrainien à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales. (par Grégoire Grandjean)
- Le métro de Kyiv fête ses 50 ans. (par Camille Kurbas).
- «Sur les traces du Yiddishland », un livre d’Alain Guillemoles.
- 5 questions à Alain Guillemoles. (par Frédéric Hnyda)
- Rencontre avec Oksana Zabuzhko, le mardi 9 novembre 2010.

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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 20:44

L’Ambassade d’Ukraine et le Ciné-club ukrainien

Mardi 2 novembre 2010, 19h, à l’Espace culturel de l’Ambassade

22, av. de Messine, M° Miromesnil, tel. 01 43 59 03 53.

Entrée libre.

 

LES SURVIVANTS ( ЖИВІ )

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 Les Survivants 4

Projection suivie d’une intervention de Mark Edwards, producteur.

 

 

Production : Lystopad Film, 2007, 75 mn. coul.

Scénario : Serhiї Boukovskyi, Serhiї Trymbatch, Victoria Bondar, Evhenia Kravtchouk

Réalisation : Serhiї Boukovskyi

Assistant : Valentyna Selentieva

Photographie : Volodymyr Koukorentchouk

Cadreurs : Pavlo Kazantsev, Roman Yelenskyi

Montage : Alexandre Soukhov

Son : Igor Barba, Heorhiї Stremovskyi

Directeur de production : Maryna Cheloubska

Coordination : Olga Soulimenko

Régie : Serhiї Zakharov

Genre : documentaire

Récompense : Grand Prix de Genève, Forum International Médias Nord-Sud de Genève, septembre 2009.

Synopsis

Couvrant la période tragique de 1932-1933, ce documentaire est basé sur les observations de Gareth Jones, jeune journaliste gallois qui se rendit illégalement en l’Ukraine en mars 1933. Le récit est tissé de témoignages de ceux qui, dans leur enfance et dans l’attente de la mort, ont survécu à la Grande Famine.

 Les Survivants 3

Opinion

Le film commence sur des images du  président Victor Youchtchenko déambulant avec sa fille dans un bosquet, lieu de sépulture anonyme des gens du village de Kojoukhivka, morts pendant les années tragiques de la Grande Famine. Il se termine par le vide laissé par d’ultimes témoins oculaires rappelant qu'il n'y aura bientôt plus personne pour évoquer les horreurs de la Famine.

Agrémenté de documents d’archives parfois inédits (SBU, Croix Rouge, Archives nationales de Pologne, de l’Italie ou privées), ce documentaire est aussi un hommage à Gareth Jones qui parcourut à pied un territoire officiellement fermé aux étrangers et exposa au monde, de manière fiable et impartiale, les raisons de la famine. Considéré comme observateur indépendant et gênant, il sera assassiné dans des circonstances mystérieuses en 1935 en Mandchourie. La découverte tardive, en janvier 1990, de ses carnets de voyage et articles au vitriol permit aux chercheurs et historiens d’établir de nouvelles passerelles cognitives sur le Holodomor et de conscientiser l’opinion publique. Les Survivants 2

L’idée de réaliser un film sur le Holodomor avait été émise par le président Victor Youchtchenko, en 2006, à l’issue de la première du film de Serhiї Boukovskyi Spell your name, qui traitait de la Shoah en Ukraine ( lors des recherches de témoignages se référant à ce dernier film, plusieurs témoignages avaient été enregistrés sur la Grande famine ). À vrai dire, bien avant que cette idée ne soit soufflée en direction de Steven Spielberg présent pendant la cérémonie, cette remarque avait été Les Survivants 1exploitée dès 1989 par l’acteur Mykola Ichtchenko à la sortie du film Le Songe du même Boukovskyi. En 2008, le producteur d’origine américaine Mark Edwards confia à Serhiї Boukovskyi, chef de file des documentaristes ukrainiens, la réalisation de cet opus reposant sur de nouveaux éléments mais encore sur les antagonismes politiques existant dans l’Europe des années 30. Plus que tout autre cinéaste engagé ayant travaillé sur le thème du Holodomor dans la décennie écoulée, Serhiї Boukovskyi réussit à créer le recul nécessaire à l’égard du sujet sans se risquer à faire sentir le poids des revendications nationales ou sociétales, et se gardant même d’employer le terme de génocide. Pourtant, le film ne se prive pas de couvrir d’ignominie une frange de la population autochtone qui participa aux réquisitions et aux exactions. D’une remarquable tenue conceptuelle, tel le travail sur la reconstruction de la bande son d’images d’archives, à l’instar des documentaires de Serge Loznitsa, Les Survivants s’inscrit dans la continuité de la nouvelle école documentariste ukrainienne. Présenté dans plusieurs festivals de par le monde, ce documentaire reste cependant inédit en France.

