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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 21:45

CINÉ-CLUB UKRAINIEN -  ESPACE CULTUREL DE L’AMBASSADE D’UKRAINE

22, av. de Messine, Paris 8ème, M° Miromesnil. tel. 01 43 59 03 53

Mardi 5 avril, 19 h. Entrée libre.

 

 

L’EXPLOIT D’UN ÉCLAIREUR  ( ПОДВИГ РОЗВІДНИКА )

vostf

suivi d’un débat animé par Raymond Clarinard, journaliste au Courrier International et écrivainphotogramme L'Exploit d'un éclaireur 1

 

Production : Studio de Kiev, 1947, 89 mn. nb

Réalisation : Boris Barnet

Scénario : Mikhaïl Bleiman, Kostiantyn Issaїev, Mykhaïlo Maklarskyi     

Photographie : Danylo Demoutskyi

Décors : Mauritz Oumanskyi

Musique : Oscar Sandler, Dmytro Klebanov

Son : Alexandre Babiї

Montage : Valentyna Oliїnyk

Interprétation : Pavel Kadotchnikov, Victor Dobrovolskyi, Ambroise Boutchma, Dmytro Miloutenko, Serhiї Martinson, Olena Izmaїlova, Boris Barnet, Mykhaïlo Romanov, Petro Arjanov

Directeur de production : Mykhaïlo Kaminskyi

Genre : espionnage

 

Récompenses : Prix d’État de l’URSS en 1947 à Mikhaïl Bleiman, Kostiantyn Issaїev, Mykhaïlo Maklarskyi, Boris Barnet, Mauritz Oumanskyi, Pavel Kadotchnikov

 

photogramme L'Exploit d'un éclaireur 2Synopsis

 

Parachuté en Ukraine occupée par la Wehrmacht pour une mission à haut risque, l’officier des services secrets soviétiques Alexis Fedotov se fait passer pour un entrepreneur zurichois sous le nom d’Heinrich Eckert. Pour infiltrer le haut commandement militaire ennemi, il noue des liens avec Friedrich Pommel, un vieil industriel allemand dont le fils le conduit à Vinnytsia et l’aide à rencontrer le général von Kuhn. Bien qu’il déjoue un à un les pièges que lui tendent les services secrets nazis et qu’il liquide un agent double, il ne parvient pas à subtiliser un document secret signé du Führer, relatif à un plan d’offensive dans le sud de l’Ukraine. Il décide alors d’enlever le général et l’emmène à Moscou.

Opinion

À l’automne 1947, Boris Barnet, qui travaille alors au Studio de Kiev, termine L’Exploit d’un éclaireur où réapparaît le thème de la guerre. Le film subit tous les aléas de la production de l’après-guerre, assujettie aux moindres décisions du Conseil des Ministres. Le temps de tournage est réduit de moitié, cinq mois au lieu de dix, la précarité des équipements techniques, des accessoires et des costumes entraînent inévitablement le chômage technique. À cela viennent s’ajouter la pénurie d’électricité, le manque de comédiens, de discipline aussi. Comme un peu partout en Europe, Barnet tourne dans les ruines. Il prend une certaine liberté par rapport à l’Histoire en entourant  de caractères intéressants le célèbre partisan et agent soviétique Nicolas Kouznetsov, rebaptisé ici Alexis Fedotov. photogramme L'Exploit d'un éclaireur 3

Eu égard au grand succès populaire du film, les critiques croient discerner le début d’une nouvelle étape dans le cinéma ukrainien. Mais si tous les ingrédients du film d’espionnage sont réunis, le réalisme froid d’une dramaturgie construite comme une passionnante partie d’échecs ne peut corroborer une telle supposition. Le film est plein de mots de passe, de rencontres anonymes, de rendez-vous secrets, de personnages doubles, et il est indéniable que ce type d’exploit fait du héros, admirablement campé par  Pavel Kadotchnikov, un cauteleux psychologue dont la tâche consiste justement à ne pas éveiller les soupçons des nazis. Cependant, tout ce qui a trait au sentiment, jusqu’au monologue intérieur de Fedotov, est soigneusement écarté. Sauf, peut-être, dans la scène où, après que les nazis viennent de porter un toast à leur victoire, il répond justement : « À notre victoire ! » Misant sur le patriotisme, L’Exploit d’un éclaireur fait volontiers penser à un film antérieur, Sigmund Kolossovski (réalisé en 1945 par Sigizmund Navrotskyi et Boris Dmokhovskyi) à ceci près que le documentarisme cède le pas à l’épique et au suspense, renforcé par la superbe photographie de Danylo Demoutskyi. Le grand acteur Ambroise Boutchma, qui tient le rôle d’un vieil agronome et dont c’est le dernier vrai rôle dans un film – il apparaîtra une ultime fois à l’écran en 1952 dans la pièce filmée Le Bonheur volé d’Isaac Chmarouk -, interprète un personnage pathétique dans lequel se reconnaissent des millions d’individus qui eurent à surmonter la difficulté de rester loyal envers leur patrie face à l’occupant. À l’opposé, Dmytro Miloutenko, qui incarne l'espion allemand Berejnyi, demeure le personnage incontournable du cinéma de l’époque, un nationaliste ukrainien chargé d’infiltrer la résistance bolchevique. Pour sa part, Kadotchnikov conquiert, à la sortie du film, le cœur des spectateurs ukrainiens par son interprétation romantique. L’Exploit d’un éclaireur, dont la quasi-totalité des comédiens et des techniciens est ukrainienne, deviendra pour de longues décennies le film culte de la jeunesse soviétique. Il paraîtra en France en 1947 sous le titre Personne ne le saura. 

Lubomir Hosejko

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9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 14:11

CINÉ-CLUB UKRAINIEN -  ESPACE CULTUREL DE L’AMBASSADE D’UKRAINE

22, av. de Messine, Paris 8ème, M° Miromesnil. tel. 01 43 59 03 53

Mardi 1er mars, 18 h.30. Entrée libre.

 

 

SYNDROME ASTHÉNIQUE  ( АСТЕНІЧНИЙ СИНДРОМ )

vostf

Avec le concours d’Arkeion Film et l’intervention de Martine Godet, auteure de la monographie La pellicule et les ciseaux, la censure dans le cinéma soviétique du Dégel à la perestroïka (CNRS Editions, 2010)

 photogramme Syndrome asthénique 3

 

Production : Studio d’Odessa, 1989, 156 mn. coul/nb

Réalisation : Kira Mouratova

Scénario : Kira Mouratova, Serguei Popov ; Alexandre Tchernykh          

Photographie : Volodymyr Pankov

Décors : Yevhen Holoubenko, Oleg Ivanov

Musique : Franz Schubert

Son : Elena Demydova

Montage : Valentyna Oliїnyk

Interprétation : Serguei Popov, Pavlo Polichtchouk, Alexandre Tchernykh, Victor Aristov, Nikolaï Semionov, Olga Antonova, Natalia Bouzko,  Galina Zakhourdaieva, Alexandra Svenskaia, Natalia Ralleva, Galina Kasperovytch, Vira Storojeva, Oleg Chkolnyk, Léonide Kouchnir

Directeur de production : Natacha Popova, G. Tatchan

Genre : drame psychologique

Récompenses : Ours d’argent, Prix spécial du Jury, Festival de Berlin (1990), Prix Nika du meilleur film (1990). Prix du meilleur second rôle féminin décerné à Olga Antonova par L’Académie des sciences et des arts cinématographiques au Festival Souziria (1990).

