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21 juin 2009 7 21 /06 /juin /2009 20:44
 Depuis le mois de mars, le Grand Palais de Paris consacre une exposition importante à Andy Warhol, artiste emblématique de la modernité, remarquable tant par son talent que par son génie de la transgression pictu-rale. Ses oeuvres sont mondialement connues, accessibles et déclinées à l’infini. Sa personnalité continue de fasciner mais ses origines et les sources premières de sa créativité sont pour le moins méconnues.

Selon différentes notices biographiques, il est présenté com-me étant né de parents tchèques, slovaques, ou rusyns (ruthènes)… La confusion règne allègrement, elle est imputa-ble à la complexité ethno-géographique de l’Europe centrale et orientale, mais aussi à une coupable paresse intellectuelle propre à certains journalistes… Sans accuser qui que ce soit (que celui qui n’a jamais fauté se saisisse d’une pierre… mais qu’il ne l’envoie pas ! Chacun sait qu’Andy abhorrait la vio-lence !), nous voulons tout simplement comprendre, en toute objectivité, qui est véritablement Andy Warhol et à quel uni-vers socio-culturel il se rattachait.

Yulia Yustyna, sa mère, et Andrij Warhola, son père, sont natifs du village ruthène de Mikova, situé dans les Carpates en Slovaquie, aux confins de la Pologne et de l’Ukraine. Avant la première guerre mondiale, ce territoire était admi-nistré par l’Etat austro-hongrois ; il était majoritairement peuplé de Ruthènes, minorité de l’Empire des Habsbourg relevant de l’ensemble ethnique, culturel et linguistique ukrainien. Au sortir de la première guerre mondiale, ainsi qu’un grand nombre de leurs compatriotes, Yulia et Andrij Warhola ont quitté leur village pour chercher une vie meil-leure aux Etats-Unis.

Andy Warhol alias Andrij Warhola, est le cadet de trois frè-res, il est né à 1928 à Pittsburgh en Pennsylvanie. Son père travaillait comme mineur, il est décédé quand Andrij entrait dans sa quatorzième année. Le futur Pape du Pop Art est resté toute sa vie très proche de sa mère, seule femme qui comptait vraiment pour lui. Elle possédait de réels talents artistiques ; elle aimait tout particulièrement dessiner et a transmis sa passion à ses enfants et petits enfants (le neveu d’Andy Warhol, James Warhola, est devenu un illustrateur reconnu). Yulia chantait des chansons traditionnelles, brodait et confectionnait des Pyssanky – les oeufs de Pâques ukrai-niens, joyeusement colorés.

Durant son enfance et son adolescence Andy a évolué dans cet environnement maternel, rythmé par les liturgies de l’é-glise gréco-catholique Saint Jean Chrysostome de Pittsburgh.

Sa scolarité et ses relations avec les enfants du voisinage ont fait de lui un petit américain fasciné par les comics et Hollywood. Les connexions de cette identité bipolaire ont eu pour effet de produire la recherche iconographique de la soupe Campbell ou les portraits de Marilyn Monroe…

Cloué au lit par une maladie à l’âge de 6 ans, il passait tout son temps aux côtés de sa mère qui lui apprit à tenir et maîtri-ser crayons et pinceaux. Très vite, l’art est devenu son princi-pal refuge. Né dans une ville industrielle à l’époque de la Grande Dépression, il a cherché grâce à ses dessins et ses collages, à édifier son propre monde, sorte d’Olympe de la mythologie iconographique américaine.

Andrij Warhola, s’est métamorphosé en Andy Warhol au cours de l’année 1952 ; Le fils d’immigrés pauvres, originai-res d’une région mystérieuse de l’Europe Orientale, s’est alors révélé être la véritable incarnation du rêve américain : publicitaire, illustrateur, peintre, cinéaste et musicien. Certes, Warhol affirmait qu’il «venait de nulle part », mais pour les critiques d’art ukrainiens, le mystère des origines du maître est résolu, elles sont indéniablement ukrainiennes (Oleg Ve-densky « Le roi du pop-art », Mystetska storinka, http://storinka-m.kiev.ua).

.Prédicateur lucide de la culture industrielle, il déclarait en 1968 que « dans le futur, chacun aura droit à 15 minutes de célébrité mondiale ». Prophète de la pertinence et de l’imper-tinence, Andy Warhol s’est éteint en 1987.

Olena Yashchuk & Frédéric Hnyda
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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 13:35
A l'approche de l'anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl, les regards européens portés vers l'Ukraine sont plutôt tristes et compassionnels. Tchernobyl est devenu le symbole du danger de l'énergie nucléaire, souvenir encombrant pour tous les partisans de ce type de production d'électricité. Mais le destin est riche en coïncidences.

Car l’Ukraine qui évoque immédiatement le souci de surveiller la sûreté nucléaire peut offrir à l'Europe une  solution plus sûre et garante de sa souveraineté au moment où les approvisionnements en gaz s’inscrivent dans une relation de dépendance.  Possédant la sixième réserve mondiale d'uranium, ce pays réunit toutes les conditions pour devenir, en partenariat avec la France ou un autre membre du « club nucléaire », un coproducteur important du combustible dont ont besoin les réacteurs européens.

