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24 septembre 2014 3 24 /09 /septembre /2014 16:06

"Après la révolution de l'Euromaidan à Kyiv, puis l'annexion de la Crimée par la Russie, c'est au tour de Donbass dans l'est de l'Ukraine de sombrer dans un chaos opposant le nouveau gouvernement de Kyiv et les séparatistes pro-russes. de la fêt de la Victoire (9 mai) aux élections présidentielles du 25 mais 2014, le photographe Michael Bunel a suivi l'insurrection armée des séparatistes à Donetsk et Slaviansk."


Voir pour plus d'information le site de Michael Bunel.

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19 septembre 2014 5 19 /09 /septembre /2014 14:13

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Depuis le mois de novembre 2013 l’Ukraine est au coeur de l’attention des médias et de l’opinion publique. En l’espace de quelques mois ce pays a mené ce qu’il est convenu d’appeler « une révolution de la dignité » contre le régime de Victor Yanoukovytch et a signé un traité d’association ambitieux avec l’Union européenne. L’Ukraine a subi simultanément l’annexion de la Crimée par la Russie et la déstabilisation de ses régions russophones de l’Est.

 

Mais connait-on bien ce pays, ses richesses, ses acteurs et ses ressources ? Sait-on quels sont les fondements éthiques et religieux qui ont animé les premiers à défendre la démocratie et les seconds à vouloir protéger le « monde russe » ? Peut-on parler d’une « théologie de Maïdan » ? Et surtout, existent-ils aujourd’hui des issues à la crise géopolitique qui menace d’enflammer l’Europe et le monde ?

 

L’Université catholique d’Ukraine, et son Institut international d’éthique et d’enjeux contemporains, ainsi que le Collège des Bernardins vous invitent à participer à une journée d’étude sur ces questions et à écouter les meilleurs experts du sujet (historiens, philosophes, théologiens, diplomates, …) venus d’Ukraine, de Russie, des États-Unis et de plusieurs pays européens.

 

Pour télécharger le programme, cliquez ici

 

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19 septembre 2014 5 19 /09 /septembre /2014 14:08

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17 septembre 2014 3 17 /09 /septembre /2014 22:50

galyna-nazarenko.jpgEn 2013, la peinture décorative de Petrykivka a été officiellement reconnue et ajouté à la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Nous sommes allés à la rencontre de Galyna Nazarenko, peintre emblématique de cette expression de l’art populaire ornemental ukrainien, qui s’est impliquée pour que ce dossier de reconnaissance puisse aboutir. Plusieurs de ses œuvres sont exposées au centre culturel ukrainien (22 avenue de Messine, 75008 Paris).

