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20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 22:47

CINÉ-CLUB UKRAINIEN

ESPACE CULTUREL DE L’AMBASSADE D’UKRAINE

 

22, av. de Messine, M° Miromesnil. Tél. 01 43 59 03 53

 

Mardi 6 novembre 2012, 18h30

 

Entrée libre.

 

LE CHIEN PIE QUI COURT LE LONG DE LA MER

 

(РЯБИЙ ПЕС, ЩО БІЖИТЬ КРАЄМ МОРЯ)

vostf

 Photogramme-Chien-pie-2.jpg

suivi d’une intervention d’Anne-Victoire Charrin,

anthropologue arctique,

spécialiste des cultures et des littératures des peuples autochtones de la Sibérie

 

 

Production : Studio Alexandre Dovjenko de Kiev, Allianz Filmproduktion, Regina Ziegler Filmproduktion, ZAF, 1990, 136 mn, coul
Scénario : Tolomouch Okéiev, Karen Guevorkian
Réalisation : Karen Guevorkian
Photographie : Igor Biélakov, Roudolf Vatinian, Karen Guevorkian
Décors : Yevhen Striletskyi, Heorhiї Oussenko
Musique : Sandor Kalloś
Son : Alexandre Kouzmine
Interprétation : Boiarto Dambaiev, Alexandre Sassykov, Doskhan Joljaksynov, Tokon Tagtyrbekov, Loudmila Ivanova
Genre : drame
 
Récompenses : Grand Prix au Festival Kinotavr, Sotchi, 1991 ; Médaille d’Or, Prix de la FIPRESCI, Prix du Jury Œcuménique, Prix Spécial du Jury International des ciné-clubs, Festival de Moscou, 1991 ; Grand Prix du film d’auteur au Festival de San Remo, 1993 ; Grand Prix au Festival international du film d'action et d'aventures de Valenciennes, 1993
 
 Photogramme-Chien-pie-1.jpg
 
Synopsis
 
Kirisk, un petit garçon de dix ans, accompagné de son grand-père, de son père et de son oncle, part pour la première fois à la chasse au phoque. Mais un malheur s'abat sur les chasseurs. Le brouillard s'est levé sur la mer et ils se perdent. Quand les réserves d’eau arrivent à leur fin, les hommes décident de se sacrifier pour sauver l’enfant et leur peuple.
 
Opinion
 
Unique film du réalisateur d’origine arménienne Karen Guevorkian produit en Ukraine, Le Chien pie qui court le long de la mer fut commencé en 1978 à la Lenfilm, puis arrêté sur décision du Goskino. Mais en 1986, sur l'insistance de Viktor Démine, le Derjkino donna au réalisateur la possibilité de continuer et de terminer son travail aux Studios Dovjenko de Kiev, où les traditions du cinéma poétique subsistaient toujours.
 
Le film s’inspire du récit de Tchinguiz Aimatov sur la condition humaine des Nivkhes, petite minorité ethnique de Sibérie orientale confrontée à la rigueur des éléments et menacée d’extinction. Par son style documentaire, mais néanmoins épique, il rappelle Nanouk, l’Esquimau, avant un final intensément dramatique. Les lois éthiques sont celles de la nature avec qui l’homme vit en harmonie, la combat et la tutoie comme un être humain. Riche tant sur le plan anthropologique que cinématographique, le film se découpe en deux parties. La première se passe sur terre non loin du littoral. La seconde, en mer d’Okhotsk, et se réfère directement au récit d’Aimatov relatant l’initiation d’un jeune garçon à la chasse au phoque par son grand-père, son père et son oncle. Malgré quelques similitudes avec le film de Flaherty et L’Île nue du Japonais Kaneto Shindo, le film n’en reste pas moins une brillante fiction philosophico-poétique, émaillée de paraboles mythologiques, où chaque geste devient rituel. Contrairement à Flaherty qui demandait à Nanouk de rejouer son propre quotidien, Guevorkian nous plonge au cœur d’une communauté, vue par un œil non pas exotique mais ethnographique. Le réalisateur jette un regard libre sur les mœurs et les traditions, directement liées au substrat religieux d’une culture ancestrale. Dominée par le blanc de la toundra et du brouillard, la photographie du film est généreuse en plans d’ensemble, où l’image se transfigure en hymne au grand créateur. Le film est encore plus poétique qu’Aérograd de Dovjenko, une œuvre splendide au rythme lent et puissamment universelle.


Formé au VGIK, d’abord en tant qu’opérateur puis réalisateur, Guevorkian est de ces cinéastes qui ont connu la censure durant la stagnation brejnévienne, parce que considéré comme antisoviétique. Il travaillera épisodiquement aux Studios ArmenFilm et Lentéléfilm, et ne réalisera que deux longs métrages en vingt ans, avant de créer sa propre unité de production, le Studio Navigator, en 1993.
 
 
Lubomir Hosejko

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17 septembre 2012 1 17 /09 /septembre /2012 13:43

CINÉ-CLUB UKRAINIEN

ESPACE CULTUREL DE L’AMBASSADE D’UKRAINE

 

22, av. de Messine, M° Miromesnil. Tél. 01 43 59 03 53

Mardi 2 octobre 2012, 19 heures

 

Entrée libre.

 

MY JOY

(ЩАСТЯ МОЄ)

vosta

 Affiche-My-Joy.jpg

Production : Sota Cinema Group (Ukraine), MA.JA.DE Filmproduktion (Allemagne), Lemming Film (Hollande), 2010, 122 mn, coul
Scénario : SergueїLoznitsa
Réalisation : SergueїLoznitsa
Photographie : Oleg Mutu
Décors : Cyril Chuvalov
Musique : Anatoli Dergatchev
Montage : Danielius Kokanauskis
Interprétation : Victor Nemets, Volodymyr Ivanov, Maria Varsami, Vladimir Golovine, Olga Chouvalova, Alexis Vertkov, Youriï Sviridenko
Genre : drame
Récompenses : Meilleur scénario, Festival du cinéma de la CEI Kinochok, Estonie, Lettonie et Lituanie, Russie, 2010 ; Meilleure réalisation, Prix de la Guilde des critiques et historiens du cinéma, Festival Kinotavr, Russie, 2010 ; Grand prix, Festival international du film Molodist, Ukraine, 2010 ; Grand Prix, Festival International Listapad de Minsk, 2010 ; Deuxième Prix du meilleur film, Abricot d’Argent Festival International d’Erevan 2010 ; Grand prix, Festival du Jeune cinéma VOICES, Vologda, 2010
 
 Photogramme-My-Joy-1.jpg
Synopsis

Un jeune routier se perd dans la campagne avec son chargement de farine. Il croise un vétéran malheureux, une prostituée mineure, une étrange bohémienne, trois brigands, dont la brutalité alcoolique sera l'instrument de son destin, des policiers corrompus. Pris dans une spirale de violence et de trahison, il s’adapte progressivement à son environnement jusqu’à commettre un crime.

Opinion
 

     En 2010, pour la première fois de son histoire, le cinéma ukrainien est représenté dans la sélection officielle du Festival de Cannes. C’est à Sergueї Loznitsa qu’incombe de concourir avec son premier long métrage My Joy. Jusque-là, les cinéastes ukrainiens ne s’étaient fait remarquer qu’à la Quinzaine des réalisateurs, notamment avec le film Rez-de-chaussée de Igor Minaiev, Le Lac des cygnes. La Zone de Youriï Illienko et La Désintégration de Mykhaïlo Biélikov.

     Mathématicien de formation, Sergueї Loznitsa travailla quelque temps à Kiev comme cybernéticien et traducteur de japonais, avant de suivre les cours de réalisation du VGIK qu’il termina en 1997. Il réalisa ses deux premiers courts métrages en binôme avec son camarade d’études Marat Magambetov, passant du concept du numéro d’attraction, Aujourd’hui nous construisons notre maison (1996), à une œuvre élégiaque, La vie, l’automne (1998). Attaché au Studio des films documentaires de Saint-Pétersbourg, il enchaînera opus sur opus, perçus comme des docus-méditation, avec ses opérateurs attitrés, le Russe Pavel Kostomarov ou l’Ukrainien Serhiї Mykhaltchouk. L’univers filmophanique chez Loznitsa est celui des petites gens, soumises aux bouleversements économiques, sociaux et politiques : L’Attente (2000), La Colonie (2001), Portrait (2002) et surtout L’Usine (2004), véritable petit chef-d’œuvre impressionniste larguant aux oubliettes les docus de Dziga Vertov et autres bandes stakhanovistes. Loznitsa s’est fait surtout connaître par son documentaire Blockade (2005), un film de montage entièrement élaboré à partir de rushes longtemps tenus secrets du film de Roman Karmen Leningrad en luttePhotogramme-My-Joy-2.jpgC’est principalement dans ce film que l’on découvre combien l'architecture sonore joue un rôle prépondérant dans ses opus. Fasciné par le Grand Nord, Loznitsa réalisera encore  Artel (2006) et, en 2008, Lumière du Nord (Les Films d'Ici, Arte France), un film d’une extrême beauté, tourné dans la nuit polaire. Puis avec Revue, son premier documentaire tourné et produit en Ukraine (2008), monté à partir de bandes d’actualités de propagande des années 50-60, il revisitera la vie des gens, avec ses privations et ses rituels absurdes, mais illuminée dans le même temps par l’éclat glorieux du communisme.