Les gisements d’uranium ukrainiens sont peu exploités, ils ont été longtemps sous le coup du secret défense. Jusqu'à la Révolution orange, cette ressource faisait l'objet de la convoitise russe à laquelle Kiev ne cédait pas, sans pour autant mener de recherche de partenariat externe.

C'est en 2005 qu'une possibilité de collaboration entre la France et l'Ukraine dans le domaine de l'extraction et l'enrichissement de l'uranium a été évoquée pour la première fois. A cette occasion Julia Timochenko, devenue premier ministre ukrainien, s'était déclarée partisan d'un projet commun avec AREVA. Mais sa démission, en même temps que des obstacles dressés par des hommes d'affaires ukrainiens affiliés aux intérêts russes ont mis un terme au projet.

Aujourd'hui la question d'un joint-venture franco-ukrainien se pose à nouveau. En visite à Paris le 4 mars 2009 Julia Timochenko a abordé avec les dirigeants d'AREVA la possibilité d'exploiter ensemble les gisements d'uranium ukrainiens et de construire sur place une usine de premier cycle d'enrichissement.

Les conflits gaziers à répétition mettent en évidence un besoin d'alternative tant énergétique que politique aux hydrocarbures. Les pays possédant des grosses réserves de gaz ne sont pas, hélas, porteurs d'une vision démocratique du monde. Au contraire: la Russie, l'Iran, l'Arabie Saoudite ou encore le Nigeria sont au mieux à la recherche du confort politique pour leurs régimes au pouvoir, si ce n'est de l'augmentation de leur influence sur les pays consommateurs. Un tel contexte oblige à faire appel au nucléaire, avec toutes les précautions et dans le respect des standards de sécurité.

En tout état de cause, une telle collaboration avec l'Ukraine serait de nature à ouvrir à la France des perspectives compétitives au niveau du marché mondial et rassurantes sur le plan politique.

Alla Lazareva
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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 13:28
Alexandra Exter, née Grigorovitch appartient à ces artistes de l’avant-garde russo-ukrainienne qui ont  déployé au début du XXème siècle toute l’amplitude de leurs talents en Occident. Le travail d’Alexandra Exter est dominé par le cézanisme géométrique avant de s’inscrire progressivement dans le cubo-futurisme russo-ukrainien.

 Installée avec sa famille à Kiev depuis 1886, elle y fait ses études jusqu’à 1908.  L’artiste voyage beaucoup, mais revient toujours à Kiev où elle ouvre son atelier de décor non objectif en 1914. Peu après, elle entre dans le groupe de Malevitch dont elle est très proche. Alexandra Exter fut une avant-gardiste « la plus française » : elle vit plusieurs mois à Paris où elle côtoie notamment Apollinaire, Picasso, Braque. C’est notamment grâce à ces deux derniers qu’elle se passionne pour le cubisme.

 Grâce à Exter, le cubisme fit une entrée triomphale à Kiev, Odessa ainsi qu’à Moscou. Mais cette grande ukrainienne ne suivit pas aveuglément les influences parisiennes de ses illustres amis, et sa dynamique de recherche passionnée, son talent lui permirent de créer son propre mouvement, son cachet, son école que l’on désigne par le cubo-futurisme russo-ukrainien. La recherche en couleurs est tout particulièrement remarquable et se définit, selon les historiens d’art, comme typiquement ukrainien.

 Le talent de cette kiévienne atteint alors une notoriété sans précédent, elle participe à de nombreuses expositions en Russie et en Ukraine. Ouverte à toute nouveauté artistique, les facettes de son art s’avèrent d’une éblouissante multiplicité; l’artiste s’intéresse au travail dans l’espace, ainsi elle réalise des décorations théâtrales pour une pièce d’Alexandre Tairov qui ne fit appel à elle qu’une fois car … ses décorations extraordinaires avaient fait de l’ombre aux recherches du metteur en scène et au jeu d’acteurs !

 Sa collaboration avec Yakov Protazanov pour le film Aélita (1923) est un véritable chef d’œuvre de la plastique constructiviste dont l’impact a marqué des générations de cinéastes.

 En 1924, Exter émigre en France où elle enseigne dans une école parisienne d’art contemporain. Au début des années 1930, elle se tourne vers des projets de Livres Manuscrits, réalise des marionnettes et des créations originales en céramique. L’Ukraine lui manque terriblement, elle n’a de cesse d’y envoyer des œuvres pour les expositions auxquelles il lui est possible de prendre part. Mais ses œuvres puis son nom finissent par être interdits à partir de 1924.

 Paradoxalement, cette immense artiste mourut à Fontenay-aux-Roses dans un total dénuement , mais aujourd’hui son œuvre est toujours source d’inspiration pour de nombreux  artistes, comme la styliste ukrainienne Lilia Poustovit  qui a présenté une collection inspirée du cubo-futurisme extérien à l’occasion de l’exposition à Kiev au printemps 2008.

 Olga Artyushkina

Images:
1 - Construction Scene with Plastic Gymnastic Figures 1926
Musee National d'Art de Moderne, Centre Georges Pompidou, Paris, France
2 - cadre du film Aélita

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16 mars 2009 1 16 /03 /mars /2009 15:34

Le prix Prix Henri-Langlois 2009 qui vous a été décerné témoigne de la dimension internationale de votre œuvre. Aviez vous conscience en tournant "Famine 33" de la portée universelle qu'allait revêtir ce film ?

