Février
Janvier
année 2008:
Décembre
Novembre
Emmanuel Lepage, comment est née l'idée de ce projet ?
Le projet est né d'une rencontre entre Pascal Rueff et Morgan, comédiens et Lidwine, président de l'association "Les Dessin'acteurs". Pascal et Morgan avaient déjà fait deux voyages à Tchernobyl et ont monté un spectacle "Mort de rien" sur la catastrophe. Ils avaient comme projet de créer une résidence d'artistes à Volodarka à 4Okm de la centrale, hors de la zone interdite. Ils ont évoqué ce projet avec Lidwine. Il fut enthousiaste. Cela s'inscrivait dans la démarche des Dessin'acteurs. Il proposa donc à Gildas Chasseboeuf et moi-même de partir là-bas réaliser un carnet de voyage, ce que nous avons accepté d'emblée. Gildas et moi sommes donc tous deux membres de l'association et respectivement illustrateur et auteur de bandes dessinées. L'idée était de réaliser un livre à par
tir de nos dessins et témoignages dont les droits seraient reversés à l'association "les enfants de Tchernobyl".
Connaissiez-vous déjà l'Ukraine avant ce voyage à Tchernobyl ? Comment ce voyage a influencé votre vision de cette grande tragédie ?
Je ne connaissais pas du tout l'Ukraine avant mon départ, mais Gildas et moi avons tenu à nous y rendre en train afin de mieux d'appréhender la proximité de ce pays... et le lieu de la catastrophe. Nous n'ambitionnions pas du tout d'embrasser la totalité de la catastrophe et de ses conséquences. Notre vision résulte de nos rencontres au village de Volodarka et de ses environs et des personnes rencontrées à Tchernobyl. Je fus frappé cependant de voir combien 22 ans après, l'ombre de la catastrophe étais toujours d'une brûlante actualité, comme cette zone continuait de nourrir les fantasmes et les peurs. Sans doute à l'époque pour moi comme pour beaucoup de français Tchernobyl, c'était loin, c'était l'Est, l'autre coté du rideau de fer. Les informations filtraient peu et sans doute nous ne nous sommes surtout trouvés concernés que par ce fameux nuage qui, comme l'on sait, n'a jamais traversé la France (!). Ce voyage m'a convaincu qu'il n'en était rien, que les préoccupations des gens vivant là bas étaient les nôtres, qu'ils étaient nos semblables, que Tchernobyl nous concernait tous. Je ne peux m'empêcher d'imaginer pareille catastrophe en France. Parlerions nous toujours de développer le parc nucléaire et vanter nos "compétences" dans ce domaine ? Je n'envisage pas pour l'instant un autre voyage en Ukraine, mais qui sait ? Ce voyage ne cesse de me hanter et il est possible que je retourne un jour à Volodarka pour comprendre ce qui là-bas m'a tant touché.
Pourriez-vous commenter le choix du titre pour le livre?
Le choix du titre du livre est un oxymoron inspiré du trouble qui nous saisit là bas entre la beauté de ce que nous voyions, cette nature magnifique, les arbres en fleurs au printemps, et la réalité du lieu. Nos sens ne nous disaient rien du réel et c'est sans doute ce qu'il y avait de plus troublant !
Propos recueillis par Olga Artyushkina
Quand êtes-vous tombé dans la marmite de la BD ?
A l'age de 7 ans, tandis que j'étais à l'école primaire, j'étais émerveillé par un livre que je pouvais emprunter à la bibliothèque scolaire. Il s'agissait d'un album de Grzegorz Rosinski dont j'ai oublié le titre. Par la suite des exemplaires de l'Humanité, seul journal français disponible en URSS, sont parvenus entre mes mains. Pourquoi l'enfant que j'étais alors c'est-il intéressé à ce journal ? Tout simplement parce que la dernière page comportait des extraits d'une bande dessinée de Hugo Pratt. Ainsi, dès mon plus jeune âge je rêvais de dessiner mes propres « films », j'inventais des histoires. J'ai alors décidé de tout faire pour pouvoir un jour en faire mon métier et d'arriver à ne vivre que de cela. Je suis parvenu à l'age de 22 ans à faire publier mes tous premiers albums. Ce qui n'était pas évident dans notre pays, sachant que le genre y était alors inexistant.
Où puisez-vous votre inspiration ?
La question est étrange car à mon sens, la vie est une source inépuisable d'inspiration. Une conversation, un article que je lis ou bien une scène du quotidien peuvent constituer des éléments de scénario. Je lis beaucoup, mais il est rare que des œuvres d'autres auteurs soient de nature à m'inspirer pour faire un album. Je ne pense pas en effet que mon dessin soit à même de refléter avec une totale fidélité ce que l'auteur du texte a imaginé. C'est pourquoi le plus souvent je suis l'auteur de mes propres scénarios.
Avez-vous des projets d'adaptation de classiques de la litterature comme « Maroussia » de Marko Vovtchok, des nouvelles de Sacher Masoch, ou d'autres œuvres connues en France et ayant un lien avec l'Ukraine ?