 

      Grand admirateur de Robert Bresson, Loznitsa aborde la fiction avec un premier long métrage, My Joy, de prime abord hermétique et abstrus, mais en réalité d’une conception rigoureusement structurée à partir d’histoires glanées dans la Russie profonde. Cependant, il se voit refuser son financement par le Ministère de la Culture de Russie, et c’est grâce à sa rencontre avec Oleg Kokhan, premier grand producteur de l’Ukraine indépendante (notamment des films de Kira Mouratova), qu’il le réalisera en Ukraine, dans la région de Tchernihiv près de la frontière russe. My Joy (le distributeur français ARP Selection n’a pas cru bon de le présenter sous le titre Mon bonheur) cofinancé par l’Allemand Eino Deckert (Ma.Ja.De.) et le Néerlandais Joost de Vries (Lemming Film), sera distribué dans une vingtaine de pays. Loznitsa y a réuni une distribution internationale, avec le Bélarusse Viktor Nemets, les Russes Vladimir Golovine et Olga Chouvalova dans les rôles principaux, des comédiens non-professionnels rencontrés au moment des repérages, et a adjoint à son équipe technique l’opérateur roumain Oleg Mutu. 

      My Joy est un road-movie qui conduit le héros au bout d’une route qui ne mène nulle part, à un cul-de-sac du diable, où la violence est omniprésente. C’est la Russie postsoviétique profonde, cauchemardesque, corrompue, vue par un documentariste chevronné. Certains critiques reprochent à Loznitsa d’avoir copié son sujet sur des films des années 90 et d’avoir tourné ce film avec une haine pour les hommes et la pourriture du monde, mais encore un film ukrainien antirusse. En fait, tout en usant de l’ellipse, du flash-back et de réminiscences, où les traumatismes du passé se mêlent aux blessures du présent, Loznitsa porte un regard sombre et très critique sur la réalité, en livrant une métaphore sur un pays en pleine crise existentielle et identitaire. Il dit ne pas penser à la Russie, mais à ses mythes, ainsi dans l’épisode où il verse son obole à la culture nostalgique de la Grande Guerre Patriotique. C’est le cas du vieil homme qui raconte au routier comment, tout juste lieutenant, il avait été berné, humilié, une nuit, dans une gare, par un autre militaire dont il avait décidé de se venger. Avec des images choc sur la décadence sociale et humaine, Loznitsa filme des anciens indics devenus policiers de la route, des conscrits déserteurs réincarnés en voyous rackettant les honnêtes gens.

Photogramme-My-Joy-3.jpg

     Invité mystère de la compétition officielle du 63ème Festival de Cannes, Loznitsa affirme qu’il ne tourne ses films pour aucun pays. Les dollars pullulent dans le monde entier, pourquoi auraient-ils une nationalité ? Les films en compétition dans les festivals doivent-ils avoir une nationalité ? Toujours selon lui, aucune œuvre d’art ne relève de ce genre de classification. « Tourgueniev a vécu en France. Était-il pour autant un écrivain français, Nabokov – un écrivain suisse, Brodsky – un poète américain ? Les œuvres d’art ont une autre dimension : une tradition culturelle, par exemple. Cela a plus de sens que l’appartenance à tel ou tel pays », affirma-t-il dans une interview à Radio Liberty, le 12 mai 2010.

     Loznitsa réalisa son deuxième long métrage en 2011, Dans la brume (Allemagne, Russie, Lettonie, Pays-Bas, Belarus), Prix de la FIPRESCI au Festival de Cannes 2012, adapté du roman de Vassili Bykov Dans le brouillard (éditions Albin Michel, 1989). Il prépare actuellement une fiction sur la tragédie de Babyi Yar en Ukraine. Sergueї Loznitsa, ou plutôt Serhiї Loznytsia, accordera-t-il sa préférence pour une nationalité à son film ? C’est la question que se pose le monde du cinéma en Ukraine au sujet de la personnalité du réalisateur qui vit depuis 2001 en Allemagne, mais travaille principalement en Russie et en Ukraine. Loznitsa est connu en France depuis 2004 grâce, aux États Généraux du Film documentaire de Lussas et à des collectifs d’associations (Strasbourg, Metz, Nancy, Marseille).

 

 

Lubomir Hosejko

 

 

 

 

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11 septembre 2012 2 11 /09 /septembre /2012 08:52

CINÉ-CLUB UKRAINIEN

ESPACE CULTUREL DE L’AMBASSADE D’UKRAINE

22, av. de Messine, M° Miromesnil. Tél. 01 43 59 03 53

Entrée libre.

 

SÉANCE SPÉCIALE

Jeudi 20  septembre 2012, 20 h 30

 

LIBERTÉ SECRÈTE

 

(ТАЄМНА СВОБОДА)

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suivi d’une intervention de Myroslav Skoryk,

compositeur de la musique du film Les Chevaux de feu

 

 Liberte-secrete.png

Production : Agence cinématographique d’État, Studio Kontakt, 2011, 52 mn, coul.

Scénario : Loudmyla Lemecheva

Réalisation : Serhiї Lyssenko

Photographie : Igor Ivanov, Yevhen Heranine, Volodymyr Houїevskyi, Vitaliї Filippov

Son : Heorhii Stremovskyi

Montage : Valeriï Matsiouk, Maxime Palahviї

Genre : documentaire

 

Opinion

Présenté lors du IIIème Festival International d’Odessa en 2012, ce documentaire riche en archives filmiques retrace les moments forts de l’histoire du cinéma ukrainien des années 60-70, notamment à travers les films-phare Les Chevaux de feu, La Croix de pierre, L’Oiseau blanc marqué de noir, Brèves rencontres, Et l’Acier fut trempé, Vol entre rêve et réalité. Ce documentaire de Serhiї Lyssenko diverge complètement du film expérimental d’Alexandre Balahoura Antolohion et, dans une moindre mesure, de celui de Anatoliï Syrykh À Ivan Mykolaїtchouk, tous deux de 1996, traitant différemment des mêmes pans d’histoire. Dans Liberté secrète, la scénariste Loudmyla Lemecheva revalorise l’atmosphère créatrice des sixties et seventies par une analyse très fouillée des pratiques et de l’esthétique des réalisateurs qui surent résister aux pressions idéologiques et rester libres dans leur for intérieur. Tous connurent la dictature du Parti communiste, plus tard celle du marché. Les figures qui défilent restent toujours dans la mémoire des nouvelles générations : Paradjanov, Mykolaїtchouk, Illienko, Ossyka, Machtchenko, Dziouba, Dratch, Yakoutovytch, Biélikov, Hrès, Balaїan, Kalouta, Mouratova, mais aussi les moins connus ou plus jeunes tels Constantin Yerchov, Serhiї Masloboїchtchykov. L’idée de réunir autour d’une table ronde dans les célèbres Studios Dovjenko de Kiev les acteurs principaux de cette époque - réalisateurs, opérateurs, scénaristes, décorateurs, comédiens et critiques de cinéma -, trouve ici le recul nécessaire pour s’interroger sur les liens étroits qu’exercent les images d’archives entre la fascination nostalgique et la potentialité de les raconter ou de les réinterpréter à bon escient. On y découvre un moment émouvant, où le cinéaste Youriï Illienko annonce sa mort prochaine, et l’on regrette l’absence de Bohdan Stoupka ou encore les divergences des frères ennemis Illienko et Balaїan. Par  leur opus, Serhiї Lyssenko et Loudmyla Lemecheva, laquelle avait signé douze ans auparavant le scénario de À Ivan Mykolaїtchouk, ont le mérite d’avoir donné une forte caution historique au cinéma d’auteur et à ce qui a été en son temps caché ou défendu : un hors-champ réinstallé faisant corps avec la surface écranique.

Lubomir Hosejko

 

 

 

 

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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 12:08

 

JOURNÉE DU CINÉMA UKRAINIEN

 

CINÉ-CLUB UKRAINIEN

ESPACE CULTUREL DE L’AMBASSADE D’UKRAINE

 

22, av. de Messine, M° Miromesnil. Tél. 01 43 59 03 53

Samedi 8 septembre 2012, 18 heures

 

Entrée libre.

