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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 22:46

Par René Lesage, diplômé en histoire de l’Université de Lille-III (1)

 

Des Ukrainiens se trouvent dans le département du Pas-de-Calais pendant la Seconde Guerre Mondiale. Un grand nombre d’entre eux sont arrivés pendant l’entre-deux-guerres, essentiellement dans les flux de l’immigration polonaise. Venus pour la plupart de la Galicie orientale, ils sont alors de nationalité polonaise. Les besoins de l’économie de guerre amènent les Allemands, dans le second semestre de l’année 1942, à faire appel à de nombreux requis ukrainiens, des Ostarbeiter, parqués dans des conditions difficiles, au camp de Beaumont, près d’Hénin-Liétard et astreints à travailler  dans les mines. A la même époque, parviennent dans le même secteur des prisonniers de guerre soviétiques, parmi lesquels on trouve de nombreux Ukrainiens.

Des relations de travail et d’entraide ne tardent pas à se nouer entre ces Ukrainiens et la population minière. Elles facilitent les évasions et pour certains d’entre eux l’engagement dans la Résistance, essentiellement communiste, surtout après le printemps 1943, quand celle-ci se reconstruit, après les décimations de l’année 1942. Ces hommes jeunes, auréolés de leur citoyenneté soviétique, constituent des recrues de choix pour les FTPF. Par ailleurs, la présence des gardes wallons excite la vindicte populaire et les incidents sont nombreux. Les gardes sont souvent molestés, les camps parfois attaqués. Ces actions visent aussi à libérer le plus grand nombre possible de requis et prisonniers.

Les évadés sont assurés de trouver un accueil dans les corons et reçoivent de faux papiers, la plupart du temps polonais – c’est commode –, parfois même français. La chronique policière de ces temps fourmille d’exemples. En juin 1943, quatre évadés du camp de Marles sont retrouvés, munis de papiers français. En août, le commissariat d’Hénin arrête trois Ukrainiens évadés de Beaumont. L’un d’eux avait une fausse carte d’identité au nom de Gaston Delattre.

 Les Ukrainiens résistants intègrent les groupes FTP et participent à l’action directe auprès de leurs compagnons français. On repère leur passage, souvent quand ils sont arrêtés, dans nombre d’actions sur le bassin minier, et ce dès 1943. Le coup le plus important est l’attaque le 24 avril 1944 du camp de Beaumont-en-Artois, mené par un détachement de 20 FTP contre les gardes wallons. Trois «Russes » collabos sont exécutés et le camp est saccagé. Deux PG « Russes » ont guidé les résistants, Vassil Kolesnik et Vassil Porik : ce sont bien des Ukrainiens. Trente-six requis parviennent à s’évader. La riposte allemande est sanglante. Kolesnik, repéré, est abattu dès le lendemain, Porik est blessé et emmené prisonnier à Arras. Ce personnage, originaire de la région de Kharkov, figure emblématique de la résistance ukrainienne dans le Pas-de-Calais, est un lieutenant dans l’armée soviétique et est arrivé avec un convoi de prisonniers russes venus des camps d’Ukraine. Il rejoint bientôt le camp de Drocourt où il peut rencontrer des compatriotes requis. L’hagiographie communiste veut qu’il commence alors son travail d’organisation et de subversion dans les conditions favorables offertes par le fond de la mine. Il ne tarde pas à s’évader du camp et est hébergé chez les Offre, un ménage de mineurs d’Hénin-Liétard. Il commande un groupe de douze hommes. Bien que blessé et torturé, Porik, sur le point d’être exécuté, réussit à s'évader, en tuant l’un de ses gardiens. Il est arrêté de nouveau le 22 juillet 1944 et fusillé le même jour(2).

Un certain nombre de résistants russo-ukrainiens est éloigné des mines pour fournir les maquis verts dans le secteur paysan des FTP. Ceux-ci sont particulièrement actifs de juillet à décembre 1943 dans le secteur de Lucheux-Frévent où ils agissent de concert avec les groupes locaux de l’OCM. De mai à août 1944, un groupe commandé par « Alexandre » Tkatchenko, prisonnier de guerre évadé, originaire de la région de Kiev, fort d’une quarantaine d’hommes, essaime ses activités à partir de son centre de Noeux-lès-Mines vers Aubigny, Frévent et Beaumetz-les-Loges. Ces maquis s’en prennent aux Allemands isolés, aux installations ennemies, aux chemins de fer et aux fermiers réputés collaborateurs. Le 18 août 1944, Tkachenko est abattu, à la sortie de Berles-au-Bois, par des Feldgendarmes allemands, avec son compagnon et agent de liaison français.

La Résistance communiste n’est pas la seule à prendre en charge les Ukrainiens et à les incorporer. Les besoins de l’Organisation Todt amènent nombre de prisonniers sur les chantiers du littoral. Ils sont alors aidés, quand ils s’évadent des camps de Berck et de Neufchâtel, par l’Organisation Civile et Militaire, mouvement de résistance qui depuis l’automne 1942 s’est implanté dans les zones rurales. La chronique résistante cite de tels hébergements dans la région de Montreuil, d’Adinfer, de Bienvillers, de Coigneux, d’Hesdin , de Douriez, d’Auxi-le-Château (3). En mars 1943, le secteur OCM d’Arras organise systématiquement des refuges pour les prisonniers évadés dans les cantons du sud, vers Pas-en-Artois et Saint-Pol. Hélas ! Cette organisation est démantelée en juillet 1943 par la trahison de Baillart.