« Maroussia » est plus connu en France qu'en Ukraine où on connaît son auteur, Marko Vovtchok, à travers d'autres œuvres souvent très tristes, qui parlent des terribles conditions de vie des paysans ukrainiens au XIXe siècle. Ces thèmes, assez durs, ne m'inspiraient pas vraiment. Vu le succès rencontré par « Maroussia » dans la littérature de jeunesse en France, je serai curieux de découvrir cette oeuvre. Quant aux œuvres de Sacher Masoch, auteur que le public ukrainien redécouvre, la « Venus à la fourrure » a déjà été adaptée en BD par un dessinateur français, il s'agit de Crepax. S'agissant des nouvelles et des contes de Masoch se rapportant à la Galicie, ils ne sont pratiquement pas connus en Ukraine.
Igor Baranko, avec Maxym Osa, vous plongez le lecteur dans l'Ukraine du XVII siècle, qu'évoque pour vous cette époque ? Quel est votre regard sur la cosaquerie ?
Chaque peuple a des héros qui symbolisent son histoire et ses traditions. Ainsi pour la France, riche d'une multitude des personnages littéraires, quand on évoque le nom du pays, le plus souvent on pense aux mousquetaires. Pour les Américains ce sont des cow-boys du Far West. Pour les Ukrainiens ce sont des cosaques, des guerriers libres respectant un code d'honneur. Il est certain qu'ils s'inscrivent dans une vision romantique et idéalisée en Ukraine. Aussi, j'ai voulu briser cette approche figée et donner une image plus réaliste des vrais cosaques. L'histoire se déroule au début de XVIIe siècle, c'est-à-dire avant les grands bouleversements auxquels est associé le nom de l'hetman Bohdan Khmelnitski.
Avec Maxym Osa, j'ai cherché à faire le portrait d'un aventurier, d'un cosaque indépendant de tous les camps politiques, sachant qu'au début c'était le fondement de la cosaquerie : la liberté avant tout. Dans cet esprit, Maxym Osa n'a pas d'allégeance, il ne cherche pas à savoir qui a tort, qui a raison – les Russes, les Polonais ou les Ukrainiens. Le monde est complexe, fait de nuances et de 1000 couleurs, les catégories ne sont pas tranchées, rien n'est totalement noir ni vraiment blanc. Il y a des bons et des méchants dans les trois camps et cela change selon les circonstances.
Quels sont vos projets ?
Je travaille actuellement sur le tome 2 de Maxym Osa. J'envisage parallèlement d'adapter en noir et blanc Maxym Osa pour une édition destinée aux publics ukrainien, polonais et russe. Cela se ferait certainement avec le soutien d'Oleksiy Olin, rédacteur en chef du magazine ukrainien consacré à la BD « K9 ». En outre, je démarre un nouveau projet dont le thème est la disparition de la civilisation égyptienne pour les éditions les Humanoïdes Associés.
Propos recueillis par Olga Gerasymenko
A propos de l'Ukraine, il existe une idée reçue bien ancrée parmi les hommes politiques français : l'idée qu'il « ne faut pas contrarier les Russes » en nouant des relations trop étroites avec ce pays qui est « dans leur zone d'influence ». Cette idée est nourrie par une peur ancienne, cultivée depuis un gros demi-siècle. Elle est aussi nourrie par l'illusion d'un équilibre à respecter entre les intérêts géopolitiques. Mais cette vision n'est-elle pas aujourd'hui dépassée ?
La France et l'Allemagne étaient en 2008 les deux pays les plus opposés à l'entrée de l'Ukraine et de la Géorgie dans l'OTAN. Avec cette même préoccupation de ne pas irriter la Russie. Pour préserver aussi leur confort énergétique et ne pas remettre en question leurs approvisionnements en gaz.
Un égoïsme politique contre des principes déclarés. Cette reculade, a été comprise par Moscou comme une victoire sur les Occidentaux et par Kiev, comme une preuve de faiblesse et d'hypocrisie. Mais ce choix de la conciliation avec Moscou est-il le plus à même de renforcer la sécurité européenne ?
Certainement pas. Il y a peu de chances, en effet, que la guerre du mois d'août ait eu lieu si, lors du sommet de Bucarest en avril, la Géorgie et l'Ukraine avaient reçu le Plan d'action pour adhérer à l'Otan. Même si la perspective d'adhésion n'obligeait pas les pays membres du Traité de l'Atlantique Nord à protéger militairement les futurs coalisés, le symbole d'appartenance à la même famille était assez fort pour être dissuasif. Son absence, au contraire, encourage Moscou à employer encore et encore le langage de la force brute. Cette tendance, est-elle vraiment de l'intérêt des Français ?
Ce n'est pas sûr. Car l'habitude de reculer ne laisse pas une marge de discussion confortable. Le 19 décembre, les Etats-Unis ont signé avec Kiev une Charte de partenariat stratégique. Unilatéralement, sans attendre les autres membre de l'OTAN.
Le symbole est moins fort que ne l'aurait été la promesse d'adhésion. Mais il est très important pour l'Ukraine qui se sent en grande insécurité face à la Russie de Poutine et Medvedev. Faut-il expliquer cela par la proximité trop étroite des Etat-Unis et de l'Ukraine ?
Cela reviendrait à focaliser sur les conséquences et non sur la cause. Car l'Ukraine se cherche des alliés partout en Occident, mais ne les trouve pas ailleurs qu'en Amérique du Nord. Cette charte entre Kiev et Washington est surtout la preuve d'une absence de la politique européenne commune vis-à-vis de l'Ukraine et de la Géorgie.