 

 

L’HOMME QUI DÉFIA LE FEU

 

(ТОЙХТОПРОЙШОВКРІЗЬВОГОНЬ)

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 Affiche-L-Homme-qui-defia-le-feu--1-.jpg

 

 

Production : Ministère de la Culture d’Ukraine, Agence cinématographique d’État, InsiteMedia Producing Center, 2011, 150 mn, coul.

Scénario : Mykhaïlo Illienko, Constantin Konovalov, Denis Zamriї, d’après le récit de Vadim Drapeї

Réalisation : Mykhaïlo Illienko

Photographie : Alexandre Krychtalovytch

Décors : Roman Adamovytch

Musique : Volodymyr Hronskyi

Son : Artem Mostovyi

Montage : Victor Malarenko

Chants : Dakhabrakha

Interprétation : Dmytro Linartovytch, Victor Andrienko, Olga Grychyna, Alexandre Ihnatoucha, Ivanna Illienko, Oleksiї Kolesnyk, Vitaliї Linetskyi, Oleg Primohenov, Halyna Stefanova, Artem Antontchenko, Maryna Yourtchak, Mykola Baklan, Serhiї Soloviov, Iryna Bardakova, Denis Karpenko, Volodymyr Levytskyi, Oleg Tsiona, Serhiї Sydorenko, Lev Levtchenko, Yaroslav Bilonoh, Taras Denyssenko

Genre : mélodrame

Principale récompense : Grand Prix au Festival International de Kiev 2011; Meilleur Film au Forum International d’Omsk 2012 

 

Synopsis

     Prisonnier des Allemands, le pilote de chasse Ivan Dodoka est libéré par l’Armée Rouge. Comme il lui est difficile de prouver son identité, il est envoyé au Goulag, d’où il décide de s’échapper. Après avoir traversé la Sibérie et le détroit de Béring, il s’empare d’un avion en Alaska puis se retrouve au Canada dans une tribu d’Indiens Iroquois dont il devient le chef. Pendant ce temps, son ami et frère d’armes le déclare ennemi dangereux pour pouvoir épouser sa femme.

 Photogramme-L-Homme-qui-defia-le-feu-1.jpg

 

Opinion

     Portée à l’écran par Mykhaïlo Illienko, l’histoire d’Ivan Dodoka est l’histoire revisitée d’un personnage réel dont le véritable nom est Ivan Datsenko, né en 1918 à Tchernytchyi Yar dans la région de Poltava. Pilote de bombardier pendant la Seconde Guerre Mondiale, ce héros de l‘aviation soviétique effectua 213 raids, notamment sur Orel et Stalingrad, avant que son Iliouchine II eût été abattu par la Luftwaffe le 19 avril 1944 pendant qu’il bombardait la gare de triage de Lviv. Laissé pour mort par les autorités soviétiques, Ivan Datsenko fut retrouvé par des membres de la délégation soviétique ukrainienne visitant une réserve indienne iroquoise à l’occasion de l’Exposition Universelle de Montréal en 1967. Après avoir décliné sa véritable identité, Ivan Datsenko s’adressa à eux en ukrainien et dit s’appeler John Mac Nober, pour l’état civil canadien, et Chief Poking Fire pour sa tribu. Peu après, l’ambassadeur soviétique en poste au Canada Ivan Chpedko, lui-même d’origine ukrainienne, eut plusieurs entretiens avec Datsenko. D’après lui, ce dernier s’était installé vingt ans auparavant chez les Iroquois et avait fondé une famille. Devenu manager du tourisme et de spectacles indiens, il avait reçu pour cette raison le titre de chef. En Ukraine, sa sœur tenta d’entrer en contact avec lui en 2001 grâce à l’émission de télévision Attends-moi, mais la Croix-Rouge ukrainienne l’informa que son frère était décédé depuis deux ans. Plusieurs versions circulèrent sur l’extraordinaire destin de cet aviateur avant que son camarade de régiment Alexandre Chtcherbakov ne publiât en 2010 le récit Le ciel et la terre d’Ivan Datsenko. Selon l’une d’elles, il se serait évadé du camp de prisonniers allemand et aurait rejoint son unité. Accusé de trahison, il aurait été envoyé en Sibérie, d’où il aurait fui au Canada après avoir traversé le détroit de Béring. Selon une autre version, il se serait retrouvé à la fin de la guerre dans la zone américaine, puis aurait émigré au Canada, comme d’autres milliers d’Ukrainiens, et trouvé une terre d’accueil chez les Indiens Iroquois. Cette dernière version semble être la plus vraisemblable.

     En 2006, le directeur du Département Cinéma du Ministère de la Culture d’Ukraine Hanna Tchmil lança le projet de réalisation d’un documentaire sur Datsenko, mais fascinée par le personnage, elle proposa la réalisation d’une fiction à Mykhaïlo Illienko, qui à l’époque cherchait un producteur pour son nouveau projet – La Jachère (Толока). Illienko choisit la première version, plus romancée à son goût, pour en faire un film grand public, où le personnage central deviendrait un héros national. Le budget de la production se chiffra à 16 millions de hryvnias, dont six investis par le producteur indépendant InsiteMedia Production Center. Faute d’argent frais, le tournage fut maintes fois interrompu entre 2008 et 2010, notamment pendant la campagne des élections présidentielles de 2010 et les mois qui suivirent, épisode récurrent dans l’Ukraine postsoviétique. Le tournage s’effectua à Kiev, Rjychtchev, Kamianets-Podilsk. Lors d’un voyage en Amérique du Sud, le réalisateur enregistra un plan dans les Andes, sur la frontière argentino-chilienne, qui servit de décor d’arrière-plan pour les scènes de vie chez les indiens. Les diverses difficultés qu’il rencontra sur les plans financier, technique et  humain, se ressentirent dans le montage entre les différents épisodes. Ce n’était plus la compression du temps et de l’espace qui altérait la structure du film, mais les raccords ou faux-raccords qui consistaient à suggérer une action en montrant simplement ce qui se passait avant et après. Le film est truffé d’ellipses de convenance et d’autres utilisées pour rythmer le récit là où une trop longue rupture s’est opérée dans les reprises du tournage. Au montage, l’ellipse met en valeur tantôt des images métaphoriques trop évidentes, tantôt désoriente le spectateur, surtout lorsque qu’elle chevauche un flash-back ou un flash-forward. Mykhaïlo Illienko se défendra en excusant par avance le spectateur de ne pas y voir une parfaite linéarité du récit. Il avouera encore être en osmose conceptuelle avec son avant-dernier long métrage Foutchow datant de 1993, aussi bien sur le plan visuel et la distribution, que sur le thème musical du film. En réalisant cette fiction, Illienko prétend créer une véritable légende autour de son héros, comme l’ont été Tchapaiev, Rambo et d’autres, sans qui, selon lui, une nation ne peut rêver. Le film a été tourné en cinq langues - le russe (majoritairement), l’ukrainien, l’anglais, le tatare et l’iroquois. Et si Ivan Dodoka apprend l’ukrainien à sa nouvelle famille, pas une seule fois son nom, l’Homme qui défia le feu, n’est prononcé en langue iroquoise, pas même dans la scène finale. Cette scène rituelle revêt une importance initiatique : les Iroquois donnent des prénoms qui prennent souvent ancrage dans la nature qui les entoure, dans les forces surnaturelles qu'ils perçoivent, dans les qualités des personnes ou bien dans les événements de la vie. Le nom que les Iroquois attribuent à Dodoka est à sa juste valeur, puisqu’il défia le feu partant de son Ukraine en flammes jusqu’à son nouveau foyer. Depuis l’indépendance, ce mélodrame est l’un des rares films à figurer honorablement au box-office ukrainien. Il a surtout le mérite d’avoir révélé Dmytro Linartovytch, le Johnny Depp ukrainien, comédien du Théâtre municipal de Kiev.

Lubomir Hosejko

 

 

 

 

 

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24 juillet 2012 2 24 /07 /juillet /2012 12:07

 

CINÉ-CLUB UKRAINIEN

ESPACE CULTUREL DE L’AMBASSADE D’UKRAINE

 

 

22, av. de Messine, M° Miromesnil. Tél. 01 43 59 03 53

Mardi 4 septembre 2012, 19 heures

 

Entrée libre.

Photogramme-1-Les-Ombres-des-anc-tres-oubli-s.jpg 

 

LES OMBRES DES ANCÊTRES OUBLIÉS

(ТІНІ ЗАБУТИХ ПРЕДКІВ)

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Production : Studio Alexandre Dovjenko de Kiev, 1964, 98 mn, coul/nb

Scénario : Serge Paradjanov, Ivan Tchendeї, d’après la nouvelle éponyme de Mykhaïlo Kotsioubynskyi.

