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6 février 2015 5 06 /02 /février /2015 20:30

Mardi 17 février 2015, 18 h., EDHEC Business School, 372 rue Verte, 59170 Croix.

 

Projection du film La Croix de pierre de Léonide Ossyka.

 

Séance introduite et suivie d'un débat animé par Lubomir Hosejko, historien du cinéma ukrainien.

 

Soirée proposée par l'Association régionale ukrainienne Nord-Pas-de-Calais et Human 'East, association étudiante oeuvrant pour des missions humanitaires en Ukraine en partenariat avec la chaire de français d'Ivano-Frankivsk. Human 'East sensibilise les jeunes de la région lilloise à l'humanitaire et à la promotion de la culture ukrainienne dans le Nord.

 

Affiche-Projection-debat-La-Croix-de-pierre-1-.jpg

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21 janvier 2015 3 21 /01 /janvier /2015 10:49

La-Croix-de-pierre-JPG-1-.jpg

Production : Studio Alexandre Dovjenko de Kiev, 1967, 82 mn, nb.

Réalisation : Léonide Ossyka

Scénario : Ivan Dratch

Photographie : Valeriï Kvas

Décors : Mykola Rieznyk

Musique : Volodymyr Houba

Son : Sophie Serhienko

Interprétation : Danylo Iltchenko, Boryslav Brondoukov, Kostiantyn Stepankov, Vassyl Symtchytch, Kateryna Mateїko, Boris Savtchenko, Ivan Mykolaїtchouk, Antonina Leftiї, Olexiї Atamaniouk

 

Récompense : Prix de la meilleure photographie décerné à Valeriï Kvas, Prix du meilleur rôle masculin à Boryslav Brondoukov au Festival Pansoviétique de Leningrad, 1968. Premier Prix décerné à Léonide Ossyka au Festival de l’art orthodoxe l’Orante d’Or, Kiev, 1995.

photogramme-La-Croix-de-pierre-2-copie-1.jpg 

Synopsis

 

Accablé d’impôts, Ivan Didoukh a trimé toute sa vie. Au sort de paysan abruti par l’alcool et le travail sur une terre rocailleuse où règnent la loi du silence et une justice sommaire, il préfère, pour lui et ses fils, le destin d’immigrant qui ira creuser sa tombe au Canada. Pour réunir l’argent nécessaire au voyage, il vend tout ce qu’il possède. Détroussé pat un voleur, il décide de le tuer.

Opinion

     Revigorée par sa vitalité créatrice, la production cinématographique ukrainienne de 1968 est, contre toute attente, peu représentée au IIIème Festival pansoviétique. Seuls Calme Odessa de Valeriï Isakov et La Croix de pierre de Léonide Ossyka font le chemin de Leningrad où se tient le festival. Les distinctions qu’obtient le film d’Ossyka - Prix de la meilleure photographie et du meilleur rôle masculin – témoignent du travail en profondeur qu’effectue la nouvelle vague ukrainienne. Or, le langage poétique du jeune réalisateur, la beauté plastique des paysages filmés par Valeriï Kvas ne sont pas pour autant les surgeons paradjanoviens que d’aucuns voient d’un mauvais œil, car sortis du même sanctuaire géographique. Le film aurait été inconcevable en couleur, tant sa violence dramatique, son naturalisme virulent et son graphisme ascétique induisaient l’emploi du noir et blanc. L’idée du film naît à l’époque où foisonne une littérature appelée « prose rurale », inspirée par les migrations répétées des Russes et des Ukrainiens. Les premiers arrivent massivement en Ukraine, les seconds partent en Crimée ou vont défricher les terres vierges en Asie Centrale. C’est donc en opposition à ce chassé-croisé qu’apparaît l’intérêt vital d’affirmer leurs racines et leur culture.photogramme-La-Croix-de-pierre-3-copie-1.jpg

