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2 juillet 2014 3 02 /07 /juillet /2014 16:51

Le bulletin de Juillet-Août 2014 de Perspectives Ukrainiennes est disponible sur la page Archive des bulletins de Perspectives Ukrainiennes ou en cliquant ici

 

Au sommaire:
p. 2 - 3 : Trois questions à Antoine Arjakovsky, auteur de Russie/Ukraine De la guerre à la paix ?
p. 4 - 6 : Entretien avec Lyane Guillaume, auteure du roman Les Errantes
p. 7 : Annonce du Club Littéraire - Rencontre avec Olena Yashchuk Codet
p. 8 : Actualité du livre

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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 16:58

lyane-guillaume.jpgQuatre années passées à Kiev (2000-2004) et de nombreuses interviews auprès de femmes ukrainiennes ont inspiré à Lyane Guillaume "Les Errantes ; chroniques ukrainiennes", sorti en mai dernier aux éditions Du Rocher.

 

Ado, que lisiez-vous ?
Adolescente, j’adorais Flaubert, Giono, Rimbaud... puis très vite, j’ai découvert les auteurs russes : Tolstoï, Dostoïevski, Bounine... Gogol aussi, sans savoir qu’il était ukrainien - on disait « russe » pour tout ce qui était soviétique à l’époque. J’ignorais alors qu’un jour, j’irai vivre en Ukraine ! Ces auteurs, je les ai lus (en traduction bien sûr) grâce à une camarade de classe dont le père était au P.C.F. Persuadé sans doute que le communisme dominerait un jour le monde, il avait fait donner des cours de langue et de littérature russes à sa fille... J’en recueillais indirectement les miettes !

Pourquoi avez-vous choisi l’Ukraine et notamment Kiev comme théâtre de votre nouveau roman ?
J’ai passé une bonne partie de ma vie à l’étranger : en Inde (Neuf ans sur deux séjours) ; en Afghanistan (sept ans sur deux séjours) en Russie (cinq ans, d’abord à Saint-Pétersbourg puis à Moscou) en Ukraine (quatre ans). Actuellement, je vis à Tachkent, Ouzbékistan. A chaque séjour, j’ai appris la langue et essayé de comprendre le mieux possible la culture du pays où je me trouvais.  Chaque fois, j’en ai tiré un roman qui, basé sur une intrigue mais solidement documenté, essayait de transmettre mon expérience et mon amour de ce pays. J’ai vécu à Kiev entre 2000 et 2004. Mon mari était alors Conseiller culturel et de coopération à l’Ambassade de France, moi je faisais du théâtre et du journalisme. Nous avons sillonné l’Ukraine de long en large au point que nous aurions pu écrire un guide touristique. Kiev était riante et calme malgré des protestations régulières contre la corruption du gouvernement pro-russe.  Je me souviens en particulier de l’affaire Gongadzé.  Nous avons quitté Kiev juste avant la révolution orange mais j ‘avais eu le temps de me faire des amis, des amies femmes en particulier. Ces femmes étaient nées pendant la guerre froide, avaient connu l’URSS... puis la chute de l’URSS ; leur grand-mère, ou un de leurs oncles, avait été victime des purges ou était mort de faim pendant la grande famine planifiée par Staline pour éliminer les koulaks ukrainiens ; leur frère, leur cousin, avaient « fait » l’Afghanistan ; elles avaient vécu la promiscuité dans un komunalka, avaient rêvé de Paris, vu et revu Delon au cinéma. Puis ç’avait été Tchernobyl, la Pérestroïka, la paupérisation et la débrouille, enfin, l’indépendance de l’Ukraine, la naissance d’une nation puis la Révolution orange de 2004, prémices come on sait des événements de 2014... De ces conversations est née l’idée d’un récit, « Les errantes » qui retracerait le parcours emblématique d’une femme née à Kiev en 1958 : Marina, fille, amante, mère d’une petite fille... et dans son sillage, presque un demi-siècle de l’histoire de l’Ukraine. « Les errantes ; chroniques ukrainiennes », c’est aussi une histoire d’amour entre l’Ukraine et la France et un hommage à l’urbanisme de Kiev, à sa beauté, à travers le parcours en taxi et les scènes qui se déroulent place Ivan-Franko, au pied de la « maison aux chimères » ou sur le « Mont Chauve ». C’est aussi un hommage à mes amis ukrainiens.