Réalisation : Serge Paradjanov

Photographie : Youriï Illienko

Décors : Heorhiї Yakoutovytch, Mykhaïlo Rakovskyi

Musique : Myroslav Skoryk

Son : Sophie Serhienko

Interprétation : Ivan Mykolaїtchouk, Laryssa Kadotchnikova, Tetiana Bestaieva, Spartak Bagachvili, Mykola Hrynko, Léonide Yenguibarov, Nina Alissova, Alexandre Haї, Neonila Hnepovska, Alexandre Raїdanov

Genre : drame lyrique

 Photogramme-2-Les-Ombres-des-anc-tres-oubli-s.jpg

Principales récompenses : Festival International de Mar-del-Plata (1965), Prix La Croix du Sud, Prix Spécial du Jury pour la photographie, la couleur et les effets spéciaux à Youriï Illienko ; Festival International de Rome (1965), Coupe du Festival ; Prix de l’Académie du cinéma britannique pour le Meilleur film étranger (1966) ; Festival international de Salonique (1966), Médaille d’Or à Serge Paradjanov pour la réalisation ; Festival de Melbourne (1967), Diplôme d’Honneur ; Festival International de Sidney (1967), Diplôme d’Honneur ; Festival Pansoviétique à Kiev (1966), Prix Spécial du Jury pour l’ensemble de l’équipe ; Prix d’État Taras Chevtchenko (1991) à Serge Paradjanov (posthume), Youriï Illienko, Laryssa Kadotchnikova,  Heorhiї Yakoutovytch.

 

Synopsis

 

Ivan et Maritchka s’aiment depuis l’enfance, en dépit de la haine qui, depuis des générations, sépare leurs familles – les Paliїtchouk et les Houténiouk. Quelque temps avant leurs noces, Ivan quitte sa fiancée pour les alpages à la recherche d’un travail. Partie le rejoindre, Maritchka se noie en voulant sauver un agnelet. Perdu, Ivan erre à travers le pays et songe à mourir, mais une veuve accorte jette son dévolu sur lui. À contrecœur, Ivan épouse Palagna. Le souvenir de Maritchka le hante jusque dans ses rêves. Bientôt, Palagna le trompe avec Yourko, le sorcier du village. Ivan veut se faire justice, mais le sorcier le tue d’un coup de hache.

 

Opinion

 

     Septième adaptation cinématographique du nouvelliste Mykhaïlo Kotsioubynskyi, Les Ombres des ancêtres oubliés est l’œuvre par excellence qui lancera une nouvelle vague dans le cinéma ukrainien, appelée tantôt cinéma poétique ou métaphorique, tantôt pictural, et plus connue sous le vocable École de Kiev. Jusque-là, Paradjanov avait été un réalisateur peu remarqué, engagé par le Studio Alexandre Dovjenko de Kiev. D’abord assistant d’Igor Savtchenko et de Volodymyr Braun, il avait aligné coup sur coup trois documentaires et quatre longs métrages de fiction de commande, lesquels portaient déjà les prémices d’un cinéaste, dont la capacité de création allait croissant avec la génération montante, imprégnée de culture occidentale et à l’écoute de la dissidence.

   Photogramme-3-Les-Ombres-des-anc-tres-oubli-s.jpg  Paradjanov découvre chez Kotsioubynskyi une sorte de prose rythmée dont il faut, comme pour les peintres, connaître les couleurs parce qu’elles viennent à la rescousse des mots. Choisissant la solution picturale plutôt que la solution littéraire, il va donner libre cours à son interprétation du récit à partir de couleurs qu’il attribue à chacun des chapitres et dont la matière sera rigoureusement respectée : Les Carpathes oubliées de Dieu, Les Alpages, Solitude, Demain le printemps, Le Sorcier, L’Estaminet, La Mort d’Ivan, La Vie quotidienne, Noël, Ivan et Palagna, La Pietà. À première vue, le film impressionne par l’abondance kaléidoscopique des tons, par la symphonie des sons, la complexité technique, le souci du détail et, surtout, par la diversité des rites, les superstitions, l’art des Houtsoules, une ethnie carpathique méconnue, primitive mais raffinée, vivant en étroite communion avec la nature et l’univers de ses ancêtres. Au fil des séquences, une matière filmique semble se dégager dans des cycles de traitement de couleurs indissociables de la dramaturgie. Les références picturales sont choisies à l’origine du projet : Botticelli, Bosch, Bruegel, Goya, Chagall, Caravage, mais aussi les portraits de Houtsoules rencontrés dans les tableaux des peintres ukrainiens Ivan Trouch, Olena Koultchytska, Ossyp Kurylas. Cette débauche de couleurs, de broderies et de costumes chamarrés, est inspirée par le jeune décorateur Heorhiї Yakoutovytch et la costumière Lidia Baїkova. L’image se dissout dans des ocres, des bleus, des rouges, des gris, donnant au film une unité chromatique rythmique et plastique. Le film commence par une gamme de gris-argent soulignant l’âpreté du paysage puis un marché de Noël aux couleurs bariolées avec le premier choc émotionnel et visuel : un filet de sang coulant sur la lentille frontale de l’objectif et se transformant en chevaux rouges galopant (d’où le titre français Les Chevaux de feu) – trouvaille commune du réalisateur, du décorateur et de l’opérateur. Pourtant, il serait trop réducteur de ne voir que des couleurs, des figurants typés dans un contenu ethnographique hypertrophié, car il s’agit bien de la restitution de la culture d’un peuple de tradition orale, sublimée par le délire baroque d’un cinéaste enfin libéré du carcan réaliste socialiste. Le réalisateur se laisse emporter avec toute son équipe dans la matière première du récit en fondant littérature, histoire, ethnologie et métaphysique en une vision cinématographique totale. Et si c’est un Arménien déraciné travaillant en Ukraine qui réalise un film national dans sa forme comme dans son contenu, c’est justement parce que son histoire tend à l’universalité, à l’instar des tragiques grecs et des histoires d’amour légendaires de la littérature occidentale, Roméo et Juliette, Tristan et Iseult.

     Le véritable thème du film est celui de la mort en forme de long adieu à la beauté et à la vie qui s’éteint dans un combat inégal avec les forces du mal. Ici, les rites funéraires ont une forte connotation économique et sociale : magie, sorcellerie, démonologie ordonnent la veillée et les levées des corps. Du point de vue anthropologique, le vérisme de la transe collective pendant la mise en bière du corps d’Ivan est un morceau d’anthologie inégalé. Au thème de la mort omniprésent tout au long du récit, s’ajoutent ceux de l’amour, de la fidélité et de la solitude, tenant à la fois du drame shakespearien et de la tragédie racinienne. Si Ivan croque une pomme après l’amour avec Palagna, c’est pour admettre qu’il a trahi le souvenir de Maritchka. Il est condamné à vivre dans un sentiment d’abandon et d’autodestruction. L’univers de Palagna lui demeure étranger, et la fidélité à son amour perdu devient la manifestation la plus accomplie de ses passions, celle qui soustrait à la temporalité et projette vers l’éternel.

     Natif de la région où se tourne le film in situ, le jeune premier Ivan Mykolaїtchouk interprète le rôle d’Ivan. Il est l’incarnation même de son homonyme, connaît les us et les coutumes, se signe nonchalamment à la houtsoule, parle le dialecte local. D’emblée son jeu imprime au film un style économe qui ébranle l’archétype de l’acteur soviétique, coincé dans un académisme désuet. Entouré de paysans houtsoules qui interviennent et exigent leur propre vision et la vérité absolue, il a pour partenaires Laryssa Kadotchnikova (Maritchka) et Tetiana Bestaieva (Palagna), toutes deux d’une exceptionnelle beauté. Comparé au comédien russe Vassili Choukchine et au Polonais Zbigniew Cybulski, il devient très vite une star de l’écran et sera lié à plusieurs films à succès.

     La conception du film est due tant au réalisateur qui jette les fondements de la mise en scène frontale, avec peu de gros plans et une absence totale de raccords dans l’axe, qu’à son opérateur Youriï Illienko. Cependant, tout deux entrent en conflit. Alors que Paradjanov veut une caméra statique et contemplative, Illienko la rend très mobile. Enivrée par ses propres mouvements, elle vacille de plongée en contre-plongée, avance, recule dans des travellings époustouflants. Souvent portée, elle balaie tout sur son passage, exécutant des filages, des décadrages, des panoramiques à 360°, comme dans la séquence de la veillée funèbre. Au montage, la technique de la caméra coup de poing et les astuces optiques, notamment les images solarisées, donneront raison à Illienko qui applique la théorie de la caméra émotionnelle, marquant le retour au cinéma de poésie qui tend à revaloriser le point de vue visuel et l’impact émotionnel de la couleur contre l’envahissement du bavardage. Ce visuel émotionnel est accompagné par la musique symphonique de Myroslav Skoryk, doublée de plaintes lugubres des trembites, de glas de cloches et de guimbardes de bergers.