  Lubomir Hosejko

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3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 16:59

Le bulletin d'Octobre 2010 de Perspectives Ukrainiennes est disponible sur la page Archive des bulletins de Perspectives Ukrainiennes.

 
Au sommaire:

- Actualités associatives

- Rencontre avec Emmanuel Ruben, auteur d’ Halte à Yalta (par Frédéric du Hauvel )

- Chants liturgiques ukrainiens à Saint-Benoit-sur-Loire le 17 octobre 2010 (par Philippe Coutier)

- Exposition « d’amour et de vie. La passion à l’origine de toute création » à l’espace culturel ukrainien (par ARTofNOW)

- Bons Baisers d’Ukraine ! Une carte postale de l’été 1915 (par Camille Kurbas)

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15 septembre 2010 3 15 /09 /septembre /2010 10:51

L’Ambassade d’Ukraine et le Ciné-club ukrainien

Mardi 5 octobre 2010, 19h, à l’Espace culturel de l’Ambassade

22, av. de Messine, M° Miromesnil, tel. 01 43 59 03 53.

Entrée libre.

 

ROUSLAN, CHIEN FIDÈLE  (ВІРНИЙ РУСЛАН)

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suivie d’une intervention d’Elisabeth Gesatt-Anstett, anthropologue, chercheur au CNRS

 photogramme Rouslan, chien fidèle 2

 

Production : Studio Fest-Zemlia, Fond Culturel ukrainien, Svea Sovconsult (Suède) 1991, 101 mn, coul.

Scénario : Volodymyr Khmelnytskyi, d’après le récit de Gueorgui Vladimov

Réalisation : Volodymyr Khmelnytskyi

Photographie : Natalia Kompantseva

Décors : Jevhen Pitenine

Musique : Volodymyr Bystriakov

Son : Igor Barba

Interprétation : Léonide Yanovskyi, Lidia Fédosseiéva-Choukchina, Jevhen Nikitine, Serhiї Pojohine, Mykola Sektymenko, Viktoria Korsoun, Lidia Tchachtchina, Bohdan Beniouk, Taras Kyreїko, Mykhaїlo Ignatov.

 

Genre : film dramatique animalier

 

Synopsis

Rouslan est un berger allemand qui ne comprend plus le monde. Après avoir passé sept années de dur labeur au Goulag, il perd son travail le jour, où il n’entend plus d’ordre et où la neige a définitivement recouvert les traces des bagnards libérés. Sa vie perd tout son sens. N’ayant plus rien à faire, il réfléchit à ses perspectives d’avenir et revoit son passé parmi ses congénères livrés à eux-mêmes. Rouslan n’accuse pas son maître, ne lui fait aucun reproche. Il est vieux et sait que les maîtres font parfois des erreurs. Il sait que les chiens de garde répondent toujours de leurs erreurs, et souvent des erreurs de leurs maîtres. Cela était déjà arrivé à Rex, un chien très expérimenté et dévoué qu’il enviait. 