Auteur:
Alla Lazareva
« Du gaz, du gaz et encore une fois du gaz » - répliqua la Première Ministre ukrainienne Ioulia Tymochenko à la question d’un journaliste concernant le contenu du rêve qu’elle avait fait à la veille de sa rencontre le 30 juin 2008 à Moscou avec son homologue russe Vladimir Poutine. Malgré le fait que les négociations intenses entre les parties russes et ukrainiennes ont été menées pratiquement pendant toute l’année 2008, le fournisseur du gaz russe Gazprom et son client ukrainien, Naftohaz Ukraïny, n’ont pas pu trouver un compromis et terminer la négociation de nouveaux contrats gaziers avec l’Ukraine avant l’expiration de l’année 2008. Dans l’absence des relations contractuelles de long-terme, on assiste donc à une nouvelle confrontation entre le monopole gazier russe et l’opérateur ukrainien, chargé à la fois de la gestion des importations gazières et du transit du gaz russe vers les consommateurs européens à travers le réseau de transport ukrainien.
Si les négociations de nouveaux contrats cette année ont démarré assez tôt et progressaient, semble-t-il, au bon rythme, qu’est-ce qui a finalement empêché aux partenaires de les clore au terme et de ne pas créer des tensions inutiles en pleine saison hivernale, au moment où la consommation du gaz atteint son pic tant en Ukraine qu’en Europe ? Quels sont les principaux points de discord du conflit actuel ? Et quelles peuvent être les implications du nouveau conflit entre le Naftohaz et le Gazprom ? Dans ce qui suit, on essaie d’apporter quelques éléments de réponse à ces interrogations, en abordant le contenu des négociations menées entre les parties russe et ukrainienne au cours de l’année 2008, les raisons de la mésentente actuelle et les motivations des acteurs russes et ukrainiens dans ce conflit.
Contenu et enjeux des négociations gazières 2008 entre le Gazprom et le Naftohaz Ukraïny
L’année 2008 s’est caractérisée par la conduite des pourparlers intenses entre le Gazprom et la société nationale ukrainienne Naftohaz. Ces pourparlers ont été impulsés par les initiatives prises par tous les deux partenaires de la négociation : d’un côté, c’est Youlia Tymochenko, revenue en tête du gouvernement ukrainien suite aux élections parlementaires anticipées du septembre 2007, qui a souligné la nécessité de modifier le schéma existant d’approvisionnement en gaz naturel de l’Ukraine en éliminant des sociétés intermédiaires opaques ; de l’autre, la direction du Gazprom et le gouvernement de Moscou, en faisant référence aux pressions exercées par les producteurs de gaz de l’Asie centrale qui assuraient jusqu’alors la production du gaz consommé par l’Ukraine, a exprimé sa volonté d’augmenter le prix du gaz vendu à l’Ukraine jusqu’au niveau des prix dits « européens », et ce, déjà à partir de l’année 2009.
Le marchandage de nouvelles conditions de livraisons gazières vers l’Ukraine qui s’en est suivi semble avoir abouti à un nouvel accord-cadre, dont les termes ont été posés fin octobre dans le mémorandum intergouvernemental conclu entre Y.Tymochenko et V.Poutine. Cet accord paraît être le fruit des concessions mutuelles faites pour incorporer les principales positions des parties prenantes. Cependant, certaines de ses dispositions paraissent être plus favorables aux intérêts du Gazprom.
Termes de l’accord-cadre entre le Gazprom et le Nafothaz
Conformément à la demande de la Première Ministre ukrainienne Youlia Tymochenko, l’accord-cadre prévoyait l’élimination du schéma des livraisons gazières le RosUkrEnergo, société intermédiaire contrôlée conjointement par le Gazprom (50% des titres) et deux hommes d’affaire ukrainiens, Dmytro Firtach (45%) et Ivan Fursin (5%), dont la participation a été la condition de livraisons en Ukraine du gaz de l’Asie centrale. L’accord prévoyait donc de restaurer le monopole du Naftohaz sur les importations du gaz, qui serait acheté directement à Gazprom. En contrepartie, le Gazprom confirmerait son droit d’effectuer des livraisons directes à certains clients industriels ukrainiens. Qui plus est, la quantité du gaz vendu directement par l’opérateur russe augmenterait substantiellement, passant de 7,5 Mrds de m3 en 2008 à 11,5 Mrds de m3 dès l’année 2009. Or, l’augmentation de la part du marché ukrainien détenue par le Gazprom signifierait pour l’opérateur d’Etat ukrainien la possibilité de perte des clients les plus solvables, ce qui se répercuterait sur la « santé » financière du Naftohaz.