Quand je travaillais sur ce film, j’étais surtout animé par un constant désir de perfection. Je souhaitais que ce film réponde à toutes mes exigences qualitatives. « Famine 33 » a été mon tout premier film, je l’ai réalisé en rassemblant toute mon énergie et toutes mes convictions  en faisant abstraction des réactions qu’il ne manquerait pas de susciter auprès du public.

 

 Dans le cadre de la préparation du film "Famine 33" avez vous eu accès aux archives relatives au Holodomor ?

Oui, j’ai en outre eu l’immense chance d’avoir pour consultant  le remarquable  historien américain, James Mace, qui, à l’époque, était à la tête de la Commission du Congrès des États-Unis sur le Holodomor. C’est par son intermédiaire  que j’ai eu accès aux archives et aux témoignages des survivants.

 

Plusieurs de vos films relatent la vie de personnalités ukrainiennes emblématiques, quel regard portez vous sur l'histoire de l'Ukraine au XXe siècle ?

J’ai une approche très critique de l’histoire de l ’Ukraine au  XXe siècle. J’estime que les bolcheviks sont à l’origine de la plupart des dramatiques évènements auxquels a été confronté le peuple ukrainien.  Il me parait clair que le siècle dernier a été pour l’Ukraine d’une terrible noirceur tant il fut marqué par des tragédies qui auraient pu être évitées sans l’avènement du régime soviétique.

 

Y a-t-il des réalisateurs et des acteurs français qui ont influencé votre vision du cinéma ?

J’aime le cinéma français, surtout la Nouvelle Vague. Je suis tout particulièrement reconnaissant à la France car c’est elle qui a offert au monde le septième art. Parmi les illustres acteurs français, mon acteur préféré est Jean Gabin. Chez les actrices j’aime beaucoup Anouk Aimée.

 

Sur quels projets travaillez-vous actuellement ?

Pour l’heure je suis en pleine promotion de mon nouveau film « Le Métropolite Andrey » et je m’emploie  à l'élaboration du scénario de mon prochain film dont il ne m’est malheureusement pas possible de vous dévoiler ne serait ce qu’un indice.


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8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 17:04

La Croix : Vous entretenez des relations difficiles avec le président Iouchtchenko alors que vous étiez cote à cote au temps de la révolution orange. Serez-vous candidate à l’élection présidentielle prévue à la fin de l’année et avec quel projet ?

Ioulia Timochenko : Je suis heureuse qu’il y ait, aujourd’hui, en Ukraine, une véritable concurrence politique. Depuis 2005, il existe des pousses de démocratie. Et moi, comme leader de parti, je m’inscris dans cette concurrence. Mais la campagne électorale n’a pas commencé. Nous débattons encore de possibles amendements à la constitution pour savoir si nous devons garder un modèle de république parlementaire ou aller vers un modèle plus présidentiel. C’est pourquoi je ne veux pas faire de déclaration sur ma participation.

Aujourd’hui, la crise économique est notre priorité. Tous nos efforts visent à lutter contre elle. Nous travaillons jour et nuit pour cela et nous réfléchirons à la présidentielle un peu plus tard.

 

L’Ukraine risque-t-elle de se trouver en défaut de paiement ?

Je crois que l’atmosphère un peu hystérique des marchés est simplement le reflet de la crise. Je veux nier absolument qu’il y ait une possibilité de défaut de paiement en Ukraine. Tout d’abord, parce que notre dette publique est très réduite, à 11% du PIB. De plus, les recettes du budget rentrent comme prévu. Nous avons prévu un déficit budgétaire qui est réduit, de 2,9% seulement. Aucune banque ukrainienne ne s’est retrouvée en faillite quand certains pays ont perdu une bonne part de leur système bancaire. Les investisseurs continuent de manifester de l’intérêt pour l’Ukraine. Je viens de rencontrer des représentant du patronat français. Nous discutons notamment avec Areva ou EADS de projet commun, dans le nucléaire et l’aéronautique. Je pense que le meilleur moyen de lutter contre la crise est d’attirer des investisseurs étrangers.

 

Vous avez dit récemment vouloir des relations plus « chaleureuses » avec la Russie. Qu’est-ce que vous entendez par là ?

Je veux me concentrer sur le fait que l’Ukraine est un pays indépendant. Et donc, notre priorité est de faire respecter notre intérêt national. Et donc notre équipe politique, dans ses relations avec la Russie, va respecter cette ligne. Mais il est contre-productif de rechercher des relations de confrontation. Il est meilleur de rechercher une certaine harmonie, pour l’énergie comme pour la coopération dans tous les secteurs industriels. Il me semble qu’il est de notre intérêt de chercher cette harmonie dans un triangle Europe/Ukraine/Russie, ce qui correspond d’ailleurs à la politique de l’Union européenne.

 

Après le renvois cette semaine du ministre des affaires étrangères ukrainien, cherchez-vous toujours votre entrée dans l’UE et l’Otan ?