Le désir d’exil et la relation mère fille sont deux thèmes que vous avez particulièrement développés dans « Les errantes ». Faut-il y voir une résonance personnelle ?
En ce qui concerne le thème de l’exil, j’ai rencontré, surtout dans le milieu francophone qui fréquentait l’Ambassade et l’Institut Français, des femmes qui rêvaient de la France depuis toujours. La langue, la littérature, le cinéma français, tout cela faisait partie intégrante de leur vie et de leurs fantasmes. Pendant la pérestroïka et les années de « galère », certaines ont pensé à émigrer. Un jour, une de mes amies ukrainiennes en âge de se marier m’a dit : « Ici, quelle alternative ? Les hommes sont soit des victimes du changement (Pérestroïka, passage à l’économie libérale) donc des déclassés dépressifs et alcooliques... soit des arrivistes sans scrupules. » Cette analyse à l’emporte-pièce m’a frappée et je l’ai utilisée dans « Les errantes ». En même temps, j’ai voulu lutter contre ce cliché de la femme ukrainienne « prostituée » dans l’âme... une image que les Français ont tous. Marina, le personnage principal,  est une ancienne danseuse, séduisante certes mais cultivée, intelligente, travailleuse, courageuse, bref attachante, même s’il lui arrive de jouer les « call girls » pour  « faire bouillir la marmite » et soigner sa fille malade. Les années 90, c’était la débrouille... J’aime bien montrer dans mes romans (voir par exemple « Laveuse de chiens », sur l’Afghanistan) à quel point la réalité d’un pays, et les gens, ne sont pas ou tout blancs ou tout noirs, et qu’il y a des explications à tout.

A ce propos, je voudrais dire quelques mots sur le titre de mon roman. Le thème de l’errance est lancé dès le début avec la course en taxi –retardée par des manifestations et semée d’embûche dans un véhicule « pourri » - jusqu’à l’aéroport. Assise à l’arrière, Marina se laisse envahir par ses souvenirs. On plonge dans son passé – un passé chaotique jalonné de déménagements, de ruptures en tout genre, bref placé sous le signe de la discontinuité et de l’errance – et là, on est dans une temporalité diffuse, distendue, dans ce que Bergson appelle « le temps de la conscience », qui n’a rien à voir avec la chronologie réelle.


    Chez Marina, il y a une attirance pour la France mais en même temps, une vraie tendresse pour l’Ukraine. La fin du roman le prouve... Je n’en dirai pas plus. Si je devais choisir une phrase de mon roman qui donne le ton, je choisirais celle-ci (je rappelle que l’action se passe en décembre 2004, au début de la révolution orange) : « Marina se disait qu’elle quittait son pays au moment où, peut-être, le destin de celui-ci était en train de se jouer ».


La relations mère-fille qui est un des thèmes des « Errantes » n’a rien d’autobiographique, mais le rôle du romancier, comme celui du comédien, n’est-il pas de se glisser dans la peau d’autrui ? A travers cette relation Marina-Oxana, j’ai voulu montrer la psychologie d’une fille atteinte d’une pathologie sexuelle (que je n’ai pas inventée, cette pathologie est répertoriée) liée à la catastrophe de Tchernobyl.  On oublie souvent à quel point le peuple ukrainien est un peuple qui a souffert... et que Tchernobyl est en Ukraine ! Je voulais montrer le lien à la mère (fusionnel et conflictuel à la fois) et le sentiment de culpabilité qui ronge le coeur de la mère. En outre, Marina et Oxana représentent chacune une génération de femme ukrainienne. Il y a un fossé entre elles, historique et idéologique, qui illustre l’évolution récente du monde ex-soviétique : Marina est optimiste, habitée par le sens de l’effort et de la discipline, attirée par la culture, et elle déteste le gaspillage. Sa fille est à la fois dans le consumérisme et dans une sorte de cynisme suicidaire. L’épisode des « exploits » filmés m’a été inspiré par une vidéo authentique trouvée sur internet.