Deuxième point fondamental, c’est l’augmentation du prix de gaz importé par l’Ukraine, sur laquelle la partie russe insistait depuis le début de l’année 2008. Sur ce point, l’accord-cadre prévoyait une augmentation progressive, impliquant une période de transition. Une fois cette période terminée, le prix serait calculé, à partir de l’année 2011, selon la formule proposée par le Gazprom, mettant le prix du gaz en relation avec l’évolution du prix des produits pétroliers (mazout et gasoil) sur le marché pétrolier mondial. Mais, malgré l’existence de la période transitoire, le prix de départ que l’Ukraine devrait payer en 2009 serait fixé au niveau de 250 dollars pour mille m3, ce qui représenterait une augmentation substantielle (+39%) par rapport au prix payé en 2008. Cette augmentation, comme nous le verrons plus loin, interviendrait dans le contexte international actuel, marqué par une forte baisse des prix énergétiques, due à la crise économique et financière, d’où son caractère plus que discutable.
Enfin, pour garantir la discipline des paiements, l’accord-cadre insistait sur le prépaiement de toute la quantité du gaz fourni par le Gazprom à son client ukrainien avant le début de chaque mois ; en cas de non-respect du calendrier des paiements, des pénalités à taux de 0,5% par jour ont été prévues ; tout contentieux commercial entre parties pourrait être résous à travers le recours à la Cour d’arbitrage commercial près la Chambre de commerce et d’industrie de la Fédération russe à Moscou.
Les tarifs de transit du gaz russe à travers le territoire ukrainien à destination des clients du Gazprom d’Europe centrale et occidentale seraient fixés dans un contrat séparé. L’accord ne prévoyait qu’une hausse modérée du taux de transit du gaz russe à travers le réseau de transport ukrainien (progression de 1,6 à 1,7 dollars US pour le transit de 1000m3 du gaz/ 100 km) pour les années 2009 et 2010, avec la possibilité de négotiation d’un nouveau tarif pour les années 2011-2019 ; cependant, les termes de l’accord n’indiquaient aucune formule ou mécanisme de la formation du taux de tarif.
Bien que les dispositions de cet accord-cadre apparaissent comme étant plus ou moins déséquilibrés en faveur du Gazprom, il semble parvenir à atteindre les objectifs centraux de la négociation. Ainsi, selon la demande du gouvernement ukrainien, il permettait de supprimer les sociétés intermédiaires de la relation gazière russo-ukrainienne, en introduisant davantage de transparence dans le schéma d’approvisionnement de l’Ukraine et en établissant les rapports directs entre le Gazprom et le Naftohaz. Conformément à la position de la partie russe, cet accord prévoyait l’augmentation du prix gazier payé par l’Ukraine jusqu’au niveau dit « européen », tout en accordant une période de transition pour prendre en compte les intérêts du client ukrainien.
Si cet accord accommode les principales demandes des négociateurs, pourquoi n’a-t-il pas été conclu comme prévu avant fin novembre ? Quels sont les facteurs qui ont entraîne les parties vers un conflit qui les oppose aujourd’hui ? Nous estimons qu’il peut y avoir trois facteurs partiellement dépendants l’un de l’autre : premièrement, il s’agit de difficultés de déterminer tant le niveau « européen » des prix d’importation du gaz par l’Ukraine que du tarif de transit auquel aspirent les parties de la négociation ; deuxièmement, tant le contexte que l’enjeu de la négociation ont changé avec la crise économique et financière mondiale, frappant durement aussi bien l’économie ukrainienne que l’économie russe ; enfin, est-il possible que la variable politique, liée à la donne politique en Russie et en Ukraine, a joué le rôle. On essaiera donc d’esquisser rapidement la place de ces facteurs dans le conflit actuel.
Difficultés d’estimer le « niveau européen » du prix de gaz importé et de transit
La transition au « prix européen » (« European netback prices ») du gaz constitue la priorité de la politique gazière du Gazprom vis-à-vis des anciennes républiques soviétiques. Cette politique est actuellement soumise à l’objectif de faire disparaître le différentiel entre les revenus obtenus par le producteur russe de ses exportations du gaz vers les pays d’Union européenne et les revenus de sa vente sur le marché des nouveaux pays indépendants. En raison de l’importance de son marché domestique, l’Ukraine, l’un des plus grands pays consommateurs du gaz naturel à côté de l’Italie et de l’Allemagne, occupe une place centrale dans la réalisation de cette stratégie.
Pourtant, la transition vers les «european netback prices » se heurte à quelques difficultés qui tiennent au problème d’estimation de leur niveau. D’une façon générale, pour l’Ukraine, la transition vers les « prix européens » signifiera le passage au prix du gaz à la frontière allemande, moins les coûts de transport. Il faudra aussi en déduire les coûts résultant de l’application par la Russie des droits douaniers de 26,3% à l’ensemble de ses exportations gazières, étant donné que le gaz consommé par l’Ukraine provient de l’Asie centrale et est seulement transité à travers le territoire russe.
Cependant, la première difficulté survient lors de la définition du prix du gaz à la frontière allemande. L’approvisionnement des consommateurs européens s’effectue traditionnellement dans le cadre des contrats de long-terme, signés entre le Gazprom et les opérateurs nationaux de ces pays. Le prix du gaz fixé dans ces contrats dépend de l’évolution du prix du pétrole brut. Néanmoins, la « formule » utilisée dans ces contrats, c’est-à-dire les paramètres et la relation exacte entre l’évolution de prix du pétrole brut sur les marchés internationaux et le prix contractuel du gaz, relève du secret commercial. L’information précise sur les prix d’importation du gaz russe par les clients européens n’est donc pas disponible. Dans ces conditions, pour connaître le prix d’importation, on est amené à s’appuyer sur diverses estimations indirectes et avis d’experts.