 


Synopsisphotogramme Syndrome asthénique 1

Dans un cimetière, Natacha qui vient de perdre son mari crie sa douleur. Rejetant ses amis qui tentent de l’aider, elle s’enfuie et se réfugie dans une solitude désespérée. Elle quitte son travail à l’hôpital et déa mbule, hagarde, dans les rues, transformant sa souffrance en haine envers le genre humain. Nikolaï se réveille dans  une salle de cinéma. Il n’a rien vu du film projeté et se lève, indifférent aux paroles du réalisateur qui veut  lancer le débat. Il est en effet atteint du syndrome asthénique, dû à son incapacité de se consacrer à l’écriture, un état de perpétuelle faiblesse qui lui vaut de s’endormir n’importe où et n’importe quand. Il se retrouve dans un hôpital parmi des fous. Sorti de l’hôpital, il s’endort dans le métro. Une rame vide le conduit dans un  tunnel sombre.

Opinion                                                                                                                                          

Dans Le Syndrome asthénique (1989), Kira Mouratova, à coups d’images-choc, assène sa vision morcelée d’une société soviétique moribondephotogramme Syndrome asthénique 2 en plein chaos. La réalité que montre la cinéaste – celle des années de la perestroïka – n’est plus qu’une parodie des rapports humains. Les deux héros – qui apparaissent dans deux segments de film successifs – réagissent de manière diamétralement opposée à l’agression permanente qu’ils subissent du monde extérieur, à la spirale de violence que la réalisatrice nomme « corridor de la haine ». Le premier, une veuve qui vient d'enterrer son mari, "cogne” littéralement tous ceux qu'elle croise sur son chemin. Le second, enseignant, souffre du “syndrome asthénique”: sa tactique de fuite consiste à s’endormir chaque fois qu’on l’assaille, jusqu’à ce qu’il ne se réveille plus de ce sommeil irrésistible, allongé par terre dans une rame de métro, mort dans l’indifférence générale.  Mouratova alterne lieux publics (bus, marchés, escaliers d'immeubles collectifs) où l'obscénité est à son comble, et lieux privés, où l'individu affronte soit une solitude insupportable, soit une incommunicabilité totale. Un assemblage de voix cacophoniques occupe la plus grande partie de la bande-son. Les dialogues ne sont que des monologues à plusieurs. Ils sont rédigés dans un langage largement ordurier, ce qui a retardé de quelques mois l’autorisation de sortie du film, bien que la levée de toute censure ait été proclamée en 1986 lors du Ve Congrès de l’Union des Cinéastes de l’URSS. Dans cette œuvre majeure de la perestroïka, Mouratova tend à tous un miroir où se reflète la désintégration de la société soviétique, épuisée par 70 ans de lutte des classes et un combat acharné pour la survie quotidienne, a atteint un stade extrême d’agressivité.

Martine Godet

 

Témoignage de la réalisatrice

C’est un film qui existe parce que la perestroïka existe. Il montre l’image totale de la société soviétique actuelle. On ne sait pas comment faire, comment changer. Nous disons toujours en URSS qu’il faut changer sans savoir exactement comment y parvenir et où aller. Si je ne m’endors pas, c’est parce que l’acte de réalisation m’est possible. Sinon, comme nous ne savons pas quoi faire avec cette vie nous restons passifs. Je suis combative pendant que je filme. Quand c’est fini, je deviens très conformiste dans la vie. Filmer, écrire, faire de l’art, c’est comme un royaume de liberté. Cette liberté, quand je filme, m’est suffisante. C’est à ce moment que je ne veux pas de règles, de lois, de morale.
                                                                                                                                               Kira Mouratova                                            
                                  

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11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 19:39

L’Ambassade d’Ukraine et le Ciné-club ukrainien

Mardi 1er février 2011, 19h, à l’Espace culturel de l’Ambassade

22, av. de Messine, Paris 8ème, M° Miromesnil. tel. 01 43 59 03 53

Entrée libre.

 

 

LE PREMIER GARS  ( Перший Хлопець )

 

 

Production : Studio Alexandre Dovjenko de Kiev, 1958, 86 mn, coul.

Scénario : Pavlo Loubenskyi, Victor Bezoroudko

Réalisation : Serge Paradjanov

Photographie : Serhiї Revenko

Décors : Alexandre Lissenbart, Valeriї Novakov

Musique : Yevhen Zoubtsov, Hryhoriї Glazov

Son : Nina Avramenko

Montage : Nina Horbenko

Interprétation : Heorhiї Karpov, Loudmyla Sossioura, Youriï Satarov, Valérie Kovalenko, Andriї Andrienko, Mykola Choutko, Tamara Alexeiéva, Loubov Orlova, Mykhaïlo Kramar, Yaroslav Sasko, Mykola Yakovtchenko, Youriï Tsoupko, Varvara Tchaïka, Ivan Matveiev. Avec la participation des kolkhoziens du village de Pechtchane.

Genre : comédie

 Le-Premier-gars-1-copie-1.jpg

Synopsis

Après sa démobilisation, Danylo (Youriï Satarov) rentre au village et devient très vite populaire grâce à sa passion pour le sport. Son retour ne perturbe en rien le cours paisible de la vie au kolkhoze, si ce n’est que Youchka (H. Karpov), jusque-là allergique à la culture physique, décide de devenir footballeur pour impressionner Odarka (L. Sossioura), la belle komsomole chargée des loisirs du kolkhoze. Youchka s’entraîne seul dans une grange à l’insu de tout le monde. Lors d’un match, il propose de remplacer le gardien de but défaillant, mais sa prestation peu glorieuse contribue à la défaite de l’équipe de son village. Youchka ne désespère pas et continue de s’entraîner pour les beaux yeux d’Odarka.