Bien sûr, le chemin vers la consolidation de nos relations avec l’Union européenne unifie la société ukrainienne. Ce chemin est l’affaire de tous les ministres, et pas seulement de celui des affaires étrangères. Il se poursuivra, quel que soit le ministre. En ce qui concerne l’Otan, il faut prendre en compte tous les aspects. Tout d’abord, l’Ukraine ne peut rester en dehors des grands systèmes de sécurité. Mais nous rencontrons deux obstacles : tout d’abord, l’absence d’unité de la population  puisqu’à peu près 30% des Ukrainiens seulement soutiennent une entrée dans l’Alliance atlantique. Il faut donc travailler la-dessus pour les convaincre. De plus, il y a une absence d’unité des pays européens sur l’entrée de l’Ukraine dans l’Otan. Il nous faut dialoguer avec l’Allemagne et la France sur ces sujets.

 

A l’heure ou nous parlons, les forces de sécurité effectuent une perquisition musclée, à Kiev, au siège de Naftogaz, la compagnie gazière ukrainienne. Pourquoi une telle démonstration de force ?

Depuis 2005, quand le nouveau pouvoir est arrivé, nous avons engagé une lutte contre la corruption. Nous luttons pour nettoyer le domaine du gaz. Et cette perquisition en est un exemple. Je regrette de constater que ces forces de corruption reviennent, alors que nous pensions en avoir terminé avec cela. La lutte contre la corruption n’est pas une tâche facile. Mais nous obtenons tout de même des résultats.

 

Recueillis à Paris par Alain GUILLEMOLES

Publié à La Croix, le 5 mars 2009: http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2366951&rubId=4077

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8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 16:39

La journée de la Femme

 “Нема вірнішого приятеля, як добра жінка”
Українська приказка

 « Il n’y a pas de meilleure amie de l’homme que la bonne femme »
Proverbe ukrainien


 Le 8 mars, le petit matin. Il fait encore gris dehors. Une matinée parisienne assez ordinaire… Comme d’habitude, mon mari allume la radio et la journée la plus triste de l’année commence.

Une voix masculine, un peu monotone, me parle des violences faites aux femmes, des inégalités entre les hommes et les femmes au travail malgré des années de lutte acharnée et impitoyable, des femmes battues et de la haine, du harcèlement moral et des abus de toute sorte qui ont encore lieu dans notre chère France, alors ne parlons même pas du reste du monde !

 Alors je sais que ma journée est foutue, je serai d’humeur exécrable, dès la première seconde, je sens que je suis sévèrement atteinte de « nostalgite aigu » : je pense et repense à ma patrie, à mes amis qui, en ce moment précis, se réveillent tout doucement ou restent paisiblement dans leur lit – ils ne travaillent pas aujourd’hui…

A vrai dire, pour certains de mes anciens compatriotes, le réveil peut s’avérer assez difficile, car la fête a déjà commencé la veille. Le 8 mars est la journée internationale des femmes, tout le monde le sait. En France, on rechigne parfois, car l’idée de la célébrer est venue à l’esprit des communistes. Quant à moi, cela m’est royalement égale, car dans mon pays tout a été inventé par les communistes. Depuis longtemps, c’est un jour férié et c’est la fête la plus populaire et la plus importante émotionnellement après le Nouvel An. Et si c’est une fête, alors notre âme slave, tellement mystérieuse et impénétrable, ressent un fort besoin de grands gestes afin d’oublier, encore une fois, le quotidien pas particulièrement rose. Et qu’est-ce qui est le plus précieux que notre fierté nationale - des belles femmes ?…

Le 7 mars, la veille du grand jour, cela commence à frémir aux bureaux. Les femmes se rendent à leur travail habillées dans leurs meilleurs robes ou tailleurs, selon leur goût, bien maquillées, les talons aiguilles et les tenues extravagantes ne sont pas exclues. Leurs visages sont illuminés.

Leur collègues hommes sont en train de préparer un pot, courent à tout allure pour acheter des fleurs pour les femmes de leur service, les bouteilles du champagne (« Soviétique » ou « Crimée ») et le chocolat sont servies. Les chefs, petits et grands, préparent leur discours, selon leur générosité, ils peuvent prévoir des cadeaux de valeur pour les femmes de leurs entreprises. Une erreur monumentale à ne pas commettre, c’est d’oublier le 8 mars et son sens profond – car les femmes ukrainiennes ne vous le pardonneront jamais ! On appelle toutes les clientes et des partenaires féminins, les cartes postales sont envoyées, les cadeaux et des petits signes d’attention sont prévus. Les coursiers sillonnent la ville… On ne travaille presque pas ce jour-là, mais c’est un moment privilégié pour renforcer les liens au sein d’équipes, nouer et renouer des contacts, détendre l’atmosphère… Au fond, le 7 mars est une journée idéale pour des relations publiques et privées, même si les ukrainiens parfois ne s’en rendent pas compte.