Selon les données publiées par le Ministère de l’Energie et de l’Industrie russe, le prix moyen du gaz russe vendu en Europe en 2008 sera égal à 281 dollars US pour 1 000m3. Ce prix est inférieur au prix signalé par certains autres experts ; par exemple, les experts de Gas Matters, pour lesquels le prix d’importation moyen du gaz en provenance de la Russie sur les marchés des pays d’UE en 2008 était 325 dollars US pour 1 000 m3.
Pour l’année 2009, le prix d’importation du gaz russe à la frontière allemande dépendra principalement de l’évolution des cours du pétrole. D’après les consultants du projet Gas Strategies, le prix du gaz russe à la frontière allemande (Waidhaus) en 2009 pourra atteindre 441 dollars US en cas de réalisation du scénario « pétrole cher », prévoyant l’augmentation du prix du brut de 126,55 dollars US pour le baril à 128,77 dollars US pour le baril au dernier trimestre 2009 ; le prix du gaz importé pourrait demeurer au niveau de 369 dollars US pour 1 000 m3, si le prix du baril en 2009 enregistre une baisse, passant de 110 dollars US à 83,73 dollars US au dernier trimestre 2009. Comme nous pouvons le constater, aucun de deux scénarios ne prévoit la baisse brusque et profonde des cours du pétrole à laquelle on fait face actuellement en raison du ralentissement de la croissance de l’économie mondiale.
Un autre scénario, plus récent qui a été élaboré par l’East European Gas Analysis, table sur le prix du gaz russe pour les consommateurs européens qui pourra baisser de 500 dollars par 1 000 m3 au dernier trimestre 2008 à 175 dollars pour 1000 m3 à la fin de 2009, à condition que le prix moyen du baril brut se maintienne à 45 dollars.
Tableau 1. Exemple du calcul des prix « européens » pour l’Ukraine sur la période de 2004-2009
| Netback calculations | |||||||
| In $/Mcm | 2004 (actual) | 2005 (actual) | 2006 (actual) | 2007 (actual) | 2008 (estimated by Gas Strategies) | 2009 (projected : August 1 forward curve) | 2009 (projected : GS base case) |
| European border price (Waidhaus) | 143.05 | 189.31 | 246.51 | 254.48 | 368.32 | 441.75 | 369.07 |
| Minus : exp.duty (26.3%) | 37.62 | 49.78 | 64.83 | 66.92 | 96.86 | 116.18 | 97.06 |
| Transit (est.) | 27 | 31.58 | 36.53 | 38.35 | 41.13 | 43.81 | 43.81 |
| Ukraine netback (estimated) | 78.43 | 107.95 | 145.45 | 149.21 | 230 | 281.76 | 228.2 |
| Actual/projected import prices | 50 | 50-80 | 95 | 130 | 179.5 | 281.76 | 228.2 |
| Differential between Ukraine netback and actual import price | 28.43 | 27.95-57.95 | 49.15 | 19.21 | 50.5 | 0 | 0 |
| Brent Crude ($/bbl - Q1) | 31.95 | 47.5 | 61.75 | 57.75 | 96.77 | 128.69 | 100.47 |
| Source : Gas Matters, septembre 2008 | |||||||
Le deuxième élément-clé dans la définition du « prix européen » pour l’Ukraine est le coût de transport ; ces coûts varient selon le niveau de tarif de transit commandé par les pays transiteurs. Bien que, comme dans le cas de formule du prix du gaz, l’information concernant la formation et le niveau exacte des tarifs ne soit pas complètement transparente, on dispose des informations générales concernant le niveau du taux de transit fixé par les pays transiteurs européens. Selon le Secrétariat de la Charte énergétique, ce taux oscille entre 2,42 dollars US pour 1 000 m3 pour la distance de 100 km à travers le territoire allemand jusqu’à 3,8 dollars US pour le transit la même quantité et distance du transit à travers le territoire tchéque. Cela étant, il convient de déduire 41,5 dollars, correspondant aux frais de transport du gaz russe à la frontière allemande. Il convient aussi de rappeler que cela comprend l’acheminement du gaz russe à travers le territoire ukrainien, qui se réalise actuellement à taux de transit égal à 1,6 dollars pour l 000 m3. Le taux de tarif appliqué actuellement par l’Ukraine est donc sensiblement plus bas que les tarifs en vigueur dans d’autres pays européens. Or, cela rentre en contradiction avec certains facteurs fondamentaux utilisés pour le calcul du taux de tarifs, tels que la longueur du réseau (plus le réseau est long, plus élevé doit être le tarif de tarif), les coûts du capital et le besoin d’amortissement.