Les résistants ukrainiens ont participé comme ils l’ont pu aux combats de la Libération auprès de leurs camarades FFI... La Résistance communiste et l’OCM aident encore à de nombreuses évasions, tant à Beaumont que dans les camps du littoral. En mai 1944, trois PG russes dont au moins un Ukrainien, s’évadent depuis une caserne d’Hesdin. Comme ils ont travaillé pour l’organisation Todt, il peuvent fournir d’utiles renseignements sur les chantiers de V1, avant d’être transférés dans la ferme du bois de Lebiez, chez Ulysse Picquet. Le camp de Beaumont est attaqué encore à trois reprises de juin à août. Cette résistance est très présente dans la floraison des sabotages de toutes sortes de l’été 1944, dans le bassin houiller et ailleurs. Ils opèrent quelques exécutions sommaires au début de septembre contre les gardes wallons ou contre des porions trop durs, réputés collabos. Un exemple : un chef porion des mines de la fosse 6 bis à Dourges, abattu le 1e septembre 1944 à la cantine de la fosse 6 bis par le Russe Marc Slobodinski, ex-travailleur au camp de Beaumont, incorporé au groupement russe FTP d’Hénin-Beaumont (groupe scolaire Fallières). Le porion aurait dénoncé des résistants aux Allemands en juin 1944 et des Ukrainiens dont le rendement est insuffisant. On lui reproche aussi sa dureté dans l’exercice de ses fonctions (4). Ils combattent en septembre là où ils se trouvent. Des évadés du camp d’Olincthun le 20 août 1944, récupérés par l’OCM locale, s’arment en attaquant le même camp le 30. Ils sont intégrés dans le groupe franc du Waast, sous les ordres de Marcel Caudevelle, puis d’Isabelle Nacry et participent siège de Boulogne (5); ils patrouillent dans les lignes allemandes avec les Canadiens (6) jusqu’à l’attaque finale du 18 septembre vers le Mont-Lambert.

La participation des Ukrainiens du lendemain à la Résistance est relativement visible, mais qu’en est-il pour les Ukrainiens de la veille, ceux issus de l’immigration d’entre-deux-guerres ? Sans être insoluble, la question est difficile. Quelques indices onomastiques, fragiles il est vrai, montrent que certains ont pu être intégrés dans les groupes MOI ou les FTP(7), dans le mouvement Voix du Nord(8) et même encore, et cela pourrait surprendre, dans la Résistance nationale et polonaise du POWN(9).

 La répression allemande n’a pas épargné nos résistants ukrainiens. Outre les fusillés, on compte quelques déportés. Dans le convoi du dernier train de Loos, parti le 1e septembre 1944, on trouve deux prisonniers de guerre Piotr et Sergueï Timochenko qui seront immatriculés à Buchenwald le 17 septembre et dont le sort est inconnu (10).

 

 Source

 

(1) Cette note est tirée de mon article « Les Ukrainiens dans le Pas-de-Calais pendant la Seconde Guerre Mondiale », dans Migrations, transferts, échanges dans le Nord de la France, 49e congrès des sociétés savantes du Nord de la France, Cercle d’Etudes du Pays Boulonnais, 2009, pp 131-144. L’essentiel de la documentation sur la Résistance ukrainienne en Pas-de-Calais vient d’une étude de Fernand LHERMITTE, Archives Pas-de-Calais, 51 J 1

(2) Article de Liberté du 11 février 1968, archives Pas-de-Calais, 51 J 1

(3) Mikhaïl BOIKOFF est hébergé par Henri FOURRIER, employé de mairie à Auxi (OCM). Notre « Russe » de Kiev avait été condamné à mort et blessé

(4) Archives Pas-de-Calais, 51 J 12

(5) Parmi les noms spécifiquement ukrainiens dans ce groupe : Vassili GRIZENKO, né le 11 janvier 1923, Piotr MOSKALENKO, né le 22 décembre 1906, Mikhaïl KUPIU, né le 26 décembre 1921, Grigor KOSCHENKO, né le 21 avril 1900. Le groupe du Waast est sous la responsabilité de René WIMET, Louis GAVEL et Pierre CHARBONNEL. Ceux-ci s’étaient retrouvés à Colembert le 2 septembre, puis s’étaient dirigés vers la forêt de Boulogne et la Capelle. Ils avaient ôté leur insigne de l’armée rouge et n’avaient pas pu prendre contact avec des habitants de rencontre qui s’étaient éloignés de crainte à leur approche. C’est Julienne CAUX, une résistante de Boulogne, alertée de leur présence, partit à leur recherche avec le seul mot de passe le mot français qu’ils savent prononcer « pain ». Ces détails sont rapportés par Guy BATAILLE, Le Boulonnais dans la tourmente, tome III, pages 118-119