Opinion

Le-Premier-gars-2-copie-1.jpgPremier d’une série de trois longs métrages à consonance idéologique (Le Premiers gars, Rhapsodie ukrainienne, Une fleur sur la pierre), Le Premier gars est une comédie calquée sur des dizaines d’autres films louant le paradis soviétique, avec parfois des situations à la limite de l’absurde. Dans la traduction filmique du scénario aux velléités satiriques, ainsi dans la scène du dégel qui commence par la fonte d’un bonhomme de neige, Paradjanov arrive à injecter çà et là un brin d’ironie. Passant au crible quelques poncifs du cinéma stalinien et parodiant, par certains côtés, le burlesque américain, sa fantaisie moqueuse fait de cette comédie un classique acidulé du cinéma khrouchtchévien. Tout l’art du réalisateur, qui engage des comédiens frais émoulus de l’Institut théâtral de Kiev, consiste à tourner en dérision des choses qui passeront inaperçues ou seront minorées aux yeux de la censure et de la critique. De jolies blondes époussettent les tournesols avec des mouchoirs blancs, des tracteurs défilent sur un extrait du Lac des cygnes, des bicyclettes composent des ballets, le socialisme avance au rythme des moissonneuses-batteuses et de l’accordéon. Cependant, Paradjanov ne semble pas se soustraire au message social que lui demande de délivrer la direction des studios, mais s’attache à filmer avec une conscience militante, dans la plus pure tradition du réalisme socialiste. Ici, c’est le souci du détail, la décoration, le rituel, l’utilisation de la couleur qui l’intéressent. Extrêmement mobile, la caméra est celle de Serhiї Revenko, avec qui Paradjanov fit ses premières armes dans Maxymko en tant qu’assistant de Volodymyr Braun. Le tout est plutôt réussi, malgré quelques aspects irritants - joie de vivre, kermesse, chants et danses folkloriques -, les personnages devenant à la longue moins intéressants.

Film de commande largement diffusé à l’époque, Le Premier gars est sans doute le meilleur de la trilogie, universel et tout à la fois profondément ukrainien, laissant entrevoir le futur grand metteur en scène.

Lubomir Hosejko 

 

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15 décembre 2010 3 15 /12 /décembre /2010 21:51

L’Ambassade d’Ukraine et le Ciné-club ukrainien

Mardi 4 janvier 2011, 19h, à l’Espace culturel de l’Ambassade

22, av. de Messine, M° Miromesnil, tel. 01 43 59 03 53.

Entrée libre.

 

RHAPSODIE UKRAINIENNE ( УКРАЇНСЬКА РАПСОДІЯ )

vostf

 

Production : Studio Alexandre Dovjenko de Kiev, 1961, 88 mn. coul.

Scénario : Alexandre Levada

Réalisation : Serge Paradjanov

Assistant-réalisateur : Andriї Botcharov

Photographie : Ivan Chekker

Décors : Mykhaïlo Rakovskyi

Costumes : Nina Braun

Montage : Marthe Ponomarenko

Son : Nina Avramenko, Sofia Serhienko

Musique : Platon Maїboroda, avec la participation de l’Orchestre Symphonique de la RSS d’Ukraine sous la direction de  Benjamin Tolba.

Texte des chansons : Mykola Nahnybida, avec la voix d’Eugénie Mirochnytchenko doublant Olga Petrenko

Directeur de production : Bernard  Glazman

Interprétation : Olga Petrenko, Edouard Kochman, Youriï Houlaiev, Natalia Oujviї, Alexandre Haї, Valeriї Vitter, Stepan Chkourat, Serhiї Petrov, Valentin Hroudinine, Mykola Slobodian, Olga Nojkina, Dmytro Kapka, Kateryna Lytvynenko, Youriï Sarytchev, Constantin Stepankov, A. Pospelov, Olena Kovalenko, Svitlana Konovalova, et la participation des kolkhoziens du village de Boutchak et des soldats de l’Armée Soviétique.

Genre : mélodrame

 Photogramme Rhapsodie ukrainienne

 

Synopsis

Une jeune chanteuse lyrique, Oxana Martchenko, devient célèbre en remportant un prix dans un grand concours international à Paris. Son succès ne parvient pourtant pas à lui faire oublier  Anton, son bien-aimé, parti à la guerre. Blessé puis prisonnier, Anton s’évade du convoi qui l’emmène au camp. Recueilli et caché par un brave Allemand antifasciste, il est arrêté par les Américains qui libèrent le village où il s’est réfugié. Le hasard permettra aux deux amants de se retrouver un jour sur le quai d’une gare.

 

Opinion

Troisième long métrage de Serge Paradjanov réalisé en Ukraine au Studio Alexandre Dovjenko de Kiev, Rhapsodie ukrainienne a la particularité d’appartenir à la série de films mélodramatiques, très en vogue au début des années soixante, tel Roman et Francesca de Volodymyr Denyssenko, dont l’action se déroule partiellement en Occident. Fortement agrémentées de chansons populaires et d’arias d’opéra, ces œuvres ne prétendent pas véritablement constituer un film musical/film-opéra. Dans le cas du film de Paradjanov, la rhapsodie n’intervient que dans le titre, et non dans sa structure diégétique. Confié au grand compositeur de musique de film Platon Maїboroda, connu pour la fameuse chanson Rouchnytchok dans le film d’Alexandre Michourine Les Jeunes années (1958), l’arrangement musical est quelque peu illustratif et frôle parfois la revue. Paradjanov avouera que dans ce film, ses aspirations et ses inexpériences se heurtèrent violemment: leur coexistence s’avéra inévitablement cocasse et absurde. À l’époque, il ne possédait ni culture ni métier, mais que de bonnes intentions, intentions louables, avec un résultat peu satisfaisant, loin de la subjectivité de ses films postérieurs, dont la mise en scène se dissoudra dans une solution picturale. Sur la fin de sa vie, il évitait que l’on parle de ce film, bien que par certains thèmes il annonçait Les Fresques de Kiev (film de 1966 non terminé et partiellement endommagé), et que l’utilisation de la couleur (Sovcolor), enluminée de collages artisanaux, deviendrait l’élément significatif de sa quête esthétique. En ce sens, Rhapsodie ukrainienne alterne des scènes  dominées par des tissus et des couleurs ouatées, et un monde minéral. La dissociation des matières qui symbolisent des mondes semble aussi supposer des voisinages ou des incrustations : ce qui devrait être ensemble mais est réellement séparé dans l’espace, se côtoie pourtant dans l’image. Les scènes sont éclatées et se répondent à travers des sensations et des sentiments liés par la musique, le chant et les chœurs. Mis à part quelques clichés conventionnels sur le patriotisme et les contraintes idéologiques du moment, la place faite à l’art lyrique dans ce film montre combien la musique a son importance dans l’œuvre du cinéaste, notamment dans la scène volontairement étirée d’Oxana devant son miroir où apparaît soudain Anton, réfugié dans une église allemande. Quelques plans laissent entrevoir un cinéaste en pleine mutation : un marché aux puces surréaliste, les ruines d’un théâtre où gisent pêle-mêle décors, toiles et sculptures, un soldat jouant du Beethoven sur un piano à queue. Dans les séquences montrant gauchement un Paris rêvé, Paradjanov arrive, avec peu de moyens à dire l’essentiel sans tomber dans le dépliant touristique par le truchement de l’humour et de la caricature : Paris au son du limonaire, peintres de la place du Tertre, ses clochards, passants africains, policier, midinette, titi parisien lisant ostensiblement L’Humanité (L’Humanitté, avec deux t - sic !). Exagérément présente, la propension paradjanovienne aux flashes-back (retour régulier au leitmotiv des rails et d’Oksana dans le train) est conçue pour dilater le canevas chronologique en évasant le lien entre le passé et le présent. Réalisé dans l’immuable tradition du cinéma soviétique de l’époque, cette chronique d’un amour de guerre se fond principalement sur les antithèses pour souligner le pathétique des situations. Les horreurs de la guerre sont volontairement éludées et remplacées par des objets symboles. Partagée entre le statique et le mouvement, la caméra n’est pas encore celle des Chevaux de feu.