- Quel est votre parcours ? Comment votre vocation a-t-elle vue le jour ?
Je suis née à Petrykivka (ndr: village de la région de Dniepropetrivsk, en Ukraine, qui a donné le nom à l’art populaire ornemental ) et j’y réside toujours.
Pourquoi je me suis mise à peindre ? J’ai réalisé un des rêves de ma mère qui n’avait pu l’accomplir en raison des difficultés résultant de l’après-guerre. Je me rappelle encore des nombreuses soirées passées avec elle à  pratiquer le dessiner.
J’ai énormément dessiné durant mon enfance ; à l’issue de mes études j’ai décidé de devenir peintre professionnel. On pourrait dire que Dieu m’a montré le chemin et m’a permis de progresser dans cette voie. Les obstacles me servaient de tremplin  pour avancer dans la vie. Lorsque mon entourage doutait de moi, cela me poussait à me surpasser, à devenir «quelqu’un». C’est ainsi que je me suis appliquée  à travailler avec pour objectif de participer à des expositions.  Ce sont  en effet les expositions qui montrent la valeur d’un peintre. Aujourd’hui à Petrykivka, il y a beaucoup de peintres qui travaillent uniquement pour produire des souvenirs pour les touristes, ils effectuent un travail routinier, dénué de créativité.
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- A quelles expositions vous avez participé ?
J’ai participé à une vingtaine d’expositions collectives. Mais ce qui est plus important pour moi, ce sont les expositions personnelles : j’en ai réalisé autant en Ukraine qu’à l’étranger : notamment en Bulgarie et en France (à Paris, au Centre culturel ukrainien  (2011), à Cognac (2012), dans la région lyonnaise (2013).
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- Quelle est l’histoire de Petrykivka?
Ce village est le berceau de la peinture décorative dont le style unique  est l’expression des arts et des traditions populaires. La fondation du village de Petrykivka par le Cosaque Petryk remonte à 1772. Les habitants du village étaient libres et ne subissaient pas le servage. 
L’art de Petrykivka est intimement lié à l’histoire du village dans lequel les cosaques avaient coutume de passer tout l’hiver avec leurs familles. On considère que les villageois de cette époque disposaient de suffisamment de temps libre pour s’adonner à la peinture. Les maîtresses de maison se sentaient obligées de décorer et de peindre les fours à pain chaque année pour les fêtes de Noël et de Pâques. Au fil du temps c’est devenu une sorte de compétition. Il existe une légende selon laquelle on ne pouvait adresser la parole à une maitresse de maison qui n’avait pas décoré son four à pain .
Mais à mon sens, cette tradition de peindre et de décorer les objets de la vie quotidienne existait également dans d’autres endroits en Ukraine, notamment dans la région voisine de Poltava. Nous avons eu beaucoup de chance car à Petrykivka cette tradition n’a pas disparue, elle a pu être sauvegardée et transmise jusqu’à nos jours et elle fait désormais partie du patrimoine de l’Unesco.
Il n’en reste pas moins que Petrykivka, est un petit village, les peintres n’ont pas toujours les moyens de voyager afin de pouvoir montrer leur art au monde entier. Pour l’instant, nous n’avons pas beaucoup de soutien de la part de l’Etat et les initiatives privées sont peu nombreuses.
Avant la généralisation du papier peint, les Ukrainiens décoraient eux-mêmes leurs murs intérieurs. Les riches villageois de Petrykivka invitaient des peintres pour en assurer la décoration de la maison. 
Au fil du temps, ma mission a consisté à faire découvrir notre art traditionnel à l’étranger. Je suis en train de préparer ma prochaine exposition qui se tiendra en Bulgarie. Il est probable qu’elle se tienne en France (Lyon) et en Allemagne. J’ai par ailleurs reçue une proposition émanant d’Espagne.
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- Qu’est ce qui caractérise votre un style ?

Le style de Petrykivka plaît à tout le monde, il ne laisse personne indifférent. Il est très attrayant grâce à l’utilisation de couleurs vives et d’images positives. Chaque artiste place un peu de son âme dans ses œuvres qui reflètent sa sensibilité. Lorsque je préparais l’exposition se tenant en Bulgarie, j’ai remarqué que les couleurs de ma peinture étaient plus sombres que d’habitude. Ces œuvres avaient été réalisées durant une période d’incertitude quant à l’avenir de mon pays. On retrouve la marque de mes émotions dans mon travail.
Quel est mon style personnel ? Il repose sur un travail éclairé par la passion. J’ai une préférence pour les scène avec des personnages, notamment des cosaques. Cependant, le style Petrykivka,  c’est traditionnellement des fleurs et des oiseaux. J’aime m’appuyer sur un sujet, un thème, un concept. Mes sujets tournent autour des scènes de la vie ukrainienne traditionnelle. Ces dernier temps, je me suis tournée vers les sujets d’inspiration religieuse. Depuis le début des manifestations (novembre 2013) qui ont abouti à d’importants changements, j’ai voulu essayer quelque chose de nouveau. Je me suis mise à dessiner des anges. Ils représentent aujourd’hui à mes yeux la Centurie céleste (ndr: ce nom désigne les Ukrainiens tués fin février 2014, lors des affrontements entre les manifestants et les forces spéciales. La plupart d’entre eux ont été tués par des tirs de snipers…). J’avais réalisé cette peinture peu de temps avant cette tragédie, c’est mon intuition qui m’y avait poussée. J’ai dessiné une maison ukrainienne en hiver et au-dessus un ange. Ce n’est pas tout à fait un sujet traditionnel pour Petrykivka, mais j’avais envie d’innover. Une autre fois j’ai imaginé un oiseau de feu avant d’apprendre plus tard que le symbole de cette année selon l’ancien calendrier slave est un oiseau de feu qui renaît des flammes.  J’ai également participé à la décoration d’une petite église de bois au centre de Kyiv. Cela résulte d’un pur hasard car les représentants de cette église m’ont fait cette proposition après avoir visité mon exposition. Pour conclure, je voudrais dire que Petrykivka est une composante de l’âme de l’Ukraine. Ce style est né à l’époque du baroque cosaque, il représente l’esprit cosaque, la bataille pour la liberté et pour l’Ukraine. Les couleurs vives, couleurs primaires sont celles de la vie.
Propos recueillis par Olena Codet