Pensez-vous que la littérature soit une clé essentielle pour saisir la profondeur du monde slave ?
Que ce soit pour saisir la profondeur du monde slave ou toute autre réalité historico-sociologique, la littérature est fondamentale, le roman en particulier.  Quoi de mieux pour comprendre la France des années 1860-1900 et le Paris d’Haussmann que les romans de Zola ? Cela peut paraître paradoxal mais une œuvre de fiction est parfois plus proche de la « vérité », de l’ « essence » qu’un travail didactique. On peut faire passer dans un roman des éléments subtils, inexprimables, qu’on ne trouvera pas dans un essai ou une thèse, sur la vie quotidienne en particulier. En outre, la vision s’incarne à travers des personnages, des émotions, des subjectivités, des destins qui se croisent et se mêlent, toutes choses qui appartiennent en propre à ce genre qu’on appelle  « roman ». A mon échelle, j’ai essayé de raconter une histoire qui donne à un lectorat le plus large possible des clés pour comprendre l’Ukraine et l’aimer.

les-errantes.jpgHormis la Russie, les pays et peuples d’Europe centrale et orientale n’inspirent que rarement les auteurs français. Pour quelles raisons à votre avis ?
A la base de l’erreur et du préjugé, il y a souvent l’ignorance. Les Français en général sont fascinés par la Russie (on vous parle de l’ « âme russe » comme on vous dirait « Les Africains ont la danse dans la peau ») mais ils connaissent mal la périphérie. C’est dire comment ils voient l’Ukraine dont le nom signifie précisément « périphérie », « frontière » ! Quand j’ai dit à l’éditeur que je préparais un roman sur l’Ukraine, il s’est exclamé : « Oh là là, mais c’est loin des Français, tout ça ! ». On passera sur le « ça », sarrautien en diable et sur cette conception « exagonale », voire « germanopratine » du roman - comme si la lecture ne devait pas être synonyme d’ouverture !... J’ai changé d’éditeur et un an plus tard, l’Ukraine faisait la une de l’actualité !... D’ailleurs, je pense que les événements récents, malgré – et grâce à - leur caractère tragique, ont contribué à donner une « visibilité » à l’Ukraine. La résistance, les combats, les victimes devenus des martyrs, l’ont hissée aux yeux de l’opinion internationale au rang de véritable nation.


J’ajouterai ceci qui peut paraître incroyable : Presque un quart de siècle après, bien des Français n’ont pas encore intégré mentalement la chute de l’empire soviétique et l’indépendance des pays qui en faisaient partie... « Alors, tu vas vivre en Russie ! » s’est exclamée une personne à qui j’annonçais que je partais en Ouzbékistan.


Quel est pour vous le plus grand personnage de l’histoire de l’Ukraine, et pour quelles raisons ?
Des hommes d’Etat, des combattants, cosaques, résistants ou militants qui ont marqué l’histoire du pays et contribué à forger son identité, l’Ukraine n’en manque pas : Yaroslav-le-sage à sa façon, Mazeppa, Bogdan Khmelnitsky – on ne citera pas Bandera, bien peu consensuel ! -  mais c’est un poète (et peintre) que je choisis comme « héros national »  : Taras Chevtchenko, figure emblématique du réveil national de l’Ukraine au 19ème siècle. Ses racines paysannes font écho à la dimension profondément rurale de l’Ukraine, et le fait que, fils de serf, il se soit libéré grâce à sa volonté et à ses talents, me paraît aussi tout un symbole. Surtout, il a donné ses lettres de noblesse à la langue ukrainienne, et la langue est bien sûr un élément fondamental pour la construction d’une identité.


Vous souvenez-vous où vous étiez le 24 août  1991, jour de l’Indépendance de l’Ukraine ?
Je vivais en Inde à l’époque et je venais de publier mon deuxième roman, mais la nouvelle de l’effondrement du bloc soviétique puis de l’Indépendance de l’Ukraine entre autres, nous a tous profondément marqués. C’était le vent de l’Histoire avec un grand H qui passait par là... J’avais déjà ressenti cela  fin 1979, début janvier 1980 : je me trouvais à  Kaboul depuis un mois... et voilà que l’Armée rouge envahissait l’Afghanistan ! ... Pour en revenir à l’été 1991 en Inde, un détail inédit m’avait frappée : au pied du fort rouge de Delhi, on a vu apparaître des femmes slaves (blondes, assez fortes, vêtues à l’occidentale) entre trente et soixante ans. Elles avaient étalé sur le trottoir quelques bricoles – vaisselle, moulins à café,  mixers, cuillers en bois, vêtements usagés...- qu’elles essayaient de vendre aux passants indiens. J’ai senti comme un basculement de l’Histoire...