Rhapsodie ukrainienne reste aussi un exercice de style pour le scénario signé Alexandre Levada. Admirablement interprété par Olga Petrenko, doublée pour les chants par Eugénie Mirochnytchenko, le rôle de la cantatrice, qui joue le fil rouge en reliant les séquences, figure comme rôle majeur dans la carrière de l’actrice qui tourna dans une quarantaine de films. Parmi les plus connus : Jeunesse inquiète d’Alexandre Alov et Volodymyr Naoumov, Le Poème pédagogique de Metchyslava Maїevska et Alexandre Masloukov, Une-deux, les soldats marchaient de Léonide Bykov, Mars froid d’Igor Minaiev, La Désintégration de Mykhaïlo Biélikov.

 

Lubomir Hosejko

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14 novembre 2010 7 14 /11 /novembre /2010 15:26

L’Ambassade d’Ukraine et le Ciné-club ukrainien

Mardi 7 décembre 2010, 19h, à l’Espace culturel de l’Ambassade

22, av. de Messine, M° Miromesnil, tel. 01 43 59 03 53.

Entrée libre.

 

UNE SOURCE POUR LES ASSOIFFÉS  ( КРИНИЦЯ ДЛЯ СПРАГЛИХ )

vostf

 Photogramme Une Source pour les assoiffés

Production : Studio Alexandre Dovjenko de Kiev, 1965, 73 mn. nb.

Scénario : Ivan Dratch

Réalisation : Youriï Illienko

Assistant-réalisateur : Lev Kolesnyk

Photographie : Youriï Illienko, Volodymyr Davydov

Décors : Petro Maxymenko, Anatoliï Mamontov

Montage : Natalia Pychtchykova

Son : Nina Avramenko

Musique : Léonide Hrabovskyi

Costumes : Nina Kybaltchytch

Maquillage : Yakiv Grinberg

Directeur de production : David Yanover

Interprétation : Dmytro Miloutenko, Laryssa Kadotchnikova, Théodossia Lytvynenko, Nina Alissova, Jemma Firsova,  Ivan Kostioutchenko, Yevhen Baliev, Youriï Majouha, Olena Kovalenko, Kostiantyn Yerchov, Natalia Michtchenko, Volodymyr Lemport, Mykola Sylis,  Hryhoriї Bassenko, Sachko Vienikov

Genre : art et essai

 

 

Synopsis

 

Dans un village déserté par ses habitants, un vieil homme dépérit dans la plus complète solitude. L’unique possibilité de la rompre est de rassembler ses enfants en leur envoyant un télégramme annonçant sa mort. Bientôt, toute la famille accourt pour son enterrement, sauf l’un de ses fils, pilote d’essai, qui vient de se tuer dans le crash de son avion.

 

Opinion

Une source pour les assoiffés est le premier long métrage de Youriï Illienko et Ivan Dratch, respectivement réalisateur et scénariste. Avec Les Chevaux de feu de Serge Paradjanov et La Croix de pierre de Léonide Ossyka, ce film de fin d’études amènera la production des Studios Dovjenko de Kiev à une définition éminemment nationale. Ivan Dratch, chef de file de la nouvelle vague littéraire ukrainienne, avait imaginé une histoire sur le dépeuplement d’un village en Ukraine. Le scénario était construit selon un schéma allégorique intéressant, une ciné-parabole – terme rejeté par la censure qui le qualifia d’antikhokophotogramme Une source pour les assoiffés 2zien –, dans un style visuel et sonore recherché autour du thème de l’eau. C’est l’histoire vraisemblable d’un vieillard abandonné par les siens qui s’éteint dans un village déserté. Il garde et entretient un puits où viennent se désaltérer toutes sortes de passants assoiffés. Les visions du vieillard traduisent un univers furtif et associatif, oscillant entre prémonition et prophétie, où tout est codifié : la fin de la vie spirituelle, la désintégration de la cellule familiale, la destruction de la vie rurale, la pollution. Pour le vieillard qui perd ses repères et ne peut retrouver la tombe de sa génitrice, la vie n’a de sens que si le puits ne tarit pas.  Le film est imprégné de métaphores et d’allégories transposées de La Terre ou du Mitchourine de Dovjenko. Le vieillard rase le verger qu’il a planté dans sa jeunesse et porte les arbres sur ses épaules. Expérimental à plus d’un titre, cet opus étonne par son graphisme pictural dans un décor naturel presqu’irréel. Illienko le réalise dans le village de Melnyky de la région de Tcherkassy où ne survivent que quelques veuves de guerre. Les khatas sont perchées sur des monticules de sable et les vergers noyés dans le tchernoziom en contrebas. On croit voir une mer de sable qui avance, un arbre mort, une terre aride, alors que l’œil du spectateur est habitué à voir une pomme, une porteuse d’eau, un cheval noir. Paysage rare en Ukraine, cette anomalie géologique rend tangible la sensation d’oppression et de canicule. Le film est tourné en noir et blanc sur pellicule Nikron avec des scènes en négatif, portées à l’incandescence ou solarisées. La mise en scène pourrait être celle de Paradjanov avec une présentation frontale et statique d’éléments décoratifs. Bien que le nom du compositeur Léonide Hrabovskyi figure au générique, il n’y a pas, à proprement parler, de musique de film, mais une polyphonie de sons-collages : le vent, le grincement du puits, le silence, le son du carillon rebondissant sur l’eau, la terre, le ciel. La caméra est assagie. Elle ne traque pas, elle est traquée par le regard du vieillard (Dmytro Miloutenko). L’acteur attend la mort dans le film mais aussi sa propre mort. Il décèdera peu après le tournage. À ses côtés, Laryssa Kadotchnikova, plus belle encore que dans Les Chevaux de feu, Théodossia Lytvynenko, Nina Alissova, Jemma Firsova, futures vedettes des films d’Illienko.