(6) Ainsi dans la nuit du 11 au 12, ils participent à une forte patrouille entre Haute-Cluse et Denacre

(7) Est-ce le cas de GNIDACHENKO Renia, 39 ans, sans profession, de Courcelles-les-Lens, relaxé par la Cour d’appel le 10 décembre 1942 et poursuivi pour activité communiste ? (Archives Pas-de-Calais, 51 J 4)

(8) IVANENKO de Noeux-les-Mines

(9) Une question posée à ce sujet sur un forum franco-ukrainien http://forumukrainien.free.fr/phpBB2/viewtopic.php?t=1201 a montré la difficulté de ce type de recherches. Quelques noms franchement ukrainiens ont cependant été repérés : Jean KNIECIUK, d’Oignies, Barbara GALKA de Sallaumines

(10) Y. LE MANER, Le train de Loos, Tournai, 2003

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26 mai 2010 3 26 /05 /mai /2010 20:51

logoKyiv POst

 

L'opposition ukrainienne doit se regrouper et repenser son rôle.

Il y a un vieux dicton qui dit : "Avec des amis comme ceux-ci, qui a besoin d’ennemis ?". Même si on est contre l'administration du Président Viktor Yanoukovytch, il n'y a personne capable de mener le mouvement d'opposition en ce moment.

Le Kyiv Post a appuyé la candidature de Yulia Tymochenko le 7 février dernier et le ferait de nouveau, mais seulement parce qu'elle était la seule alternative à l’actuelle administration gouvernementale composée de fossiles soviétiques égarés.

Cette opposition aveugle, sourde et impuissante contribue aux malheurs de l'Ukraine au lieu de jouer son rôle habituel de contrôle sur le gouvernement et d’être une alternative crédible pour la population.

Au moins six politiciens en vue se sont déclarés être les chefs de l'opposition politique. Mais ils ne peuvent ni unir ni formuler des stratégies efficaces. Ils ne semblent déplorablement pas être au courant de ce que veulent les citoyens.

Le Royaume-Uni serait un bon exemple à suivre. Chassé du gouvernement après 13 ans de pouvoir, le parti travailliste fait son examen de conscience et envisage les changements. Les principaux candidats analysent leur échec.

“Beaucoup de gens ont senti que le changement était nécessaire en Grande Bretagne, mais nous ne l'avons pas représenté,” a écrit l'ancien ministre des Affaires étrangères David Miliband aux Times de Londres. Dans la politique britannique, le fait d'admettre ses échecs est le premier pas pour les surmonter.

L'opposition ukrainienne n'a pour l'instant rien appris de la défaite. Le 14 mai, à la TV nationale, quand on lui demandé quelles leçons elle avait appris en perdant l'élection présidentielle, Yuliya Tymochenko a repris sa rhétorique de style révolutionnaire en blâmant ses ennemis et jamais elle-même.

Lors de l’émission, on a aussi pu voir cinq chefs de l’opposition qui ont démontré que leur égo surdimensionné était la plus évidente de leur caractéristique. Le leader du Front du Changement, Arseniy Yatseniuk, et Vyacheslav Kyrylenko de Notre Ukraine n'ont pas de plans. D'autres – comme Anatoliy Hrytsenko – ont des stratégies, mais ne parviennent pas à attirer des adhérents.

L'ancien Président Viktor Youchtchenko semble être fini et hors de la réalité. Tymochenko pourrait bientôt descendre sa route vers l'oubli politique à moins qu'elle ne se réoriente à nouveau. Le chef du Parti Svoboda, Oleh Tyahnibok, est le plus charismatique, mais n'a pas de projet dans lequel la plupart des gens pourraient se reconnaître.

Stanislav Belkovsky, un conseiller politique russe, suggère dans un article d'opinion qu’il est temps pour l'opposition ukrainienne de se regrouper et de repenser son rôle, pour ensuite revenir avec une nouvelle énergie et de nouvelles idées dont on a grandement besoin.
Nous sommes d'accord.

 

Traduit de l'anglais par Tymko

Source

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24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 09:43

http://lh6.ggpht.com/_sTD9EhmonlA/R_srq-_7tRI/AAAAAAAAAbo/jUZ4fMOYh7Y/s640/IMG_3039.JPG

Les cadres ukrainiens et leurs amis se rencontreront autour d’un débat sur l'évolution des échanges économiques franco-ukrainiens. Il s'agit du troisième forum de l’Association des cadres ukrainiens en France ; cet évènement est soutenu par la Mission économique ukrainienne.

Les représentants des milieux d’affaires français qui travaillent en Ukraine viendront débattre de l’évolution de l’environnement des affaires dans le pays. Parmi les intervenants figurent notamment des représentants de Bouygues TP, du cabinet Salans, ainsi qu'un invité spécial, membre de la famille Tereschenko, qui développe des projets agricoles en Ukraine.

Pour tout renseignement : cadresukrainiens@yahoo.fr.

 

(Mise à jour du 4 juin 2010: Les inscriptions sont closes).