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16 septembre 2014 2 16 /09 /septembre /2014 14:55

V-Kogutyak.jpgPensez-vous que le conflit qui fait rage dans l’Est de l’Ukraine puisse être réglé autrement que par des moyens militaires ?
Dès notre enfance, on nous apprend qu’il ne faut pas répondre à la violence par la violence. Toutefois, la situation à l’Est de l’Ukraine ne rentre pas dans les cadres moraux et juridiques habituels. En effet, le monde entier comprend que V. Poutine crache littéralement sur toutes les lois qui ont pu être pensées jusqu’ici. Ce qui est encore plus douloureux à observer, c’est le fait que le monde entier s’engage dans un long processus de ce que l’on appelle la « politique de l’autruche » (rentrer sa tête dans le sable lorsqu’on a peur, tout en voulant évitant la menace) en refusant de voir la réalité de cette guerre.
La question est extrêmement délicate, car nous sommes en train de parler de vies humaines. Nous ne pouvons pas nous demander aujourd’hui « comment ne plus avoir de victimes », la seule question qu’on peut se poser c’est « comment peut-on limiter leur nombre ». Je veux bien croire que l’accord de Minsk d’un cessez-le-feu signé le 5 septembre dernier portera ses fruits, mais la politique du Kremlin est à l’image d’un trou noir, qui ne se soumet à aucune loi physique, et qui ne s’arrête qu’au moment où il cesse lui-même d’exister. La réponse la plus juste serait donc de dire qu’il y a deux choix : tout perdre, ou essayer de résister, aussi bien militairement, que diplomatiquement.

Quels sont les enjeux majeurs des élections législatives anticipées du 26 octobre prochain ?
Il est important de comprendre, qu’en Ukraine, tout député est en règle générale un bon businessman qui a compris que le meilleur des business reste la politique. Une fois que l’on a assimilé cela, on comprend comment nous nous sommes retrouvés avec à la tête de l’Etat le plus grand bandit du pays, Viktor Yanoukovich. Cela permet de comprendre pourquoi la classe moyenne n’existe pas en Ukraine. Il découle de cette situation que le seul enjeu des élections législatives est de trouver un parti qui souhaite agir pour le peuple et non pour lui-même. A vrai dire, un tel parti n’existe pas encore, mais il y en a qui s’en approchent. C’est pour cette raison, qu’avec l’ONG Cosmopolitan Project Foundation, l’Association des Etudiants Ukrainiens en France enverra des observateurs français pour les élections législatives du mois d’octobre (ndr: les élections législatives anticipées auront lieux le 26/10/2014). Le peuple ukrainien sort tout juste d’une révolution pour que sa vie s’améliore. Le devoir des citoyens est de faire le meilleur choix, le nôtre, est que leur choix soit entendu et respecté.
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La communauté ukrainienne de France et la société civile ukrainienne sont-elles en phase ou au contraire avez-vous relevé des différences de perception du conflit ?
Une grande communauté ne peut être représentée que par un seul leader. C’est bien évident, puisque nous sommes tous différents. Toutefois, bien que différents, nous sommes tous humains. Depuis la Révolution de la Dignité, il existe un synchronisme idéal entre la Communauté Ukrainienne en France et la société civile ukrainienne. Peu importe les convictions, religions, langues, philosophies de la vie, ce qui compte aujourd’hui c’est de combattre l’ennemi.
On dit que la mère de Gengis Khan, l’empereur mongol qui avait conquis la moitié du monde « connu » au XIIIème siècle, un jour enseigna à ses enfants : « Prenez une branche chacun, et cassez-la. Ils s’exécutèrent. « A présent prenez chacun une poignée de branches, et essayez de les casser ». Personne n’a pu le faire. « Vous voyez les enfants, -expliqua leur mère- nous ne sommes forts quand lorsque nous sommes unis ».