     Tiré de deux nouvelles de Vassyl Stefanyk, La Croix de pierre est par essence cinématographiquement préconçu en amont du scénario, au même titre que l’étaient les nouvelles de Kotsioubynskyi pour Les Chevaux de feu, les quelques infidélités faites au récit par le scénariste Ivan Dratch ne faisant que renforcer la portée sociale du film qui s’inspire d’un fait authentique, le départ, en 1912, vers le Canada du premier Ukrainien de la région, Ivan Akhtemiїtchouk. Quelques années auparavant, une tentative avait été faite en vue d’un documentaire sur Vassyl Stefanyk par la réalisatrice  Laryssa Chepitko, qui parcourut les Carpathes. L’histoire se passe dans les  Carpathes, d’où partent, comme de toutes l’Europe des misères, des milliers de paysans vers le Nouveau Monde. Ossyka chante l’abandon de la terre nourricière, thème central de l’œuvre de Stefanyk, et sublime le tragique en choisissant d’une manière expressément noire, la résignation sans espoir. Ici, tout est traité avec des longueurs diffuses, des travellings fluides, le plus souvent latéraux, des champs-contrechamps alternant gros plans et plans d’ensemble. Le dialogue est concis dans un dialecte houtsoule coloré. Hormis Danylo Iltchenko (Ivan Didoukh) et Boryslav Brondoukov (le voleur), Vassyl Symtchytch (Georges), Ivan Mykolaїtchouk (Ivan, fils), Boris Savtchenko (Mykola), Kostiantyn Stepankov (Mykhaïlo) et Antonina Leftiї (la belle-fille), tous les acteurs sont des non-professionnels du village de Roussiv et de Sniatyn. La caméra de Valeriï Kvas affectionne la terre aride et s’attarde volontiers sur les visages sortis tout droit de portraits de manants, bossus, borgnes et éclopés, croqués à la manière d’un Bruegel. Saisissantes la photographie et la dramaturgie de la scène précédant la mort du voleur, empruntée au tableau de Rembrandt Le Retour du fils prodigue. Alors que Paradjanov ou Illienko (La Nuit de la Saint-Jean) se servent de la couleur pour rehausser la métaphore, c’est vers un graphisme au style compassé qu’Ossyka se tourne pour activer la fonction visuelle. La croix que traîne le vieux Ivan jusqu’au sommet de la montagne, sépulture du voleur, est d’un exceptionnel rendu photographique, entretenu par sa force biblique. Formant une symétrie avec Les Chevaux de feu de Paradjanov autour d’un axe ethnographique et ritualiste, La Croix de pierre souligne, dans le même temps, son antinomie avec La Terre de Dovjenko, une terre où l’homme, tout aussi mortel, fusionne avec la nature, riche et généreuse. On retrouve encore cette analogie dans la scène culminante de la danse, où Didoukh et sa femme exécute une polka face à un public stupéfait. Dans le courant poétique du cinéma ukrainien, la danse remplit essentiellement une fonction plastique et dramatique. Tel fut le cas pour la danse de Vassyl dans La Terre, pour Ivan et Maritchka dans Les Chevaux de feu, de Dana et Orphotogramme-La-Croix-de-pierre-4-copie-1.jpgest dans L’Oiseau blanc marqué de noir de Youriï Illienko. Elle est accompagnée obligatoirement par une musique symphonique mâtinée de variations folkloriques, écrites par des compositeurs de renom, tels Valentin Sylvestrov, Léonide Hrabovskyi, Vitaliї Hodziatskyi et, principalement, Volodymyr Houba. Auteur de musiques de film assorties à une culture régionale, Volodymyr Houba en a signé en près de cinquante ans plus d’une centaine.

    C’est à partir de  La Croix de pierre que se dégagera l’impression d’une sorte de réserve carpathique nationale dans le cinéma ukrainien, louée pour des œuvres de plus en  plus personnelles, auxquelles s’associent les décorateurs Reznyk, Novakov ou Yakoutovytch. Dès sa sortie, le film servira de matériau de cours pour la célèbre école de cinéma de Lodz en Pologne. C’est encore à partir de ce film-culte que le critique polonais Janusz Gazda appellera la nouvelle vague ukrainienne des années soixante « École poétique de Kiev », école qui aujourd’hui encore a ses émules.