Le film, dont le budget se situait à hauteur de 268 000 roubles de l’époque, fut interdit sur décision du CC du PCU (Décision n°3 du Comité d’État de la RSS d’Ukraine pour la cinématographie du 10 mars 1967) pour son style, son langage allégorique obscur qui, selon la critique officielle, salissait la réalité soviétique (quand bien même Ivan Dratch avait saupoudré ce scénario de quelques anecdotes pour contourner les affres de la censure). Il fut l’un des premiers d’une longue liste de films qui seront mis à l’index et ne seront réhabilités qu’à l’issue du Vème Congrès de l’Union des cinéastes de l’URSS en novembre 1987. Le déchaînement des autorités contre l’exploitation commerciale du film d’Illienko illustrait bien la vague de destructions physiques d’œuvres uniques que subira le cinéma pendant la stagnation brejnévienne. Les salles de montage étaient scellées, le matériel confisqué. Il arrivait parfois que les agents de la sécurité oubliaient quelques pièces à conviction. C’était justement le cas d’Une Source pour les assoiffés dont une copie était en cours de développement pendant la perquisition nocturne des laboratoires. Elle fut cachée par les techniciens des années durant. La veille de la descente du KGB dans les Studios Dovjenko de Kiev, Illienko subtilisa sa propre copie de travail qu’il remisa dans son garage durant 22 ans. Comme toute nouvelle expérience en URSS, celle d’Illienko eut une fin. Fauché dans son élan vers un cinéma d’auteur, le réalisateur devint, dans un premier temps, le porte-drapeau d’un cinéma en pleine renaissance puis, brimé pendant la stagnation brejnévienne, il entreprit la réalisation de films plus sages. La source s’était tarie, le cinéma aussi. Le film sera montré pour la première fois en novembre 1987 dans un festival organisé par le ciné-club de Zaporijjia, puis en 1988 au Festival International de San Francisco.

Lubomir Hosejko 

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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 20:44

L’Ambassade d’Ukraine et le Ciné-club ukrainien

Mardi 2 novembre 2010, 19h, à l’Espace culturel de l’Ambassade

22, av. de Messine, M° Miromesnil, tel. 01 43 59 03 53.

Entrée libre.

 

LES SURVIVANTS ( ЖИВІ )

vosta

 Les Survivants 4

Projection suivie d’une intervention de Mark Edwards, producteur.

 

 

Production : Lystopad Film, 2007, 75 mn. coul.

Scénario : Serhiї Boukovskyi, Serhiї Trymbatch, Victoria Bondar, Evhenia Kravtchouk

Réalisation : Serhiї Boukovskyi

Assistant : Valentyna Selentieva

Photographie : Volodymyr Koukorentchouk

Cadreurs : Pavlo Kazantsev, Roman Yelenskyi

Montage : Alexandre Soukhov

Son : Igor Barba, Heorhiї Stremovskyi

Directeur de production : Maryna Cheloubska

Coordination : Olga Soulimenko

Régie : Serhiї Zakharov

Genre : documentaire

Récompense : Grand Prix de Genève, Forum International Médias Nord-Sud de Genève, septembre 2009.

Synopsis

Couvrant la période tragique de 1932-1933, ce documentaire est basé sur les observations de Gareth Jones, jeune journaliste gallois qui se rendit illégalement en l’Ukraine en mars 1933. Le récit est tissé de témoignages de ceux qui, dans leur enfance et dans l’attente de la mort, ont survécu à la Grande Famine.

 Les Survivants 3

Opinion

Le film commence sur des images du  président Victor Youchtchenko déambulant avec sa fille dans un bosquet, lieu de sépulture anonyme des gens du village de Kojoukhivka, morts pendant les années tragiques de la Grande Famine. Il se termine par le vide laissé par d’ultimes témoins oculaires rappelant qu'il n'y aura bientôt plus personne pour évoquer les horreurs de la Famine.

Agrémenté de documents d’archives parfois inédits (SBU, Croix Rouge, Archives nationales de Pologne, de l’Italie ou privées), ce documentaire est aussi un hommage à Gareth Jones qui parcourut à pied un territoire officiellement fermé aux étrangers et exposa au monde, de manière fiable et impartiale, les raisons de la famine. Considéré comme observateur indépendant et gênant, il sera assassiné dans des circonstances mystérieuses en 1935 en Mandchourie. La découverte tardive, en janvier 1990, de ses carnets de voyage et articles au vitriol permit aux chercheurs et historiens d’établir de nouvelles passerelles cognitives sur le Holodomor et de conscientiser l’opinion publique. Les Survivants 2

L’idée de réaliser un film sur le Holodomor avait été émise par le président Victor Youchtchenko, en 2006, à l’issue de la première du film de Serhiї Boukovskyi Spell your name, qui traitait de la Shoah en Ukraine ( lors des recherches de témoignages se référant à ce dernier film, plusieurs témoignages avaient été enregistrés sur la Grande famine ). À vrai dire, bien avant que cette idée ne soit soufflée en direction de Steven Spielberg présent pendant la cérémonie, cette remarque avait été Les Survivants 1exploitée dès 1989 par l’acteur Mykola Ichtchenko à la sortie du film Le Songe du même Boukovskyi. En 2008, le producteur d’origine américaine Mark Edwards confia à Serhiї Boukovskyi, chef de file des documentaristes ukrainiens, la réalisation de cet opus reposant sur de nouveaux éléments mais encore sur les antagonismes politiques existant dans l’Europe des années 30. Plus que tout autre cinéaste engagé ayant travaillé sur le thème du Holodomor dans la décennie écoulée, Serhiї Boukovskyi réussit à créer le recul nécessaire à l’égard du sujet sans se risquer à faire sentir le poids des revendications nationales ou sociétales, et se gardant même d’employer le terme de génocide. Pourtant, le film ne se prive pas de couvrir d’ignominie une frange de la population autochtone qui participa aux réquisitions et aux exactions. D’une remarquable tenue conceptuelle, tel le travail sur la reconstruction de la bande son d’images d’archives, à l’instar des documentaires de Serge Loznitsa, Les Survivants s’inscrit dans la continuité de la nouvelle école documentariste ukrainienne. Présenté dans plusieurs festivals de par le monde, ce documentaire reste cependant inédit en France.

  Lubomir Hosejko

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15 septembre 2010 3 15 /09 /septembre /2010 10:51

L’Ambassade d’Ukraine et le Ciné-club ukrainien

Mardi 5 octobre 2010, 19h, à l’Espace culturel de l’Ambassade

22, av. de Messine, M° Miromesnil, tel. 01 43 59 03 53.

Entrée libre.

 

ROUSLAN, CHIEN FIDÈLE  (ВІРНИЙ РУСЛАН)

vostf

 

suivie d’une intervention d’Elisabeth Gesatt-Anstett, anthropologue, chercheur au CNRS

 photogramme Rouslan, chien fidèle 2

 

Production : Studio Fest-Zemlia, Fond Culturel ukrainien, Svea Sovconsult (Suède) 1991, 101 mn, coul.