Graphique 1. Réseau de transit ukrainien
Source : Gas Matters, décembre 2008
Tableau 2. Volume du gaz russe acheminé à travers le territoire Ukraine dans les années 2000-2007
| Gas transported through Ukraine, Bcm | |||
| Year | Total | To Europe | To CIS |
| 2000 | 123.6 | 109.3 | 11.3 |
| 2001 | 124.4 | 105.3 | 19.1 |
| 2002 | 121.6 | 106.1 | 15.1 |
| 2003 | 129.2 | 112.4 | 16.8 |
| 2004 | 137.1 | 120.3 | 16.8 |
| 2005 | 136.4 | 121.5 | 14.9 |
| 2006 | 128.5 | 113.8 | 14.7 |
| 2007 | 115.2 | 112.1 | 3.1 |
| Note: Excludes volumes for domestic use | |||
| Table: Gas Matters Source: Naftogaz | |||
Source : Gas Matters, décembre 2008
Estimation du prix d’importation du gaz et du taux de tarif dans le contexte de la crise économique et financière
A la lumière de ces quelques éléments de la formation du « prix européen » du gaz et du tarif de transit pour l’Ukraine, comment peut-on évaluer la proposition de prix et de tarif faite par le Gazprom à la partie ukrainienne?
Tout d’abord, force est de constater que le prix de 250 dollars pour 1000m3, proposé comme le prix de départ de la transition vers le niveau « européen », est issu du scénario de l’ « énergie chère » ; ce prix assume explicitement que les prix énergétiques vont rester au niveau très élevé, observé avant la crise actuellement. La proposition initiale du Gazprom ne prend pas en compte la possibilité de la chute brutale des prix du pétrole et du gaz. Si l’impact dépressif de la crise actuelle sur le prix du pétrole persiste, comme le montre le tableau 1, le prix du gaz russe à la frontière allemande pourra revenir à son niveau des années 2004-2005, soit au niveau de 160-170 dollars US pour 1 000m3. Pour l’Ukraine, cela équivaudra au prix de 80-100 dollars US. Notons que cette diminution ne pourra intervenir qu’en deuxième moitié de l’année 2009, compte tenu de l’existence du lag temporel entre l’évolution du prix de pétrole brute et le gaz. Etant donné l’existence de ce lag, le prix gazier risque de rester au niveau élevé durant les premier mois de l’année 2009. C’est donc en s’appuyant sur cette logique que le monopole russe évoque la menace d’augmenter le prix du gaz pour l’Ukraine au niveau de 450 dollars dès le janvier 2009. Notons aussi que la crédibilité de cette menace s’amenuise face à la baisse de la demande du gaz, entraînée par la crise qu’éprouve le secteur industriel ukrainien.
Ensuite, pour ce qui est de la transition vers le niveau « européen » du transit, notons que ni le taux de transit à 1,7 dollars, initialement proposé par le Gazprom, ni même le niveau de 2 dollars pour, sur lequel insiste actuellement le gouvernement ukrainien, ne reflèteraient pas le niveau économiquement justifié. Comme nous l’avons mentionné, en raison de divers facteurs, un tel niveau serait bien au-dessous du niveau commandé par la plupart des autres pays de transit européens. Plus important, le niveau de tarif de 1,7-2,0 dollars US ne semble même couvrir intégralement les coûts nécessaires pour assurer le transit du gaz russe vers les consommateurs européens. En effet, selon les résultats de l’audit international réalisé par Ernst&Young, le tarif adéquat, c’est-à-dire celui qui prend en compte l’ensemble des coûts, y compris les coûts du capital, déterminé par l’accès au crédit, qui seraient a priori plus élevés pour les compagnies ukrainiennes que pour les sociétés de plusieurs autres Etats européens, sera égal à 5,11 dollars pour le transit de 1 000 m3 pour 100 km. En cas de transit au-dessous de ce niveau, il se trouve donc que l’opérateur d’Etat ukrainien est obligé de subir des pertes financières qui sont à l’origine de la dégradation de l’état physique du réseau de transport et d’assurer de facto le subventionnement du transit du gaz russe vers les consommateurs européens. Compte tenu de l’importance de la quantité du gaz transité par l’Ukraine, le montant de ces subventions est non-négligeable (jusqu’à 5,9 Mrds de dollars pour l’année 2009). Or, il n’existe aucune raison pour ce subventionnement, a fortiori au moment où la position fiscale du gouvernement ukrainien se trouve largement affaiblie du fait de l’impact de la crise. L’augmentation du taux de transit apparaît donc non seulement comme une solution logique, mais aussi comme une solution absolument indispensable pour que l’Ukraine soit en mesure de respecter ces responsabilités internationales dans ce domaine.
En guise de conclusion
Malgré le maintien de contacts bilatéraux et les négociations intenses au cours de toute l’année 2008, un nouvel accord sur les livraisons du gaz en Ukraine et son transit à travers le territoire ukrainien, nécessaire dans le contexte d’absence du cadre contractuel de long-terme, n’a pas été trouvé. Le contentieux actuel résulte donc d’une combinaison de facteurs, parmi lesquels la difficulté d’estimer le niveau de prix « européens » de l’importation du gaz et du transit, la modification de l’importance des enjeux sous-jacents à la relation gazière entre la Russie et l’Ukraine dans le contexte de la dégradation de leur situation économique du fait de la crise, et la non-prise en compte de certaines demandes de la parties ukrainiennes qui semblent pourtant justifiées.
P.S. : Bien sûr, nous ne pensons pas que l’enjeu du conflit actuel concerne uniquement le prix d’importation et le tarif de tarif ; d’autres variables qui relèvent davantage d’ordre politique, comme la suppression du schéma d’approvisionnement de la société intermédiaire RosUkrEnergo, qui semble être un acteur politiquement influent tant en Russie qu’en Ukraine, peuvent bien s’entremêler des considérations économiques.