J’ai entendu de nombreux témoignages d’amis ukrainiens sur ces journées mémorables de l’Indépendance (comme j’en ai entendu sur le jour où la centrale de Tchernobyl a explosé) et je m’en suis inspirée dans « Les errantes ». Plusieurs chapitres de mon roman sont d’ailleurs consacrés à ces années 1991-1992 à la fois exaltantes et douloureuses.


Je vivais déjà à Kiev en 2001 au moment où ont été célébrées en grande pompe les dix ans de l’indépendance de l’Ukraine. Je me souviens avoir flâné des heures, mon appareil photo à la main, dans les rues animées et joyeuses, pavoisées de jaune et bleu. Quelques mois plus tard, j’ai vu des hommes grimper à l’assaut de l’hôtel « Moskva » pour le rebaptiser « Ukraina ». Des gens s’arrêtaient, commentaient, faisaient des remarques... Je me suis assise sur un banc et là aussi, j’ai observé, pris des notes et des photos. Ces notes, ces photos, m’ont servi pour écrire « Les Errantes ; chroniques ukrainiennes ». 

Propos reccueillis par Frédéric du Hauvel

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28 juin 2014 6 28 /06 /juin /2014 16:49

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27 juin 2014 5 27 /06 /juin /2014 16:27

Logo-Odaess-Consulting-small.jpgAujourd’hui 27 juin marquera l’histoire ukrainienne…

Tout d’abord, c’est aujourd’hui que le cessez-le-feu unilatéral mis en œuvre par le nouveau président ukrainien Piotr Porochenko prend fin. Le terme de ce cessez-le-feu aux allures d’ultimatum laisse le champ ouvert à toutes les possibilités : prolongation et discussions, recours à la force à grande échelle, intervention militaire de la Russie… Si on ne peut qu’espérer une issue pacifique à ce conflit qui a déjà fait de nombreux morts, aujourd’hui aucune option ne peut être écartée.

Aujourd’hui 27 juin, l’Ukraine s’engage dans un avenir européen en signant avec l’Europe le volet économique de l’Accord d’association. Cette signature marque le début d’une nouvelle ère de gouvernance et la réorientation des relations internationales de l’Ukraine.

Si l’incertitude est de mise quant à l’évolution du conflit dans l’Est, il n’y a pas de doute à avoir sur la guerre économique que livre et va continuer de livrer la Russie. La Russie a mis ses menaces à exécution et a coupé les livraisons de gaz à l’Ukraine depuis déjà une dizaine de jours et demain ce sont des pans entiers de l’économie ukrainienne qui risquent de se voir priver de la manne russe.

La signature de l’Accord d’association sera sanctionnée par la Russie par la création de barrières douanières, fiscales et techniques. Les recours que l’Ukraine déposera à l’OMC prendront du temps à être traités et déjà les exportations de biens industriels vers la Russie se sont effondrées au cours des six derniers mois.

Les bonnes relations entre « peuples frères » sont bel et bien consommées et l’Ukraine n’a plus à espérer de salut que de l’Europe et de son riche marché. Mais pour accéder à ce marché l’Ukraine n’a d’autre choix que de changer radicalement de système. L’état des relations avec la Russie ne permet pas de transition douce et l’Ukraine n’est pas encore prête à exporter massivement vers l’UE. Elle va devoir passer d’une forme de « libéralisme russe » où les relations, les accointances et l’argent rapidement empoché tiennent lieu de principes impondérables, à une forme de capitalisme européen, où la libre concurrence est la première des vertus.

Le gouvernement a une feuille de route et pourra profiter d’une aide technique et financière des Etats occidentaux pour moderniser son appareil d’État et libéraliser à bon escient le marché, mais les entreprises et les entrepreneurs privés vont se retrouver face à un système qui leur est tout simplement inconnu.

Bien sûr l’orientation européenne prise par l’Ukraine aura des retombées formidables pour ce pays, mais avant de récolter les fruits de cette modernisation à marche forcée, tous ceux qui n’auront pas voulu, su ou pu s’adapter à ces nouvelles règles disparaitront à plus ou moins brève échéance. C’est l’un des principes de base de la libre concurrence : seuls les meilleurs resteront, les autres sont condamnés à disparaître.