 

Lubomir Hosejko

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24 octobre 2014 5 24 /10 /octobre /2014 13:34

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Le 3 novembre 2014 à 20h dans la salle Pierre Daure (Campus1) assistez à la projection du film Maïdan  de Sergei Loznitsa.

 

La projection sera suivie d’une discussion avec Lubomir Hosejko, Historien et spécialiste du cinéma ukrainien, animée par Boris Czerny, enseignant à l’Université de Caen.

 

Pour plus information, rendez-vous sur la page du Cinéma LUX.

 

Prolongez votre passion pour le cinéma ukrainien le mardi 4 novembre – 18h à la Maison de l’étudiant. Projection gratuite du film La Croix de pierre de Leonid Ossyka, présentée par Lubomir Hosejko. 

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22 octobre 2014 3 22 /10 /octobre /2014 18:53

forum-des-images.jpgUkraine : un cinéma en quête d’indépendance

 

Depuis l’indépendance politique du pays en 1991, le cinéma ukrainien, en perpétuelle quête d’autonomie et de repères, cherche sa voie. Longtemps identifié au système soviétique, il produit pourtant des œuvres contestataires qui montrent le chemin

 

Un pays, une frontière ?

Depuis la chute du bloc soviétique, l’Ukraine, à la croisée de l’Europe et de la Russie, cherche son équilibre, entre volonté d’exister en dehors de l’influence de la seconde et problèmes de corruption qui gangrènent le pays. La Révolution orange de 2004 tente de changer la donne, sans succès. En novembre 2013, Kiev suspend les négociations avec l’Union européenne. S’ensuit une vague de manifestations protestataires, place Maïdan, violemment réprimées. En février 2014, le président prorusse Viktor Ianoukovitch est destitué. Très rapidement, la Crimée est rattachée à la Russie après un référendum controversé. Une guerre civile dans l’est de l’Ukraine majoritairement russophone entraîne encore aujourd’hui des milliers de morts.

 

Un cinéma de résistance

À l’époque soviétique, le cinéma ukrainien est particulièrement florissant. Au sein même du système, des réalisateurs (S. Paradjanov, Y. Illienko) ouvrent la voie à un cinéma plus contestataire, attaché à la terre et à l’histoire ukrainienne. À bien des égards, Les Chevaux de feu constitue une œuvre politique. Les instances qui souhaitent voir le cinéaste revenir vers le réalisme socialiste qualifient le film « d’expression du nationalisme ukrainien ». Réalisé sur la base de documents témoignant des événements de Tchernobyl en avril 1986, La Désintégration de Mikhail Belikov est au-delà du genre catastrophe. Véritable brûlot politique sans complaisance, il montre de façon prémonitoire une société et un système prêts à s’effondrer.

 

L’émergence d’une nouvelle génération

Depuis 1991, le cinéma ukrainien cherche sa voix. L’industrie connaît une période sombre, marquée par l’effondrement de sa production et de la fréquentation. Les années 2000 voient cependant l’arrivée de réalisateurs alternatifs, prêts à démontrer que le cinéma ukrainien existe par lui-même et constitue un précieux outil pour la reconstruction de l’identité nationale. À l’instar du remarqué The Tribe ou de Maïdan, présentés à Cannes cette année, les films ukrainiens occupent désormais une place à part au sein du cinéma international.

Conseiller à la programmation : Lubomir Hosejko

 

Pour voir le programme relatif au Forum des images, cliquez ici.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site.