 

Opinion

Avec Le Dernier bunker de Vadim Illienko et Le Paria de Volodymyr Saveliev, Rouslan, chien fidèle est l’un des trois films produits par le Studio Fest-Zemlia, unité de production éphémère, créée au moment où l’Ukraine accédait à son indépendance. Son réalisateur Volodymyr Khmelnytskyi avait fait ses armes à l’Ukrtéléfilm puis au Studio des films de vulgarisation sciphotogramme Rouslan, chien fidèle 1entifique. Après avoir réalisé une trentaine de documentaires sur la société soviétique, la jeunesse, le tourisme, le sport, il tâta du film de fiction au Studio d’Odessa en signant en 1976 le scénario et la mise en scène Moi – le plongeur 2. Il revint à la fiction en 1991 avec Rouslan, chien fidèle, tiré du récit éponyme, largement diffusé dans les années 70 en samizdat, de Gueorgui Vladimov (Volosevytch), écrivain dissident et futur activiste d’Amnesty International. Tout au long de cette saisissante allégorie sur l’univers concentrationnaire, Rouslan est la métaphore terrible de la foi aveugle d’une société tout entière et de chaque individu qui, comme le fidèle Rouslan, servit longtemps et honnêtement les idéaux du socialisme. Un socialisme de caserne et de barbelés où n’existait pas un pouce de terre où une créature n’en garde une autre et où il fut son propre garde-chiourme. Plus incisive encore, la métaphore mettant en garde tout un chacun dans la séquence finale, où Rouslan, retrouvant son  instinct de tueur, se jette sur des jeunes recrues marchant vers ce que fut jadis le camp. La réussite du film est due à la maîtrise du cinéaste qui avait travaillé dans le film animalier (Les Hommes et les dauphins, Le Cerf blanc de la toundra) ainsi qu’au parallèle tracé entre la libération soudaine de l’animal, conduisant à la désorientation, et la confusion morale de l’URSS après le cauchemar stalinien. Ce deuxième et dernier long métrage de Volodymyr Khmelnytskyi s’inscrit dans le registre des films-constat, au même titre que Famine 33 d’Olès Yantchouk, Le Tango de la mort d’Alexandre Mouratov, sortis en 1991.

Lubomir Hosejko

 

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1 septembre 2010 3 01 /09 /septembre /2010 23:01

Le bulletin de Septembre 2010 de Perspectives Ukrainiennes est disponible sur la page Archive des bulletins de Perspectives Ukrainiennes.

 
Au sommaire:

- La ville de Kharkiv, lauréate du prix de l’Europe 2010

- Projection du film Annytchka

- Yuriy Nagulko, oracle pictural de « l’abstraction du réel »

- Bons baisers d’Ukraine ! Cartes postales

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17 août 2010 2 17 /08 /août /2010 19:43

 

L’Ambassade d’Ukraine et le Ciné-club ukrainien

Jeudi 9 septembre 2010, 19h, à l’Espace culturel de l’Ambassade

22, av. de Messine, M° Miromesnil, tel. 01 43 59 03 53.

Entrée libre.

 

ANNYTCHKA (АННИЧКА)

vo

 

Production : Studio Alexandre Dovjenko de Kiev, 1968, 89 mn, nb.

Scénario : Boris Zahoroulko, Victor Ivtchenko

Réalisation : Boris Ivtchenko

Photographie : Mykola Koultchytskyi

Décors : Valeriї Novakov

Musique : Vadim Homolaka

Son : Ryva Bisnovata

Interprétation : Loubov Roumiantseva-Chornovol, Grigore Grigotiu, Kostiantyn Stepankov, Ivan Mykolaїtchouk, Anatoliï Barchouk, Ivan Havrylouk, Olga Nojkina, Boryslav Brondoukov, Vassyl Symtchytch, Vitaliї Rozstalnyi, Victor Stepanenko, Victor Mirochnytchenko, Fedir Stryhoun, N. Kozlovska, Boris Ivtchenko.

 

Genre : film dramatique

Entrées : 21, 1 millions de spectateurs

 

Récompenses : Prix spécial du jury au Festival international de Phnom Penh en 1969. Diplôme de la Meilleure première œuvre au Festival des Républiques d’Ukraine et du Caucase, Kiev, 1969.

 

 photogramme-Annytchka-3-copie-1.jpg

Synopsis

Annytchka, une jeune Houtsoule, découvre par hasard sur les lieux d’un combat un partisan soviétique blessé. Elle le soigne et le cache et en tombe amoureuse. Après avoir éconduit son ancien fiancé Roman, devenu policier collabo, elle décide de rejoindre avec son amoureux les partisans de Kovpak. Pris de folie, son père la tue.