Les mentalités post-soviétiques, les outils de production désuets, les produits imposés aux clients devront être remplacés par la notion de service, le marketing, l’efficience industrielle, le contrôle qualité, etc.

Au delà de l’indispensable modernisation de l’état, de l’amélioration du climat des affaires, de la lutte contre la corruption pour lesquelles le gouvernement s’est engagé, les entreprises vont devoir elles aussi se réformer pour améliorer leur compétitivité. Plusieurs catalyseurs pourraient les y aider.

La libéralisation du système des visas pour l’Europe va permettre aux ukrainiens de découvrir ce vers quoi ils veulent aller. C’est en connaissant l’objectif que l’on atteint sa cible. Aujourd’hui déjà les ukrainiens qui ont voyagé en Europe sont moteurs et à l’origine de beaucoup de réalisations fructueuses.

Par ailleurs, le risque de défaut de l’État ukrainien écarté grâce aux aides accordées par les institutions financières internationales et les États devrait permettre petit à petit d’abaisser le taux directeur de la Banque centrale d’Ukraine et de favoriser l’accès aux crédits nécessaires à la modernisation des outils de production.

Enfin, les investisseurs étrangers, lorsque le pays finira d’être pacifié auront tôt fait de comprendre l’intérêt qu’ils ont à investir dans un pays aux nombreuses et fortes potentialités qu’elles soient agricoles ou industrielles. Ces investisseurs apporteront avec eux, équipements, méthodes et savoir-faire.

L’Ukraine est donc promise à un avenir churchillien* : elle est à l’aune d’une formidable réussite, ses potentialités vont enfin être mises en valeur mais ceux qui resteront au bord de la route seront nombreux...

Par Emmanuel de Bettignies


Pour lire davantage, rendez-vous sur la page de la revue de presse mensuelle d'ODAESS

 

 

* Winston Churchill lors de son discours à la Chambre des communes le 13 mai 1940 avait prononcé la phrase devenue célèbre :
I have nothing to offer but blood, toil, tears, and sweat.(Je n’ai rien d’autre à vous offrir que du sang, de la peine et des larmes) ajoutant, You ask, what is our aim? I can answer in one word: It is victory, victory at all costs, victory in spite of all terror, victory, however long and hard the road may be; for without victory, there is no survival. (Vous vous demandez : quel est notre but ? Je réponds par un seul mot : la victoire, la victoire à n’importe quel prix, la victoire en dépit de toutes les terreurs, la victoire quelque longue et difficile que soit la route pour y parvenir, car sans victoire, il n’y a pas de survie).

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27 juin 2014 5 27 /06 /juin /2014 14:21

Antoine-arjakovsky.jpgAntoine Arjakovsky est un historien français, qui codirige aujourd'hui le département « Société, Liberté, Paix » du pôle de recherche du Collège des Bernardins à Paris. Après 20 ans passés entre Moscou, Kyiv, Lviv et Paris, en juin 2014 il a publié son nouveau livre « Russie - Ukraine. De la guerre à la paix ? ».

 

 

- Les événements de Maidan de l'hiver dernier sont entrés dans la mémoire collective comme la Révolution de la Dignité, que cela t'inspire-t-il ?
Cette expression de « révolution de la dignité » apparaît en Ukraine dès le mois de décembre 2013. Je l’ai trouvée dans une déclaration de l’Université catholique d’Ukraine le 11 décembre et le lendemain dans un article du théologien orthodoxe ukrainien Serge Hovoroun. Aujourd’hui, jeudi 26 juin c’est Petro Porochenko, le nouveau président ukrainien qui utilise cette expression dans son discours à l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe.

 

Si cette formule a fait très vite consensus c’est d’abord parce que le peuple ukrainien s’est indigné le 1er décembre que la police d’Etat puisse frapper jusqu’au sang des manifestants pacifiques. Cette indignation et le soulèvement qui s’en est suivi n’a fait que renforcer le motif de la manifestation initiale, à savoir le désir des Ukrainiens d’appartenir à la grande famille des nations européennes unies par le même attachement à la Convention européenne des droits de l’homme. Cette expression a été utilisée également parce que cette révolution s’est déroulée dans le respect de la constitution ukrainienne de 2004. Elle ne fut donc pas un coup d’Etat.