 

LES SEANCES:
08/11/2014, à 20h00 - La Desintegration (Raspad) de Mikhail Belikov
09/11/2014, à 17h30 - Les chevaux de feu (Tini zabutykh predkiv) de Serguei Paradjanov
09/11/2014, à 19h30 - La terre outragée de Michale Boganim (en présence de la réalisatrice)
10/11/2014, à 17h00 - Maïdan de Sergei Loznitsa
11/11/2014, à 15h00 - The green jacket (Zelena kofta) de Volodymyr Tykhyy
11/11/2014, à 20h30 - The tribe (Plemya) de Myroslav Slaboshpytskyy
13/11/2014, à 14h30 - The green jacket (Zelena kofta) de Volodymyr Tykhyy
14/11/2014, à 17h00 - Maïdan de Sergei Loznitsa

 

 

 

 

MARDI 11 NOVEMBRE À 18H

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TABLE RONDE

UKRAINE : ENTRE INTÉGRATION ET DÉSINTÉGRATION

animée par Lubomir Hosejko (historien du cinéma ukrainien, auteur de « Histoire du cinéma ukrainien », éditions A. DIE) avec Alexandra Goujon (politologue spécialiste des pays de l’Europe de l’Est), Julia Sinkevych (productrice exécutive du Festival international du film d’Odessa), Denis Ivanov (producteur)

 

durée : 1h30

 

D’une révolution à l’autre, le cinéma peut-il encore jouer un rôle de passeur culturel dans la crise identitaire ? Le bilinguisme limite-t-il ou renforce-t-il l’idée d’une exception nationale dans la création cinématographique ? Face aux déferlantes russe et américaine, la nouvelle vague ukrainienne surprend par sa volonté de résister à la tourmente économique et politique, tandis que les cinéastes et producteurs indépendants, aux portes de l’Europe, se tournent vers la coproduction internationale.

ENTRÉE LIBRE DANS LA LIMITE DES PLACES DISPONIBLES

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13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 10:41

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20 mai 2014 2 20 /05 /mai /2014 20:55

affiche-film-HAYTARMA.jpg

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6 mai 2014 2 06 /05 /mai /2014 20:59

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24 février 2014 1 24 /02 /février /2014 21:41

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21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 20:11

CINÉ-CLUB UKRAINIEN

ESPACE CULTUREL DE L’AMBASSADE D’UKRAINE

22, av. de Messine, M° Miromesnil. Tél. 01 43 59 03 53

 

Mardi 4 juin 2013, 19 heures

 

Entrée libre.

 

79-ème séance

 

SEULS LES ANCIENS VONT AU COMBAT

(В БІЙ ІДУТЬ ТІЛЬКИ СТАРИКИ)

vostf

Affiche-Seuls-les-anciens-vont-au-combat-2-.jpg 

Production : Studio Alexandre Dovjenko de Kiev, 1973, 92 mn, nb.

Scénario : Léonide Bykov, Yevhen Onoprienko, Alexandre Satskyi

Réalisation : Léonide Bykov

Photographie : Volodymyr Voїtenko

Décors : Heorhiї Prokopets

Musique : Victor Chevtchenko

Son : Nina Avramenko

Interprétation : Léonide Bykov, Olexiї Smyrnov, Victor Mirochnytchenko, Volodymyr Talachko, Roustam Sagdoullaiev, Eugénie Symonova, Olga Matechko, Serge Ivanov, Serge Pidhornyi, Vano Yantebelidze, Alexandre Nemtchenko, Viloriї Pachtchenko, Alim Fedorynskyi, Youriï Sarantsev, Valentin Makarov, Léonide Martchenko, Boris Boldyrevskyi, Hryhoriї Hladiї

Genre : comédie musicale dramatique

 

Récompenses : Prix du meilleur rôle masculin à Léonide Bykov, Prix du Festival et Prix du Ministère de la Défense VII Festival Pansoviétique de Bakou (1974) ;  Médaille d’argent Alexandre Dovjenko ; Grand Prix Festival de Zagreb (1974) ; Prix de l’Association de l’amitié soviéto-tchécoslovaque Festival de Karlovy Vary (1974) ; Prix national d’État Taras Chevtchenko (1977).

 

  

Synopsis

Pendant la Seconde guerre mondiale, une escadrille livre tous les jours un combat acharné contre les Allemands. Pour se soutenir mutuellement, les pilotes de chasse forment un groupe de musiciens et de chanteurs, dirigé par le commandant de l’escadrille, le capitaine Tytarenko. Les anciens ont à peine 20 ans, alors que les bleus, formés à la hâte, ne sont pas encore prêts au combat. Mais bientôt viendra le jour où, suivant l'ordre « seuls les anciens vont au combat », ils devront monter dans leurs avions, prêts à décoller.