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15 mai 2010 6 15 /05 /mai /2010 12:22

ukrainiens-de-la-legion-etrangere.jpgPour quelles raisons plusieurs milliers d'immigrés ukrainiens se sont-ils engagés dans la Légion Etrangère dans les premiers mois de la seconde guerre mondiale ?

 

Entre les deux guerres mondiales, des milliers d’Ukrainiens sont venus à la demande de la France pour travailler dans les fermes, les mines ou la sidérurgie. A cette époque, l’Ouest de l’Ukraine était occupé par la Pologne. Consécutivement à l’invasion de ce pays par l’Allemagne le 1er septembre 1939, l’ambassadeur de Pologne en France lança un appel à tous les ressortissants polonais sur le territoire français. C’est à Coëtquidan en Ile et Vilaine que le général Sikorski organisa la mobilisation des troupes. Cette décision troubla de nombreux Ukrainiens qui, bien que de citoyenneté polonaise, ne désiraient pas porter l’uniforme d’un Etat occupant leur patrie. Aussitôt, les dirigeants des associations ukrainiennes entamèrent des négociations avec le gouvernement  français. Celles-ci furent fructueuses et permirent à plus de 5 000 Ukrainiens de s’engager en l’espace de quelques semaines dans la Légion Etrangère française. Il convient par ailleurs de souligner que parallèlement, dès la déclaration de guerre, des Ukrainiens s’étaient déjà engagés au sein des deux Régiments de Marche des Volontaires Etrangers de la Légion étrangère à titre individuel.

 

 Les Ukrainiens engagés volontaires ont-ils pris part à la campagne de France ?

 

Bien sûr, les Ukrainiens de France, dans les rangs de la Légion Etrangère,  ont pris part aux combats de mai-juin 1940 dans les Flandres, sous Sedan, sur la Somme, la Seine, la Marne, la Loire et la Saône, laissant sur les champs de bataille des centaines de tués et de blessés graves. Beaucoup d’entre eux seront faits prisonniers par les Allemands. La campagne de France se termine le 22 juin 1940 avec l’armistice demandé par le maréchal Pétain. L’ordre de démobilisation est alors donné pour tous les engagés volontaires ukrainiens de la Légion Etrangère.

 

 

Le courage et l'esprit de sacrifice de ces combattants ont-ils donné lieu à des commémorations?


Pour vous répondre il faut préciser ce que sont devenus ces légionnaires après l’armistice. Le soir même, 900 d’entre eux sont dirigés et rassemblés dans les communes du Pays d’Aix en Provence en attendant leurs documents de démobilisation. A Peynier, dans la forêt de la Garenne, ils gravent sur un rocher le tryzoub, nom ukrainien du trident, symbole national de l’Ukraine indépendante ainsi que d’autres inscriptions en ukrainien et en français. Le Rocher de la Garenne a été retrouvé en 2006. Etonnamment, il conserve toujours les traces du passage des légionnaires au cours de l’été 1940. Sur une initiative du président de l’Union des Français d’origine ukrainienne et grâce aux efforts conjugués de la municipalité de Peynier et de la Légion étrangère, le chemin conduisant au Rocher a été baptisé « Sentier des Volontaires Ukrainiens » le 30 juin 2007 et une plaque commémorative a été apposée en 2008. Désormais le 2 novembre, la Légion Etrangère rend hommage aux légionnaires morts au combat au cours d’une cérémonie réunissant les autorités civiles et militaires et des descendants de légionnaires ukrainiens.

 

 Propos recueillis par Frédéric du Hauvel

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13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 16:57

http://tamara-crimea.com/images/full/seb/2.jpgSébastopol évoque des faits d'armes importants dans la mémoire collective européenne, la ville est-elle toujours imprégnée de ce passé militaire ?


Sébastopol est l'une des citadelles navales les plus célèbres au monde, son siège et sa chute ont constitué les éléments les plus importants de la guerre de Crimée (1853-1856). Les armées françaises et britanniques furent victorieuses mais les pertes en vies humaines furent énormes. Le cimetière militaire français de Sébastopol a été restauré dernièrement, il comporte plusieurs stèles dédiées aux 95 615 morts de l'armée française d'Orient. Durant la seconde guerre mondiale la ville fut encerclée par les troupes de l'axe. La ville ne tomba aux mains des allemands en juin 1942 qu'après 250 jours de siège. La vaillance de ses défenseurs a conféré à Sébastopol une aura d'héroïsme et d'esprit de résistance. Plusieurs musées ainsi que de très nombreux monuments témoignent de ce passé glorieux. De nos jours Sébastopol demeure un port militaire important, sa particularité est d'abriter à la fois le quartier général de la Marine ukrainienne ainsi que celui de la flotte russe de la mer Noire.

 

http://tamara-crimea.com/images/full/bah/1.jpgPendant plusieurs siècles, la Crimée fut sous la domination des Tatars, que reste-t’il de cette période qui s'est achevée en 1783 ?