- Pour quelle raison l'Est de l'Ukraine s'est-il si soudainement et si brutalement embrasé au printemps dernier ?
Ce n’est pas l’Est de l’Ukraine qui s’est soulevé, mais le président Poutine qui a cherché à déstabiliser l’Ukraine dès la victoire de la révolution de la dignité le 22 février. On sait aujourd’hui que les pseudo-référendums en faveur du rattachement à la Russie, de mars en Crimée, et de mai dans le Donbass, n’ont été approuvés que par une faible partie de la population. Les experts estiment à 35% en moyenne le nombre de personnes qui les ont soutenus. Je cite en particulier dans mon livre  les chiffres de Mustafa Djemilev (ndr:chef de file reconnu du Mouvement national des Tatars de Crimée) et de Svetlana Gannouchkina (ndr: défenseure des droits humains en Russie).

 

En revanche en mai dernier partout où des élections ont pu se tenir en présence d’observateurs internationaux envoyés par le Conseil de l’Europe et les Nations Unies, les Ukrainiens se sont prononcés en faveur du maintien de l’unité du pays. On sait aussi que des troupes russes stationnent depuis février à la frontière Est de l’Ukraine, ce qui est extrêmement déstabilisant pour une population qui se sent abandonnée depuis que le président Yanoukovytch est au pouvoir. Il faut ajouter qu’à deux reprises tous les responsables religieux d’Ukraine sans exception se sont prononcés en faveur du maintien de l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Enfin il suffit de regarder la nationalité des principaux « séparatistes » en Ukraine, comme le colonel Guirkine à Donetsk, pour s’apercevoir qu’il s’agit tout simplement de citoyens russes !

La vraie question pour moi est donc plutôt de s’interroger sur les raisons pour lesquelles la Russie a voulu déstabiliser l’Ukraine. L’analyse que je développe dans mon livre est que les causes politiques, économiques, et militaires classiques sont insuffisantes pour répondre à cette question. La résurgence du nationalisme contredit en effet le souci du président V. Poutine de créer une union eurasiatique. Le Donbass et la Crimée n’apportent pas grand-chose au plan économique à la Russie. Et, malgré ce que l’on croit, la Russie disposait, à part le port de Sébastopol, d’autres accès à la mer Noire. Le vrai ressort de cette guerre est donc fondamentalement de nature mythologique. Il a trait à l’identité de la nation russe. Or en ce cas seul un traitement théologico-politique du problème permet de trouver des issues de paix. Car malheureusement le patriarche Kirill Gundyaev, avec son discours sur le « monde russe » est largement responsable des errances mythologiques du Kremlin.

- Dans quelle mesure le spectre du communisme continue-t-il de peser sur les relations russo-ukrainiennes ?
Les politologues du monde entier se sont empressés en 1989-1991 de déclarer la mort du communisme. C’était ici encore prendre ses désirs pour la réalité. En réalité la structure de l’organisation administrative de la Russie, de l’Ukraine et de la Biélorussie a très peu changé par rapport à la période soviétique. On trouve encore quantité de statues de Lénine dans ces pays. Le mausolée de Lénine trône encore sur la place Rouge à Moscou. Et Staline reste un des plus grands personnages des manuels d’histoire. Le malheur de ces pays est qu’il ne s’est pas trouvé de génération suffisamment instruite et déterminée pour instruire le procès du communisme dans les années 1990-2000. Or ces pays n’ont pas d’alternative. Soit ils suivent le chemin de leurs voisins polonais ou baltes et ils mettent en place une véritable politique de lustration des crimes du communisme. Soit ils continuent à faire semblant de croire que ce travail est impossible et ils seront confrontés à une nouvelle mutation de la mythologie totalitaire.

Mais pour prendre conscience de cette alternative ils doivent au préalable intégrer une idée simple : Le mythe est indissociable du concept pour comprendre la vie des nations. Négliger la puissance du concept et de la réflexion historique est aussi inconséquent que de mépriser la soif de justice et la quête identitaire des nations. En d’autres termes il faut aujourd’hui que les historiens des pays concernés écrivent ensemble une histoire réconciliée en n’omettant aucun sujet épineux. Car, même si ce travail est douloureux, seule la vérité existentielle, historique et spirituelle donne le courage de comprendre, de pardonner, et d’accéder enfin au bonheur insouciant.

Propos reccueillis par Olga Gerasymenko

 

russie-ukraine-de-la-guerre-a-la-paix.jpg"Russie/Ukraine De la guerre à la paix?" sera présenté par son auteur au Collège des Bernardins le 2 juillet 2014 à 11h00. Inscrivez-vous ici.