Quelques références
Sur la formation de « European Netback Prices » :
Gas Matters, <http://www.gas-matters.com>, en particulier les numéros du janvier-février et du septembre 2008
East European Gas Analysis, 2009 Gas Sales Down to the Level of 2007: European Price at $175/mcm in Q-4 2008 <http://www.eegas.com/>
Institute for Economic Research and Policy Consulting, “How to “deal to “European gas prices” in Ukraine?”, Advisory Paper 06, October 2008, <http://ierpc.org/ierpc/papers/pp_06_en.pdf>
Sur la formation du tarif de transit:
Energy Charter (2006), Gas Transit Tariffs in Some ECT Countries, <http://www.encharter.org/fileadmin/user_upload/document/Gas_Transit_Tariffs_-_2006_-_ENG.pdf>
Vitrenko Youri, “Gas Transit and the Price of Imported Gas: Economic Justification”, les 19-25 janvier 2006, Dzerkalo Tyjnia, <http://www.mw.ua/2000/2229/61731/>
Sergiy CHUKHNO,
Economiste
communiqué adressé au Président Iouchtchenko est paru récemment dans le journal français Le Figaro. Cette publication aurait coûté plus de 20.000 € à ses commanditaires pro-kremlin.Un communiqué adressé au Président Iouchtchenko a été publié dans le journal de référence Le Figaro. Y était exprimé des préoccupations sur des divergences existant dans notre pays et en particulier au sujet de « tentatives des autorités d’aborder l’histoire ukrainienne séparément de celle de la Russie ». Les auteurs affirment que c’est avant tout grâce à ses voisins du nord que l’Ukraine peut jouir de son indépendance. De plus, toujours d’après les auteurs, la réhabilitation des soldats de l’OUN-UPA est une chose impossible.
Cette lettre est signée par 37 personnalités. Parmi les signataires, seuls 9 personnes peuvent se prévaloir de la qualité d’historien. Les autres sont des fonctionnaires et des élus de Conseils municipaux et régionaux d’Ukraine orientale et de Crimée, des dirigeants d’associations ukrainiennes et des députés du Parti des Régions.
La presse russe a aussitôt repris cette publication et l’a largement diffusée sur Internet. Le message qu’elle voulait faire passer était le suivant : « même la presse occidentale est attentive à la démarche de l’intelligentsia ukrainienne qui se lève contre la politique ‘russophobe’ de la Bankova (l’administration présidentielle) ».
Néanmoins, des experts en media ont exprimé des doutes. « Il est impossible que Le Figaro se soit impliqué de sa propre initiative dans cette affaire purement politique » - dit la Directrice exécutive de l’Institut des mass media, Viktoriya Sumar – La presse française n’accorde pas autant de place aux dossiers ukrainiens, même à ceux de la plus haute importance. Si des situations soulèvent des questions, la rédaction délègue un journaliste pour enquêter d’une manière indépendante ».
Delo a essayé de retrouver l’original de cette publication sur le site du Figaro, mais l’article recherché était introuvable. De plus, la rédaction du journal nous a informé qu’aucun journaliste ne travaillait sur ce sujet.
Alors, nous nous sommes adressés à l’Ambassade de France en Ukraine. L’édition papier du journal nous a été présentée et, en effet, à la page 6, un communiqué à l'adresse de M. Iouchtchenko avait été publié en français. Sa mise en forme révèle de quelle façon cette catégorie de publication peut paraître dans la presse européenne. L’article lui-même occupe un quart de page et est placé en bas, dans un coin. Les caractères utilisés sont différents de ceux habituellement utilisés pour les articles. De toute évidence, il s’agit d’un encart publicitaire.
Le correspondant de Delo, après s’être présenté comme représentant d’un parti politique ukrainien, a demandé combien pouvait coûter ce genre de publication. Après un bref échange, le chiffre de 21.000 € a été avancé.
Qui a donc payé pour que le monde entier prenne conscience de la politique « antirusse » de Iouchtchenko ? Il n’est pas facile de découvrir les noms des personnalités et des organismes qui ont rédigé le texte et qui ont réuni les signataires. La plupart des historiens et des fonctionnaires qui ont signé n’ont pas pu expliquer dans quelles conditions cela s’était produit. Le professeur de l’Université Nationale de Kharkov, Serhiy Koudelko, interrogé sur cette question, s’est éclipsé en prétextant la préparation urgente d’étudiants pour une conférence scientifique internationale. Le Vice-Président du conseil de la région de Zaporijjya, Anatoly Svetlitskiy, a également esquivé la réponse.
Selon une information que Delo a réussi à trouver, les signatures du document a été obtenues lors de la conférence internationales « La Deuxième Guerre Mondiale : tentatives de réviser les résultats ». Celle-ci a débuté le 5 septembre (2008) à Kyiv et s’est terminée le 8 septembre (2008) à Paris. Son organisateur principal était l’Institut russe des études politiques, qui est dirigé par le tristement célèbre député de la Douma d’Etat russe Serguey Markov.