     Présenté hors concours au Festival de Moscou en juillet 1965, le film reçut un accueil mitigé, pour ne pas dire hostile, et fut démoli par le critique moscovite Mikhaïl Bleiman. Les instances cinématographiques qui souhaitaient voir Paradjanov réintégrer le réalisme socialiste qualifieront cette œuvre d’expression du nationalisme ukrainien. Paradjanov  avait notamment refusé de doubler le film en russe, car, selon lui, le doublage aurait été dévoyé,  aurait vulgarisé le sens des mots et détourné la force des images. Néanmoins, ce film culte obtiendra un succès international en Occident, notamment en France. Il orientera la production ukrainienne vers un cinéma de qualité à consonance plus nationale qu’auparavant, mais restera un cas isolé dans l’histoire du cinéma ukrainien, accompli par une équipe de cinéastes trentenaires exaltés.

Lubomir Hosejko

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 08:32

CINÉ-CLUB UKRAINIEN

ESPACE CULTUREL DE L’AMBASSADE D’UKRAINE

 

Mardi 5 juin 2012, 19h, à l’Espace culturel de l’Ambassade

22, av. de Messine, M° Miromesnil. tel. 01 43 59 03 53

Entrée libre.

 

 

AU PRINTEMPS

(НАВЕСНІ)

copie restaurée en 2011

création et accompagnement musical d’Alexandre Kokhanovskyi

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 Affiche-Navestni.jpg

Production : VOUFKOU, Studio de Kiev, 1929, 60 mn, nb, muet/musicalisé

Scénario : Mikhaїl Kaufman

Réalisation : Mikhaїl Kaufman

Photographie : Mikhaïl Kaufman

Musique : Alexandre Kokhanovskyi

Genre : documentaire, ciné-poème

 

Synopsis

     Réveil en douceur de la ville de Kiev à la sortie de l’hiver. Le printemps s’installe. La population envahit les rues et les stades dès les premiers rayons du soleil.

 Photogramme-Au-printemps-1.jpg

Opinion

     Entré en conflit ouvert avec son frère Dziga Vertov dès la sortie du film L’Homme à la caméra, principalement pour des raisons esthétiques concernant la structure du film, Mikhaïl Kaufman tourne son propre documentaire, Au printemps, où l’on découvre le Kiev de 1929, ses habitants, leur quotidien, leurs pratiques sociales et religieuses, leurs loisirs, peu avant le grand tournant annoncé par Staline en décembre de la même année. L’opus s’inscrit en marge des symphonies urbaines (New York 1911 de Julius Jaenzon, Manhatta de Paul Strand et du peintre Charles Sheeler, Rien que les heures d’Alberto Cavalcanti, 24 heures en trente minutes de Jean Lods et Boris Kaufman, Moscou du même Mikhaïl Kaufman, L’Homme à la caméra de Vertov, Berlin, symphonie d’une grande ville de Walter Ruttmann) dont la particularité est de mettre en avant la foule, l’architecture et les moyens de transport et dont la trame diégétique se décline de l’aube à la nuit. Ici, cette trame s’étale sur un temps plus long et s’attarde sur un espace anthropologique régi par ses nouveaux rites. Si dans L’Homme à la caméra Vertov montrait des personnages à travers la ville et sa complexité, en revanche, dans son nouvel opus, Mikhaïl Kaufman les réduit à une échelle plus humaine tout en ne s’écartant pas des principes du manifeste des kinoks. Pour lui, le réalisateur stimule le tournage, certes, mais celui qui le réalise reste l’opérateur. Beaucoup moins chaotique sur le plan du montage, Au printemps est un ciné-poème qui porte un regard subjectif et contemplatif sur l’individu et ses sentiments, mais aussi sur une société voulue sans classes à la fin de la NEP. Photogramme-Au-printemps-2.jpg Contrairement à l’obsession de Vertov pour le machinisme, Kaufman livre, sans pourtant s’y soustraire totalement, une œuvre lyrique chargée de poésie vitaliste qui constitue une sorte d’hymne à la vie, à la lumière, à la joie de vivre. Les images aériennes de la ville de Kiev sous la neige, assez rares pour l’époque, et celles des faubourgs de la rive gauche du Dniepr inondés par la crue, sont d’une extrême beauté. Kaufman y insère des images tournées auparavant, ce qui lui vaut des accusations de plagiat de la part de Vertov. Il utilise souvent des objectifs à longue focale pour suivre les gens dans leurs déplacements, capter les visages d’enfants, et pour souligner le rôle important du deuxième et troisième plan. Avec parcimonie, il pratique la double exposition, l’accélération et le ralenti, le passage de l’image nette à l’image floue et l’inverse, l’arrêt sur image. Kaufman inclut aussi dans son film des images d’animation satirique, pour montrer que les rites anciens ne sont rien d’autre qu’un spectacle de marionnettes et de trucage. Les images du poisson ou du cochon, effrayés par la perspective d’être transformés en nourriture pour la fête de Pâques, restent désopilantes par rapport à l’esthétique du film. S’appuyant sur le montage dialectique, Mikhaïl Kaufman oppose les symboles de la société nouvelle aux symboles de la société ancienne – ainsi les images des sportifs à celles des ivrognes, la Fête du Premier mai, avec danses populaires et défilés du Komsomol, aux fêtes pascales. Plus accentuée que dans L’Homme à la caméra, l’ukrainisation de l’espace économique, social et culturel abonde sur les enseignes, les panneaux publicitaires, les signalétiques et autres slogans de propagande. Métaphorique, ce documentaire à message idéologique reste incompris du public et est taxé de biologisme par la critique.    

     Dans le cadre du cycle des performances Kolo Dziga, organisé par le Centre National Alexandre Dovjenko de Kiev à l’occasion du 90-ème anniversaire de  la Direction Générale de la Cinématographie et Photographie d’Ukraine (VOUFKOU), une création musicale originale a été réalisée par le compositeur Alexandre Kokhanovskyi autour de ce documentaire récemment restauré. Deuxième film du cycle Kolo Dziga enregistré en live, Au printemps a été présenté en ciné-concert le 28 mars  2012, au Centre d’Art Contemporain de Kiev M 17.

 

Lubomir Hosejko

 

 

 

L’EXÉCUTION

(СТРАТА)

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Production : Institute of Screen Arts, Kiev, 2008, 8 mn 30, coul.

Scénario : Serhiї Martchenko

Réalisation : Andriї Martchenko

Photographie : Andriї Martchenko

Musique : Volodymyr Houba          

Genre : documentaire

 

Synopsis/Opinion

 

     Planté en 1937 face au 6 de la rue Zolotovoritska à Kiev, un érable est étêté puis abattu le 12 décembre 2007. Conçu d’après une idée de l’écrivain Ivan Dratch, ce film de fin d’études d’Andriї Martchenko est à la fois un film témoignage et un film témoin de l’espace arboré en milieu urbain. Il est à regretter que la technique du found footage n’ait pas été utilisée, sinon pensée, avec quelques plans du Kiev de 1937.  

 

Lubomir Hosejko

 

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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 21:50

CINÉ-CLUB UKRAINIEN

ESPACE CULTUREL DE L’AMBASSADE D’UKRAINE

 

Mardi 15 mai 2012, 19h, à l’Espace culturel de l’Ambassade

22, av. de Messine, M° Miromesnil. tel. 01 43 59 03 53

Entrée libre.

 

 

 

L’ENFANT

(ДИТИНА)

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Production : Studio Alexandre Dovjenko de Kiev, 1968, 20 mn, nb

Scénario : Mykola Machtchenko

Réalisation : Mykola Machtchenko

Photographie : Valeriï Kvas

Décors : Anatole Dobroleja

Musique : Arkadiї Filipenko

Son : Youriï Rykov

Interprétation : Tania Ossyka, Volodymyr Frolov, Youriï Mykolaїtchouk, Uldis Putytis

Genre : court métrage de guerre

 

Synopsis

Perdue pendant l’exode de 1941, une fillette est recueillie par des soldats soviétiques. Egarée à nouveau pendant une fusillade, elle se retrouve dans les bras d’un Allemand.

 

 

 

 

MARIAGE AVEC LA MORT

(ВІНЧАННЯ ЗІ СМЕРТЮ)

vo

 

Photogramme Mariage avec la mort 4 

Production : Studio Alexandre Dovjenko de Kiev, Studio XXI, 1992, 79 mn, coul.