C'est en 1430 que les Tatars établirent un État indépendant dans la péninsule, le Khanat de Crimée. Jusqu'à ce que la région tombe sous influence russe à la fin du XVIIIe siècle, Bakhtchyssaraï en fut la capitale. La ville perdit alors son rôle de centre administratif mais demeura le pôle culturel des Tatars de Crimée jusqu'à leur déportation en masse sur ordre de Staline en 1944. Bakhtchyssaraï abrite le somptueux Palais du Khan, jadis visité par Pouchkine. A l'intérieur de ses murailles se trouvaient une mosquée, un harem, un cimetière, des jardins et la romantique fontaine des larmes

qui, selon la légende, pleurait l'amour d'un prince musulman pour l'une des esclaves chrétiennes de son harem.

http://tamara-crimea.com/images/full/seb/12.jpg

 

La Crimée a t’elle conservé quelques vestiges de son antique passé grec ?


Située à la périphérie de Sébastopol, Khersones, surnommée la Pompéi ukrainienne, constitue un site archéologique d’importance mondiale. Il révèle tout l’intérêt que portaient les grecs à la Crimée il y a 25 siècles lors du grand mouvement de colonisation de la Mer Noire. Un antique serment, prêté par les citoyens est entré dans l’Histoire : « Je fais le serment devant Zeus, la terre, le soleil, les déesses et les dieux de l’Olympe et les héros de la Cité que je  me consacrerai au bonheur et à la liberté des citoyens de Khersones ».

 

 

Propos recueillis par Ivan Heintz

Site de Tamara Gautreau

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11 mai 2010 2 11 /05 /mai /2010 17:07

kurkov-andriy-copier.jpgInvité par la section des études ukrainiennes de l’INALCO à participer à la table ronde « LES ECRIVAINS », dans le cadre de la Journée Europe Centrale et Orientale, le 14 avril 2010, le romancier Andreï Kourkov a fait honneur à l’Ukraine. Né à Saint-Pétersbourg (Léningrad) en 1961, il vit dès sa petite enfance à Kyiv.

 

Très doué pour les langues, il en parle neuf à présent, y compris le français et le japonais. Eclectique dans ses goûts, c’est un auteur aux multiples talents : chanteur, compositeur, caméraman, scénariste, journaliste et écrivain. Il est le seul écrivain ukrainien d’expression russe qui soit traduit dans le monde entier. Son œuvre est aujourd’hui traduite en 32 langues.

 

 Après avoir brièvement travaillé comme rédacteur en chef d’un magazine destiné aux ingénieurs, il est enrôlé comme gardien de prison à Odessa durant son service militaire. C’est à ce moment là qu’il a écrit un grand nombre de contes pour enfants.  Scénariste de talent, Kourkov a rédigé 18 scénarios. Il a été sélectionné comme un des trois meilleurs scénaristes d’Europe pour son scénario du film de V. Krychtofovytch «  l’Ami du défunt », par l’Académie du film européen à Berlin.

 

 Son premier roman paraît en 1991, à Kyiv, deux semaines avant la chute de l’Union Soviétique. Deux ans plus tard, il réussit à publier deux autres romans en Ukraine indépendante. Mais c’est son roman Le Pingouin, paru en France en 2000, qui lui apportera le succès international, confirmé par les romans suivants : Le Caméléon (2001), L’Ami du défunt (2002), Les Pingouins n’ont jamais froid (2004), Le dernier amour du président (2005), Le Laitier de nuit (2010).

 

Les romans d’Andreï Kourkov se caractérisent par un regard acéré et ironique sur la vie dans la société post-soviétique. Il décrit cette société  avec un humour incisif et une profonde tendresse dans laquelle évoluent aux frontières du fantastique et parfois même de l’absurde, des personnages en mal de repères, décalés et attachants.

 

Comme Nicolas Gogol, Kourkov fait cohabiter le drame et l’humour, il entremêle un réalisme social âpre et une fantaisie pétillante. Certains critiques français n’hésitent pas de l’appeler « l’héritier direct de Gogol ».

 

 « Si Gogol a quitté son Ukraine natale en 1828, à l’âge de 19 ans pour s’installer à Saint- Pétersbourg, et devenir un auteur russe, à l’inverse Kourkov, lui, a quitté St Pétersbourg à l’âge de 2 ans, pour s’établir en Ukraine, et devenir un écrivain ukrainien. Donc, l’Ukraine a perdu un écrivain, un grand, mais elle a récupéré un autre, de talent ».

 

 

Olga Mandzukova-Camel,

Professeur d’ukrainien à l’INALCO

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11 mai 2010 2 11 /05 /mai /2010 16:49

Comment êtes-vous venu à la littérature ?


Quand j’avais six ans, mon père m’a acheté trois hamsters que je laissais vagabonder à leur guise dans l’appartement. Mes hamsters ont eu une vie assez tragique : le premier a été tué par accident, alors que mon père a ouvert la porte un soir en rentrant à la maison. Le second a été mangé par un chat que j’avais trouvé dans la rue et ramené à la maison. Quand au troisième, il est tombé du balcon. On n’a jamais su si c’était un accident ou un suicide… Mais c’est alors que j’ai écrit mon premier poème, sur la solitude du hamster qui a perdu ses amis.