Opinion

Film dramatique apportant la composante romantique au courant de l’École poétique de Kiev, Annytchka est aussi l’histoire de deux amis, le pauvre Ivanko (Ivan Havrylouk) et le policier Roman Derytch (Ivan Mykolaїtchouk), tout deux amoureux d’Annytchka (Loubov Roumiantseva). L’action se déroule en 1943, lorsque les partisans de Kovpak effectuent un raid dans les Carpates. Pendant la fête de la moisson, Ivanko et Roman décident de régler leur différend à la loyale en exécutant l’arkane, une danse houtsoule endiablée. Le vainqueur de ce duel acrobatique pourra espérer les faveurs de la jeune fille. Mais les événements se précipitent et prennent une autre tournure. Ivanko rejoint dans la montagne les partisans communiste. Roman devient collabo. photogramme Annytchka 1-copie-1Lors d’un banquet organisé par le nationaliste Kroupiak (Boryslav Brondoukov) en l’honneur d’officiers allemands, il reçoit même la Croix de fer pour sa fidélité au Reich. Kroupiak a la monstrueuse idée de faire danser les partisans capturés sur une estrade jonchée de tessons de bouteille. Parce qu’ils refusent de danser pieds nus, ils sont exécutés sur le champ, sauf Ivanko qui accepte le défi. Dardant son regard sur Roman, il danse pour Annytchka. Mais, comme pour ses camarades, l’estrade a été dressée pour son exécution. Envahi par les remords, Roman regrette sa conduite. Rien n’apaisera sa conscience, pas même son union avec Annytchka. Lors de la danse nuptiale, selon la coutume, un garçonnet lui jette une assiette décorée qui se brise. La mélodie du cymbalum se transforme progressivement en tintement de verre pilé qui lui déchire les tympans. La mise à mort d’Ivan le hante.

Tourné dans les Carpates, Annytchka est le premier long métrage de Boris Ivtchenko, réalisateur qui disparaîtra très tôt en 1990. Fils du metteur en scène de théâtre et de cinéma Victor Ivtchenko, le jeune cinéaste a hérité de son père la manière de traiter les thèmes sensibles, tels la collaboration, la forfaiture, le nationalisme, en centrant l’action sur l’héroïsme féminin. Que ce soit dans Ivanna (1959, film de V. Ivtchenko) ou dans Annytchka, les jeunes femmes initialement peu concernées par les problèmes de sophotogramme Annytchka 2-copie-1ciété finissent par s’y impliquer. Boris Ivtchenko admettra plus tard que les images de son film étaient volontaire ment négatives parce qu’elles se rapportaient à une période douloureuse de l’Histoire, souvent noircie par esprit de conformité idéologique. Des deux versions de la scène finale – le suicide et la folie de Roman -  il choisit la seconde, plus dure et plus tragique. Mykolaїtchouk est si bien entré dans la peau de son personnage que, déjà pendant le tournage, il est apostrophé et qualifié de nationaliste ukrainien. À Kiev, il est immédiatement catalogué comme opposant à l’idéologie communiste. À l’instar de ses confrères, Boris Ivtchenko connaît lui aussi ses premières difficultés avec les autorités qui ne cachent pas leur agacement de voir les cinéastes camper dans les Carpates, désormais leur repère favori. Par ailleurs, le néophyte impose d’emblée sa méthode de filmer dans l’ordre chronologique du découpage, pour coller, selon lui, au plus près de la contexture du réel et de la vérité. Cette méthode, qui fait fi de tout plan de travail, est décriée par le directeur de production qui menace le jeune débutant de lui adjoindre un superviseur, voire d’arrêter la production du film. Mais au vu des rushes, le résultat surprend par la primeur et l’originalité du scénario et, surtout, par la performance artistique du jeune premier Ivan Havrylouk. Sacré vedette de l’écran, ce dernier sera suspecté néanmoins de sympathie bandériste. L’Âme de pierre, le nouveau scénario de Boris Ivtchenko écrit avec Mykolaїtchouk, sera refusé en première lecture.

Lubomir Hosejko

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