Scénario : Volodymyr Khmelnytskyi, d’après le récit de Gueorgui Vladimov

Réalisation : Volodymyr Khmelnytskyi

Photographie : Natalia Kompantseva

Décors : Jevhen Pitenine

Musique : Volodymyr Bystriakov

Son : Igor Barba

Interprétation : Léonide Yanovskyi, Lidia Fédosseiéva-Choukchina, Jevhen Nikitine, Serhiї Pojohine, Mykola Sektymenko, Viktoria Korsoun, Lidia Tchachtchina, Bohdan Beniouk, Taras Kyreїko, Mykhaїlo Ignatov.

 

Genre : film dramatique animalier

 

Synopsis

Rouslan est un berger allemand qui ne comprend plus le monde. Après avoir passé sept années de dur labeur au Goulag, il perd son travail le jour, où il n’entend plus d’ordre et où la neige a définitivement recouvert les traces des bagnards libérés. Sa vie perd tout son sens. N’ayant plus rien à faire, il réfléchit à ses perspectives d’avenir et revoit son passé parmi ses congénères livrés à eux-mêmes. Rouslan n’accuse pas son maître, ne lui fait aucun reproche. Il est vieux et sait que les maîtres font parfois des erreurs. Il sait que les chiens de garde répondent toujours de leurs erreurs, et souvent des erreurs de leurs maîtres. Cela était déjà arrivé à Rex, un chien très expérimenté et dévoué qu’il enviait. 

 

Opinion

Avec Le Dernier bunker de Vadim Illienko et Le Paria de Volodymyr Saveliev, Rouslan, chien fidèle est l’un des trois films produits par le Studio Fest-Zemlia, unité de production éphémère, créée au moment où l’Ukraine accédait à son indépendance. Son réalisateur Volodymyr Khmelnytskyi avait fait ses armes à l’Ukrtéléfilm puis au Studio des films de vulgarisation sciphotogramme Rouslan, chien fidèle 1entifique. Après avoir réalisé une trentaine de documentaires sur la société soviétique, la jeunesse, le tourisme, le sport, il tâta du film de fiction au Studio d’Odessa en signant en 1976 le scénario et la mise en scène Moi – le plongeur 2. Il revint à la fiction en 1991 avec Rouslan, chien fidèle, tiré du récit éponyme, largement diffusé dans les années 70 en samizdat, de Gueorgui Vladimov (Volosevytch), écrivain dissident et futur activiste d’Amnesty International. Tout au long de cette saisissante allégorie sur l’univers concentrationnaire, Rouslan est la métaphore terrible de la foi aveugle d’une société tout entière et de chaque individu qui, comme le fidèle Rouslan, servit longtemps et honnêtement les idéaux du socialisme. Un socialisme de caserne et de barbelés où n’existait pas un pouce de terre où une créature n’en garde une autre et où il fut son propre garde-chiourme. Plus incisive encore, la métaphore mettant en garde tout un chacun dans la séquence finale, où Rouslan, retrouvant son  instinct de tueur, se jette sur des jeunes recrues marchant vers ce que fut jadis le camp. La réussite du film est due à la maîtrise du cinéaste qui avait travaillé dans le film animalier (Les Hommes et les dauphins, Le Cerf blanc de la toundra) ainsi qu’au parallèle tracé entre la libération soudaine de l’animal, conduisant à la désorientation, et la confusion morale de l’URSS après le cauchemar stalinien. Ce deuxième et dernier long métrage de Volodymyr Khmelnytskyi s’inscrit dans le registre des films-constat, au même titre que Famine 33 d’Olès Yantchouk, Le Tango de la mort d’Alexandre Mouratov, sortis en 1991.

Lubomir Hosejko

 

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17 août 2010 2 17 /08 /août /2010 19:43

 

L’Ambassade d’Ukraine et le Ciné-club ukrainien

Jeudi 9 septembre 2010, 19h, à l’Espace culturel de l’Ambassade

22, av. de Messine, M° Miromesnil, tel. 01 43 59 03 53.

Entrée libre.

 

ANNYTCHKA (АННИЧКА)

vo

 

Production : Studio Alexandre Dovjenko de Kiev, 1968, 89 mn, nb.

Scénario : Boris Zahoroulko, Victor Ivtchenko

Réalisation : Boris Ivtchenko

Photographie : Mykola Koultchytskyi

Décors : Valeriї Novakov

Musique : Vadim Homolaka

Son : Ryva Bisnovata

Interprétation : Loubov Roumiantseva-Chornovol, Grigore Grigotiu, Kostiantyn Stepankov, Ivan Mykolaїtchouk, Anatoliï Barchouk, Ivan Havrylouk, Olga Nojkina, Boryslav Brondoukov, Vassyl Symtchytch, Vitaliї Rozstalnyi, Victor Stepanenko, Victor Mirochnytchenko, Fedir Stryhoun, N. Kozlovska, Boris Ivtchenko.

 

Genre : film dramatique

Entrées : 21, 1 millions de spectateurs

 

Récompenses : Prix spécial du jury au Festival international de Phnom Penh en 1969. Diplôme de la Meilleure première œuvre au Festival des Républiques d’Ukraine et du Caucase, Kiev, 1969.

 

 photogramme-Annytchka-3-copie-1.jpg

Synopsis

Annytchka, une jeune Houtsoule, découvre par hasard sur les lieux d’un combat un partisan soviétique blessé. Elle le soigne et le cache et en tombe amoureuse. Après avoir éconduit son ancien fiancé Roman, devenu policier collabo, elle décide de rejoindre avec son amoureux les partisans de Kovpak. Pris de folie, son père la tue.

Opinion

Film dramatique apportant la composante romantique au courant de l’École poétique de Kiev, Annytchka est aussi l’histoire de deux amis, le pauvre Ivanko (Ivan Havrylouk) et le policier Roman Derytch (Ivan Mykolaїtchouk), tout deux amoureux d’Annytchka (Loubov Roumiantseva). L’action se déroule en 1943, lorsque les partisans de Kovpak effectuent un raid dans les Carpates. Pendant la fête de la moisson, Ivanko et Roman décident de régler leur différend à la loyale en exécutant l’arkane, une danse houtsoule endiablée. Le vainqueur de ce duel acrobatique pourra espérer les faveurs de la jeune fille. Mais les événements se précipitent et prennent une autre tournure. Ivanko rejoint dans la montagne les partisans communiste. Roman devient collabo. photogramme Annytchka 1-copie-1Lors d’un banquet organisé par le nationaliste Kroupiak (Boryslav Brondoukov) en l’honneur d’officiers allemands, il reçoit même la Croix de fer pour sa fidélité au Reich. Kroupiak a la monstrueuse idée de faire danser les partisans capturés sur une estrade jonchée de tessons de bouteille. Parce qu’ils refusent de danser pieds nus, ils sont exécutés sur le champ, sauf Ivanko qui accepte le défi. Dardant son regard sur Roman, il danse pour Annytchka. Mais, comme pour ses camarades, l’estrade a été dressée pour son exécution. Envahi par les remords, Roman regrette sa conduite. Rien n’apaisera sa conscience, pas même son union avec Annytchka. Lors de la danse nuptiale, selon la coutume, un garçonnet lui jette une assiette décorée qui se brise. La mélodie du cymbalum se transforme progressivement en tintement de verre pilé qui lui déchire les tympans. La mise à mort d’Ivan le hante.