Cette année le lauréat du prix "Perspectives Ukrainiennes - Grégoire Orlyk" est l'historien Antoine Arjakovsky¹. Quel regard portez-vous sur ses travaux ?
Nous avons eu beaucoup d’échanges avec Antoine Arjakovsky, et la première chose qu’il faut dire c’est  qu’il mérite ce prix. En effet, c’est un homme de paix, qui essaie de combattre la propagande russe et qui croit que le conflit russo-ukrainienne peut être résolu en faisant un travail sur l’Histoire, un travail de réconciliation des mémoires aussi bien d’un côté que de l’autre. Son livre « Russie – Ukraine, de la Guerre à la paix ? » est un ouvrage de référence que chacun de nous devrait lire pour mieux comprendre la situation actuelle.

Propos recueillis par Olga Gerasymenko




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15 septembre 2014 1 15 /09 /septembre /2014 22:58

Le bulletin de Septembre 2014 de Perspectives Ukrainiennes est disponible sur la page Archive des bulletins de Perspectives Ukrainiennes ou en cliquant ici

Au sommaire:
 
p. 2 - 3 : Entretien avec Volodymyr Kogutyak, Président de l’Association des Etudiants Ukrainiens en France
p. 4 - 6 :  A la rencontre de Galyna Nazarenko, peintre de Petrykivka
p. 7 : Actualités culturelles et associatives
p. 8 : Actualité du livre

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2 juillet 2014 3 02 /07 /juillet /2014 16:51

Le bulletin de Juillet-Août 2014 de Perspectives Ukrainiennes est disponible sur la page Archive des bulletins de Perspectives Ukrainiennes ou en cliquant ici

 

Au sommaire:
p. 2 - 3 : Trois questions à Antoine Arjakovsky, auteur de Russie/Ukraine De la guerre à la paix ?
p. 4 - 6 : Entretien avec Lyane Guillaume, auteure du roman Les Errantes
p. 7 : Annonce du Club Littéraire - Rencontre avec Olena Yashchuk Codet
p. 8 : Actualité du livre

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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 16:58

lyane-guillaume.jpgQuatre années passées à Kiev (2000-2004) et de nombreuses interviews auprès de femmes ukrainiennes ont inspiré à Lyane Guillaume "Les Errantes ; chroniques ukrainiennes", sorti en mai dernier aux éditions Du Rocher.

 

Ado, que lisiez-vous ?
Adolescente, j’adorais Flaubert, Giono, Rimbaud... puis très vite, j’ai découvert les auteurs russes : Tolstoï, Dostoïevski, Bounine... Gogol aussi, sans savoir qu’il était ukrainien - on disait « russe » pour tout ce qui était soviétique à l’époque. J’ignorais alors qu’un jour, j’irai vivre en Ukraine ! Ces auteurs, je les ai lus (en traduction bien sûr) grâce à une camarade de classe dont le père était au P.C.F. Persuadé sans doute que le communisme dominerait un jour le monde, il avait fait donner des cours de langue et de littérature russes à sa fille... J’en recueillais indirectement les miettes !