Scénario : Ivan Dratch, Mykola Machtchenko, Mykhaïlo Tchernytchouk

Réalisation : Mykola Machtchenko

Photographie : Serhiї Bordeniouk

Décors : Yevhen Pitenine

Musique : Vadim Khrapatchov

Son : V. Soulimov

Montage : S. Roussetska

Directeur de production : V. Rybakov, R. Tychkovets

Interprétation : Oleg Savkine, Heorhii Drozd, Heorhiї Moroziouk, Halyna Soulyma, Natalia Polichtchouk, Constantin Chaforenko, Loudmyla Tchyncheva, Heorhiї Melskyi, Andriї Alexandrovytch, Loudmyla Lohiїko, Victor Stepanenko, Olès Sanine, A. Hnatiouk, Alexandre Tcherniavskyi, S. Borovyk, O. Zatoutchnyi, V. Maїstrenko, O. Maїstrenko

Genre : drame psychologique

 

 Photogramme Mariage avec la mort 1

Synopsis

 

     Vers la fin des années 30, la terreur stalinienne sévit partout. Le jeune lieutenant Chtcherbakov reçoit l’ordre d’exécuter plusieurs ennemis du peuple dans une forêt. Egaré sur les lieux de l’exécution, un cortège nuptial assiste malencontreusement au massacre. Conformément aux instructions militaires, le lieutenant est contraint de liquider les témoins de la tuerie.

 

Opinion

 

     Après 1991, année bénie où le secteur privé complétait les maigres subsides de l’État, la baisse progressive de la production cinématographique ukrainienne n’épargne pas le Studio Alexandre Dovjenko de Kiev qui livre péniblement 11 longs métrages. Loué aux Occidentaux ou sous-loué pour d’obscurs contrats commerciaux, le studio reste néanmoins le dernier refuge pour les quelques cinéastes qui prennent une position ouverte en faveur d’un cinéma national, et parmi eux Mykola Machtchenko et Alexandre Mouratov. Libéré de ses fonctions de directeur général du Studio Alexandre Dovjenko (installé depuis 1989, il continue de le diriger dans l’ombre en qualité de directeur artistique), Mykola Machtchenko signe, en 1992, Mariage avec la mort, sur un scénario original d’Ivan Dratch et de Mykhaïlo Tchernytchouk, un sujet sur le comportement tragique d’individus enrôlés par manipulation idéologique et même par la force dans le NKVD.Photogramme Mariage avec la mort 2 Oleg Savkine interprète le rôle d’un lieutenant de l’Armée Rouge, qui a décidé de consacrer sa vie au service de l’État en larbin docile accomplissant n’importe quelle mission. Héros tragique, il approuve au nom de la morale suprême les exactions des organes de sécurité. Monté dans la hiérarchie, il deviendra, à son tour, chef de camp et recrutera pour les services, comme il fut lui-même recruté dans sa jeunesse. Véritable descente aux enfers parmi les morts-vivants, des images très dures de simulacres d’exécutions ponctuent ce film aux personnages négatifs, minés par le doute, les réticences, les scrupules (Oleg Savkine), et la cruauté sanguinaire (Heorhiї Drozd, le sergent). Heorhiї Moroziouk incarne l’unique personnage positif, le pope, qui au nom du Christ et de l’amour du prochain tente de s’interposer dans la tuerie. Machtchenko, auquel on a souvent reproché le sentimentalisme, livre un film dur, angoissant, sur la métamorphose de l’individu en machine à tuer. Mariage avec la mort se range aux côtés d’autres films de la même époque abordant le thème des persécutions et déportations staliniennes, tels Le Tango de la mort d’Alexandre Mouratov, Le Jardin de Gethsémani et Les Chasseurs de tigres de Rostyslav Synko, Le Convoi secret de Yaroslav Loupiї.

     Mykola Machtchenko débuta dans les années 60 avec des films tournés en binôme. En 1966, il réalise seul un film consacré à l’enfance Partout le ciel. Il connaît aussi, dès cette année, les affres de la censure : Plus fort que la mort, d’après une nouvelle d’Olès Hontchar, est arrêté pendant le tournage et ne sera produit que 20 ans plus tard sous le titre L’Amour triomphe toujours. Son court métrage L’Enfant est considéré comme un exercice de style de l’opérateur Valeriï Kvas, plutôt que comme un film d’auteur. Réalisé d’après le récit éponyme  d’Alexandre Serafimovitch, L’Enfant fut interdit à la fin des années 60 pour pacifisme. Une réalisation enlevée où l’innocence, la naïveté, l’amitié et l’humanisme, mais aussi la cruauté atteignent à l’universel. On y remarque l’interprétation du soldat soviétique par Youriï Mykolaїtchouk, dont ce sera la seule apparition à l’écran, hormis sa participation dans L’Oiseau blanc marqué de noir. Mykola Machtchenko s’est fait connaître surtout par Les Commissaires (1970), film culte du courant poétique de l’École de Kiev, dont il est l’un des derniers grands représentants.

    Lubomir Hosejko

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 13:46

CINÉ -CLUB UKRAINIEN

ESPACE CULTUREL DE L’AMBASSADE D’UKRAINE

 

Jeudi 26 avril 2012, 19h, à l’Espace culturel de l’Ambassade

22, av. de Messine, M° Miromesnil.

Entrée libre.

Réservation souhaitée au 01 43 59 03 53

 

Séance dédiée à la mémoire de Mykhaïlo Biélikov, décédé le 28 mars 2012

 

 Mykhailo-Bielikov.jpg

 

MYKHAÏLO BIÉLIKOV

 1940-2012

LA DÉSINTÉGRATION

 ( РОЗПАД )

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Production : Studio Alexandre Dovjenko, Peter O. Almond Productions, Pacific Film Fund, 1990, 102 mn, coul.

Scénario : Oleg Prykhodko, Mykhaïlo Biélikov

Réalisation : Mykhaïlo Biélikov

Photographie : Vassyl Trouchkovskyi, Alexandre Chyhaiev

Décors : Inna Bytchenkova, Vassyl Zarouba

Musique : Igor Stetsiouk

Son : Victor Loukach

Interprétation : Serhiї Chakourov, Tetiana Kotchemassova, Stanislav Stankevytch, Heorhiї Drozd, Oleksiї Serebriakov, Maryna Mogylevska, Oleksiї Horbounov, Mykyta Bouldovskyi, Anatoliï Hrochevoї, Natalia Plakhotniouk, Mykola Dossenko

Genre : drame psychologique

 

RécomPhotogramme-La-Desintegration-1.jpgpenses : Médaille d’Or du Président du Sénat italien au Festival International de Venise, 1990 ; Grand Prix au Festival International du film écologique de Santander, 1990

Synopsis 

Alexandre Jouravlov est journaliste à Kiev. Carriériste à tous crins, il est à la recherche du scoop qui lui permettra de décrocher le poste de rédact eur en chef. Il décide de planter le drapeau rouge sur le toit du quatrième bloc de la centrale nucléaire de Tchornobyl, jonché de débris hautement radioactifs. Pour accomplir cet acte de folie héroïque, il offre son épouse à Chouryk, un jeune communiste en vue, en échange du laissez-passer indispensable pour entrer dans la zone interdite.

 

Opinion

Première grande fiction consacrée relativement tôt à la catastrophe nucléaire de Tchornobyl, La Désintégration de Mykhaïlo Biélikov s’inscrit dans la liste des films qui jettent un regard impitoyable sur l’actualité. Le titre du film parle de lui-même. Au-delà des radiations, le film traite de la désintégration de toute une société et d'un système qui bientôt s’effondrera. Par un curieux raccourci de l’Histoire, deux mois avant l’explosion d’un des réacteurs de la Centrale de Tchornobyl sortait Lettres d’un homme mort du cinéaste russe Constantin Lopouchanski, un film-avertissement de science-fiction politique qui racontait la vie sous terre après une catastrophe nucléaire, due à l’erreur d’un ordinateur. À Kiev, jouant la transparence de la perestroïka, on pense très vite à un scénario proposé par l’écrivain Volodymyr Yavorivskyi, Marie de Tchornobyl, puis on fait venir de Moscou les deux plus grands scénaristes de la stagnation, Edouard Volodarski et Valentin Tchernykh auxquels se joignent Youriï Chtcherbak et Mykhaïlo Biélikov. Mais c’est le scénario d’Oleg Prykhodko qui est définitivement choisi. Bien que réalisé dans l’esprit et avec la méthode habituels – alchimie de fiction, chronique et reportage -, le film n’est ni un film-catastrophe, ni une enquête sociométrique sur la fracture politique et humaine qui va s’opérer dans la population tout entière, mais une révélation cathartique tranchant dans le vif, au-delà de la douleur, du temporel.Photogramme-La-Desintegration-2.jpg

Le drame personnel et familial que vit le couple en train de se désintégrer est entrecoupé d’épisodes authentiques épars autour de la cité-dortoir de Prypiat. Espérant retrouver sa mère, un enfant revient en courant dans la ville vidée de sa population. De jeunes mariés passent leur lune de miel dans la zone dosimétrée par des hommes portant des combinaisons intégrales et des masques. Prostré, un médecin constate l’ampleur du désastre. À l’aéroport de Kiev, des pontes du Parti viennent accompagner leur progéniture dans des limousines noires. Aux vues d’ensemble aériennes et aux scènes de panique dans les gares succèdent des contrechamps métaphoriques, propres au cinéma des années soixante : œufs peints radioactifs, office liturgique pascal à l’heure de l’apocalypse, cigogne morte trouvée par la jeune mariée après la nuit de noces. Le réalisateur met l’accent sur les petits mensonges que le couple raconte au vieux père, faisant l’écho à la langue de bois des officiels qui s’obstinent à nier la gravité du moment et contraignent la télévision à diffuser imperturbablement une course cycliste et les préparatifs du défilé du Premier Mai.