Tourné dans les Carpates, Annytchka est le premier long métrage de Boris Ivtchenko, réalisateur qui disparaîtra très tôt en 1990. Fils du metteur en scène de théâtre et de cinéma Victor Ivtchenko, le jeune cinéaste a hérité de son père la manière de traiter les thèmes sensibles, tels la collaboration, la forfaiture, le nationalisme, en centrant l’action sur l’héroïsme féminin. Que ce soit dans Ivanna (1959, film de V. Ivtchenko) ou dans Annytchka, les jeunes femmes initialement peu concernées par les problèmes de sophotogramme Annytchka 2-copie-1ciété finissent par s’y impliquer. Boris Ivtchenko admettra plus tard que les images de son film étaient volontaire ment négatives parce qu’elles se rapportaient à une période douloureuse de l’Histoire, souvent noircie par esprit de conformité idéologique. Des deux versions de la scène finale – le suicide et la folie de Roman -  il choisit la seconde, plus dure et plus tragique. Mykolaїtchouk est si bien entré dans la peau de son personnage que, déjà pendant le tournage, il est apostrophé et qualifié de nationaliste ukrainien. À Kiev, il est immédiatement catalogué comme opposant à l’idéologie communiste. À l’instar de ses confrères, Boris Ivtchenko connaît lui aussi ses premières difficultés avec les autorités qui ne cachent pas leur agacement de voir les cinéastes camper dans les Carpates, désormais leur repère favori. Par ailleurs, le néophyte impose d’emblée sa méthode de filmer dans l’ordre chronologique du découpage, pour coller, selon lui, au plus près de la contexture du réel et de la vérité. Cette méthode, qui fait fi de tout plan de travail, est décriée par le directeur de production qui menace le jeune débutant de lui adjoindre un superviseur, voire d’arrêter la production du film. Mais au vu des rushes, le résultat surprend par la primeur et l’originalité du scénario et, surtout, par la performance artistique du jeune premier Ivan Havrylouk. Sacré vedette de l’écran, ce dernier sera suspecté néanmoins de sympathie bandériste. L’Âme de pierre, le nouveau scénario de Boris Ivtchenko écrit avec Mykolaїtchouk, sera refusé en première lecture.

Lubomir Hosejko

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3 mai 2010 1 03 /05 /mai /2010 20:37

L’Ambassade d’Ukraine et le Ciné-club ukrainien
Mardi 1er juin 2010, 19h, à l’Espace culturel de l’Ambassade
22, av. de Messine, M° Miromesnil, tel. 01 43 59 03 53.
Entrée libre.

LES SCEAUX DE L’HETMAN  (ГЕТЬМАНСЬКІ КЛЕЙНОДИ)
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Production : Studio Alexandre Dovjenko de Kiev, 1993, 87 mn, coul.
Scénario : Serhiї Diatchenko, Léonide Ossyka
Réalisation : Léonide Ossyka
Photographie : Vadim Illienko
Décors : Inna Bytchenkova
Musique : Volodymyr Houba
Son : Bohdan Mykhnevytch
Interprétation : Serhiї Romaniouk, Loudmyla Yefimenko, Lès Serdiouk, Svitlana Kniazeva, Boris Khmelnytskyi, Volodymyr Kolada, Volodymyr Holoubovytch, Kostiantyn Stepankov, Taїssia Lytvyvenko, Vladyslav Kryvonohov, Svitlana Krout.
Genre : drame historique

Photogramme Les Sceaux de l'Hetman 1
Synopsis
Après la mort de l’Hetman Bohdan Khmelnytskyi, l’Ukraine se déchire pour sa succession. D’un côté, la majorité des officiers supérieurs cosaques qui ont soutenu Khmelnytskyi lors des guerres contre les Polonais, de l’autre les prorusses regroupés autour du colonel Martin Pouchkar qui ambitionne de devenir le maître de l’Ukraine, appuyé par une partie des Cosaques Zaporogues opposés à l’élection du nouvel Hetman Ivan Vyhovskyi. Les sceaux de feu l’Hetman gardé par sa fille Olèna sont convoités par Zahrava qui n’hésite pas à enlever la femme et les deux enfants de Jourba, fidèle serviteur de l’Hetman.


Opinion
Léonide Ossyka, qui depuis Zakhar Berkout (1971) espérait monter une superproduction historique, réalise en 1993 le dernier film de sa carrière Les Sceaux de l’Hetman, d’après le roman de Bohdan Lepkyi L’Abîme. Interdit en Ukraine Soviétique, le roman décrit les événements de 1659 sur fond d’infamies, de forfaitures et de luttes intestines de la noblesse cosaque. L’Ukraine risque de perdre son indépendance car la Russie ne la considère plus comme un pays ami mais comme l’objet de son expansion territoriale, passant outre le traité d’alliance qu’elle avait signé avec elle en 1654. Le sujet est traité à la limite du film d’aventures avec des héros exempts de contradiction. Après maints rebondissements et un duel final entre Zahrava (Boris Khmelnytskyi) et Valko Bossakivskyi (Serhiї Romaniouk), les sceaux seront enterrés, à l’insu de tous, par Olèna (Loudmyla Yefimenko) et Valko qui s’en iront vivre avec la mémoire des lieux. Filmé dans une authentique propriété cosaque, Les Sceaux de l’Hetman ne s’inscrit pas dans la série des western-borchtch, méthode décriée par Léonide Ossyka à l’encontre des réalisateurs comme Boris Chylenko (La Vallée noire) ou Serhiї Omeltchouk (La Marche des Cosaques). Pas vraiment un film à thèse ni film d’auteur, il est un dernier adieu au cinéma et à l’Ukraine auxquels le réalisateur se consacra corps et âme, avec ses acteurs fétiches, Svitlana Kniazeva, Kostiantyn Stepankov, Lès Serdiouk et tant d’autres. Le personnage central est interprété par le quadragénaire Serhiї Romaniouk dont la première apparition sur les écrans annonce l’un des plus grands acteurs du cinéma ukrainien contemporain.
Au moment de la sortie du film, il était intéressant de comparer la crise politique, économique et culturelle des toutes premières années de l’indépendance de l’Ukraine de 1991 avec le thème du film sur l’époque cosaque communément appelée les Temps de la ruine. La projection dans l’actualité immédiate était frappante : lutte pour le pouvoir, résistances passéistes, sentiment de semi-liberté ou de semi-indépendance où chacun se repent mais n’en fait qu’à sa tête. Souvent en avance ou en adéquation avec son temps, Léonide Ossyka termine sa carrière à un moment clef de la renaissance de sa patrie. L’Histoire retiendra que Les Sceaux de l’Hetman était en cours de réalisation lors de la remise solennelle des Grands Sceaux de la République Nationale d’Ukraine par le président en exil Mykola Plaviouk au président en exercice Léonide Kravtchouk. La hache de guerre était définitivement enterrée.
Dans la foulée, Ossyka n’entreprendra pas son nouveau long métrage, Dovbouch, mis en chantier scénaristique et en liste d’attente depuis plus de vingt ans, car jugé trop coûteux. Dans un ultime effort, il se lancera avec Lès Serdiouk, dans un projet sans lendemain. Après quelques jours de tournage, Et ne nous soumets pas à la tentation est abandonné, faute d’argent. Le réalisateur décèdera en 2001, après Ivan Mykolaїtchouk (1987) et Serge Paradjanov (1990), les deux grands ténors du courant de l’Ecole de Kiev.