Pourquoi avez-vous choisi l’Ukraine et notamment Kiev comme théâtre de votre nouveau roman ?
J’ai passé une bonne partie de ma vie à l’étranger : en Inde (Neuf ans sur deux séjours) ; en Afghanistan (sept ans sur deux séjours) en Russie (cinq ans, d’abord à Saint-Pétersbourg puis à Moscou) en Ukraine (quatre ans). Actuellement, je vis à Tachkent, Ouzbékistan. A chaque séjour, j’ai appris la langue et essayé de comprendre le mieux possible la culture du pays où je me trouvais.  Chaque fois, j’en ai tiré un roman qui, basé sur une intrigue mais solidement documenté, essayait de transmettre mon expérience et mon amour de ce pays. J’ai vécu à Kiev entre 2000 et 2004. Mon mari était alors Conseiller culturel et de coopération à l’Ambassade de France, moi je faisais du théâtre et du journalisme. Nous avons sillonné l’Ukraine de long en large au point que nous aurions pu écrire un guide touristique. Kiev était riante et calme malgré des protestations régulières contre la corruption du gouvernement pro-russe.  Je me souviens en particulier de l’affaire Gongadzé.  Nous avons quitté Kiev juste avant la révolution orange mais j ‘avais eu le temps de me faire des amis, des amies femmes en particulier. Ces femmes étaient nées pendant la guerre froide, avaient connu l’URSS... puis la chute de l’URSS ; leur grand-mère, ou un de leurs oncles, avait été victime des purges ou était mort de faim pendant la grande famine planifiée par Staline pour éliminer les koulaks ukrainiens ; leur frère, leur cousin, avaient « fait » l’Afghanistan ; elles avaient vécu la promiscuité dans un komunalka, avaient rêvé de Paris, vu et revu Delon au cinéma. Puis ç’avait été Tchernobyl, la Pérestroïka, la paupérisation et la débrouille, enfin, l’indépendance de l’Ukraine, la naissance d’une nation puis la Révolution orange de 2004, prémices come on sait des événements de 2014... De ces conversations est née l’idée d’un récit, « Les errantes » qui retracerait le parcours emblématique d’une femme née à Kiev en 1958 : Marina, fille, amante, mère d’une petite fille... et dans son sillage, presque un demi-siècle de l’histoire de l’Ukraine. « Les errantes ; chroniques ukrainiennes », c’est aussi une histoire d’amour entre l’Ukraine et la France et un hommage à l’urbanisme de Kiev, à sa beauté, à travers le parcours en taxi et les scènes qui se déroulent place Ivan-Franko, au pied de la « maison aux chimères » ou sur le « Mont Chauve ». C’est aussi un hommage à mes amis ukrainiens.

Le désir d’exil et la relation mère fille sont deux thèmes que vous avez particulièrement développés dans « Les errantes ». Faut-il y voir une résonance personnelle ?
En ce qui concerne le thème de l’exil, j’ai rencontré, surtout dans le milieu francophone qui fréquentait l’Ambassade et l’Institut Français, des femmes qui rêvaient de la France depuis toujours. La langue, la littérature, le cinéma français, tout cela faisait partie intégrante de leur vie et de leurs fantasmes. Pendant la pérestroïka et les années de « galère », certaines ont pensé à émigrer. Un jour, une de mes amies ukrainiennes en âge de se marier m’a dit : « Ici, quelle alternative ? Les hommes sont soit des victimes du changement (Pérestroïka, passage à l’économie libérale) donc des déclassés dépressifs et alcooliques... soit des arrivistes sans scrupules. » Cette analyse à l’emporte-pièce m’a frappée et je l’ai utilisée dans « Les errantes ». En même temps, j’ai voulu lutter contre ce cliché de la femme ukrainienne « prostituée » dans l’âme... une image que les Français ont tous. Marina, le personnage principal,  est une ancienne danseuse, séduisante certes mais cultivée, intelligente, travailleuse, courageuse, bref attachante, même s’il lui arrive de jouer les « call girls » pour  « faire bouillir la marmite » et soigner sa fille malade. Les années 90, c’était la débrouille... J’aime bien montrer dans mes romans (voir par exemple « Laveuse de chiens », sur l’Afghanistan) à quel point la réalité d’un pays, et les gens, ne sont pas ou tout blancs ou tout noirs, et qu’il y a des explications à tout.

A ce propos, je voudrais dire quelques mots sur le titre de mon roman. Le thème de l’errance est lancé dès le début avec la course en taxi –retardée par des manifestations et semée d’embûche dans un véhicule « pourri » - jusqu’à l’aéroport. Assise à l’arrière, Marina se laisse envahir par ses souvenirs. On plonge dans son passé – un passé chaotique jalonné de déménagements, de ruptures en tout genre, bref placé sous le signe de la discontinuité et de l’errance – et là, on est dans une temporalité diffuse, distendue, dans ce que Bergson appelle « le temps de la conscience », qui n’a rien à voir avec la chronologie réelle.


    Chez Marina, il y a une attirance pour la France mais en même temps, une vraie tendresse pour l’Ukraine. La fin du roman le prouve... Je n’en dirai pas plus. Si je devais choisir une phrase de mon roman qui donne le ton, je choisirais celle-ci (je rappelle que l’action se passe en décembre 2004, au début de la révolution orange) : « Marina se disait qu’elle quittait son pays au moment où, peut-être, le destin de celui-ci était en train de se jouer ».