Photogramme-La-Desintegration-3.jpgPour ce film de commande sociale, le Derjkino octroie un million de roubles (six cents mille dollars de l’époque) que Biélikov restitue grâce à un emprunt auprès d’un organisme caritatif et à un partenariat avec l’étranger. Le réalisateur, lui-même président de l’Union des cinéastes d’Ukraine, prend contact avec Peter Almond de San Francisco qui prospecte à Kiev en vue de futures coproductions. Impressionné par le projet de son interlocuteur, Peter Almond prend en charge avec Suzanne O’Connel du Pacific Film Fund les coûts de la post-production en invitant Biélikov et son équipe aux USA. La Désintégration devient le premier exemple de joint-venture américano-ukrainien dans le secteur cinématographique : le mixage est réalisé au George Lucas’ Skywalker Ranch, à Marin Country, et les tirages des copies à San Francisco. Les droits d’exploitation sont répartis entre Biélikov et les Américains qui se réservent la part du lion – la distribution internationale. Le 16 juillet 1990, la souveraineté étatique de l’Ukraine est proclamée. En septembre, au Festival de Venise, Biélikov reçoit la Médaille d’Or du Président du Sénat italien, mais son film n’est pas sélectionné pour le Festival d’Odessa, contrôlé par la nouvelle Association du cinéma indépendant et envahi par des films de plus en plus noirs.

Lubomir Hosejko

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 13:58

CINÉ -CLUB UKRAINIEN

ESPACE CULTUREL DE L’AMBASSADE D’UKRAINE

 

Mardi 3 avril 2012, 19h, à l’Espace culturel de l’Ambassade

22, av. de Messine, M° Miromesnil.

Entrée libre.
Réservation souhaitée au 01 43 59 03 53

 

 

PILSUDSKI SOUDOYA PETLURA

(ПКП – Пілсудський Купив Петлюру)

vostf

 

Ciné-concert 

 

Production : VOUFKOU, Studio d’Odessa, 1926, 68 mn, nb, silencieux

Scénario : Hryhoriї Stabovyi, Alexandre Lifchyts

Réalisation : Axel Loundine, Hryhoriї Stabovyi

Photographie : Marius Goldt, Fédir Verygo-Darovskyi, Heorhiї  Drobine, I. Houdyma

Décors : Solomon Zarytskyi, S. Khoudiakov

Interprétation : Mykola Koutchynskyi, Youriї Tioutiounnyk, Natalia Oujviї,  Ivan Kapralov, Mykola Nademskyi, Boris Zoubrytskyi.

Genre : drame historique

 

Accompagnement au piano - Myron Mytrovytch, pianiste à l’Opéra de Paris

 Affiche-Pilsudski-soudoya-Petlura.jpg

 

Synopsis

Au début des années 20, l’otaman Simon Petlura cède l’Ukraine occidentale à la Pologne. Le pays est pillé. Des convois interminables partent vers l’Ouest avec sucre, céréales, produits manufacturés, bientôt attaqués par la cavalerie rouge de Kotovsky. Défaite, l’armée ukrainienne est internée dans des camps sur le territoire polonais. Siégeant à Tarnów, le gouvernement en exil continue d’entretenir des liens avec ses partisans en Ukraine dans le but de fomenter un ultime soulèvement populaire contre les Soviets. Avec une petite armée mal équipée, l’otaman Yourko Tioutiounnyk se lance en plein hiver dans un raid à travers l’Ukraine. S’enfonçant dans les lignes ennemies, il est pris au piège. La conspiration déjouée, l’aventure nationaliste est liquidée à l’issue de la bataille de Bazar. Tioutiounnyk réussit à s’enfuir vers la Pologne.

 Photogramme-Pilsudski-soudoya-Petlura-2.jpg

Opinion

Dans le but de stigmatiser et de ridiculiser les milieux indépendantistes ukrainiens ainsi que leur chef Simon Petloura, les autorités soviétiques passent, en 1925, une commande appropriée à la VOUFKOU - la réalisation d’un agitfilm intitulé Pilsudski Soudoya Petloura (Пілсудський Купив Петлюру). Le scénario est conçu par Alexandre Lifchyts et Hryhoriї Stabovyi, la mise en scène confiée à Axel Loundine, puis à Hryhoriї Stabovyi. Considéré à l’époque comme réalisateur majeur du Studio d’Odessa, Piotr Tchardynine persuade l’ex-général petlouriste Youriї Tioutiounnyk d’incarner son propre personnage dans le film. Deux ans auparavant, en juin 1923, ce dernier avait décidé de rejoindre secrètement l’Ukraine Soviétique pour diriger un nouveau soulèvement contre les Bolcheviques, mais il fut arrêté aussitôt après avoir franchi le Dniestr. Contraint de collaborer avec le pouvoir communiste, Tioutiounnyk travaillera comme instructeur militaire, puis comme scénariste à la VOUFKOU, notamment sur le film d’Alexandre Dovjenko Zvenyhora. Arrêté de nouveau en 1929, il  sera fusillé en octobre 1930 à Moscou.


Annoncé à grand renfort de publicité, le film sortit sur les écrans le 28 septembre 1926, quatre mois après l’assassinat de Petlura à Paris, et près d’un an avant le procès de Samuel Schwartzbard. Le destin de ce film fut atterrant. Montré initialement dans sa totalité, puis remonté, passant de 3421 à 2500 mètres, il fut amputé de sa quatrième partie, probablement celle où se déroulaient les pogromes. Le film fut envoyé en France et en Allemagne dès la fin de 1927, à l’issue du procès Schwartzbard. Quelques années plus tard, il sera totalement interdit. La raison invoquée était que certains des personnages du film avaient subi entre temps des répressions ou avaient été liquidés, le général Tioutiounnyk en premier. Le chef de la cavalerie rouge Grigory Kotovsky, qui avait donné, lui aussi, son accord pour s’auto-interpréter dans le film, fut mystérieusement tué peu avant le tournage, en août 1925, et remplacé par le comédien Boris Zoubrytskyi. Mais le remontage du film résultait essentiellement du fait que l’exemplarité du procès Schwartzbard (pendant la guerre civile, Schwartzbard avait été responsable d’une  brigade spéciale de cavalerie juive sous les ordres de Kotovsky dans le sud de l’Ukraine) tenait moins au verdict qu’à la spécificité de l’événement, notamment à la question de l’antisémitisme présumé de Petlura et de sa responsabilité dans les pogromes. Le procès avait été suivi par le journaliste Bernard Lecache, qui avait été envoyé en Ukraine par le fondateur du journal Le Quotidien, Henri Dumay, pour enquêter sur ces pogromes. Au terme de trois mois d'enquête, Lecache publia les résultats de son enquête en février et mars 1927. Son récit parut sous forme de témoignage dans un livre intitulé Quand Israël se meurt. Au pays des pogromes. Lecache raconta que, pendant son séjour à Kharkiv, il avait eu une entrevue avec la direction de la VOUFKOU, notamment avec le scénariste Alexandre Lifchyts. Après avoir visionné durant six heures trois longs métrages ayant pour thème la guerre civile en Ukraine - P.K.P., La Tragédie de Trypillia, L’Animal des bois -, Lecache demanda à voir Tioutiounnyk. Il le vit effectivement, mais n’obtint de lui qu’un mutisme total, contrairement à l’ancien ministre petluriste aux Affaires juives Pinkhas Krasnyi qui venait de solliciter  une rencontre avec le journaliste français dans le but d’accabler Petlura et d’obtenir sa propre réhabilitation aux yeux de l’humanité. Krasnyi assura Lecache qu’il se libérerait de ses obligations, si l’avocat Henry Torrès l’appelait à la barre au procès Schwartzbard. Bien qu’amnistié par les Soviets, Tioutiounnyk était constamment sur ses gardes. Méfiant, il devina que Lecache allait livrer des témoignages accablants sur les pogromes et donc lier son nom à Petlura. Quant aux autorités soviétiques, qui elles-mêmes avaient pris part aux pogromes, elles avaient tout intérêt à supprimer les scènes compromettantes, ce qui se confirmera tout au long de l’histoire du cinéma soviétique.