Photogramme-Seuls-les-anciens-vont-au-combat.jpg

 

Seuls les anciens vont au combat

 

Opinion

Conçu dans la tradition du music-hall soviétique, Seuls les anciens vont au combat  est une comédie musicale réalisée d’une manière inédite dans le cinéma ukrainien, à une époque où celui-ci traverse une profonde crise au niveau du film d’auteur et de la liberté de création. Il est l’un des rares à s’inscrire dans la perspective antihéroïque, qui hante ou fascine les auteurs de films de guerre, et à cibler un public de vétérans de plus en plus nostalgiques. En ces temps de remise au pas idéologique, il est renforcé par un élément laissé jusque-là en veilleuse - le chant, utilisé en contre-point pour doper une image à laquelle le lyrisme ou l’âpreté ne suffisent plus. Appartenant à une génération pour laquelle la guerre ne représenta pas fatalement une tragédie personnelle, Léonide Bykov est de ces auteurs-réalisateurs de la stagnation brejnévienne qui, par le biais de la comédie musicale, s’emploient à revitaliser une épopée sur un ton peu cocardier. Engagé tantôt par la Lenfilm, tantôt par la Mosfilm, mais bientôt sans travail, il est repéré par le directeur du Studio Dovjenko de Kiev Vassyl Tsvirkounov qui l’encourage à venir travailler en Ukraine, sa terre natale. Parce que l’image de l’acteur-soldat lui colle à la peau, Léonide Bykov se voue au film de guerre où il exprime ses thèmes de prédilection sans se départir de son humour ukrainien : l’amour de la vie, la camaraderie, la solidarité, l’aversion pour la guerre.

Sorti sur les écrans en 1974, Seuls les anciens vont au combat, son premier grand film dédié aux pilotes de chasse qui ne revinrent pas, s’appuie sur un canevas musical thérapeutique. C’est, en effet, grâce au chant que les Icares de l’escadrille du capitaine Tytarenko – la deuxième chantante – luttent contre le stress et s’aguerrissent aux rigueurs des combats. Récompensée dans plusieurs festivals, cette comédie dramatique est un clin d’œil au cinéma des années trente où musiques et chants emplissaient les écrans, mais aussi le baptême du feu et de l’écran pour plusieurs acteurs, notamment les futures stars Hryhoriї Hladiї, Serge Ivanov, Volodymyr Talachko, Olga Matechko. Acteur de formation et enfant chéri du public, Léonide Bykov sera sacré meilleur acteur de l’année pour l’interprétation du rôle du capitaine Tytarenko. Il rééditera son formidable succès en 1976 avec Une, deux, les soldats marchaient sur un mode plus héroïque. En 1979, alors qu’il procédait aux bouts d’essai de L’Étranger, un film de science fiction, il décède à l’âge de 51 ans dans un accident de voiture.

On retiendra de ce grand classique, dont le scénario fut boudé un certain temps par le Conseil artistique du Studio Dovjenko pour son manque de patriotisme, le refrain de La Brune, remis au goût du jour, et d’autres célèbres chansons ukrainiennes et russes, sans lesquelles le film n’aurait pas obtenu le succès escompté. Le film draina plus de 44 millions de spectateurs les douze premiers mois d’exploitation – à l’époque chiffre record dans l’histoire du cinéma mondial. La légende, selon laquelle la direction du Studio Dovjenko de Kiev avait incité Léonide Bykov à réaliser ce film en couleurs, est farfelue. En réalité, la colorisation du film, fut faite en 2008 par le studio Trade Entertainment et la compagnie américaine Legend films. Émaillée d’erreurs, notamment au niveau des tenues et attributs militaires, la version colorisée fut diffusée le 9 mai 2009 sur les chaînes de télévision ukrainienne et russe, à l’insu des ayants droit, ce qui provoqua un scandale dans la communauté artistique.  