                                                                                                                                   Lubomir Hosejko

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15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 20:44

L’Ambassade d’Ukraine et le Ciné-club ukrainien

Mardi 4 mai 2010, 19h, à l’Espace culturel de l’Ambassade

22, av. de Messine, Paris 8ème, M° Miromesnil. tel. 01 43 59 03 53

Entrée libre.

 

LES CLOCHES DE PAILLE  ( СОЛОМ’ЯНІ ДЗВОНИ )

vostf

avec le concours d’Arkeion film

 photogramme Les Cloches de paille

 

Production : Studio Alexandre Dovjenko de Kiev, 1987, 142 mn, coul.

Scénario : Youriї Illienko

Réalisation : Youriї Illienko

Photographie : Youriї Illienko

Décors : Alexandre Danylenko, Alexandre Cheremet

Son : Bohdan Mykhnevytch

Montage : E. Soummovska

Directeur de production : Mykola Vesna

Interprétation : Lès Serdiouk, Pylyp Illienko, Serhiї Pidhornyi, Mylhaїlo Holoubovytch, Nina Matvienko, Loudmyla Yefimenko, Borys Galkine, Maїa Boulgakova, Serhiї Haletiї, Mykola Mouraviov, Natalia Soumska, Olga Soumska, Vassyl Tsybenko, Dmytro Tsapenko, Loudmyla Lobza, Victor Demertach.

Genre : drame psychologique

 

Récompenses : Prix du meilleur acteur à Lès Serdiouk au XXVIème Festival International du film de Karlovy Vary de 1988. Prix décerné à Youriї Illienko pour sa contribution au développement du cinéma ukrainien au Festival républicain de Dnipropetrovsk en 1988.

 

 

Synopsis
Quelqu’un a tiré sur Vilhota, père du collabo Yourko, tué naguère par les partisans. Vilhota, qui fut en cheville avec  les fascistes, cache soigneusement ce fait connu de tout le monde et du jeune Sachko que soupçonne le milicien chargé de l’enquête. Se sentant menacé, Vilhota veut se débarrasser du milicien et de Sachko avant que n’intervienne Yakiv Tcherneha, le père de Sachko.

Opinion
C’est avec Les Cloches de paille que prend fin, en pleine perestroïka, la période de contrainte idéologique du cinéma de Youriї Illienko. Au Festival de Dnipropetrovsk, le Prix de la contribution personnelle au développement du cinéma ukrainien lui est remis en 1988, dès son retour de Toronto, où il fut l’invité d’honneur au Festival du film ukrainien en compagnie des poètes et scénaristes Ivan Dratch et Dmytro Pavlytchko. Il y avait montré ses œuvres maîtresses, Une source pour les assoiffés, La Nuit de la Saint-Jean, mais son dernier opus Les Cloches de paille ne fut projeté qu’en huis clos dans une salle communale.
Ne subissant plus la pression idéologique brejnévienne, par laquelle il avait perdu la lucidité de regard du cinéma d’auteur de ses débuts, Illienko amorce une transition vers un art plus libéré. Les personnages de sa dramaturgie, bons et méchants, rouges ou bruns, paient une dernière fois leurs trahisons mutuelles et paranoïa lassante par nettoyage ethnique et éthique. Et si ce film reste en-deçà des films à constat social de ses confrères Mykhaїlo Biélikov (La Désintégration), Léonide Ossyka (Entrez, assoiffés), ou des films tentés par l’argument commercial de Roman Balaїan (Le Fileur) et de Viatcheslav Krychtofovytch (Femme seule désire rencontrer), il suit le postulat logique et immuable des propres choix thématiques du réalisateur. Ces choix sont empruntés à la littérature soviétique ukrainienne centrée sur l’Histoire, comme le confirme sa filmographie tout entière.
Tiré du récit de l’écrivain Yevhen Houtsalo La Zone morte, ce dixième long métrage de Youriї Illienko se passe de musique, comme jadis dans Une source pour les assoiffés,  mais  porte un titre métaphorique, allusif aux bruissements mélodiques des champs de seigle communément appelés cloches de paille. Relayées par la voix de la chanteuse Nina Matvienko, ces mélopées traduisent les misères d’une nation soumise aux maintes invasions et occupations ennemies. Elles épousent les réminiscences de la réalité filmophanique, entrelacée de scènes d’une extrême violence autour d’une population traumatisée par l’occupation allemande et la police supplétive. La scène de la pendaison, l’insoutenable scène où un nouveau-né est jeté sur un toit de chaume dévoré par le feu, évoquent la barbarie nazie dans l’Arc-en-ciel de Marc Donskoï. Irréaliste, celle du réveillon de Noël met en émoi toute une famille contrainte de manger une nourriture dans une écuelle vide, sous l’œil d’un officier allemand. Au fil du récit filmique, la caméra de Youriї Illienko annonce son retour aux impulsions oniriques et surréalistes, notamment dans les plans aériens expressément chagalliens. L’interminable séquence, où apparaissent en enfilade wagons et compartiments d’un train, véritable morceau d’anthologie fixant dans un long travelling les parias et les nantis de la population au sortir de la guerre, est digne d’une invention fellinienne. L’interprétation très convaincante de Lès Serdiouk dans le rôle de Vilhota, sans doute le plus émouvant de sa carrière, de Loudmyla Yefimenko dans le rôle de la démente, et de Pylyp Illienko dans celui de Yachko, atteste d’une direction d’acteur maîtrisée qui avait fait défaut au réalisateur pendant la stagnation. Les Cloches de paille met fin à la longue série de films qui stigmatisaient la participation des collabos à l’occupation allemande. Les frères Vadim et Youriї Illienko seront les premiers à revenir sur cette période sombre à travers leur nouveau film Le Dernier bunker (1990). Ils essaieront d’évacuer les clichés antinationalistes sans toutefois prétendre réhabiliter le maquis nationaliste, mais le replacer dans son contexte historique par rapport à la tournure que prennent les événements dans le nouveau paysage politique de l’Ukraine en marche vers son indépendance.

                                                                                                                         Lubomir Hosejko

              

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