La relations mère-fille qui est un des thèmes des « Errantes » n’a rien d’autobiographique, mais le rôle du romancier, comme celui du comédien, n’est-il pas de se glisser dans la peau d’autrui ? A travers cette relation Marina-Oxana, j’ai voulu montrer la psychologie d’une fille atteinte d’une pathologie sexuelle (que je n’ai pas inventée, cette pathologie est répertoriée) liée à la catastrophe de Tchernobyl.  On oublie souvent à quel point le peuple ukrainien est un peuple qui a souffert... et que Tchernobyl est en Ukraine ! Je voulais montrer le lien à la mère (fusionnel et conflictuel à la fois) et le sentiment de culpabilité qui ronge le coeur de la mère. En outre, Marina et Oxana représentent chacune une génération de femme ukrainienne. Il y a un fossé entre elles, historique et idéologique, qui illustre l’évolution récente du monde ex-soviétique : Marina est optimiste, habitée par le sens de l’effort et de la discipline, attirée par la culture, et elle déteste le gaspillage. Sa fille est à la fois dans le consumérisme et dans une sorte de cynisme suicidaire. L’épisode des « exploits » filmés m’a été inspiré par une vidéo authentique trouvée sur internet.

Pensez-vous que la littérature soit une clé essentielle pour saisir la profondeur du monde slave ?
Que ce soit pour saisir la profondeur du monde slave ou toute autre réalité historico-sociologique, la littérature est fondamentale, le roman en particulier.  Quoi de mieux pour comprendre la France des années 1860-1900 et le Paris d’Haussmann que les romans de Zola ? Cela peut paraître paradoxal mais une œuvre de fiction est parfois plus proche de la « vérité », de l’ « essence » qu’un travail didactique. On peut faire passer dans un roman des éléments subtils, inexprimables, qu’on ne trouvera pas dans un essai ou une thèse, sur la vie quotidienne en particulier. En outre, la vision s’incarne à travers des personnages, des émotions, des subjectivités, des destins qui se croisent et se mêlent, toutes choses qui appartiennent en propre à ce genre qu’on appelle  « roman ». A mon échelle, j’ai essayé de raconter une histoire qui donne à un lectorat le plus large possible des clés pour comprendre l’Ukraine et l’aimer.

les-errantes.jpgHormis la Russie, les pays et peuples d’Europe centrale et orientale n’inspirent que rarement les auteurs français. Pour quelles raisons à votre avis ?
A la base de l’erreur et du préjugé, il y a souvent l’ignorance. Les Français en général sont fascinés par la Russie (on vous parle de l’ « âme russe » comme on vous dirait « Les Africains ont la danse dans la peau ») mais ils connaissent mal la périphérie. C’est dire comment ils voient l’Ukraine dont le nom signifie précisément « périphérie », « frontière » ! Quand j’ai dit à l’éditeur que je préparais un roman sur l’Ukraine, il s’est exclamé : « Oh là là, mais c’est loin des Français, tout ça ! ». On passera sur le « ça », sarrautien en diable et sur cette conception « exagonale », voire « germanopratine » du roman - comme si la lecture ne devait pas être synonyme d’ouverture !... J’ai changé d’éditeur et un an plus tard, l’Ukraine faisait la une de l’actualité !... D’ailleurs, je pense que les événements récents, malgré – et grâce à - leur caractère tragique, ont contribué à donner une « visibilité » à l’Ukraine. La résistance, les combats, les victimes devenus des martyrs, l’ont hissée aux yeux de l’opinion internationale au rang de véritable nation.


J’ajouterai ceci qui peut paraître incroyable : Presque un quart de siècle après, bien des Français n’ont pas encore intégré mentalement la chute de l’empire soviétique et l’indépendance des pays qui en faisaient partie... « Alors, tu vas vivre en Russie ! » s’est exclamée une personne à qui j’annonçais que je partais en Ouzbékistan.