 

Mon frère était dissident et il a été arrêté sous le prétexte de cambriolage de kiosque. Ma mère a passé beaucoup de temps à essayer de faire commuer la peine de mon frère. Finalement, le juge, qui était collectionneur de médailles soviétiques, a levé les deux ans de prison de mon frère en échange des médailles de guerre de mon grand-père. Ce juge avait une grande bibliothèque, et étonnamment, beaucoup de livres interdits. C’est chez lui que j’ai découvert Hermann Hesse ou l’œuvre d’Andréï Platonov. J’ai beaucoup écrit en m’inspirant de ces auteurs, au début, jusqu’à ce que je décide qu’il fallait que je trouve mon propre style. J’ai finis mon premier roman à l’âge de 17 ans et j’ai approché  les éditeurs soviétiques et les grands écrivains ukrainiens, mais ce roman ne correspondait pas aux standards soviétiques… Au début, mes livres se sont diffusés par le biais de lectures privées.

 

Mes manuscrits ont commencé à voyager dans l’URSS et j’ai eu des invitations à Riga, à Vladivostok, pour lire mes textes. J’ai donc débuté comme écrivain « Underground »  J’ai commencé à écrire beaucoup pendant mon service militaire. Etant pacifiste, j’ai longtemps tenté de l’éviter, notamment en prolongeant mes études de linguistique : j’ai presque réussi mais c’était tellement dur à éviter que j’ai finalement dû me résoudre à y aller.  J’ai atterri comme gardien de prison à Odessa en 1984.  Mes officiers étaient surpris de mes diplômes…

 

Quand j’ai dit que mon ambition était de devenir écrivain, on m’a demandé d’écrire des textes communistes pour les journaux locaux. J’étais censé travailler toute la nuit, mais je finissais mes textes en deux heures avant d’écrire pour moi. J’écrivais des histoires pour enfants, et en 1987, j’ai commencé à gagner ma vie en écrivant des scénarios de films. En 1991, c’était la crise. J’ai pris un prêt de 16 000 dollars pour imprimer mes propres livres que j’ai commencé à distribuer http://ecx.images-amazon.com/images/I/51GgqkLjagL.jpgartisanalement,  j’en vendais moi-même sur Andreivsky Spousk. J’en envoyais également à l’étranger et j’ai finalement été publié en Autriche…

 

Parlez-nous de votre dernier roman, le Laitier de Nuit

 

J’ai essayé d’écrire un roman sans politique. Mon précédent roman, le Dernier Amour du Président, dans lequel un Président ukrainien est empoisonné et le président russe Wladimir Poutine est réélu après une pause de quatre ans, m’a valu trop d’ennuis. Les commandes ont tout simplement cessé en Russie… Avec ce roman, j’ai donc arrêté la politique et j’ai essayé d’écrire une histoire d’amour… C’est donc trois histoires, trois couples, qui essayent d’être heureux dans ce pays un peu bizarre qu’est l’Ukraine…

 

 

 Propos recueillis par Grégoire Grandjean


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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 20:52

Le bulletin de Mai 2010 de Perspectives Ukrainiennes est disponible sur la page Archive des bulletins de Perspectives Ukrainiennes.

 

Au sommaire:

 

- Célébration des 5 ans du jumelage Kiev-Petchersk/Senlis

- Portrait d'Andréï Kourkov

- "Le Laitier de nuit"... trois histoires, trois couples, qui essayent d'être heureux dans ce pays un bizarre qu'est l'Ukraine" Andréï Koutkov

- Trois questions à Tamara Gautreau, guide francophone de la Crimée

- Trois questions à Annick Denat, Président de l'Association des descendants des volontaires ukrainiens de la Légion étrangère

- Stations Paris-Kiev-Tbilissi, Lieu, Temps, Evénements

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3 mai 2010 1 03 /05 /mai /2010 20:37

L’Ambassade d’Ukraine et le Ciné-club ukrainien
Mardi 1er juin 2010, 19h, à l’Espace culturel de l’Ambassade
22, av. de Messine, M° Miromesnil, tel. 01 43 59 03 53.
Entrée libre.

LES SCEAUX DE L’HETMAN  (ГЕТЬМАНСЬКІ КЛЕЙНОДИ)
vo

Production : Studio Alexandre Dovjenko de Kiev, 1993, 87 mn, coul.
Scénario : Serhiї Diatchenko, Léonide Ossyka
Réalisation : Léonide Ossyka
Photographie : Vadim Illienko
Décors : Inna Bytchenkova
Musique : Volodymyr Houba
Son : Bohdan Mykhnevytch
Interprétation : Serhiї Romaniouk, Loudmyla Yefimenko, Lès Serdiouk, Svitlana Kniazeva, Boris Khmelnytskyi, Volodymyr Kolada, Volodymyr Holoubovytch, Kostiantyn Stepankov, Taїssia Lytvyvenko, Vladyslav Kryvonohov, Svitlana Krout.
Genre : drame historique

Photogramme Les Sceaux de l'Hetman 1
Synopsis
Après la mort de l’Hetman Bohdan Khmelnytskyi, l’Ukraine se déchire pour sa succession. D’un côté, la majorité des officiers supérieurs cosaques qui ont soutenu Khmelnytskyi lors des guerres contre les Polonais, de l’autre les prorusses regroupés autour du colonel Martin Pouchkar qui ambitionne de devenir le maître de l’Ukraine, appuyé par une partie des Cosaques Zaporogues opposés à l’élection du nouvel Hetman Ivan Vyhovskyi. Les sceaux de feu l’Hetman gardé par sa fille Olèna sont convoités par Zahrava qui n’hésite pas à enlever la femme et les deux enfants de Jourba, fidèle serviteur de l’Hetman.