Les politologues supposent que c’est cette organisation russe qui a payé cet encart contre le président Iouchtchenko. Dans une interview donnée à Delo, Markov a confirmé qu’il savait où et sur quelle page avait été publié ce texte. Mais il n’a pas reconnu avoir un lien direct avec sa publication. Selon Markov, il n’était pas présent à la conférence à Yalta étant, persona non grata, les gardes frontières ukrainiens ne l’ont pas laissé passer. « Ce n’est pas grave, nos amis Ukrainiens cribleront d’attaques Iouchtchenko », a-t-il conclu.
Ces derniers temps, des attaques politiques sur commande paraissent régulièrement dans la presse française. « Tout récemment, dans le journal Le Monde, on a pu lire un article anti-ukrainien de Michaël Prazan ‘L’Ukraine, pays européens ?, Pas évident' » - a signalé à Delo le professeur de sciences politiques de l’Académie Kyivo-Mohylyanska Oleskiy Haran. – « La presse française est utilisée comme base pour discréditer l’Ukraine. En effet, la France est actuellement à la tête de l’U.E. et les perspectives d’adhésion de l’Ukraine dépendent beaucoup d’elle ».
publié 30/09/2008
traduction réalisée avec le concours du Forum Ukrainien
Depuis le limogeage du premier gouvernement de Mme Tymochenko en septembre 2005, un conflit larvé avec le Président Iouchtchenko s'est installé. Dans le contexte politique ukrainien actuel tout semble focalisé sur cet antagonisme ; les autres forces politiques ne jouent que les seconds rôles, s'efforçant de profiter de la perte de la popularité de l'un ou de l'autre des anciens acteurs de la Révolution orange.
Le parlement ukrainien n'a eu l'opportunité qu'à de trop rares occasions de travailler de façon efficiente depuis l'actuelle législature qui a débuté en septembre 2007. Convaincus de son inefficacité et de la décrédibilisation de cette institution, les parlementaires ne se sont pas privés de partir en vacances.
Profitant de cette pause parlementaire, le Président et la Première ministre ont eu le champs libre pour régler leurs comptes. Un premier lieu en août dernier, le Président a lancé une accusation de trahison d'Etat à l'encontre de Mme Tymochenko s'appuyant sur le fait que durant le conflit russo-géorgien, la première ministre n'a pas soutenu la mention qui condamnait l'agression russe dans le Caucase.
La contre-attaque n'a pas tardé à intervenir. Ainsi dès la deuxième journée de travail du parlement, le parti des Régions (dirigé par Viktor Ianoukovitch, résolument « pro-russe », et grand perdant des dernières présidentielles de 2004), le parti Communiste ainsi que le bloc de Ioulia Tymochenko (BUT) ont constitué une majorité de circonstance qui a voté trois lois destinées à limiter le pouvoir présidentiel. La première facilite la procédure de destitution du président, la deuxième affaiblit ses prérogatives en faveur du premier ministre. Selon la troisième loi, le Service de la sécurité d'Ukraine (organisme qui en charge de l'enquête d'inculpation pour trahison d'Etat de Mme Tymochenko) est désormais subordonné au premier ministre en personne.
En réaction, le parti pro-présidentiel NU-NS, deuxième composante avec le BUT de la fragile coalition, a quitté la majorité. Dans ces conditions, le président demande la création d'une nouvelle coalition – probablement entre le parti des Régions et le bloc de Mme Tymochenko, ce qui aura des conséquences désastreuses pour la popularité de l'actuelle première ministre (elle ne peut pas « officiellement » se rallier avec son « ennemi juré » M.Yanoukovitch). Dans l'hypothèse où cette recomposition des alliances resterait lettre morte, le président serait amené à dissoudre le parlement (pour la deuxième fois en trois ans).
La réplique de BUT ne s'est pas faite attendre. Le Bloc a proposé d'augmenter le seuil de représentation au parlement de 3% actuellement à 10%. Cela signifierait que, lors des prochaines législatives, le parti pro présidentiel n'entrerait pas au parlement.
La crise dans le Caucase a aggravé les antagonisme au sommet de l'Etat en raison du sujet complexe que constituent les relations avec la Russie. Or, compte tenu du contexte géopolitique et militaire tout particulièrement tendu, la crise gouvernementale arrive au mauvais moment. Certes, les craintes d'une action militaire russe en Ukraine ne paraissent pas fondées pour l'heure. Mais il n'en reste pas moins que les ambitions réaffirmées de Moscou représentent une menace pour Kiev qui aspire comme la Géorgie à des alliances occidentales. L'adhésion à l'UE et à l'OTAN sont toujours déclarées comme les objectifs stratégiques, mais les dirigeants européens n'arrivent pas trouver d'interlocuteur stable et conséquent dans ce pays.
L'Ukraine a un impérieux besoin d'unité et de consensus, en aucun cas de luttes électorales. C'est sur des enjeux et de réels projets stratégiques que les partis devraient réfléchir dans les dix prochains jours nécessaires pour valider la dissolution de la coalition.
Dans ces conditions il est à craindre que L'Euro-2012 et les programmes de développement des infrastructures soient victimes de ce revirement politique. Ainsi, la loi sur les concessions n'est toujours pas votée ce qui retarde, entre autres, le lancement de l'appel d'offres pour des projets très importants pour le pays.
Image en provenance du http://alex-glbr.livejournal.com/243406.html