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27 juin 2014 5 27 /06 /juin /2014 10:20

rodina-mat.jpgUn nouveau cap vient d’être franchi dans le conflit russo-ukrainien après l’élection du nouveau président Petro Porochenko. En effet, malgré les élections qui se sont bien déroulées en Ukraine et que l’élection du nouveau pouvoir vient d’être reconnue par le monde entier y compris par la Russie (elle a dépêché son ambassadeur lors de l’intronisation du nouveau président). Or, le 19 juin des troupes russes sont entrées dans les régions de l’Est de l’Ukraine.


Le président ukrainien a décrété une trêve d’une semaine à partir de vendredi 20 juin, elle doit durer une semaine, elle permet entre autre, une amnistie générale pour les «pro-russes » qui n’ont pas de sang sur les mains de pouvoir regagner à la vie civile, cela doit permettre pour la grande majorité d’entre eux de rentrer en Russie…


Quel a été la réponse des « pro-russes » depuis ce vendredi ?... ce fut un redoublement des attaques contre  l’armée  ukrainienne puis un ultimatum de Poutine demandant au pouvoir ukrainien de faire partir l’armée ukrainienne du Donbass. Ce dimanche après une conversation téléphonique  avec Angela Merkel et François Hollande, Vladimir Poutine approuve le plan de paix du président ukrainien Petro Porochenko, changement de ton… Moscou souffle «  le chaud après le froid »...


Ce dimanche 22 juin à Paris une manifestation de solidarité a eu lieu pour l’Ukraine dont le mot d’ordre est la paix. Un petit peu plus tôt dans un autre endroit de Paris, une autre manifestation s’est déroulée sous le même slogan, mais cette fois organisée par les fidèles à Poutine, là-bas des personnes qui avaient des pancartes dénonçant l’agression du Kremlin contre l’Ukraine furent refoulées sans ménagement de cette manifestation. Là aussi le chaud et le froid, d’un côté un appel « pour tous ceux qui veulent la paix en Ukraine » et, d’un autre côté, expulsion de toutes les personnes qui ne sont pas d’accord avec Poutine.


A travers ces deux exemples, on constate, l’un dans le Donbass et l’autre en région parisienne…un double langage de Moscou! ! !


Des pourparlers ont commencé ce lundi en Ukraine sous la présidence de l’OSCE entre le pouvoir ukrainien et les pro-russes, une accalmie s’est faite sur le terrain brièvement… Seul le dialogue sous auspice d’une organisation comme  l’OSCE pourra débloquer la situation… en espérant que LA PAIX revienne enfin dans cette région.

Par  Bogdan   MYTROWYTCH

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27 juin 2014 5 27 /06 /juin /2014 08:55

Le Prix de la Ville de Perpignan Rémi Ochlik-2014 va à Maxim Dondyuk, photographe ukrainien, originaire de Nova Kakhovka, pour son travail réalisé l'hiver dernier sur Maïdan.

 

http://images.eu.viewbook.com/57708f3cb4c0ab21023505220c4f7ea8_medium.jpg
Retenu par différents directeurs photo de magazines internationaux, le jeune photographe pourra bénéficier d'une exposition personnelle dans le cadre de la prochaine édition du prestigieux festival "Visa pour l'image" de Perpignan (30 août-14 septembre).

 

Pour voir les travaux de Maxim Dondyuk, rendez-vous sur son site.

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17 juin 2014 2 17 /06 /juin /2014 16:41

fete-de-la-musique-21062014-choeur-st-volodymyr.jpg

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16 juin 2014 1 16 /06 /juin /2014 21:18

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10 juin 2014 2 10 /06 /juin /2014 21:46

 

Quels sont vos projets aujourd’hui ?

Notre tragédie (je fais référence aux événements en Ukraine de novembre 2013 jusqu’à aujourd’hui) nous a réunis, Ukrainiens et Français. Je suis venu présenter une nouvelle initiative qui s’appelle «l’Ukraine de la Nuit » qui a lieu le 14 mai à Paris, à la Bellevilloise.