Parce que la fête des femmes est devenue quelque chose d’incontournable dans l’esprit collectif ukrainien qui date encore de l’époque soviétique. Au fil des années, on a laissé de côté l’aspect politique, cela est devenu la célébration de la beauté des femmes, du printemps, de la joie de vivre… Et rien à voir avec la lutte entre les sexes, bien au contraire ! Toute la journée les femmes attendent de recevoir des compliments et des cadeaux, leurs hommes - maris, fils, petit-fils, frères, amoureux, collègues, chefs, inconnus… tous doivent se montrer courtois et plus attentifs que d’habitude. Les restaurants sont pleins, les fleuristes dévalisés, l’alcool coule à flot…

Le 8 mars même, c’est à la maison que la fête continue. Les hommes sont censés exécuter les tâches habituellement féminines : faire la cuisine, s’occuper des enfants, faire le ménage, et…céder à tous les caprices ! Vous souriez, chers Français ? Grâce à l’émancipation, à la révolution du Mai 68 et aux soutiens-gorge brûlés, les hommes français le font déjà depuis longtemps ?…

Mais vous savez, la société ukrainienne d’aujourd’hui est un mélange curieux et surprenant de l’héritage soviétique, des certains progrès et des valeurs traditionnelles. Depuis longtemps, la femme ukrainienne avait le droit de voter et de faire un travail très physique normalement réservé aux hommes. La plupart des femmes ne pouvaient pas ne pas travailler, elles pouvaient demander le divorce, choisir la profession sans demander officiellement une autorisation à leurs pères ou maris, donc faire des choses pour lesquelles les Françaises se sont battues avec tant d’acharnement. Le revers de la médaille de cette « libération » de la femme soviétique - une fois à la maison, elles devaient faire tout ce qu’une femme au foyer fait : s’occuper des enfants, de la cuisine, du ménage repassage, de leurs maris… Car l’homme soviétique est au fond un homme tout à fait traditionnel.

Une femme ukrainienne d’aujourd’hui (dont je fais partie malgré des années d’expatriation), est un être plein de paradoxes et de contradictions, ce qui fait sans doute son charme. Bien évidemment, nous sommes pour l’égalité des chances et des salaires égaux à compétences égales, nous sommes contre la violence et les abus, pour le respect de la femme et de ses particularités. Nous voulons nous-même créer des entreprises et faire de la politique si un jour l’envie nous saisit, nous voulons prendre les décisions et gérer nos vies comme bon nous semble… Mais ! La plupart des femmes ukrainiennes attendent que les hommes restent polis et galants envers elles, un peu macho, mais pas trop, qu’ils payent la note au restaurant, quel que soit le revenu ou statut de la femme ou de l’homme, qu’ils fassent des cadeaux, invitent à faire des voyages exotiques, qu’ils se montrent courtois en toute circonstance, donnent la main lorsque la femme sort du transport en commun, donnent le manteau, ouvrent la porte. Une femme ukrainienne est plutôt flattée, lorsque un homme lui baise la main… En Ukraine nous sommes très attachés aux « signes extérieurs du respect ». Cela vous rappelle la France de l’Ancien Régime ? Et oui, cela encore existe dans mon pays. Et pour les femmes ukrainiennes il y a aucune contradiction entre l’égalité des droits et la courtoisie et générosité affichées des hommes.

Voici une illustration parfaite des différences des mentalités des femmes occidentales et des femmes ukrainiennes. Lorsque je faisais mes études à l’Académie Mohyla de Kiev, nous avions des professeurs d’histoire invitées dans le cadre d’un programme expérimental. C’étaient des femmes anglaises, canadiennes et américaines, très professionnelles et de surcroît, féministes. Un jour, une scène très révélatrice s’est produite. Une prof canadienne, une petite femme toute menue, jamais maquillée, qui portait toujours des vêtements sombres et amples, mais avec une flamme sacrée dans les yeux, a eu une conversation mouvementée avec une prof ukrainienne, qui s’appelait Lutaya (ce qui signifie littéralement en ukrainien « sévère » - et c’était la stricte vérité).

La Canadienne, avec un certain dégoût et un sentiment de supériorité, a expliqué à sa collègue que les femmes ukrainiennes étaient encore bien arriérées par rapport aux féministes occidentales. Et comme exemple, elle a pris le Directeur de la chair d’histoire, son chef, un homme tout à fait charmant, doux et inoffensif.

« Imaginez - dit la Canadienne à l’Ukrainienne, que je vienne demain portant ma nouvelle robe et que Monsieur le Directeur me fasse un compliment. Alors, je peux le traîner en justice pour harcèlement sexuel ! » - et elle a jeté un regard triomphant à son homologue… Et là, tenez-vous bien, car le plus intéressant est à venir… Madame Lutaya met ses mains sur ses hanches comme le font des vraies maîtresses femmes, et répond avec véhémence : « Si, demain, je viens en robe rouge, toute belle et rayonnante, et si Monsieur le Directeur ne le remarque pas, je démissionne sur le champ, car je ne pourrai pas travailler une seconde de plus avec un tel goujat ! ».