Quel est pour vous le plus grand personnage de l’histoire de l’Ukraine, et pour quelles raisons ?
Des hommes d’Etat, des combattants, cosaques, résistants ou militants qui ont marqué l’histoire du pays et contribué à forger son identité, l’Ukraine n’en manque pas : Yaroslav-le-sage à sa façon, Mazeppa, Bogdan Khmelnitsky – on ne citera pas Bandera, bien peu consensuel ! -  mais c’est un poète (et peintre) que je choisis comme « héros national »  : Taras Chevtchenko, figure emblématique du réveil national de l’Ukraine au 19ème siècle. Ses racines paysannes font écho à la dimension profondément rurale de l’Ukraine, et le fait que, fils de serf, il se soit libéré grâce à sa volonté et à ses talents, me paraît aussi tout un symbole. Surtout, il a donné ses lettres de noblesse à la langue ukrainienne, et la langue est bien sûr un élément fondamental pour la construction d’une identité.


Vous souvenez-vous où vous étiez le 24 août  1991, jour de l’Indépendance de l’Ukraine ?
Je vivais en Inde à l’époque et je venais de publier mon deuxième roman, mais la nouvelle de l’effondrement du bloc soviétique puis de l’Indépendance de l’Ukraine entre autres, nous a tous profondément marqués. C’était le vent de l’Histoire avec un grand H qui passait par là... J’avais déjà ressenti cela  fin 1979, début janvier 1980 : je me trouvais à  Kaboul depuis un mois... et voilà que l’Armée rouge envahissait l’Afghanistan ! ... Pour en revenir à l’été 1991 en Inde, un détail inédit m’avait frappée : au pied du fort rouge de Delhi, on a vu apparaître des femmes slaves (blondes, assez fortes, vêtues à l’occidentale) entre trente et soixante ans. Elles avaient étalé sur le trottoir quelques bricoles – vaisselle, moulins à café,  mixers, cuillers en bois, vêtements usagés...- qu’elles essayaient de vendre aux passants indiens. J’ai senti comme un basculement de l’Histoire...


J’ai entendu de nombreux témoignages d’amis ukrainiens sur ces journées mémorables de l’Indépendance (comme j’en ai entendu sur le jour où la centrale de Tchernobyl a explosé) et je m’en suis inspirée dans « Les errantes ». Plusieurs chapitres de mon roman sont d’ailleurs consacrés à ces années 1991-1992 à la fois exaltantes et douloureuses.


Je vivais déjà à Kiev en 2001 au moment où ont été célébrées en grande pompe les dix ans de l’indépendance de l’Ukraine. Je me souviens avoir flâné des heures, mon appareil photo à la main, dans les rues animées et joyeuses, pavoisées de jaune et bleu. Quelques mois plus tard, j’ai vu des hommes grimper à l’assaut de l’hôtel « Moskva » pour le rebaptiser « Ukraina ». Des gens s’arrêtaient, commentaient, faisaient des remarques... Je me suis assise sur un banc et là aussi, j’ai observé, pris des notes et des photos. Ces notes, ces photos, m’ont servi pour écrire « Les Errantes ; chroniques ukrainiennes ». 

Propos reccueillis par Frédéric du Hauvel

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28 juin 2014 6 28 /06 /juin /2014 16:49

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27 juin 2014 5 27 /06 /juin /2014 16:27

Logo-Odaess-Consulting-small.jpgAujourd’hui 27 juin marquera l’histoire ukrainienne…

Tout d’abord, c’est aujourd’hui que le cessez-le-feu unilatéral mis en œuvre par le nouveau président ukrainien Piotr Porochenko prend fin. Le terme de ce cessez-le-feu aux allures d’ultimatum laisse le champ ouvert à toutes les possibilités : prolongation et discussions, recours à la force à grande échelle, intervention militaire de la Russie… Si on ne peut qu’espérer une issue pacifique à ce conflit qui a déjà fait de nombreux morts, aujourd’hui aucune option ne peut être écartée.

Aujourd’hui 27 juin, l’Ukraine s’engage dans un avenir européen en signant avec l’Europe le volet économique de l’Accord d’association. Cette signature marque le début d’une nouvelle ère de gouvernance et la réorientation des relations internationales de l’Ukraine.

Si l’incertitude est de mise quant à l’évolution du conflit dans l’Est, il n’y a pas de doute à avoir sur la guerre économique que livre et va continuer de livrer la Russie. La Russie a mis ses menaces à exécution et a coupé les livraisons de gaz à l’Ukraine depuis déjà une dizaine de jours et demain ce sont des pans entiers de l’économie ukrainienne qui risquent de se voir priver de la manne russe.