Opinion
Léonide Ossyka, qui depuis Zakhar Berkout (1971) espérait monter une superproduction historique, réalise en 1993 le dernier film de sa carrière Les Sceaux de l’Hetman, d’après le roman de Bohdan Lepkyi L’Abîme. Interdit en Ukraine Soviétique, le roman décrit les événements de 1659 sur fond d’infamies, de forfaitures et de luttes intestines de la noblesse cosaque. L’Ukraine risque de perdre son indépendance car la Russie ne la considère plus comme un pays ami mais comme l’objet de son expansion territoriale, passant outre le traité d’alliance qu’elle avait signé avec elle en 1654. Le sujet est traité à la limite du film d’aventures avec des héros exempts de contradiction. Après maints rebondissements et un duel final entre Zahrava (Boris Khmelnytskyi) et Valko Bossakivskyi (Serhiї Romaniouk), les sceaux seront enterrés, à l’insu de tous, par Olèna (Loudmyla Yefimenko) et Valko qui s’en iront vivre avec la mémoire des lieux. Filmé dans une authentique propriété cosaque, Les Sceaux de l’Hetman ne s’inscrit pas dans la série des western-borchtch, méthode décriée par Léonide Ossyka à l’encontre des réalisateurs comme Boris Chylenko (La Vallée noire) ou Serhiї Omeltchouk (La Marche des Cosaques). Pas vraiment un film à thèse ni film d’auteur, il est un dernier adieu au cinéma et à l’Ukraine auxquels le réalisateur se consacra corps et âme, avec ses acteurs fétiches, Svitlana Kniazeva, Kostiantyn Stepankov, Lès Serdiouk et tant d’autres. Le personnage central est interprété par le quadragénaire Serhiї Romaniouk dont la première apparition sur les écrans annonce l’un des plus grands acteurs du cinéma ukrainien contemporain.
Au moment de la sortie du film, il était intéressant de comparer la crise politique, économique et culturelle des toutes premières années de l’indépendance de l’Ukraine de 1991 avec le thème du film sur l’époque cosaque communément appelée les Temps de la ruine. La projection dans l’actualité immédiate était frappante : lutte pour le pouvoir, résistances passéistes, sentiment de semi-liberté ou de semi-indépendance où chacun se repent mais n’en fait qu’à sa tête. Souvent en avance ou en adéquation avec son temps, Léonide Ossyka termine sa carrière à un moment clef de la renaissance de sa patrie. L’Histoire retiendra que Les Sceaux de l’Hetman était en cours de réalisation lors de la remise solennelle des Grands Sceaux de la République Nationale d’Ukraine par le président en exil Mykola Plaviouk au président en exercice Léonide Kravtchouk. La hache de guerre était définitivement enterrée.
Dans la foulée, Ossyka n’entreprendra pas son nouveau long métrage, Dovbouch, mis en chantier scénaristique et en liste d’attente depuis plus de vingt ans, car jugé trop coûteux. Dans un ultime effort, il se lancera avec Lès Serdiouk, dans un projet sans lendemain. Après quelques jours de tournage, Et ne nous soumets pas à la tentation est abandonné, faute d’argent. Le réalisateur décèdera en 2001, après Ivan Mykolaїtchouk (1987) et Serge Paradjanov (1990), les deux grands ténors du courant de l’Ecole de Kiev.


                                                                                                                                   Lubomir Hosejko

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15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 20:44

L’Ambassade d’Ukraine et le Ciné-club ukrainien

Mardi 4 mai 2010, 19h, à l’Espace culturel de l’Ambassade

22, av. de Messine, Paris 8ème, M° Miromesnil. tel. 01 43 59 03 53

Entrée libre.

 

LES CLOCHES DE PAILLE  ( СОЛОМ’ЯНІ ДЗВОНИ )

vostf

avec le concours d’Arkeion film

 photogramme Les Cloches de paille

 

Production : Studio Alexandre Dovjenko de Kiev, 1987, 142 mn, coul.

Scénario : Youriї Illienko

Réalisation : Youriї Illienko

Photographie : Youriї Illienko

Décors : Alexandre Danylenko, Alexandre Cheremet

Son : Bohdan Mykhnevytch

Montage : E. Soummovska

Directeur de production : Mykola Vesna

Interprétation : Lès Serdiouk, Pylyp Illienko, Serhiї Pidhornyi, Mylhaїlo Holoubovytch, Nina Matvienko, Loudmyla Yefimenko, Borys Galkine, Maїa Boulgakova, Serhiї Haletiї, Mykola Mouraviov, Natalia Soumska, Olga Soumska, Vassyl Tsybenko, Dmytro Tsapenko, Loudmyla Lobza, Victor Demertach.