J’ai raconté cette histoire non seulement pour démontrer nos particularités culturelles, mais aussi pour répondre à ceux et celles qui trouvent que la fête des femmes est en réalité humiliante pour les femmes et que tous les jours du calendrier les hommes doivent respecter les femmes et leur octroyer tous les droits, les aider au quotidien et pas seulement une seule journée par an. Certes, ils ont raison. Mais pourquoi dans la course effrénée pour ces fameux droits, on doit oublier d’être simplement des femmes, belles et séduisantes ? Pourquoi au travail on doit devenir des pâles copies des hommes, pourquoi un collègue ne peut pas dire « que tu es élégante aujourd’hui ! », d’ouvrir la porte devant nous sans que cela ne soit vu comme un harcèlement ?… Les discours sur la violence et les malheurs féminins durant toute cette journée dans tous les médias et l’absence d’ambiance festive ne remontent absolument pas le moral et n’épargnent pas les femmes françaises de ces mêmes violences et malheurs. Alors que la célébration nous permet de vivre un instant agréable et magique. Est-ce encore une différence culturelle ?

Je suis certes très contente de profiter de tous les avancements dans les rapports hommes-femmes en France. Mais ce que je ne supporte pas dans ma vie française, c’est de me sentir « transparente ». Lorsque j’étais enceinte, j’ai pris mon tram quotidien qui m’emmenait à mon bureau. Je rentre et je ne vois aucune place disponible. Je me mets devant trois hommes assis, mon ventre ne laisse aucun doute sur mon état, mais ces hommes-là, occupés par leur lecture et le paysage, ne font aucune attention à moi et ne bougent pas d’un millimètre. Cet instant précis je me suis sentie inexistante, nulle, humiliée comme jamais. Demander moi-même ? Ultime humiliation ! En Ukraine, nous avons un tas de soucis, des problèmes à régler pour deux cents encore, mais les femmes enceintes ne sont pas obligées de crier pour qu’on leur laisse la place !…

Mais je veux parler aujourd’hui du positif – c’est déjà assez rare de nos jours. La fête de la femme en Ukraine a quelque chose d’un esprit carnavalesque : on échange des rôles , on « se déguise » en gens meilleurs, on joue une sorte de jeu, on festoie, on flirte même (oh, scandale !), on s’abandonne aux plaisirs gastronomiques et à la boisson (surtout les hommes !), on oublie le quotidien parfois triste…

J’exagère un petit peu, je suis ironique et nostalgique et ce jour-là, le 8 mars, je rêve de passer chez moi, à Kiev, comme avant. Il y a bien évidemment le revers de la médaille, la face cachée, comme pour toutes les choses. Mais je n’ai pas envie d’en parler maintenant. Je vous souhaite tout simplement une très bonne fête, mes chères femmes ! Et mes chers hommes !

Olena Yashchuk Codet



image 1: carte postale "8 berznya", 1986, Ovsyannikov 
source:
http://cards.intbel.ru/catalog/detail/?topic=8mart&img=736 
image2: http://samodelki.com.ua/files/images/8march9.jpg

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14 février 2009 6 14 /02 /février /2009 15:45
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5 février 2009 4 05 /02 /février /2009 18:02

Emmanuel Lepage, comment est née l'idée de ce projet ?

Le projet est né d'une rencontre entre Pascal Rueff et Morgan, comédiens et Lidwine, président de l'association "Les  Dessin'acteurs". Pascal et Morgan avaient déjà fait deux voyages à Tchernobyl et ont monté un spectacle "Mort de rien" sur la catastrophe. Ils avaient comme projet de créer une résidence d'artistes à Volodarka à 4Okm de la centrale, hors de la zone interdite. Ils ont évoqué ce projet  avec Lidwine. Il fut enthousiaste. Cela s'inscrivait dans la démarche des Dessin'acteurs. Il proposa donc à Gildas Chasseboeuf et moi-même de partir là-bas réaliser un carnet de voyage, ce que nous avons accepté d'emblée. Gildas et moi sommes donc tous deux membres de l'association et respectivement illustrateur et auteur de bandes dessinées. L'idée était de réaliser un livre à partir de nos dessins et témoignages dont les droits seraient reversés à l'association "les enfants de Tchernobyl".

 

Connaissiez-vous déjà l'Ukraine avant ce voyage à Tchernobyl ? Comment ce voyage a influencé votre vision de cette grande tragédie ?

Je ne connaissais pas du tout l'Ukraine avant mon départ, mais Gildas et moi avons tenu à nous y rendre en train afin de mieux d'appréhender la proximité de ce pays... et le lieu de la catastrophe. Nous n'ambitionnions pas du tout d'embrasser la totalité de la catastrophe et de ses conséquences. Notre vision résulte de nos rencontres au village de Volodarka et de ses environs et des personnes rencontrées à Tchernobyl. Je fus frappé cependant de voir combien 22 ans après, l'ombre de la catastrophe étais toujours d'une brûlante actualité, comme cette zone continuait de nourrir les fantasmes et les peurs. Sans doute à l'époque pour moi comme pour beaucoup de français Tchernobyl, c'était loin, c'était l'Est, l'autre coté du rideau de fer. Les informations filtraient peu et sans doute nous ne nous sommes surtout trouvés concernés que par ce fameux nuage qui, comme l'on sait, n'a jamais traversé la France (!). Ce voyage m'a convaincu qu'il n'en était rien, que les préoccupations des gens vivant là bas étaient les nôtres, qu'ils étaient nos semblables, que Tchernobyl nous concernait tous. Je ne peux m'empêcher d'imaginer pareille catastrophe en France. Parlerions nous toujours de développer le parc nucléaire et vanter nos "compétences" dans ce domaine ? Je n'envisage pas pour l'instant un autre voyage en Ukraine, mais qui sait ? Ce voyage ne cesse de me hanter et il est possible que je retourne un jour à Volodarka pour comprendre ce qui là-bas m'a tant touché.