La signature de l’Accord d’association sera sanctionnée par la Russie par la création de barrières douanières, fiscales et techniques. Les recours que l’Ukraine déposera à l’OMC prendront du temps à être traités et déjà les exportations de biens industriels vers la Russie se sont effondrées au cours des six derniers mois.

Les bonnes relations entre « peuples frères » sont bel et bien consommées et l’Ukraine n’a plus à espérer de salut que de l’Europe et de son riche marché. Mais pour accéder à ce marché l’Ukraine n’a d’autre choix que de changer radicalement de système. L’état des relations avec la Russie ne permet pas de transition douce et l’Ukraine n’est pas encore prête à exporter massivement vers l’UE. Elle va devoir passer d’une forme de « libéralisme russe » où les relations, les accointances et l’argent rapidement empoché tiennent lieu de principes impondérables, à une forme de capitalisme européen, où la libre concurrence est la première des vertus.

Le gouvernement a une feuille de route et pourra profiter d’une aide technique et financière des Etats occidentaux pour moderniser son appareil d’État et libéraliser à bon escient le marché, mais les entreprises et les entrepreneurs privés vont se retrouver face à un système qui leur est tout simplement inconnu.

Bien sûr l’orientation européenne prise par l’Ukraine aura des retombées formidables pour ce pays, mais avant de récolter les fruits de cette modernisation à marche forcée, tous ceux qui n’auront pas voulu, su ou pu s’adapter à ces nouvelles règles disparaitront à plus ou moins brève échéance. C’est l’un des principes de base de la libre concurrence : seuls les meilleurs resteront, les autres sont condamnés à disparaître.

Les mentalités post-soviétiques, les outils de production désuets, les produits imposés aux clients devront être remplacés par la notion de service, le marketing, l’efficience industrielle, le contrôle qualité, etc.

Au delà de l’indispensable modernisation de l’état, de l’amélioration du climat des affaires, de la lutte contre la corruption pour lesquelles le gouvernement s’est engagé, les entreprises vont devoir elles aussi se réformer pour améliorer leur compétitivité. Plusieurs catalyseurs pourraient les y aider.

La libéralisation du système des visas pour l’Europe va permettre aux ukrainiens de découvrir ce vers quoi ils veulent aller. C’est en connaissant l’objectif que l’on atteint sa cible. Aujourd’hui déjà les ukrainiens qui ont voyagé en Europe sont moteurs et à l’origine de beaucoup de réalisations fructueuses.

Par ailleurs, le risque de défaut de l’État ukrainien écarté grâce aux aides accordées par les institutions financières internationales et les États devrait permettre petit à petit d’abaisser le taux directeur de la Banque centrale d’Ukraine et de favoriser l’accès aux crédits nécessaires à la modernisation des outils de production.

Enfin, les investisseurs étrangers, lorsque le pays finira d’être pacifié auront tôt fait de comprendre l’intérêt qu’ils ont à investir dans un pays aux nombreuses et fortes potentialités qu’elles soient agricoles ou industrielles. Ces investisseurs apporteront avec eux, équipements, méthodes et savoir-faire.

L’Ukraine est donc promise à un avenir churchillien* : elle est à l’aune d’une formidable réussite, ses potentialités vont enfin être mises en valeur mais ceux qui resteront au bord de la route seront nombreux...

Par Emmanuel de Bettignies


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* Winston Churchill lors de son discours à la Chambre des communes le 13 mai 1940 avait prononcé la phrase devenue célèbre :
I have nothing to offer but blood, toil, tears, and sweat.(Je n’ai rien d’autre à vous offrir que du sang, de la peine et des larmes) ajoutant, You ask, what is our aim? I can answer in one word: It is victory, victory at all costs, victory in spite of all terror, victory, however long and hard the road may be; for without victory, there is no survival. (Vous vous demandez : quel est notre but ? Je réponds par un seul mot : la victoire, la victoire à n’importe quel prix, la victoire en dépit de toutes les terreurs, la victoire quelque longue et difficile que soit la route pour y parvenir, car sans victoire, il n’y a pas de survie).

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