 

La dramaturgie du film, qui suggérait les paysans ukrainiens à décrypter l’abréviation PKP (Polskie Koleje Państwowe - Chemins de fer polonais) en Pilsudski Soudoya Petloura (Пільсудський Купив Петлюру), déroulait un récit basé sur des faits historiques en tableaux, certes, raisonnés, mais coulé dans un moule au concept hideux, montant les spectateurs ukrainiens les uns contre les autres. Les innombrables coupures opérées par séquences entières livraient une vision parfois chaotique, difficile à suivre. On ne sait qui tirait sur qui, d’incessantes cavalcades et courses-poursuites altéraient le fil conducteur du sujet, son rythme et sa cohérence narrative. Cependant, l’intérêt de ce film  résulte de la distribution et, a fortiori, de la mise en situation scénique de l’acteur. On y découvre Yourko Tioutiounnyk en chair et en os dans des scènes entièrement reconstituées, très proches du documentaire, notamment celles tournées dans le cercle des officiers supérieurs polonais. Le rôle de Petloura (sur l’affiche du film Petlura est représenté en compagnie de femmes dévoyées) est tenu par l’acteur Mykola Koutchynskyi, un véritable sosie, remarqué sur le plateau du film Benia Kryk en cours de réalisation. En 1928, Koutchynskyi interprétera le rôle de Petlura dans Arsenal de Dovjenko, mais la scène dans laquelle il apparaissait sera censurée. La jeune débutante Natalia Oujviї, dont le nom défile au générique de plusieurs films produits cette année-là, incarne le personnage de la belle espionne Gala Dombrowska. Dans l’épisode de beuverie dans le bar américain à Tarnów, on croit discerner, l’espace d’une fraction de seconde, le visage hilarant d’Alexandre Dovjenko accoudé au zinc. Le jeune cinéaste jugera quelques années plus tard ce film plus que médiocre, compte tenu de son passé dans l’Armée de Petlura et de sa volonté affirmée de se démarquer de Tioutiounnyk.


Quant à l’Histoire, ce Second raid hivernal de l’Armée Nationale Ukrainienne se termina de manière tragique près de la petite bourgade de Bazar, au nord-ouest de Kiev. Encerclés par la cavalerie rouge, 358 soldats y furent fusillés. Tioutiounnyk se replia avec les restes de son armée et s’enfuit vers la Pologne, grâce à un chef d’escadron de la cavalerie de Kotovsky, un Cosaque du Kouban qui avait sympathisé avec les Ukrainiens et qui ne lui bloqua pas le passage d’un pont sur la rivière Zvizdal. La scène finale de l’exécution des insurgés a-t-elle été incluse dans le scénario, enregistrée par l’opérateur, censurée au montage ? La copie existante laisse croire, tant aux historiens qu’aux spectateurs, qu’elle a été volontairement éludée par les commanditaires et les auteurs du film, puisque les 358 fusillés de la bataille de Bazar faisaient déjà à l’époque l’objet d’un véritable culte dans toute l’Ukraine.

Ignoré pendant 80 ans, cet incunable du cinéma muet ukrainien à de nouveau été projeté le 1er novembre 2007 à Kiev dans sa version non restaurée. Il servira de matériau iconographique au documentaire Opération Tioutiounnyk, réalisé par Natalia Barynova pour la Première chaîne de la télévision ukrainienne en 2009.

Lubomir Hosejko

 

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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 16:14

CINÉ-CLUB UKRAINIEN
 ESPACE CULTUREL DE L’AMBASSADE D’UKRAINE

Mardi 6 mars 2012, 19h, à l’Espace culturel de l’Ambassade, 22, av. de Messine, Paris 8ème, M° Miromesnil. tel. 01 43 59 03 53. Entrée libre.


MARS FROID (ХОЛОДНИЙ БЕРЕЗЕНЬ)
vostf

En présence du réalisateur et  avec le concours d’Arkeion Films
Photogramme-Mars-froid.jpg

Production : Studio d’Odessa, 1987, 102 mn, coul.
Scénario : Alexandre Gorokhov
Réalisation : Igor Minaiev
Photographie : Volodymyr Pankov
Décors : Anatoliï Naoumov
Musique : Anatoli Dergatchev
Interprétation : Maxime Kisselev, Andrei Toloubeiev, Loudmyla Davydova, Mykola Tokar, Andriї Loubimov, Igor Aitov, Mykola Bandouryn, Dima Smirnov, Volodia Golovaniov, Anton Minaiev, Serhiї Bourtiak, Natalia Ostrikova, Olga Petrenko, Gleb Sochnikov, Igor Yefimov
Genre : comédie dramatique

Récompense : Prix de la Meilleure réalisation au Festival Pansoviétique en 1988

Synopsis
Un adolescent arrive dans une petite ville de province pour y faire ses études dans une école technique. Dans l’internat dirigé par un directeur tolérant, respectueux du corps enseignant et de ses élèves, l’ambiance générale tourne très vite au vinaigre. Une classe ayant formé un clan tient tête aux profs.


Equipe-de-tournage-de-Mars-froid.jpgOpinion
Repéré dès son film de fin d’études La Mouette, Igor Minaiev apparaît comme un cinéaste exigeant, mûr pour de solides projets. Mais sa carrière semble compromise à la suite d’un court métrage réalisé pour la Mosfilm, L’Horizon argenté, d’après un récit d’Eugène Houtsalo, vite rangé dans un tiroir. Le Studio d’Odessa lui offre une seconde chance en 1985 pour un autre court métrage, Le Téléphone. Privé du droit d’exercer pleinement son métier, Minaiev attendra 1987 pour tourner son premier long métrage, Mars froid, l’année où la Commission des conflits auprès de l’Union des cinéastes de l’URSS décide de réhabiliter les œuvres mises au placard. Ce film et celui qui suivra, Rez-de-chaussée, dans lesquels il incarne parfaitement l’esprit de la perestroïka, lui vaudront deux sélections à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes, en 1988 et 1990. Issu d’une génération arrêtée en plein élan, Minaiev revendique son appartenance à un courant traditionnel, nourri des exemples de la Nouvelle vague française, des premiers grands films de Tarkovski ou de Kontchalovski, et considère la dissidence comme un concept purement esthétique.
Mars froid est l’histoire saisissante d’un directeur d’école technique et de ses élèves, dont certains délinquants ont été liés au milieu criminel. Comme pour la plupart des premiers films, le scénario avait été imposé par la direction du Studio d’Odessa, mais Minaiev réussit à changer cette comédie en drame, en la remaniant de fond en comble, ce qui quelques années auparavant aurait été considéré comme un acte subversif. Le film s’interroge sur les bienfaits de la méthode d’autogestion des élèves à l’aune du système pédagogique d’Anton Makarenko et de son approche portant sur la sensibilisation des élèves aux relations humaines. L’établissement n’est pas une maison de redressement destinée à réinsérer des mineurs posant des problèmes de discipline et de petite délinquance, plutôt une institution dont le fonctionnement est basé sur l’autogestion et un style de vie facilitant les expériences et les changements. À travers un récit riche en séquences, le réalisateur livre une caricature du système pédagogique soviétique, à commencer par l’inévitable séance du bizutage du nouveau venu. L’adolescent vient étudier dans l’établissement dans le seul but de retrouver sa petite amie, elle-même dans un internat de jeunes filles tout proche, et de la demander en mariage. Le relâchement général ambiant est dû au rapport de forces existant entre le personnel éducatif et l’ensemble d’une classe formant un clan, une équipe, dont le principe est basé sur la solidarité, la non-dénonciation, le rejet de tout accommodement. Le caractère du directeur est apparemment conciliant, mais au fur et à mesure que les événements changent en défaveur de l’institution, il s’affermit. Il menace de livrer à la justice l’élève Zintchenko qui a commis un méfait et est accusé de vol de magnétos. En revanche, son collègue Nicolas Mykytiouk, dont le rôle est superbement interprété par Mykola Tokar, est un véritable maître charismatique, éducateur sympa parfois spartiate, allant même jusqu’à braver l’inspection académique. La séquence de l’excursion des élèves à Poltava, pendant laquelle une éducatrice inspirée fait l’éloge de Pierre le Grand à la bataille de 1709 contre les Suédois, est révélatrice de la mentalité pédagogique de l’époque. Cependant, les élèves ne se bousculent pas face au monument, et ne pensent qu’à draguer des lycéennes présentes. Si on la compare à une séquence semblable dans le film Le Pissenlit en fleur d’Alexandre Ihnatoucha, tourné cinq ans plus tard, cette ballade touristique reste quelque peu décalée, sans pour autant heurter la fierté grand-russienne. Sur le plan technique, où l’on découvre sa passion pour les effets de lumière, le réalisateur émaille volontiers le film de fermetures et d’ouvertures à l’iris, technique  délaissée, mais pas obsolète pour une comédie dramatique crânement réalisée.
Lubomir Hosejko

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