 

Pourriez-vous commenter le choix du titre pour le livre?

Le choix du titre du livre est un oxymoron inspiré du trouble qui nous saisit là bas entre la beauté de ce que nous voyions, cette nature magnifique, les arbres en fleurs au printemps, et la réalité du lieu. Nos sens ne nous disaient rien du réel et c'est sans doute ce qu'il y avait de plus troublant !    

 

Propos recueillis  par Olga Artyushkina

 

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5 février 2009 4 05 /02 /février /2009 17:54

Quand êtes-vous tombé dans la marmite de la BD ?

A l'age de 7 ans, tandis que j'étais à l'école primaire, j'étais émerveillé par un livre que je pouvais emprunter à la bibliothèque scolaire. Il s'agissait d'un album de Grzegorz Rosinski dont j'ai oublié le titre. Par la suite des exemplaires de l'Humanité, seul journal français disponible en URSS, sont parvenus entre mes mains. Pourquoi l'enfant que j'étais alors c'est-il intéressé à ce journal ? Tout simplement parce que la dernière page comportait des extraits d'une bande dessinée de Hugo Pratt. Ainsi, dès mon plus jeune âge je rêvais de dessiner mes propres « films », j'inventais des histoires. J'ai alors décidé de tout  faire pour pouvoir un jour en faire mon métier et d'arriver à ne vivre que de cela. Je suis parvenu à l'age de 22 ans à faire publier mes tous premiers albums. Ce qui n'était pas évident dans notre pays, sachant que le genre y était alors inexistant.

 

Où puisez-vous votre inspiration ?

La question est étrange car à mon sens, la vie est une source inépuisable d'inspiration. Une conversation, un article que je lis ou bien une scène du quotidien peuvent constituer des éléments de scénario. Je lis beaucoup, mais il est rare que des œuvres d'autres auteurs soient de nature à m'inspirer pour faire un album. Je ne pense pas en effet que mon dessin soit à même de  refléter avec une totale fidélité ce que l'auteur du texte a imaginé. C'est pourquoi le plus souvent je suis l'auteur de mes propres scénarios.

 

Avez-vous des projets d'adaptation  de classiques de la litterature comme « Maroussia » de Marko Vovtchok, des nouvelles de Sacher Masoch, ou d'autres œuvres connues en France et ayant un lien avec l'Ukraine ?

« Maroussia » est plus connu en France qu'en Ukraine où on connaît son auteur, Marko Vovtchok, à travers d'autres œuvres souvent très tristes, qui parlent des terribles conditions de vie des paysans ukrainiens au XIXe siècle. Ces thèmes, assez durs, ne m'inspiraient pas vraiment. Vu le succès rencontré par  « Maroussia » dans la littérature de jeunesse en France, je serai curieux de découvrir cette oeuvre. Quant aux œuvres de Sacher Masoch,  auteur que le public ukrainien redécouvre, la « Venus à la fourrure » a déjà été adaptée en BD par un dessinateur français, il s'agit de Crepax. S'agissant des nouvelles et des contes de Masoch se rapportant à la Galicie, ils ne sont pratiquement pas connus en Ukraine.

 

Igor Baranko, avec Maxym Osa, vous plongez le lecteur dans l'Ukraine du XVII siècle, qu'évoque pour vous cette époque ? Quel est votre regard sur la cosaquerie ?

Chaque peuple a des héros qui symbolisent son histoire et ses traditions. Ainsi pour la France, riche d'une multitude des personnages littéraires, quand on évoque le nom du pays, le plus souvent on pense aux mousquetaires. Pour les Américains ce sont des cow-boys du Far West. Pour les Ukrainiens ce sont des cosaques, des guerriers libres respectant un code d'honneur. Il est certain qu'ils s'inscrivent dans une vision romantique et idéalisée en Ukraine. Aussi, j'ai voulu briser cette approche figée et donner une image plus réaliste des vrais cosaques. L'histoire se déroule au début de XVIIe siècle, c'est-à-dire avant les grands bouleversements auxquels est associé le nom de l'hetman Bohdan Khmelnitski.

Avec Maxym Osa, j'ai cherché à faire le portrait d'un aventurier, d'un cosaque indépendant de tous les camps politiques, sachant qu'au début c'était le fondement de la cosaquerie : la liberté avant tout. Dans cet esprit, Maxym Osa n'a pas d'allégeance, il ne cherche pas à savoir qui a tort, qui a raison – les Russes, les Polonais ou les Ukrainiens. Le monde est complexe, fait de nuances et de 1000 couleurs, les catégories ne sont pas tranchées, rien n'est totalement noir ni vraiment blanc. Il y a des bons et des méchants dans les trois camps et cela change selon les circonstances.

 

 

Quels sont vos projets ?