Lubomir Hosejko

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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 22:04

CONSCIENCE

FILM

DE VOLODYMYR DENYSSENKO

JADIS  INTERDIT EN UKRAINE

ET TOUJOURS INCONNU DU GRAND PUBLIC

 

 

CINÉ-CLUB UKRAINIEN

ESPACE CULTUREL DE L’AMBASSADE D’UKRAINE

22, av. de Messine, M° Miromesnil. Tél. 01 43 59 03 53

 

Mardi 7 mai 2013, 19 heures

Entrée libre

78-ème séance

 

CONSCIENCE

(СОВІСТЬ)

vo

 

Film inédit en France

Photogramme-Conscience-2.jpg

 

Production : Studio Alexandre Dovjenko, Institut théâtral Karpenko-Karyi de Kiev, 1968, 80 mn, nb, film restauré en 1989

Scénario : Volodymyr Denyssenko, Vassyl Zemlak

Réalisation : Volodymyr Denyssenko

Photographie : Alexandre Deriajnyi

Son : Anatoliï Tchornootchenko

Interprétation : Anatoliï Sokolovskyi, Victor Malarevytch, Mykola Oliїnyk, Mykola Houdz, Alexandre Didoukh, Vassyl Bohosta, Viatcheslav Krychtofovytch, Volodymyr Denyssenko, Dmytro Dieiev, Nina Reous, Halyna Dovhozviaha, Valentyna Hrychokina, Halyna Nekhaievska, Loubov Louts, Tetiana Touryk

Genre : drame

Récompenses : Prix (posthume) pour l’éminente contribution au cinéma ukrainien à Volodymyr Denyssenko, Prix du Jury au Premier Festival panukrainien de Kiev (1991)

 

Synopsis
Pour venger des personnes innocentes froidement exécutées, le jeune Vassyl tue un officier allemand. Blessé, il est transporté par son ami dans un village voisin. Les Allemands préviennent la population qu'ils attendront jusqu'au matin pour qu’on leur livre l’assassin. Taraudé par sa conscience, Vassyl décide de se rendre. Mais ce sacrifice s’avérera inutile. Tous les villageois seront fusillés sans pitié.

 

Opinion

Volodymyr Denyssenko est de ces auteurs-réalisateurs appartenant au cinéma identitaire poststalinien qui se concrétisa par l’édification de l’École poétique de Kiev dans les années soixante. Sa carrière professionnelle, qui s’étale sur un quart de siècle, se résume en douze films éloquents de portées sociale et historique esthétiquement aboutis. Étudiant à l’Institut théâtral de Kiev, Denyssenko en fut exclu dès la deuxième année pour nationalisme ukrainien. Déporté en Russie dans un camp de travail et de rééducation en 1949, il fut amnistié en 1953, et réintégra l’Institut pout y finir ses études. Réhabilité en 1956, Volodymyr Denyssenko fait ses premières armes en qualité d’assistant sur le film de Marc Donskoï Le Cheval qui pleure (1957), Le Poème de la mer (1958) de Youlia Solntseva, et réalise son premier long métrage La Soldate, en 1959. En 1964, aux prémices de la nouvelle École poétique, il confie le rôle du poète Taras Chevtchenko au débutant Ivan Mykolaїtchouk dans son film Le Songe, puis il entreprend la réalisation de deux films de guerre, Conscience et En direction de Kiev, qui sortiront tous deux en 1968. Cinéaste non conformiste, intransigeant sur les principes de la morale et de la déontologie professionnelle, Denyssenko ne se sent jamais aussi libre qu’à ce moment de sa vie. Elève d’Alexandre Dovjenko, auquel il dit un jour que sa génération en avait assez de faire des films de guerre, il écrit pourtant avec Vassyl Zemlak l’un des scénarios les plus poignants sur cette époque, où la tuerie est traitée du point de vue de l’absurde.  Inspiré d’un fait réel de la vie de Vassyl Zemlak, Conscience narre de façon très complexe mais laconique l’histoire de deux jeunes partisans qui commettent un attentat contre un officier allemand, à la suite duquel des représailles serontlancées contre les habitants d’un village. Réalisé avec le concours désintéressé de 18 élèves comédiens et techniciens de l’Institut théâtral de Kiev, où Denyssenko enseigne la mise en scène, le film est immédiatement interdit, le négatif détruit. En réalité, Conscience fait peur aux autorités. Il ne répond pas aux normes idéologiques et touche au thème tabou de la culpabilité vis-à-vis des populations innocentes. Coupé en épisodes, il sera montré dans des séminaires de cinéma et utilisé pour les cours d’opérateur de prises de vues. En son temps, Denyssenko voulut même vendre son film au Derjkino pour une diffusion commerciale. On lui rétorqua que le rôle du Parti communiste et du komsomol était absent dans le film et que de tels événements ne purent se passer, parce qu’il n’y en avait jamais eu. Ce reproche des autorités était en contradiction totale avec l’Histoire : d’identiques épisodes séquencés dans maints films soviétiques avaient fait l’unanimité de la critique et du public.