Genre : drame psychologique

 

Récompenses : Prix du meilleur acteur à Lès Serdiouk au XXVIème Festival International du film de Karlovy Vary de 1988. Prix décerné à Youriї Illienko pour sa contribution au développement du cinéma ukrainien au Festival républicain de Dnipropetrovsk en 1988.

 

 

Synopsis
Quelqu’un a tiré sur Vilhota, père du collabo Yourko, tué naguère par les partisans. Vilhota, qui fut en cheville avec  les fascistes, cache soigneusement ce fait connu de tout le monde et du jeune Sachko que soupçonne le milicien chargé de l’enquête. Se sentant menacé, Vilhota veut se débarrasser du milicien et de Sachko avant que n’intervienne Yakiv Tcherneha, le père de Sachko.

Opinion
C’est avec Les Cloches de paille que prend fin, en pleine perestroïka, la période de contrainte idéologique du cinéma de Youriї Illienko. Au Festival de Dnipropetrovsk, le Prix de la contribution personnelle au développement du cinéma ukrainien lui est remis en 1988, dès son retour de Toronto, où il fut l’invité d’honneur au Festival du film ukrainien en compagnie des poètes et scénaristes Ivan Dratch et Dmytro Pavlytchko. Il y avait montré ses œuvres maîtresses, Une source pour les assoiffés, La Nuit de la Saint-Jean, mais son dernier opus Les Cloches de paille ne fut projeté qu’en huis clos dans une salle communale.
Ne subissant plus la pression idéologique brejnévienne, par laquelle il avait perdu la lucidité de regard du cinéma d’auteur de ses débuts, Illienko amorce une transition vers un art plus libéré. Les personnages de sa dramaturgie, bons et méchants, rouges ou bruns, paient une dernière fois leurs trahisons mutuelles et paranoïa lassante par nettoyage ethnique et éthique. Et si ce film reste en-deçà des films à constat social de ses confrères Mykhaїlo Biélikov (La Désintégration), Léonide Ossyka (Entrez, assoiffés), ou des films tentés par l’argument commercial de Roman Balaїan (Le Fileur) et de Viatcheslav Krychtofovytch (Femme seule désire rencontrer), il suit le postulat logique et immuable des propres choix thématiques du réalisateur. Ces choix sont empruntés à la littérature soviétique ukrainienne centrée sur l’Histoire, comme le confirme sa filmographie tout entière.
Tiré du récit de l’écrivain Yevhen Houtsalo La Zone morte, ce dixième long métrage de Youriї Illienko se passe de musique, comme jadis dans Une source pour les assoiffés,  mais  porte un titre métaphorique, allusif aux bruissements mélodiques des champs de seigle communément appelés cloches de paille. Relayées par la voix de la chanteuse Nina Matvienko, ces mélopées traduisent les misères d’une nation soumise aux maintes invasions et occupations ennemies. Elles épousent les réminiscences de la réalité filmophanique, entrelacée de scènes d’une extrême violence autour d’une population traumatisée par l’occupation allemande et la police supplétive. La scène de la pendaison, l’insoutenable scène où un nouveau-né est jeté sur un toit de chaume dévoré par le feu, évoquent la barbarie nazie dans l’Arc-en-ciel de Marc Donskoï. Irréaliste, celle du réveillon de Noël met en émoi toute une famille contrainte de manger une nourriture dans une écuelle vide, sous l’œil d’un officier allemand. Au fil du récit filmique, la caméra de Youriї Illienko annonce son retour aux impulsions oniriques et surréalistes, notamment dans les plans aériens expressément chagalliens. L’interminable séquence, où apparaissent en enfilade wagons et compartiments d’un train, véritable morceau d’anthologie fixant dans un long travelling les parias et les nantis de la population au sortir de la guerre, est digne d’une invention fellinienne. L’interprétation très convaincante de Lès Serdiouk dans le rôle de Vilhota, sans doute le plus émouvant de sa carrière, de Loudmyla Yefimenko dans le rôle de la démente, et de Pylyp Illienko dans celui de Yachko, atteste d’une direction d’acteur maîtrisée qui avait fait défaut au réalisateur pendant la stagnation. Les Cloches de paille met fin à la longue série de films qui stigmatisaient la participation des collabos à l’occupation allemande. Les frères Vadim et Youriї Illienko seront les premiers à revenir sur cette période sombre à travers leur nouveau film Le Dernier bunker (1990). Ils essaieront d’évacuer les clichés antinationalistes sans toutefois prétendre réhabiliter le maquis nationaliste, mais le replacer dans son contexte historique par rapport à la tournure que prennent les événements dans le nouveau paysage politique de l’Ukraine en marche vers son indépendance.

                                                                                                                         Lubomir Hosejko

              

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