Je travaille actuellement sur le tome 2 de Maxym Osa. J'envisage parallèlement d'adapter en noir et blanc Maxym Osa pour une édition destinée aux publics ukrainien, polonais et russe. Cela se ferait certainement avec le soutien d'Oleksiy Olin, rédacteur en chef du magazine ukrainien consacré à la BD « K9 ». En outre, je démarre un nouveau projet dont le thème est la disparition de la civilisation égyptienne pour les éditions les Humanoïdes Associés.

 

Propos recueillis  par Olga Gerasymenko
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28 janvier 2009 3 28 /01 /janvier /2009 15:32
La crise gazière a mis en lumière la difficulté des Russes et des Ukrainiens à sortir des rapports de force. Les sujets de contentieux sont multiples.

La crise gazière entre la Russie et l'Ukraine semble en passe de se terminer. Mais la relation des deux pays n'en sort pas améliorée. Entre les deux voisins slaves, tout est prétexte à querelle. « Il a toujours été difficile pour les Russes et les Ukrainiens de s'entendre, relève Roumiana Ougartchinska, auteur de La Guerre du gaz (1). Il ne faut pas croire que cela a commencé après la "révolution orange" de 2004. Si on relit Tarass Boulba, le roman de Nicolas Gogol, on se rend compte que c'était déjà compliqué au XVIIe siècle. Il est difficile pour les Russes d'admettre que l'Ukraine est indépendante et pour les Ukrainiens de se sentir inféodés à un autre pays. »

Dans le domaine politique, les deux pays s'opposent sur tout. Le plus gros contentieux porte sur l'entrée dans l'Otan. Les autorités ukrainiennes y sont favorables. Le Kremlin s'y oppose, considérant que cela reviendrait à « encercler » un peu plus la Russie. Vladimir Poutine a menacé de pointer les armes nucléaires russes vers des objectifs militaires ukrainiens si jamais le pays venait à accueillir une base américaine.

La guerre en Géorgie, l'été dernier, a également été l'occasion d'une poussée de fièvre. Le président ukrainien Viktor Iouchtchenko a soutenu la Géorgie. L'Ukraine a vendu des armes aux Géorgiens, dont certaines ont permis d'abattre des avions russes. Puis l'Ukraine a organisé fin août, et pour la première fois depuis son indépendance en 1991, un défilé militaire à Kiev. La Russie a considéré cela comme un acte inamical.

Le port de Sébastopol, en Crimée, dans le sud de l'Ukraine, est aussi l'enjeu d'une vieille dispute. Il abrite une base militaire russe. Un accord russo-ukrainien prévoit qu'il est loué à la Russie jusqu'en 2017. L'Ukraine souhaite ne pas prolonger au-delà, tandis que la Russie voudrait bien garder ses quartiers sur les bords de la mer Noire.
Enfin, la Russie s'agace de la campagne ukrainienne pour faire reconnaître la famine de 1933 (holodomor, en ukrainien) comme l'un des grands génocides du XXe siècle. L'Ukraine a entrepris de commémorer tous les ans cette tragédie. Elle demande à la Russie d'ouvrir ses archives. La Russie s'irrite de cet activisme, dénonce les tentatives ukrainiennes de réviser l'histoire... et garde ses archives bien fermées.

Entre Kiev et Moscou, c'est sans doute sur ce terrain que le débat est le plus vif. Les deux pouvoirs en place ont chacun leur vision de leur histoire commune. Pour les Russes, l'Ukraine demeure cette « petite Russie », une province qui a « toujours » été rattachée à Moscou. Vu de Russie, l'Ukrainien n'est pas une langue, à peine un patois. Vladimir Poutine, intervenant au sommet de l'Otan à Bucarest, en avril dernier, n'a pas hésité à dire que l'Ukraine n'est « pas même un pays ».

Les Ukrainiens, et ce n'est pas surprenant, n'ont pas la même vision. Ils tiennent à leur langue et à ses singularités. Ils relèvent que l'Ukraine a « tenté cinq fois de devenir indépendante depuis le début du XIXe siècle ». Ils estiment avoir été maintenus de force au sein de la Russie, qui a réprimé impitoyablement toute manifestation de nationalisme ukrainien. Et aujourd'hui, alors qu'ils sont indépendants, ils n'entendent pas abdiquer leur liberté.
L'intervention russe dans la campagne électorale en Ukraine, en 2004, a précisément été l'un des facteurs ayant déclenché la « révolution orange ». Une fois élu président, Viktor Iouchtchenko a fait connaître son intention de continuer le dialogue avec la Russie, mais en ayant comme priorité de « défendre les intérêts de l'Ukraine ». À la même époque, on a vu, du côté russe, grandir la crainte d'une « contamination démocratique ».

Depuis, les relations n'ont cessé de se tendre. La question gazière sert de terrain d'affrontement. Si, après dix-neuf jours de crise, les deux pays ont décidé la trêve, c'est parce qu'ils ont compris, selon Roumania Ougartchinska, qu'ils avaient « chacun beaucoup à perdre, en termes d'image comme économiquement ». Cette crise, une de plus entre Moscou et Kiev, est la conséquence d'un divorce difficile qui n'en finit pas d'être consommé.
 
GUILLEMOLES Alain
 
(1) Éditions du Rocher, 280 p., 18 €.
Voir aussi La Croix, 19 janvier 2009
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