 

C’est à la fois une discussion politique et une soirée musicale. C’était mon idée à la base, donc j’ai contacté Natalka Pasternak, présidente du Comité représentatif de la communauté ukrainienne en France. Beaucoup de gens ont répondu à cette initiative... Le malheur passera un jour, mais nous, nous devons rester actifs et solidaires. Nous nous sommes réunis afin de discuter de nos projets, des perspectives de collaboration. Il faut être très créatif et actif. Je suis venu pour la première fois en France à l’époque soviétique. Les Français ne connaissaient pas du tout les Ukrainiens. Lorsque nous avions joué de l’accordéon ici à Montmartre, les gens nous prenaient pour des Tsiganes ou bien des Juifs ou des Russes. Aujourd’hui, la situation a bien changé. Nous avons un statut différent, on nous perçoit et nous reçoit différemment.

 

 

Nous avons beaucoup de choses en commun, les Ukrainiens et les Français. Je peux citer quelques

personnalités qui font le lien entre les deux pays : Serge Lifar et Vaslav Nijinski (qui sont nés à Kiev) ou Gogol, Vertinski... Pendant très longtemps nous ne soupçonnions pas qu’il y a tant de liens entre nos cultures. Aujourd’hui je vois les Français qui connaissent mieux les Ukrainiens, qui sont devenus plus proches, plus attentifs... Je pense que la solidarité traditionnelle des Français s’est transformée en compassion, en chaleur humaine, en entreaide, ce qui est un trait de notre culture. Ce qui nous manquait à nous les Ukrainiens, c’est cette capacité et cette détermination à se battre pour ses droits, ténacité qui caractérise les Français.

 

D’autres projets à venir ?

Je vais me mettre à « rêver », car je suis le « rêveur » numéro un ! Mais si je dois parler sérieusement, je vais rencontrer mes partenaires et on va travailler sur des projets concrets, sur les « business plans ». Nous vivons des temps difficiles. Il y a beaucoup d’inquiétude quant à l’avenir de l’Ukraine.

 

Qu’est -ce que vous ressentez personnellement ? Quelle est votre position ?

Bien sûr, nous nous inquiétons pour l’avenir, nous avons peur pour nos proches... Nous entendons un grand nombre de conseils sur la façon de sortir de cette situation. Malheureusement, on entend toujours que « quelqu’un doit faire quelque chose », en Ukraine nous avons de grandes attentes vis-à-vis de notre Etat ou de notre gouvernement. Ma recette est très simple : dans des temps si difficiles, il faut se consacrer à des choses que nous savons bien faire, il faut avancer, rester actif, respirer, s’unir, travailler sur des sujets positifs. Il faut penser au jour où le malheur sera passé. Il faut réfléchir à ce que l’on doit faire pour que cela arrive, pour résoudre les problèmes. On doit imaginer un meilleur avenir et essayer de le créer.

 

 

Quels sont vos projets à venir en Ukraine ? Vous organisez toujours le festival « Kraïna Mriy » (« le Pays des rêves ») ?

D’ abord j’aurai quelques concerts dans les villes ukrainiennes avec le groupe « VV » (Vopli Vidopliassova). Je vais également donner quelques concerts de jazz. Nous préparons actuellement la 11ème édition du festival « Kraïna Mriy» dans un nouveau format, je l’appellerai « faisons le festival ensemble ». J’ai été inspiré par le festival d’Avignon auquel j’ai participé. Il y a deux parties : le programme « in », fait par les organisateurs et le programme « off » proposé par des associations, des groupes, des individus... Nous allons faire la même chose en Ukraine. Nous allons proposer une assistance technique (la scène, la lumière, la publicité etc.) aux participants afin qu’ils puissent réaliser leurs idées, leur programme. Nous avons un nouveau terrain pour le festival, un grand parc avec des lacs...

 

Nous avons déjà reçu des propositions intéressantes. Le moment est assez particulier pour réaliser ces idées. Même les Français remarquent que les Ukrainiens aujourd’hui proposent un nouveau modèle de société. L’organisation sur Maïdan a été extraordinaire ! Qui sait, peut-être, nous serons capables de trouver des solutions à des problèmes graves de la société moderne ?

 

Notre festival sera une sorte d’expérimentation sociale. Il est possible que dans l’avenir le festival soit entièrement pensé et réalisé grâce à des initiatives extérieures, à des groupes des participants eux-mêmes.

Propos recueillis par Olena Codet

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Published by Perspectives Ukrainiennes - dans Culture
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