 Photogramme-Conscience-1.jpg

Tourné en noir et blanc, Conscience est l’un des rares films de l’École de Kiev à montrer l’Ukraine steppique. Du point de vue stylistique, il fait penser aux premiers films de Léonide Ossyka, où le facteur économique, comme ce fut le cas pour le néoréalisme italien ou la Nouvelle vague française, est révélateur : les films ont un devis serré, les réalisateurs tournent avec des stagiaires en observant strictement l’unité de temps, d’action et d’espace. Effectuées avec des moyens de fortune, les prises de vues se déroulèrent dans le village de Kopyliv, dans la région de Kiev, où eurent lieu des événements similaires rappelant ceux d’Oradour-sur-Glane. L’opérateur Alexandre Deriajnyi, étudiant en deuxième année, ne disposait que d’une prise par plan et d’un objectif à longue focale de 500 mm. La pellicule négative à haut contraste permettant de traduire un nombre réduit d’écarts de luminosité fut dénichée chez des pilotes de chasse. Il n’y avait pas de prise de son direct, les travellings s’effectuaient à bicyclette. Si l’abominable histoire était relativement restreinte en action - escarmouche, menace du massacre et massacre lui-même -, une tension constante régnait dans la progression dramaturgique, ponctuée de dialogues courts. Paradjanov dira à propos de ce chef-d’œuvre bâillonné que c’est le film le plus puissant de toute l’histoire du cinéma ukrainien, et le critique polonais Janusz Gazda le jugera stupéfiant, parce qu’il se différenciait de tous les autres films de guerre de l’époque. Les futurs acteurs Mykola Houdz et Halyna Dovhozviaha prétendront avoir vécu une expérience pédagogique inoubliable, notamment pour la scène du massacre à laquelle prirent part 500 figurants du village.


Equipe-technique-pendant-le-tournage-de-Conscience.jpgEn 1984, Denyssenko meurt subitement à l’âge de 54 ans, peu avant le début de la perestroїka. Deux ans plus tard, l’Union des cinéastes d’Ukraine organise une projection du film, sachant que les seuls tabous, motifs à une interdiction, restent la divulgation des secrets militaires,  les thèmes racistes, les atteintes portées à la Constitution. Mais l’unique copie du film obtenue auprès de la famille du réalisateur disparaît mystérieusement. Après deux années de recherche, la famille assigne en justice le syndicat des cinéastes. Trois jours  plus tard, les agents du KGB balancent sur le pavé deux boîtes contenant la copie endommagée. La restauration du film sera effectuée, en 1989, par Alexandre Denyssenko, le fils du réalisateur disparu, et par le réalisateur Roman Balaїan. Conscience sera montré pour la première fois à l’étranger au Festival de Montréal, en 1990, puis au Festival de Turin, en 1991, ainsi qu’au Premier Festival panukrainien de Kiev la même année. Depuis, il n’a fait l’objet d'aucune représentation commerciale en salles, hormis des projections confidentielles dans quelques ciné-clubs. Aujourd’hui encore, en Ukraine, le film reste inconnu du grand public.

 

Lubomir Hosejko

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